II. Yttrium
Sous œ nom on comprend un mélange d'au moins trois corps MtaUîcpies qu'on n'est pas encore parveim à isoler avec une cer«
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titude complète. Les oxyde» de ces corps , ainsi mélangés ensemble, avaient été jusqu a présent considérés comme une seule terre sans mélange, connue sous le nom A^yttria,
Cette terre fut découverte , en 1794, par Gadolin^ dans un minéral noir qui se rencontre dans une mine de feldspath près d* Ytterby,àRosIagen en Suède; et elle reçut, d*après cette localité, le nom dyttria. Les minéralogistes ont donné à ce minéral , en honneur de Gadolin , le nom de gadolinite. On Ta ensuite rencontré dans plusieurs endroits de la Scandinavie, par exemple, dans plusieurs points de Dalarna , à Bornholm et à Hitteroé , en Norwége.
Lorsque, quelques années après, f^auquelin eut découverte glucyne, plusieurs chimistes crurent que cette terre était identique avec Fyttria^ jusqu à ce que Ekebergen démontra, en 1 80a, exactement la différence, et réussit à retirer de Tyttria de Gadolin environ 10 pour cent de son poids de glucyne. En i8i4) je réussis moi-même à en extraire de Toxyde cérique, dans lequel Mosander trouva, en 184 1 9 une quantité considérable d'oxyde lanthanique. En 1843, TA. Scheerer fit observer que lyttria jaunit par la calci« nation, et qu elle peut être obtenue incolore par voie de réduction, ce qui devait dénoter la présence d'un corps susceptible de se suroxyder. Scheerer pensa que ce corps pourrait être soit l'oxyde d'un nouveau métal, soit l'un des oxydes qui accompagnent l'oxyde cérique dans le minéral appelé cérite. Dans les recherches entreprises en i843 ^slt Mosander pour retirer de l'yttria un semblable oxyde, ce chimiste constata que le corps jaunissant de l'yttria n'était aucun de ces oxydes qui se rencontrent dans la cérite, et que la terre peut, quoique incomplètement, être séparée en un oxyde jaune et en deux terres incolores. La terre découverte par Gadolin était donc un mélange d'au moins six corps encore inconnus à cette époque.
On obtient l'yttria, c'est-à-dire, le mélange des trois terres qtii viennent d'être mentionnées, en traitant la gadolinite par le procédé suivant : On pulvérise ce minéral, et on le fait bouillir avec de l'eau régale jusqu'à ce que la partie non dissoute soit devenue incolore. La dissolution est ensuite évaporée jusqu'à siccité dans un vase de verre ou de porcelaine, placé sur un bain d'eau; le résidu est traité par l'eau et la dissolution séparée, par le filtre, de l'acide sihdque légèrement coloré en rouge par un peu d'oxyde ferrique. Puis on verse dans la solution, goutte à goutte, de
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Toxalate aratnonique , jusqu*à ce qu'il ne se forme plus de précipité. La solution renferme de la glucyne et de Toxyde ferrique, et le précipité se compose d'oxalate yttrique, d'oxyde cérique, d oxyde lanthanique , souillés d'oxalate raanganeux et d une trace d'oxalate calcique. L acide oxalique y est détruit par la calcinatîon , et la terre restante dissoute dans un peu d'acide chlorhydrique. La solution ainsi obtenue est étendue par une certaine quantité d'une dissolution aqueuse, saturée de sulfate potassique, qui produit d'ordinaire un précipité blanc. Puis on y plonge une croûte cristalline de sulfate potassique , laquelle doit atteindre la surface de la liqueur. Lorsqu'on n'a pas sous la main une crot\te cristalline aussi grande, on y porte , à l'aide d'un fil de platine y une croûte plus petite, et on l'y maintient de manière qu'elle touche la surface de la liqueur. Il se précipite par là des sulfates doubles à base de potasse et d'oxydes cérique et lanthanique, qui, bien que solubles dans l'eau pure, sont parfaitement insolubles dans une liqueur saturée de sulfate potassique. Pour que la saturation soit complète, il faut maintenir le sulfate potassique à la surface de la liqueur, afin qu'elle soit de même saturée. La solution est séparée, par le filtre^ des sels doubles, qui peuvent être lavés avec une solution saturée de sulfate potassique. jLa