DISSOCIATION
donnant de l’eau, qu'on trouve condensée dans la partie froide du tube à expérience. C’est là un des cas les plus simples de doubles décompositions. Celles-ci sont très fréquentes entre les sels. Ainsi l’azotate de baryum mis en présence, en solution aqueuse, de sulfate de sodium, donne de l’azotate de sodium qui reste dissous et du sulfate de baryum insoluble, qui s & précipite . Nous n insisterons pas davantage ici sur ce mode très important de réactions, mais nous devons encore entrer dans quelques détails relativement aux décompositions directes .
8. Dissociation. — La plupart des combinaisons chimiques sont détruites par la chaleur à une température plus ou moins élevée. Les unes sont décomposées brusquement et en totalité à une température déterminée. Ce sont les corps dits explosifs , et leur décomposition est accompagnée d’un dégagement de chaleur (chlorure d’azote, anhydride hypochloreux, composés nitrés, etc). Pour d’autres, au contraire, la décomposition est progressive ; elle s'accomplit d’une manière régulière et, les produits restant en présence, atteint une limite déterminée pour une certaine température. C’est à ce genre de décomposition que H. Sainte-Claire Deville a donné le nom de dissociation.
La dissociation d’un composé peut commencer déjà à une température inférieure à celle que produit sa combinaison. C’est ce qui a lieu pour l’eau, par exemple. La température effective produite par la combinaison de l’hydrogène avec l’oxygène a été évaluée à 2500°. Or si l’on porte la vapeur d’eau au-dessus de 1000°, elle éprouve une décomposition partielle et se trouve mélangée d’oxygène et d’hydrogène en proportion variable avec la température ; il y a donc de la chaleur absorbée pour produire cette décomposition. Cela est si vrai que la température produite par la combustion de l’hydrogène, calculée pour le cas où les gaz s’uniraient intégralement, devrait être, de 6000° au lieu de 2500°. La tendance qu’ont les gaz en question .à se combiner de nouveau fait que, pour une température déterminée, la dissociation atteint une limite iixe, qui est la tension de dissociation. Cette tension s accroît avec l’élévation de température pour diminuer de nouveau quand la température s’abaisse. Elle règle pour chaque température le rapport des éléments restés libres à ceux qui seront combinés. Comme les tensions de vapeurs, les tensions de dissociation augmentent très rapidement avec la température, elles peuvent
INTRODUCTION
comme elles être représentées par des courbes , dont les abscisses indiquent les températures, et les ordonnées les tensions de dissociation exprimées en millimètres de mercure. Ces courbes tendent en général à devenir asymptotiques par rapport aux ordonnées.
La dissociation a pour effet tantôt de dédoubler un corps composé en ses éléments (eau, acide chlorhydrique, anhydride sulfureux, etc.), tantôt de donner naissance à un composé plus stable dans les conditions de l’expérience ; ainsi l’oxyde de carbone se dissocie en carbone qui se dépose et en oxygène qui est employé en partie à oxyder une portion de l’oxyde de carbone pour le convertir en anhydride carbonique. D’autre fois enfin (et les cas sont très nombreux) la molécule d’un corps se dissocie en deux molécules plus simples : le carbonate de calcium, par exemple, en anhydride carbonique et chaux; les sels hydratés, en sel anhydre et eau; l’hydrate de chloral, en eau et chloral, le perchlorure de phosphore en protochlorure et chlore ; les sels ammoniacaux en ammoniaque et acide, etc., etc.
Ces phénomènes ont été principalement étudiés par H. Sainte- Claire Deville, qui en a établi les lois, par MM. Debray, Troost, Hautefeuilie et autres. Leur étude présente de grandes difficultés par suite du phénomène inverse qui tend à se produire. Il est nécessaire d’isoler les uns des autres les gaz au moment même de leur dissociation. Deville y est arrivé par plusieurs artifices, soit en refroidissant brusquement le mélange gazeux, à une température inférieure à celle qui est nécessaire pour leur recombinaison, soit en les séparant par diffusion (25) ; c’est ce dernier procédé qui a été suivi pour étudier la dissociation de la vapeur d’eau (voir Eau). Dans beaucoup de cas, Deville faisait usage d’un tube chaud-froid. C'est un tube en porcelaine PP, disposé dans un fourneau (fig. 1) de manière à pouvoir être chauffé à 1200° ; ce tube est traversé suivant son axe par un tube en laiton argenté, LL, maintenu à 10° par un courant intérieur d’eau froide. Si l’on dirige à travers le tube de porcelaine un courant d’oxyde de carbone entrant en T, il se forme un