SELS
action sur les couleurs végétales jaunes, rouges ou bleues. On ne reconnaît plus alors ni 1 acide , ni 1 alcali , et la nouvelle combinaison a une saveur particulière , désagréable, souvent semblable à celle que nous appelons salée , mais variable suivant la nature des principes constituants, et tantôt amère, tantôt piquante, stjp« tique, sucrée, métallique, hépatique, etc. Dans ce cas, on dit que les principes constituants du sel sont saturés ou neutra"^ Usés (i).
Pour déterminer le point de saturation, on emploie des bandelettes de papier teintes de diverses couleurs végétales. Cependant on ne saurait se procurer, par ce moyen, un sel absolument neutre , parce qu*on ajoute toujours uii peu trop d*un des constituants. Dans la plupart des cas ^ on obtient un sel parfaitement neutre , en évaporant la liqueur jusqu*au point de cristallisation ; alors la combinaison neutre cristallise. Mais plusieurs sels ne jouissent pas de la propriété de cristalliser ; ils se réduisent par Tévaporation en une masse saline, ou en un vernis translucide , semblable à de la gomme. Enfin , il est des sels tout à fiait insolubles dans Veau; ils se séparent alors , dans les cas les plus ordinaires , à rétat neutre.
Certains sels ont la propriété de cristalliser avec un excès déterminé d*acide. La saveur de ces sels *est aigre ; ils réagissent comme des acides, et portent , pour cette raison , le nom de sels acides ou sursels. Les bases y sont ordinairement combinées avec une fois et demie, deux, trois ou quatre fois autant d acide qu*il y en a dans le sel neutre ; et d'après ce qu'on sait jusqu'à présent, il n*y a pas de degrés intermédiaires entre ces nombres, ff^ollas^ ton a fait connaître une expérience fort simple , servant à constater ces multiples dans la composition des sursels. On pèse, par exemple , deux parties égales de suroxalate potassique , on réduit l'une en cendre , et l'on se sert de cette cendre pour saturer l'autre, qui s'en trouve parfaitement neutralisée. — Le sursulfate potassique et le surtartrate potassique sont des sels dm ce genre.
D'autres sels ont la propriété de cristalliser ou de se précipiter avec un excès de base. On leur a donné le nom de sels basiques
(i) Je dois ici Caire obserTer que le mot saturer est d*iiD emploi bien plus étendu que le mot neutraiiser. On peut dire que Teau est saturée d'un sel , mais on ne peut pas dire qu'elle en est neutralisée. Ce dernier terme ne sert que pour exprimer la saturation réciproque des buei et des acides.
G SELS HALOÏDES.
OU sousseU. Un tel souftsel se compose du sel neutre , combiné avec un ou plusieurs atomes d oxyde, de sulfure, de phosphure, de nitrure, d amidure, ou , quoique rarement , d*arsëniure du radical de la base; on Tappelle simplement basique^ si le complë* ment est un oiyde; dans tout autre cas, on le nomme sulfoba* sique j phoipkobctâique^ nitrobasique ^ amidobasique ou arsénioba'* sique.
Quelquefois deux sels se combinent Fun avec lautre : il en ré^ suite des sels doubles.