liqueur filtrée est précipitée par de la potasse caustique ajoutée en excès, ou par de l'oxalate potassique. Dans le premier cas, on obtient un hydrate gélatineux, qui ne se lave que lentement. Dans le dernier caSj on a un précipité pesant et facile à laver , qui est un sel double d'oxalate yttrique et d'oxalate potassique. Ce précipité est calciné, et la potasse en est retirée par le lavage. Maintenant^ il ne reste plus que de séparer l'oxyde manganique et la chaux. A cet effet, la terre est dissoute dans l'acide nitrique, la dissolution évaporée à sec, et le sel fondu par la chaleur d'un bain de sable , jusqu'à ce que le sel manganique soit par là décomposé. On le traite alors par 4 ou 5 fois son volume d'eau; il reste, à l'état insoluble, une matière d'un brun foncé , qu'on sépare par le filtre. Le liquide qui passe est exempt de manganèse , tandis que leau qui sert à laver le résidu du filtre se charge de manganèse; cette eau n'est donc pas ajoutée à la dissolution , mais elle est évaporée, et le résidu salin est fondu de la même manière.
La dissolution exempte de manganèse est mêlée avec un léger excès d'ammoniaque caustique pure d'acide carbonique, le mé-
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lange est bien agité, puis étendu fj'eau et filtré ; Thydrate yttrique reste sur le filtre , et il est ensuite bien lavé. La chauiL reste en dissolution dans la liqueur. L^hydrate lavé et desséché laisse, par la calcination , de Tyttria pure.
L'yttria ainsi obtenue est d*un jaune pâle. Telle qu'elle reste après la calcination de I Oxalate yttrique , elle est moins jaune; mais cette coloration n*est que la suite d*un état de division plus grand. Son poids spécifique est, suivant Ekeberg^ =49842. L'yttria est donc plus pesante que la baryte. Elle est assez soluble dans les acides étendus , surtout en chauffant légèrement. Après avoir été exposée pendant un ou deux jours à Tair libre, elle se dissout avec dégagement d'acide carbonique qu'elle avait peu à peu enlevé à l'air libre. Ses dissolutions saturées dans les acides sont incolores, et ont une saveur douceâtre. Plusieurs d'entre elles fournissent des sels ayant une faible teinte rouge améthyste. L'yttria se distingue des terres précédentes en ce qu'elle est précipitée de ses dissolutions par le ferroryanure potassique (sel de sang lixiviel). Traitée par l'eau, la terre calcinée ne se comliine pas avec ce liquide ; les alcalis caustiques, ajoutés en excès, la précipitent sous forme d'hydrate; dans le cas contraire, ils la précipitent sous forme d'uo sel basique.
U hydrate se précipite sous forme d'une masse volumineuse, demi-transparente, qui devient gélatineuse sur le filtre, et ne se lave pour cela que difficilement. Pendant le lavage et la dessiccation, il se change en grande partie en carbonate, et se dissout alors avec effervescence dans les acides. L'hydrate n'est dissous par la potasse caustique ni à froid ni à chaud. S'il renferme de la glucyne, la potasse n'en enlève qu'une partie. Il est, au contraire, très-soluble dans le carbonate ammonique : au bout de quelques heures, il se dépose de cette solution de petits cristaux d'un sel double de carbonate yttrique et de carbonate ammonique, qui ne se redissolvent pas dans une plus grande quantité de carbonate ammonique qu'on y ajoute. Après avoir dissous l'hydrate lavé ou le carbonate yttrique dans le carbonate ammonique, la terre s'en précipite complètement par l'ébullition. Mais si l'on précipite une dissolution d'yttria par un excès de carbonate ammonique, de manière que le précipité s'y redissolve, et si l'on fait ensuite bouillir la liqueur jusqu'à ce que l'excès d'ammoniaque en soit éloigné , la t^rre se précipite, il est vrai, dans le commence-
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ment, maU elle expulse ensuite de rammoniaque et se dissout dans la liqueur. Le carbonate yttrique est dissous parle carbonate sodique , et se dépose ensuite , au bout de quelques jours , sous forme de petits grains cristallins, qui sont un sel double de carbonate sodique et de carbonate yttrique.
