‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 2)Chapitre 44 sur 84 · Sels d^aluminium · texte numérisé non relu

Sels d^aluminium

Les sels d'aluminium ont une saveur aigrelette, astringente, légèrement douceâtre. Ils sont précipités par les alcalis; mais le précipité se redissout dans un excès de soude ou de potasse. Une dissolution saturée de sulfate potassique produit, dans les dissolutions des sels d'aluminium, concentrées jusqu'à un certain point, un précipité blanc, pulvérulent, qui est de l'alun. Si l'on mêle un sel d'aluminium à l'état sec avec un peu de nitrate cobaltique, et qu'on fasse fortement rougir le mélange au chalumeau , il prend une belle couleur bleu d'azur. Cette réaction n'a pas lieu quand le sel d'aluminium contient un oxyde d'un des métaux proprement dits.

A. Sels haloîdes d'aluminium.

Chlorure aluminique^ AIGP. Pendant longtemps cette combinaison n'a été connue qu'à l'état aqueux. Le chlorure anhydre a été découvert par Oersted^ qui a fait connaître une méthode pour le préparer, dont on a fait depuis lors des applications nombreuses. On mêle de l'alumine pure, exempte de potasse, avec du charbon, par exemple , avec du noir de fumée ; on calcine fortement le mélange, et on l'introduit dans un tube de porcelaine, à travers lequel on fait passer un courant de chlore sec , pendant que le tube est maintenu à la chaleur rouge. Il se forme de l'oxyde carbonique et du chlorure aluminique , qui se volatilisent. Le chlorure se condense dans les parties moins chaudes du tube, ou dans le récipient qu'on a adapté à ce dernier. Il convient donc de placer un tube de verre un peu plus large dans cette portion du tube de porcelaine ; ce tube se remplit de chlorure d'aluminium , et peut aisément être retiré quand l'opération est terminée.

Ce composé a une couleur pâle, jaune verdâtre. Il est demitranslucide, et doué d'une texture cristalline à grosses lamelles. A l'air, il produit une légère fumée, répand une odeur d'acide chlorhydrique, et se liquéfie. Il se dissout dans l'eau avec dégagement

l\[\1 CHLORURE ALUMIJEfIQUE.

de chaleur et bruissement. Il peut être sublimé; en même temps il devient mou et s'affaisse, mais n entre pas en fusion. Il est trèssoluble dans Talcool ; il ne se dissout pas dans Thuile de pétrole, mais il se résout, à laide de la chaleur, en un liquide brun; le potassium n'exerce aucune action sur ce liquide. Le chlorure aluminique se combine avec de Teau de cristallisation , et se dépose, sous forn^e cristalline, d'une dissolution très-concentrée. D'après de Bonsdorff^ la dissolution peut être concentrée par l'évaporation spontanée dans une /itmosphère très-sèche, de manière à fournir de beaux cristaux , qui sont des prismes réguliers à six pans, terminés par des rhomboèdres, et qui contiennent 44)7 pour cent ou la atomes d'eau de cristallisation. Mais ordinairement il forme une masse saline , qui s'humecte promptement à l'air. Il rougit le papier de tournesol , se dissout dans deux parties d'alcool, et se décompose quand on l'expose au feu. Si l'on ajoute de l'ammoniaque à la dissolution aqueuse de ce sel , mais sans en mettre assez pour que toute l'alumine soit précipitée, il se forme un soussel insoluble. Lavé sur un filtre, ce soussel devient peu à peu translucide, se dissout en petite quantité dans l'eau, et finit par obstruer complètement les pores du filtre ; il est totalement décomposé , et donne un résidu d'hydrate aluminique quand on y ajoute une nouvelle dose d'ammoniaque.

Le chlorure aluminique forme, d'après ff^oehler^ avec le sulfide hydrique^ une combinaison solide, que Ton peut obtenir en sublimant du chlorure aluminique dans une cornue tubulée, pendant, qu'on fait arriver un courant rapide de gaz sulfide hydrique par la tubulure de la cornue. La combinaison se sublime dans le col de la cornue , tant en paillettes cristallines nacrées que sous forme d'une masse blanche, solide et cassante, qui porte les traces de la fusion qu'elle a subie. On ne peut la produire à froid; et quand on la sublime derechef, elle se décompose en partie, et dégage du gaz sulfide hydrique. L'eau la décompose siu*-le-champ, et met le sulfide hydrique en liberté.

D'après //. Rose^X^ chlorure aluminique se combine aussi avec le gàz phosphure hydrique; la combinaison est solide et sublimable.