I. Sels haloîdes. Jai déjà dit dans le tome I, page a56, qu'on doit les premières notions exactes sur la véritable nature de ces sels à un travail de Gay-Lussac et Thenard* Ces deux chimiste! ont, en 1809, démontré, par des expériences, qu'on ne découvre pas d*oxygène dans le chlore ni dans lacide chlorhydrique , et que , par conséquent , le chlore pourrait être considéré comme un corps simple; ils font observer que, d'après cette manière de voir, les combinaisons du chlore pourraient s 'expliquer tout aussi bien que d'après la théorie jusqu'alors admise, qu'ils ne croyaient pas cependant devoir entièrement rejeter. A la fin de l'année iSio^ Humphry Dai^r publia, sur le même objet, des expériences qui conduisirent au même résultat ; mais il n'hésita pas à rejeter l'ancienne théorie, et donna le nom de chlore (en anglais ohlorineJ9M corps qu'on avait jusqu'alors regardé comme une combinaison de l'oxygène avec l'acide muriatique, et qu'on avait pour cette raison appelé^<7z muriatique oxygéné. Il devint dpnc évident que le chlore est un corps simple, que l'acide chlorhydrique (muriatique) est une combinaison de ce corps avec l'hydrogène, et que le sel marin est lui-même un composé de chlore et de sodium , résultant de ce que l'hydrogène de l'acide chlorhydrique s'est uni à Toxy* gène de la soude pour former de l'eau. Le chlore était alors le seul corps connu qui eût la propriété de produire un sel par sa com* binaison immédiate avec un métal. La nouvelle théorie offrait ainsi une exception à la règle ordinaire. Sans doute on connaissait déjà quelques fluorures, mais il n'était pas facile de décider si la nouvelle théorie y était aussi applicable. Cette nouvelle théorie ne fut pas d'abord généralement accueillie. Laç^oisier avait établi en principe, d'une manière assez plausible , que l'oxygène est le seul générateur des acides. Si l'on ajoute à ce principe, qu'on n'avait pas eu jusqu'alors de motif de contester, la propriété de l'a-
SBL8 HALOÏDES. 7
cide cfalorhjrdrique de jouer le rôle d'un des plus puissants acideS| semblable, sous tant de rapports, aux acides sulfurique et nitrique; enfin , si Ton réfléchit à Tanalogie qu ont les sels formés par Tacide cUorhydriqueavec les sulfates et les nitrates^ on comprendra pourquoi on ne devait pas renoncer encore à trouver un jour le moyen de découvrir de Toxygène dans le chlore ou dans lacide muriatique, bien que les expériences ingénieuses entreprises à cet égard aient été sans succès. Il devait y avoir de loxygèney et la possibi* lité de l'y découvrir subsistait, tant que le principe établi par La^ «mri^r restait intact. Pour affermir la nouvelle théorie, il était donc indispensable de renverser ce principe de Lavoisier. C est ce qui advint par suite de recherches ultérieures : il fut reconnu que les pro» priétés d*avoir une saveur aigre , de rougir le papier de tournesol, de saturer les bases salifiables , caractérisent d'une manière gêné* raie la tendance fortement électronégative d*un composé, sans que tel ou tel élément y ait nécessairement une part exclusive. Enfin, la découverte du cyanogène par Gay^Lussac dissipa toute espèce de doute : les combinaisons que ce corps forme avec les métaux avaient été autrefois regardées comme des oxysels , sous le nom de pnusîatei; mais il devint facile de démontrer, sans réplique, que ces sels ne renferment pas d*oxygène.
Cette théorie , quelque fondée qu elle pût être, reçut cependant une nouvelle atteinte : il semblait irrationnel qu'il y eût des sels composés seulement de deux éléments, tandis que les sels ordinaires en avaient trois. En i8a8, de Bonsdorff essdîj^ de démontrer que les sels haloîdes simples des métaux électropositifs doivent être considérés non comme des sels, mais comme des bases; il se donna beaucoup de peine pour faire voir que les chlorures potassique et sodique ne sont pas des sels neutres , mais que, du moins après leur calcination , ils présentent une réaction alcaline avec le papier de tournesol rougi , pendant que les sels haloîdes des métaux moins électropositifs, et rougissant la teinture de tournesol, sont des acides. Ainsi , les chlorures potassique, sodique, ammonique, calcique, etc. , seraient des bases; et les chlorures ferrique, niecolique , mercurique , aurique , etc. , des acides , qui se combineraient avec les premiers pour former des sels. 11 appliqua à ces sels une nomenclature particulière ; exemples : chloroaurate chloropotassique, chloromercurate chlorosodique, chloroferrate chloroammonique. D'après cela, les corps halogènes devaient être re-