L jttria est une très-forte base salifiable: si, après la calcination, on ta mêle a¥ec un peu dVau , qu on la place ensuite sur du papier de tournesol rougi et qu on Y y laisse sécher^ la couleur bleue est l'établie , si Ton retire la terre. Le carbonate yttrique exige une chaleur rouge très-forte pour en chasser complètement lacide carbonique. Lorsqu'on mêle l'hydrate yttrique d'eau et qu'on y fiiit arriver du gaz chlore^ il finit par se dissoudre complètement et sans coloration. En mêlant l'yttria très-intimement avec du charbon pur , et calcinant le mélange dans un tube de porcelaine par lequel on fait passer un courant de gaz sec , il se forme du chlorure yttrique avec dégagement d'oxyde carbonique ; mais il ne s'en sublime aucune partie. Ce qu'on a regardé comme du chlorure yttrique sublimé qui devait se former dans cette circons* tance, n'était autre chose que du chlorure glucyque;conséquemment l'y ttrium, qui était aussi réduit par le potassium, n'était que du glucyum.
L'yttria a pour composition :
Centièmes. Atomes.
Radicaux \ . 80,1 i
Oxygène 19,9 i
Son poids atomique r=5oa,Si4; mais ces nombres n'ont pas une valeur précise, tant que les terres dont l'yttria est un mélange n'ont pas été séparées quantitativement et analysées isolément.
Je vais maintenant rapporter ce que Ton sait jusqua présent de positif sur les différents corps dont l'yttria est un mélange. L'affinité de ces corps pour les acides n'est pas également forte; ainsi, lorsqu'on dissout l'yttria dans l'acide nitrique, et qu'on précipite peu à peu la solution avec de l'ammoniaque caustique, de manière à ne précipiter chaque fois que ^5 ou -j^, ces précipités ont une composition différente. Le premier précipité devient, par la calcination, d'un jaune foncé; le second ressemble à celui-ci en couleur, et les suivants s'en éloignent déplus en plus. C'est dans le même rapport que les précipités, qui sont des sels basiques, commencent, pendant leur dessiccation , à prendre une teinte
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rouge. A la tin on obtient des précipités qui ne deviennent pas sensiblement rouges par la dessiccation j et qui, par la calcination, ne donnent pas de vapeur rouge j mais décrépitent comme Thydrate aluminique, et laissent une terre blanche. £n dissolvant dans Tacide nitrique les précipités les plus jaunes , et soumettant la solution à une précipitation fractionnée, on obtient d'abord un précipité qui, après la calcination , est d'un jaune foncé, et enfin d'un jaune pâle. Cest de cette manière quon réussit à décomposer Tyttria jusqu a un certain degré, mais jamais complètement, i° en une terre jaune foncée, dont le nitrate basique devient jaune par la dessiccation; 2? en une terre incolore, mais constamment salie d'une quantité notable de la précédente, et dont le nitrate basique prend , pendant la dessiccation , une teinte rouge; et 3°, en une terre incolore , qui ne donne pas de sel basique , mais qui se précipite à letat d'hydrate, qui, par la calcination, laisse une terre incolore, la plus forte de toutes ses bases , et à laquelle restera affecté le nom dyttria. Quant aux deux autres terres, ilfosander a proposé d*appeler la jaune erbine ou oxyde erbique^ et son radical erbùim; de même quil a proposé de nommer la terre intermédiaire terbine , et son radical terbium. Ces dénomtnatioiis sont, ainsi que celles Ayttria et dy ttnum y formées avec des lettres du mot Ytterby.