Enfin , le chlorure aluminique absorbe du gaz ammoniac, L» combinaison est snblimable , et elle contient, d'après Persoz j 27,61 pour cent d'ammoniaque, =A1GP -h 3NH\ Si l'on chauffe, au contraire, le composé doucement dans un courant d'air sec,

FLUORURB ALUHINlCO*POTASSIQUE« 44^

jusqu'à ce que celui-ci n'entraîne plus de gaz ammoniac^ il restera, suivant H. Aose, un produit = Al GV +N ff . ,

Chlorure aIuminico»poUisêique ou sadique. On obtient ces sels doubles en mêlant les chlorures et chauffant le mélange. Ils entrent alors en combinaison , et les composés qui eu résultent peu* vent être chauffés jusqu'au rouge dans des vases fermés^ sans que le .chlorure aluminique se dégage. Le sel double potassique peut, suivant Degen^ être sublimé. dans un courant de gaz chlore. Il se condense en gouttes limpides, qui se solidifient après le refroidissement. Sa composition est s=:K€l + A1€F. Ces sels doubles se décomposent pendant qu'on les dissout dans l'eau. Par l'évaporation de la liqueur , le chlorure alcalin cristalUse j tandis que le chlorure aluminique reste en dissolution dans l'eau mère.

Bromure aluminique^ Al&H. Il cristallise, dans une dissolution très-concentrée, en petits groupes d'aiguilles fines et courtes, se liquéfie à l'air, et se décompose aune température rouge, en laissant de l'alUroijie. On l'obtient à l'état anhydre par le même procédé que le chlorure, auquel il ressemble.

lodure aluminique. Il n'a pas été examiné. Selon fFoehler^ on ne peut pas l'obtenir à l'état anhydre comme le chlorure.

Fluorure aluminique , Al P\ On ne peut l'obtenir qu'en dissolvant l'hydrate aluminique pur dans l'acide fluorhydrique. Il se dissout aisément dans l'eau, et forme, après l 'évapora tion , Une masse sirupeuse transparente , qui n'offre aucun signe de cristallisation , et se présente, après la dessiccation complète, sous forme d'une masse translucide , jaunâtre , fendillée, qui ressemble parfaitement à la gomme arabique, et se détache entièrement du vase. Dans cet état, le sel est insipide, et paraît être insoluble dans l'eau; mais, après quelque temps, il s'y dissout sans laisser de résidu. Sa dissolution ne peut être conservée dans des vases de verre , car elle les attaque. Si, après avoir séché ce sel, on le chauffe jusqu'au rouge, il donne un peu d'acide fluorhydrique et laisse un sel basique^ qui n'est plus altéré par la calcination. Ce sel basique se forme aussi quand on fait digérer le sel neutre avec de l'hydrate aluminique; ce dernier devient alors gélatineux, demitranslucide, et, après la dessiccation, jaunâtre et gommeux.

Fluorure aluminico^potassique (fluate d'alumine et de potasse). Ce sel parait exister en plusieurs proportions , dont deux sont connues avec certitude, i® Si Ton verse goutte à goutte une dis-

/|44 FLUORURE aluminico-potassiquï:.

solution de fluorure alnminique dans une dissolution de fluorure potassique , avec la précaution de laisser dans la liqueur un excès de fluorure potassique ^ on obtient un précipité gélatineux, qui devient blanc et pulvérulent après avoir été lavé et séché. Les deux métaux s'y trouvent dans une proportion telle, qu'ils contiennent la même quantité de fluor, =3KF + A1F\ a® Si, au contraire, on verse la dissolution de fluorure potassique dans celle de fluorure aluminique , en laissant prédominer ce dernier sel , on obtient un précipité semblable au précédent par son aspect, mais qui en diffère par sa composition ; car le fluorure aluminique y contient une fois et demie autant de fluor que le fluorure potassique, =: aKF + A:l P\ Ces sels doubles sont décomposés par la chaleur rouge : il se forme de Tacide fluorhydrique et de l'alumine aux dépens de l'eau qui restait.