8 SRLS ITALOÏDEfi.
gardés comme des corps amphides , et les sels doubles comme des sels simples. Cette doctrine trouva des partisans, et elle en a encore. Mais on comprend sans peine que les chlorures potassique et sodique n*ont aucune analogie avec la potasse et la soude , pas plus quavec les sulfures potassique et sodique, mais qu'ils ont, au conti'aire , la plus grande analogie avec les nitrates poussique et sodique. On reconnaît de même que les chlorures ferreux et ferrique ressemblent complètement aux oxysels ferreux et ferrique. La théorie mentionnée a d'ailleurs contre elle le fait suivant : Les radicaux électronégatifs , tels que le soufire , le phosphore , l'arsenicy le sélénium, qui forment de préférence des acides puissants avec Toxygène, ne présentent, dans leurs combinaisons correspondantes avec le chlore, aucune affinité pour les chlorures des alcalis et des terres alcalines ; et on n'est pas encore parvenu , au moins jusqu'à présent , à les faire combiner avec eux. D'un autre côté , dans la théorie établie par de Bonsdorffy il faut chercher les acides parmi les métaux électropositifs, dont les oxysels s'unissent de préférence aux sels alcalins, pour donuer naissance à des sels doubles. Les combinaisons que forment entre eux deux chlorures sont aussi des sels doubles , ainsi qu'on le voit pour ceux que produisent les chlorures potassique et ammonique avec le chlo* rure magnésique , qui né pourra guère être pris pour un acide chloromagnésique.
Les sels neutres halokles sont des combinaisons d'un métal avec le chlore ou avec un autre corps halogène; mais ces combinaisons peuvent se faire en plusieurs proportions différentes , et elles sont toutes également neutres. D'ordinaire elles correspondent aux oxybases de chaque métal , de telle sorte que les métaux qui n'ont qu'un seul oxyde basique ne produisent de même qu'une seule combinaison avec les corps halogènes, tandis que les métaux qui ont deux oxydes forment aussi deux combinaisons analogues avec les corps halogènes. La nomenclature suit également cette analogie.
Les sels haldides acides se forment lorsqu'un sel haloïde neutre se combine avec Thydracide du corps halogène qu'il contient, de manière à produire un sel susceptible de se séparer sous forme solide ; par exemple , lorsque le fluorure potassique se combine avec l'acide Huorhydrique, ou que lechlorure-aurique produit un sel cristallisable avec l'acide chlorhydrique. Ces sels acides ne sont
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cependant pas nombreux : nous les appelons , pour éviter des noms trop longs, fluorure potassique acide, chlorure aurique acide. On a trouvé dernièrement que l'acide chromique peut former, avec les chlorures , des sursels particuliers, qui sont décomposés par Feau en acide chlorhydrique et en bichromates.
Les sels haloides basiques sont plus communs. Ils se forment tontes les fois qu'un sel haloîde neutre se combine avec loxyde du métal contenu dans le sel; par exemple, quand le chlorure plombique s'unit à l'oxyde plombique. Ces soussels offrent les mêmes multiples de la base salifiable, c'est-à-dire de l'oxyde, que les oxysels basiques; de sorte que Voxyde peut contenir ou la même quantité , ou deux , trois , cinq fois autant de métal que le sel haloîde neutre avec lequel il est combiné. Ces soussels haloïdes sont appelés semi^asiques lorsque a atomes de sel neutre sont nnis à i atome d'oxyde; on les nomme monobasiques^ bibasiques^ tribasiques^ d'après les multiples de l'oxybase, quand ces multiples sont, par exemple, i, 2, 3. On chercherait inutilement à distinguer , par le seul aspect , ces sels basiques des oxysels basiques. Ainsi, par exemple, le soussulfate ferrique, qui contient de Teau, ressemble parfaitement à la combinaison de chlorure et d'oxyde ferrique hydratée. Ils peuvent se combiner d'une manière analogue , ainsi qu'on l'a déjà dit , avec le sulfure, le phosphure, etc., du métal.