Mais, pour que cette décomposition réussisse, la dissolution ne doit être ni trop concentrée ni trop étendue ; l'ammoniaque doit être exempte d acide carbonique et étendue ; le précipité doit être longtemps agité avec la liqueur, de manière que la partie qui n'a pas été d'abord précipitée par la base plus puissante, puisse se redissoudre. Les sels basiques qui se précipitent dans le commencement sont si gélatineux , qu ils ne peuvent pas être lavés en un temps très-court ; pour y arriver , on dissout un peu de nitrate ammonique dans la liqueur : ces sels se précipitent alors exactement, se ramassent, et peuvent être plus facilement lavés. Si l'on n'a pas précédemment séparé la glucyne, celle-ci se précipite d'abord toute seule, et donne, par la calcination, un résidu incolore. — On peut aussi exécuter cette précipitation fractionnée au moyen du carbonate sodique. On obtient alors des précipités plus faciles à laver, mais qui, à ce qu'il me semblait, n'étaient pas aussi nettement séparés que par le mode précédent. Mosander réalise la précipitation fractionnée de la manière suivante : On
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verse goutte à goutte une solution de bioxalate potassique dans la solution d*un sel d'yttria acidulé par un peu d acide sulfurique ; on continue cette addition tant que le précipité formé se redissout, et jusqu'à ce que le dépôt commence à ne plus se redissoudre. On abandonne ensuite la liqueur au repos, et on Yj laisse tant que le précipité augmente; on filtre, et on y ajoute une nouvelle quantité de bioxalate potassique, jusqu ace qu'il se soit produit le même volume de précipité. En continuant cette opération et ajoutant toujours la même quantité de précipitant après chaque filtration, on obtient des précipités cristallins tirant sur le rouge, mais dont la nuance de coloration diminue de plus en plus, jusqu'à ce qu'ils paraissent enfin incolores ^ mais dans le même rapport ils tombent moins facilement au fond, et les derniers précipités se maintiennent longtemps en suspension dans la liqueur, et sont aussi difficiles à laveis Ces précipités laissent , par la calcination, la terre; le premier est d'un jaune foncé, et les suivants se décolorent de plus €fn plus, jusqu'à ce que le résidu calciné des derniers devienne parfaitement incolore. Lorsque, dans un ordre inverse, le mélange de ces Oxalates est agité avec un mélange de 49 parties d'eau et i partie d'acide sulfurique, ce dernier dissout d'abord l'y ttria proprement dite ; puis , par chaque agitation avec une nouvelle quantité d'acide , il se dissout de moins en moins de matières, et dans le même rapport la partie non dissoute jaunit de plus en plus par la calcination. Après avoir, de cette manière , enlevé Tyttria proprement dite , on lave le résidu d'oxalate et on le calcine ; la terre est dissoute par l'acide nitrique, et la dissolution, qui ne doit pas être trop étendue , est mêlée jusqu'à saturation avec du sulfate potassique pulvérisé. L'oxyde erbique jaune est, par là, précipité* sous forme d'un sel double très-peu solubledans la liqueur saturée de sel potassique , mais qui se dissout facilement dans l'eau pure. Le sel double de terbine et de sulfate potassique est soluble dans la liqueur. Le sel double dissous dans l'eau pure, et traité par la potasse caustique, donne un précipité de potasse caustique qui est lavé et calciné. Le même oxyde peut être aussi précipité par un Oxalate, mais alors il est, après la calcination , mêlé de carbonate potassique , qu'on enlève par le lavage. La terbine , restée dans la dissolution saline, est précipitée de la même manière.
Uyttria proprement dite , autant que l'expérience nous l'a jus-
M'JO TTTRIÜM.
qu'à présent appris , est caractérisée par les propriétés suivantes : Elle est incolore, d un blanc de lait après la calcination ; elle sechauffe fortement au contact d'une petite quantité d acides concentrés et s'y dissout facilement , mais plus lentement que dans les acides étendus. Ces dissolutions neutres ont dabord une saveur franchement sucrée, puis astringente. L yttria forme, ^yec Vacide sulfurique^ un sel qui cristallise en petits cristaux compactes, sans présenter aucune teinte rouge améthyste. Ce sel conserve son eau de cristallisation encore à + 80°; mais, chauffé sur une lampe à esprit-de-vin , il perd son eau et devient d*un blanc laiteux. Atec \ acide nitrique elle produit un sel qui , par 1 evaporation , donne une masse sirupeuse épaisse, dans laquelle se forment, après le refroidissement, des cristaux lamellaires. Ce sel est déliquescent i Tair, Le chlorure yttrique n*est pas volatil, et se prend, par Tévaporation d'une solution sirupeuse, en cristaux radiés, qui, exposés à lair, tombent peu à peu en déliquium.