Si l'on fait digérer avec de l'hydrate aluminique une dissolution étendue de fluorure potassique acide, l'hydrate est d'abord dissous, et l'on obtient une dissolution qui a la saveur (Tes sels aluminiques. Si Ton y ajoute une plus grande quantité d'hydrate , il se forme un précipité qui est le dernier des deux sels doubles dont nous venons déparier, et il reste dans la liqueur du fluorure potassique neutre; enfin, lorsqu'on fait bouillir cette liqueur avec le précipité, le premier des deux sels doubles prend naissance; et si l'on a mis un excès d'hydrate aluminique, celui-ci produit, quand la liqueur vient à se concentrer, un soussel double, combinaison pour la formation de laquelle il montre une tendance si énergique , que la liqueur devient alcaline et prend une saveur caustique. Cette forte affinité du i*adical de l'alumine pour le fluor et le potassium , mérite de fixer l'attention du chimiste qui s'occupe de l'analyse des minéraux; en effet, quand on a employé de la potasse pour faire l'analyse d'un minéral contenant de l'alumine et du fluor, ce sel double se précipite toujours avec l'alumine, dont la proportion ne peut alors être évaluée d*une manière exacte, puisque le précipité contient et du fluor et du potassium. Quand on présume cette circonstance, on mêle l'alumine calcinée avec de l'acide sulfurique étendu de la moitié de son poids d'eau, on fait bouillir le mélange jusqu'à ce qu'il soit complètement décomposé par l'acide ; après quoi ou le dissout dans l'eau , et on précipite la dissolution par l'ammoniaque. — Si l'on verse goutte à goutte du fluorure potassique dans une dissolution d'alun , il se forme un

FLUORURE BORI0O-ALUMIlfJQU£. 445

précipité très-passager, qui ne devient stable que par un excès du sel potassique. Quand on verse, au contraire, la dissolution d*alun dans celle du fluorure potassique , on obtient un précipité de sel double qui ne se redissout pas.

Fluorure alaminico^sodique. Il offre des propriétés analogues h celles du fluorure précédent ; cependant son insolubilité est plus prononcée, si bien que lorsqu'on ajoute de petites portions d'hydrate aluroinique à une dissolution aqueuse de fluorure sodiqnc acide, le sel double se précipite sous forme gélatineuse, et la liqueur n'en retient que des traces. Si Ton fait digérer Thydrate aluminique avec du fluorure sodique neutre, ce dernier devient caustique beaucoup plus facilement que le sel potassique. — Le fluorure aluminico-sodique a été trouvé dans la nature , à Arksut en Groenland^ il s*y présente sous forme d'une masse blanche cristalline, qui a reçu le nom de hjolithe; le fluor s'y trouve partagé également entre le sodium et Taluminiuro, =NaF + A1F\

Fluorure aluminico'lithique. Cette combinaison est , comme les précédentes, insoluble dans l'eau.

Fluorure aluminico^ammonique. On l'obtient en faisant digérer de l'hydrate aluminique avec du fluorure ammonique. Il se dégage de l'ammoniaque, et il se forme une masse demi-translucide, semblable à de l'acide silicique, qui est blanche et pulvérulente après la dessiccation. Elle est insoluble dans un excès d'un de ses constituants, mais elle se dissout dans l'eau en quantité assez notable, de sorte qu'elle est parfaitement dissoute par un lavage prolongé. L'eau de lavage se trouble alors dès qu'elle arrive dans la liqueur qui a filtré la première. La dissolution aqueuse de ce sel est précipitée par l'ammoniaque. Si l'on chauffe le sel sec dans un vase distillatoire de platine, il distille d'abord un peu d'ammoniaque libre, puis du fluorure ammonique acide \ et il reste dans la cornue du fluorure aluminique basique , qui n'est plus altéré par la calci nation.

Fluorure borico<Lluminique. Il se dissout dans l'eau à l'aide d'un excès d'acide, et cristallise par l'évaporation de la liqueur. Si l'on mâle une dissolution de fluorure borico-sodique avec du chlorure aluminique, il se forme un précipité, et la Uqueur , devenue acide, retient en dissolution une partie du sel double. Le précipité entre en fusion à la chaleur rouge, donne du fluoride borique liquide, et laisse du borate aluminique.

446 SULFATE ALUMINIQVE.

Fluorure stèicO'alummique. Il est très-soluble dans l'eau» £▼«• pore, il donne une gelée transparente, incolore » qui se fendille pendant la dessiccation et décrient jaunâtre, mais sans perdre sa transi uciditë ; Teau la redissout lentement, mais en totalité.

Cyanure aluminique. Ce sel ne paraît pas exister , car Tacide cyanhydrique ne dissout pas Thydrate aluminique , et on n'a pu produire ce composé par la voie des doubles décompositions.