Les sels haloïdes doubles se forment,
i*" Par la réunion de deux sels haloïdes dans lesquels le corps halogène est le même, mais où les métaux jouissent de propriétés électriques opposées : par exemple, par la combinaison du chlorure potassique avec le chlorure aurique , du fluorure potassique avec le fluorure silicique, etc. La nomenclature de ces sels doubles présente des difficultés , quand on veut unir la brièveté à la clarté. On peut dire chlorure double aurique et potassique ^fluorure double silicique et potassique ^ ou chlorure aurico-^potassique ^ fluo^ rure silico^potassique. Dans ce dernier cas, si les bases ne sont pas au même degré de combinaison , on dit , par exemple, chlorure ferroso-potassique et chlorure Jerrico-potassique , pour désigner les combinaisons du chlorure potassique avec le chlorure ferreux ou ferrique. Les combinaisons des sels simples en plusieurs atomes inégaux ne sauraient, en attendant, être exprimées que par les formules ou par une périphrase.
lO OXYSRLS.
a° Les sels haloïdes s'obtiennent encore par la combinaison de deux sels haloïdes, contenant le même métal avec des corps halogènes différents ; tels sont les sels doubles de fluorure et de chlorure barytiques , de fluorure et de chlorure plombiques , qu'on appelle chloro-fluorure barytique , chloro-fluorure plombique.
Mais il y a encore une espèce de sels doubles qui sont formés d'un sel haloïde et d'un oxysel. De ce genre sont, par exemple, la combinaison du chlorure plombique avec le carbonate plombique, celle du fluorure calcique avec le silicate calcique, du fluorure aluminique avec le silicate aluminique (topaze), les sels doubles découverts par fFoehler, qui résultent de la combinaison du nitrate argentique , soit avec du cyanure argentique , soit avec du cyanure mercurique , la combinaison du cyanure mercurique avec le formiate potassique, découverte par Winkler^ et les sels que le chlorure calcique forme soit avec l'oxalate , soit avec l'acétate calcique, et découverts par Fritsche.
Il y a aussi des sels haloïdes traies , mais leur nombre est encore très-limité. Ils se forment lorsque deux sels doubles ayant un sel commun , se réunissent en un seul ^ qu'on peut regarder comme composé de trois sels et appeler sel triple. Les seuls sels de cette espèce qu'on connaisse jusqu'ici, sont ceux qui résultent de la combinaison du cyanure ferrosopotassique avec d'autres cyanures ferrosométalliques , et qui ont été découverts par Mo^ sander,
II. Sels amphides. Parmi ces sels , on n'en a examiné jusqu'à présent que deux espèces , les oxysels et les sulfosels. Quant aux deux autres , nous savons seulement qu'elles existent.
I. Oxysels. Cette classe renferme le plus grand nombre des corps sur lesquels la chimie s'exerce. Ils résultent de l'union d'une oxybase avec un oxacide. Dès le temps déjà où Ton commençait à s'apercevoir que les sels étaient des corps composés, on les a considérés comme formés d'une base et d'un acide. Cette manière de voir a été cependant contestée dans les derniers temps et taxée d'inexacte par plusieurs chimistes distingués.
Par opposition aux idées de de Bonsdorff^ d'après lesquelles les sels haloïdes doubles doivent être regardés comme des sels amphides simples*, d'autres chimistes ont ^essayé de convertir les oxysels ordinaires en sels haloïdes, en ajoutant à l'acide l'oxygène de la base; il se formerait un corps halogène complexe, en
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combinaison immédiate avec le radical métallique de la base. Ainsi , par exemple , le sulfate potassique ne se composerait pas de I atome de potasse et de i atome d'acide sulfurique, 3=K+S| mais de i atome de potassium et de i atome d'un corps halogène complexe , formé de i atome de soufre et de 4 atomes d'oxygène^ = K + S. Cette manière d'envisager la composition des oxysels fut énoncée , il j a déjà trente ans , presque en même temps par Humpkry Davy et Dulong. Elle ne trouva qu'un froid accueil ; cependant, dans ces dernières années, elle a rencontré des Ai^ fenseurs zélés, surtout parmi les chimistes qui se plaisent dans les vues spéculatives de la science.