La terbine n'a pas encore pu dtre obtenue sans aucun mélanf^e étranger. Elle se comporte avec les acides comme la terre précédente ; ses sels ont une saveur sucrée et astringente , mais ib prennent, à l'état solide , une teinte rouge améthyste , qui cependant n'est pas constante , et parait, comme dans les sels de man* ganèse, dépendre de circonstances secondaires. Son sulfate donne des cristaux plus gros que le sulfate yttrique; ses cristaux s'effleurissent environ à + So*", en devenant d'un blanc laiteux, mais sans se réduire en poudre. Son nitrate reçoit, pendant l'évaporation , presque toujours une teinte rougeâtre avant qu'il commence à se déposer. Il se prend en crisuux radiés, qui ont
une nuance rouge rose prononcée, et ne sont pas déliquescents à
1» • air.
L'oxyde erbique obtenu par la calcination du nitrate basique ou de l'hydrate précipité par la potasse, est d'un jaune foncé; par la calcination de Foxalate et du nitrate neutre , il s'obtient ave€ une coloration beaucoup plus pâle, parce qu'il est alors plus divisé. Chauffé dans un courant de gaz hydrogène, il donne un peu d*eau et devient incolore. Soumis à une légère calcination , il reprend sa première coloration jaune; mais il augmente si peu eu poids, qu'on pourrait le considérer comme un oxyde intermédiaire, dans lequel un atome d'oxyde est peut-être combiné avec plus de un atome d'oxydule« Il se dissout dans les acides sans coloration.
ZIBCOIflUllf« 171
Il se dissout dans Taciiie chlorhydrique sans dégagement sensible de chlore. Son sul&te est incolore, d'une savear sucrée « et cristallise comme le sulfate des terres précédentes ; mais il ne s'efflenritpas à +80% pas même au bout d'une semaine entière. Son nitrate ressemble également à celui des torres précédentes; mais la dissolution de ce sel ne se colore pas par la concentration , et k sel à cristaux radiés qu'on obtient souvent incolore, mais qui présente quelquefois une teinte rougeâtre> n'est pas déliquescent. La propriété que possède le sulfate terbique, de s'efHeurir si £i* dlement, offre un caractère distinctif d'autant plus précieux, que les antres propriétés de ce corps se ressemblent singulièrement.
is. Zircom'um.
Dans l'état où nous connaissons ce corps combustible, il diffère beaucoup des métaux proprement dits par ses caractères extérieurs (i). Voici quel est le procédé à Taide duquel on l'obtient:
On pulvérise du fluorure zirconico-potassique , on le chauffe pour en chasser toute l'humidité, et on le mêle intimement, dans un tube de fer ou de verre, avec du potassium fondu. Aceteffet, on introduit le métal et le sel par couches alternatives dans le tube , on chauffe assez le mélange pour fondre le potassium , et on mêle bien les deux corps , au moyen d'une tige de fer. Alors on fait chauffer le tube au-dessus d'une lampe à esprit-de-vin ou entre des charbons , jusqu'à ce qu'il commence à rougir. Le potassium prend la place du zirconiuni , et la masse se change en un mélange d^e zirconium et de fluorure potassique. Quand elle est refroidie , on la jette dans de Teau ; il se fait un léger dégagement de gaz, et il se précipite une poudre noire, qui est du zirconium, et qu'on lave avec soin. Dans cet état, le zirconium ressemble parfaitement à de la poudre de charbon. Après la dessiccation , il est terreux , et on peut le frotter avec un corps dur sans qu'il acquière le moindre éclat. Mais il est très-inflammable et brûle vivement, presque avec explosion. Il a, sous ce rapport, la pro*
(1) Quand on a égard aux caractères extérieurs du zirconium , il parait devoir être rangé parmi les méiailoïdes , à côté du hore et du silicium. Mais comme il faut prendre aussi en considération les propriétés de l'oxyde, et que, parmi les oxydes des métalloïdes, il ne'S'en trouve pas un seul qui soit base salifiable, j*ai mieux aimé placer le ttrediiitim id
17^ zmcoirroif.