Bhodanure (sulfocyanure) aluminique^ Al-+-3C*N'S*. On Tobtienten dissolvant Thydrate aluminique dans de l'acide sulfiocjranhydrique. Ce sel est soluble dans l'eau, mais ne supporte pas, suivant Rammelsbergy l'évaporation : il se décompose en partie en acide rhodan hydrique qui s'en va avec l'eau, et en partie en adde xanthanhydrique, qui se dépose sur le verre. Le résidu devient d'abord gommeux, puis sec. L'eau en retire du rhodanure aluminique, et laisse un mélange d'acide xanthanhydrique et d'un soussel. L'indication d'après laquelle ce set cristalliserait elt octaèdres inaltérables à l'air, parait être une erreur provenant de ce que l'alumine dissoute aura pu être à l'état de soussulfate potassicoaluminique^ et que les cristaux auront pu être de l'alun.

B. Oxysels d^ aluminium.

Sulfate aluminique. a. Sulfate neutre y Al S'. Il cristallise difficilement, en feuilles minces, flexibles, douées de l'éclat nacré. Sa saveur est douce et astringente. Il est soluble dans deux parties d'eau froide, mais il se dissout peu ou ne se dissout même pas dans l'alcool. Chauffé, il fond dans son eau de cristallisation, se boursoufle, et laisse une masse poreuse gonflée, qui parait être insoluble dans l'eau; mais elle s'y dissout complètement après quelque temps. Par une calcination prolongée , ce sel perd tout lacide sulfurique. Le sel cristallisé renferme 48,53 pour cent ou i8 atomes d'eau de cristallisation. Une dissolution concentrée de ce sel est un bon réactif pour reconnaître la présence de la potasse ; quand on verse goutte à goutte la dissolution d'un sel potassique dans la dissolution du sulfate aluminique, il se précipite de l'alun, car celui-ci est insoluble dans la liqueur concentrée. On trouve ce sel sous forme cristalline près de Pyroméni , dans l'îfe volcanique de Milodans l'Archipel, sur le volcan Pasto, et dans un terrain de transition ^ près de Saldana en Amérique.

SULF4TE BIALUMINIQUé. 44?

b. Sulfate sesquialuminique ^ ÀI*S^=2AIS^-f-ÂI. D'après MauSj on Tobtient en faisant digérer une dissolution concentrée de sulfate neutre avec de Thydrate aluminique. L acide se combine alors avec la moitié autant d'alumine qu il en contenait à l'état de sel neutre. Après Tévaporation , le sousselse présente sous forme d'une masse gommeuse ^ qui se dissout dans une petite quantité d'eau, mais qui est décomposée quand on étend la dissolution de beaucoup d'eau, ou qu'on la fait bouillir; dans ce cas, il reste du sulfate neutre dans la liqueur , et il se forme un précipité , qui est le sel suivant. Une solution de ce sel , abandonnée plusieurs années à elle-même , avait déposé , sur les parois du verre , une croûte cristalline qui, vue au microscope, était formée d'aiguilles fines. Rarn^ meisbergy qui analysa ces cristaux, les trouva composés de 3 atomes d'alumine, 4 atomes d'acide sulfurique, et 3o atomes ou 46|a2 pour cent d'eau , ce qui semble témoigner d'une combinaison du sulfate sesquibasique avec le sulfate bialuminique=AlS'-h2AlS +3oH. Ce sel était soluble dans 3o,8 parties d'eau bouillante, et

dans i44 parties d'eau froide.

c. Suif aie bialuminique ^ Al S. On obtient ce sel en précipitant

du sulfate aluminique par de l'ammoniaque caustique. Un excès d'ammoniaque n'enlève pas l'acide. Il forme une poudre blanche, insoluble dans l'eau. Il renferme 46^9 pour cent ou 9 atomes d'eau. On le rencontre^ comme minéral, près de Halle sur la Saaie, et à Newhaven en Angleterre. On rencontre dans la nature plusieurs de ces combinaisons qui se ressemblent par leur aspect, mais qui ont une composition différente. Le sulfate aluminique neutre se combine, en plusieurs proportions , avec l'hydrate aluminique. Peut-être quelques-unes de ces combinaisons ne sontelles que des mélanges d'un ou deux soussels avec l'hydrate aluminique^ et ces mélanges sont restés stationnaires au moment où ils jse rapprochaient des proportions chimiques ; en sorte qu'on peut en calculer la composition comme si c'étaient de véritables combinaisons. Je vais ici communiquer les résultats analytiques qu'on a obtenus.

a. ÀVs*'-^36H=:5A^S^ + Al+Io8H. Trouvé près des eaux thermales de Bogota , dans l'Amérique du Sud. Analysé par Mill.

6. AÏS' := SI AÏS' + AI. Trouvé siu* le mont Ararat. Analysé par GoebeU

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