La théorie émise se fonde principalement sur un fait qu'elle explique d'une manière plus large que l'ancienne théorie* Ce fait consiste en ce qu'un radical ayant plusieurs oxydes basiques, représentés, par exemple, par R,ÎÎ,R, donne un sel neutre pour le premier oxyde avec i atome d'acide, pour le second avec 3 atomes , et pour le troisième avec 2 atomes ; si l'acide est de l'acide sulfurique , nous aurons R S =R 4- S, R S* =:R+ 3S, et R S* =R -f- aS. L'ancienne théorie n'explique nullement pour* quoi R S et R S ne seraient pas tout aussi bien un sel neutre que R S. La nouvelle théorie explique cela en accord avec la neutralité pour le chlorure et le chloride : le radical de la base doit toujours être combiné avec le corps halogène complexe S, ou avec des multiples de ce corps. Tous les acides forment, d'après cela, de semblables corps halogènes avec i atome d'oxygène; ainsi, avec
Tacide nitrique on a N, avec l'acide carbonique C, etc. Les acides que nous appelons hydratés sont, comme l'acide chlorhydrique , des hydracides; ainsi, Thydrate d'acide sulfurique devra être exprimé, non par H 4- S, mais par H + S; l'hydrate d'acide ni*
trique par H + N, etc. Au moment où un pareil acide se combine, par exemple avec la potasse, Thydrogène de l'acide s'oxyde aux dépens de la potasse pour former de l'eau, pendant que le potassium s'unit au corps halogène.
Dans l'esprit de cette théorie , le zinc et le fer, au moment où ils se dissolvent dans les acides étendus, avec dégagement de gaz hydrogène, ne décomposent pas Teau, mais ils se combinent avec le corps halogène contenu dans l'acide chlorhydrique, de manière
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à mettre en liberté Thydrogène qui se dégage. Il serait , dit-on, absurde que ces métaux , qui, par eux-mêmes, ne décomposent pas Veau , puissent le faire lorsque celle-ci est unie à un autre corps, et maintenue dans cette union avec une grande force. La simplicité de cette explication frappe tout le monde au premier coup d*œil, mais elle n*est pas applicable pour d*autres cas; ainsi, le zinc , qui se dissout dans une solution de potasse ou d*ammoniaque, s'oxyde avec dégagement de gaz hydrogène, pendant qu'il se produit une combinaison de l'oxyde zincique avec l'alcali. De quelque façon qu'on envisage cette combinaison , soit comme K Zn ou comme K + Zn , et l'hydrate potassique comme KM ou comme K + H, il n'en est pas moins certain que, dans ce cas, le zinc fait sortir Thydrogène de sa combinaison avec l'oxygène, et que cette décomposition s'effectue par la présence d'un corps dont FaiSnité pour le nouvel oxyde augmente encore celle du zinc pour l'oxygène; l'hydrogène est ainsi expulsé de sa combinaison. Et c'est là, comme nous savons, l'explication que l'ancienne théorie donnait de la décomposition de l'eau par la dissolution du zinc dans les acides étendus.
Ce qui caractérise la nouvelle théorie, c'est qu'elle n'admet aucune combinaison de deux atomes composés du premier ordre ; mais elle admet qu'un corps simple peut être uni à un atome composé du premier ordre. C'est là un cai*actère qui implique de grandes difficultés dans les applications générales de la science ; ces difficultés ne doivent pas être perdues de vue. Aucun de ces nouveaux corps halogènes complexes ne peut être obtenu à l'état isolé, si Ion admet comme exceptions que l'acide sulfurique anhydre constitue le corps halogène dans-les sulfites, de même que a atomes d'acide carbonique constitueraient le corps halogène dans les oxalates. Mais l'acide sulfurique anhydre et l'acide carbonique ne donnent, avec les métaux, ni sulfites ni carbonates. Dans la nouvelle théorie, on suppose que, dans les combinaisons formées par deux oxydes métalliques, le métal le moins électropositif, qui a l'affinité la plus faible pour l'oxygène, soit combiné avec tout l'oxygène , tandis que le métal le plus électropositif serait uni au nouveau corps halogène. L'aurate potassique ne serait donc pas = K + Au , mais = K + Aii ; le plombate argen tique serait, non pas aPb-f- Ag, mais aPb + Ag. Or, ceci ne s'accorde
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guère aTec ce que rexpërience enseigne relatiTement à la tendance de combinaison des corps pour l*oxygène; et c'est ce qui est encore plus évident pour les hydrates, qui, d'après Fandenne théorie , étaient tout simplement des combinaisons d'oxydes méulliques avec l'eau. Les hydrates des alcalis et des terres alcalines seraient, d'après la nouvelle théorie, des combinaisons de I atome de métal avec i équivalent de suroxyde hydrique j ainsi, l'hydrate stanneux serait composé de i équivalent d'hydrogène et de I atome d'oxyde stannique, =Ii-l- Sn , tandis que l'hydrate stannique serait = H + Sn. D'après la nouvelle théorie, il faut encore supposer qu'il existe des corps halogènes composés de métaux électronégatifs et de soufre , qui, dans les sulfobases^ s'unissent au métal électropositif; et dans les combinaisons de deux arséniates , tout Tarsenic devrait être considéré comme uni au métal électronégatif, pour donner naissance à un corps halo-^ gène complexe , qui se combinerait avec le métal électropositif. Dans cette nouvelle théorie ^ pour qu'elle fÙt conséquente avec elle-même, il ne devrait pas y avoir de sels doubles; il n y aurait que des sels simples , dans lesquels le radical de la base plus forte se trouverait combiné avec les autres éléments du sel double ^ tout comme avec un corps halogène très-complexe. Certes, aucun des partisans de la nouvelle théorie n'est encore allé jusqu'à soutenir une pareille idée, et l'un des plus distingués a dit, sous forme d'apologie : « Chaque théorie sur la constitution d'un corps est vraie dans certains cas; mais elle est insuffisante dans d'autres (i)..» Mais c'est précisément ces théories qu'il faut bannir de la science, f^ar elles sont marquées au sceau de l'inexactitude. Les théories vraies se reconnaissent, en ce qu'elles expliquent d'une manière satisfaisante tous les cas de leur ressort.
Quant à l'opinion ancienne sur la constitution des sels (que je me propose de suivre ici , pour des raisons que j'exposerai plus bas), j'ai allégué à son appui que les sels se composent facilement des corps que la théorie y présuppose , et qu'ils se décomposent de même facilement en leurs parties constituantes. On regarde d'ordinaire l'accord de l'analyse et de la synthèse comme un argument irréfragable. 11 c»t vrai qu'on pourrait objecter que le sel
(t) Annales de ChiûWî el de Physique, publiées par /. Liebig el F, f^oeh^f, tome XXVI , page 1 77: -
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marin se forme aisément par la combinaison de l'acide chlorhydrique avec la soude, et qu'il se décompose avec la même facilité en CCS deux corps. Mais en examinant de plus près la synthèse , on remarque que, pour chaque atome de sel qui se forme , il se perd I atome d'eau; et en poursuivant l'analyse, on constate qu'on ne saurait en dégager l'acide chlorbydrique et la soude sans la présence de l'eau , qui cède son oxygène au sodium et son hydrogène au chlore. Les sulfates ferrique , antimonique , etc. , se décomposent) au contraire, directement par la distillation sèche en acide sulfurique anhydre , qui distille, et en oxyde ferrique antimonique, etc« , qui reste.
Pour nous guider dans notre appréciation et le choix des deux théories établies sur la composition des oxysels, il faut nous adresser à la théorie des atomes. Là il nous faudra puiser nos idées sur la constitution des corps produits par l'union d'atomes composés du premier ordre, auxquels appartiennent les sels aniphides. Il est vrai qu'il ne nous est pas donné d'y apercevoir la distribution des atomes simples^ et que nous entrons ici dans un domaine où rien ne saurait se démontrer , et où nous ne pouvons avoir recours qu'à la faculté de déductions. Ce moyen est sans doute très-peu sûr ; cependant , si l'on ne s'égare pas trop dans les détails, on peut encore en tirer un certain degré de certitude. Or, nous savons, d'après les théories électrochimiques, que les atomes binaires, tout comme les atomes simples, tendent à s'unir entre eux; cette tendance repose sur un antagonisme électrochimique, qui, dans la combinaison^ détermine l'ordre relatif dans lequel se groupent les atomes élémentaires. Comment cet ordre s'établit, c'est ce qu'aucun jugement sain ne saurait actuellement entreprendre de décider; tout ce qu'il pourrait être permis de conclure d'après lantagonisme électrochimique , c'est que le nouvel atome du second ordre est doué d'un certain degré de polarité électrique, et que soit le radical de la base, soit celui de l'acide, en constitue chacun un pôle, ou bien que ces atomes réunis forment l'un des pôles, tandis que les atomes de l'oxygène forment l'autre. Quoi qu'il en soit, le radical de la base se trouve en contact avec un plus grand nombre d'atomes d'oxygène qu'il n'y en avait primitivement en combinaison ; peut-être , dans beaucoup de cas , se trouve* t-il en contact avec tous les atomes, ainsi que cela doit arriver au radical de l'acide. On peut se représenter figurativement
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ceue dûpositioD au mojen de boules d'égal diamètre et marquées de coiileura différentes, pour chacun des trois éléments en présence; on essaye ainsi de figurer, suivant le nombre connu datomes, l'atome composé d'un sel. De quelque manière qu'on fasse cette construction, il n'est pas moins manifestement visible que les principes binaires ne sauraient être distingués l'un de l'autre, et que le nouveau corps, ainsi envisagé, n'offre d'autres principes constitutifs que les éléments simples dont il se compose. C'est un seul tout où il n'y a ni acide , ni alcali , ni aucun corps halogène complexe; ces corps n'existent que dans l'idée, fruit d'une opi* nioD préconçue. Il est évident que le sel , tant qu il est sel , n'a pas d'élément complexe; il mérite le nom de neutre, dans Facception propre de ce mot : il ne renferme plus aucun des deux {neuier) éléments complexes employés à le produire, ou dans lesquels il pourrait être chimiquement divisé ; les éléments y sont coordonnés en un seul tout.
Mais le corps ainsi formé, nous pouvons le décomposer par des moyens chimiques, soit exactement en les mêmes principes binaires dont il était formé , savoir , en base et en acide , soit en d autres corps , en variant les circonstances qui agissent. Nous pouvons en soustraire un ou plusieurs atomes d'oxygène, sans que le reste se décompose; l'élément électropositif peut se séparer avec une plus forte proportion d'oxygène , et laisser l'élément électronégatif en combinaison avec moins d'oxygène. Mais ceci ne nous autorise pas à dire que le sel soit composé de ces éléments. Sî, pour démontrer que le sel consiste en un corps électropositif simple , uni à un corps halogène composé , on veut s'appuyer sur ce que l'élément électropositif peut être expulsé par un autre élément encore plus électropositif, on pourra aussi démontrer que le sel est formé d'un élément électronégatif, uni à un oxyde combiné avec tout l'oxygène et l'élément électropositif, en s'appuyant sur ce que l'élément électronégatif peut être quelquefois remplacé par un autre encore ç\us électronégatif.
La définition la plus exacte est donc celle d'après laquelle tout sel €unphide est un seul tout, composé de trois éléments (ou d*un plus grand nombre , si t acide est un radical complexe), et qui, par des influences chimiques , peut se partager de plusieurs manières différentes. £n effet, le sel peut se partager en base et en acide,
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ce qui est le mode le plus ordinaire et le plus connu; en le radical de la base ou en celui de Tacide : il est déplacé par un autre radical plus puissant de même espèce, qui s*unit au reste du sel ; il peut se partager en un corps simple , qui est séparé, et en un autre sel , qui reste ; par exemple, lorsqu'un sel au minimum , en séparant du métal, forme un sel au maximum , ou lorsqu'il se dégage de Toxygène pendant que la base ou Tacide restent à un degré d'oxydation inférieur, etc.
Si l'on compare maintenant les deux théories indiquées (d'après lesquelles les sels sont formés, soit d'une base et d'un acide, soit d'un élément électropositif et d'un corps halogène résultant de l'union des éléments électronégatifs) , avec les considérations que nous venons d'établir sur la nature des sels , on verra clairement que les deux premières théories ne conduisent réellement qu'à des modes de représentation fondés sur les différentes manières d'après lesquelles les sels amphides sont susceptibles de se diviser chimiquement, et dont chacune donne une explication exacte pour les cas spéciaux.
On demandera ici auquel de ces modes de représentation il faudra donner la préférence. Nous répondrons qu'il £aiut préférer le mode de représentation qui fait le mieux comprendre la manière la plus ordinaire dont les seb se composent et se décomposent ; c'est là incontestablement la manière ancienne , d'après laquelle on désigne les seb suivant les acides et les bases qui les forment, et dans lesquels on les décompose. Ce mode de représentation a, en outre, l'avantage d'être partout conséquent avec luimême pour la formation des sels tant doubles que basiques ; enfin, il a été universellement adopté depuis que la science a été coordonnée.
Nous allons passer maintenant à la considération des rapports généraux des oxysels. Ceux-ci sont acides^ neutres ou Âa#îques. Les oxyseb acides sont désignés par les multiples de l'acide. Quand la base est combinée avec i | , a et 4 fob autant d'acide qu'il y en a dans le sel neutre, on les appelle , par exemple, sesquicarbonate ^ bisulfate j quadroxalate. Lorsqu'au contraire ils contiennent un excès de base, le multiple de cette base, qui peut être i |, a, 3 , 4 ®^ 6, est également indiqué dans le nom ; ainsi on dit acétate sesquicuis^rlque ,
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hicuiifrique y tricuiifriqiie ; mtrite quadriplonibique ^ sut/aie séfer^ rique (i).
En comparant la capacité de saturation de l'acide à la quantité d'oxygène qu'il contient, on peut calculer les proportions dans lesquelles il peut, ou non /être sursaturé de base. Par exemple, ladde salfurique, et en général tous les acides qui, dans leurs combinaisons neutres, contiennent trois fois autant d'oxygène que la base, prennent rarement deux fois, et ne prennent jamais quatre fois autant de base qu'il y en a dans le sel neutre ; mais ils en prennent une fois et demie, trois , six et douze fois autant. Au contraire, les acides qui contiennent deux ou quatre fois autant d'oxygène que la base qui les neutralise, ne se combinent pas, dans les sels basiques, avec une fois et demie ou trois fois autant de base que le sel neutre, mais toujours avec deux, quatre ou huit fois autant.
Quelquefois un acide se combine avec deux bases, parfois aussi une base avec deux acides. Les sels qui résultent de ces combinaisons sont appelés doubles. On les nommait autrefois sels triples^ parce qu'ils sont formés de trois corps oxydés. De ce nombre sont l'alun , composé de sulfate potassique et de sulfate aluminique ; le sel de Seignette, composé de tartrate potassique et de tartrate sodique, etc. Les sels doubles produits par deux bases et un acide sont les plus ordinaires ; on peut les appeler sels doubles à un seul acide. Ceux qui contiennent une base avec deux acides sont appelés sels doubles à une seule base ou à deux acides. La nomenclature des oxysels doubles peut être calquée sur celle des sels haloîdes doubles. Ainsi , l'alun peut être appelé sulfate double aluminiçue et potassique ^ ou sulfate al uminico-potas sique ; on peut dire sulfate double ferreux et potassique^ ou sulfate ferroso-potas^ sique y sulfate double ferrique et potassique^ ou sulfate fern'co^
(i) Ces noms sont équivalents aux suivants : soMsesquiacéiate cuivrigue, sousbiacétate euiwrique, sotutriocétate euivrique, soiuquadrimirlte plombique , s<Missêsui/ate ferrique. Quelques chimistes , considérant les sels amphides comme des sels haloîdes , oui proposé une nomenclature, dout je vaii citer l'exemple des sulfates. Le corps halogène complexe hjrpoihétique S, Graham Vvii^i^We sulphat-oxygen , DanleUXn nomme oxysaiphion y ei Otto sulpkan, L*acide sulfurique hydraté est appelé acide sulfatoxygenliydrique , acide osjrsulphionhjdrique, acide stdplianhjdrique. Le sulfate potassique a reçu le nom de sutphatoxygène de potassium ^ oxjsulphion de potassium, et sulpUan de potasiium. Ce- ]>eudaul Graham, tout eu adoptant ceUe théorie, fait remarquer que Tapplicutiou de sa nomenclature est un élémeut de confusion plutôt qu'utile à la science.