priëté paradoxale de brûler et de se convertir partiellement en zircone, tant dans le gaz hydrogène que dans le vide, lorsqu'on le fait chauffer très-doucement. Ce phénomène tient à ce que le zirconium est niélé d*une manière intime avec de Thyditite zirconique, aux dépens de Teau duquel il brûle , tandis que le dégagement soudain de gaz hydrogène produit une sorte de iaible explosion. Or, cet hydrate provient de ce qu'une partie du sel sur lequel on opère n'est point décomposée par le potassium ; de sorte que la potasse qui se forme avec dégagement de gaz hydrogène quand on traite la masse par l'eau , en précipite de l'hydrate ûtconique. Ce qu'il y a de mieux à faire pour écarter cet hydrate, c'est de ne pas se servir d'eau bouillante pour laver la masse, de mettre le zîrconium, sans le dessécher, dans de l'acide chlorhy* drique concentré, préalablement étendu d'un poids d'eau égal au sien , et de l'y laisser en digestion , pendant six ou huit heures, à une température de +4o degrés. L'acide dissout peu à peu l'hydrate et attaque à peine le zirconium, quoiqu'il produise toujours un léger dégagement de gaz hydrogène. Après qu'on a séparé le sel zirconique par la filtration , on lave le zirconium d'abord avec une dissolution de sel ammoniac, puis, quand celle-ci a enlevé tout le chlorure zirconique, avec de l'alcool. Lorsqu'on emploie de l'eau pour faire ce lavage, la liqueur qui passe est d'abord brunâtre, puis noire et opaque, et il finit par ne plui rester sur le papier qu'assez de zirconium pour le colorer. Dans ce cas, le zirconium n'est point dissous par l'eau , mais il ne fait que s'y diviser au point de pouvoir passer à travers le papier. Il se précipite ensuite peu à peu de lui-même , lorsqu'on laisse la liqueur en repos, surtout si on la chauffe ; mais il passe également à travers le papier quand on le lave avec de l'eau bouillante. Si l'on ajoute du sel ammoniac à la liqueur noire qui a traversé le filtre , le zirconium s'en sépare sur-le-champ.
Le zirconium, débarrassé du sel ammoniac par l'alcool , se présente, après la dessiccation, sous forme d'une poudre noire qni acquiert, sous le brunissoir, un brillant gris de fer quand on la frotte, et qui, lorsqu'on la comprime fortement, se réunit en paillettes brillantes , analogues à de la plombagine. Dans cet état , il n'a pas la propriété de conduire réiectricité, ou du moins une électricité peu intense, telle que celle qui se développe par le contact. Si'on le fait rougir dans du gaz hydrogène ou dans le vide, il
ZIRCONIUM. 1 73
n'éprouve aucun changement , et n entre pas en fiision à la température qui suffit pour fondre le verre. Quand on le fait rougir dans le vide , et qu'après le refroidissement du vase on y fait rentrer Tair, il s'échauffe; et si le vase est large, ou si l'on jette le zirconium dehors, il s'enflamme et brûle. Si, au contraire, le vase est simplement un tube, et qu'après l'introduction de l'air on laisse le lirconium se refroidir avant de le retirer, il ne s'enflamme point quand on le jette hors du tube. Ce phénomène parait donc être de la même nature que celui qui a lieu quand de l'air est mis en contact avec du charbon qui a été rougi dans le vide, c'est4-dire qu'il semble dépendre de la condensation de l'air dans le corps poreux.
A l'air libre, le zirconium s'enflamme bien au-dessous de la chaleur rouge , brûle tranquillement, et se convertit en zircone blanche comme la neige , avec un fort dégagement de lumière. Celui qui contient de l'hydrate zirconique brûle en un instant, et est lancé de tous côtés. Mêlé avec du chlorate potassique, il s'enflamme par une violente percussion, mais il brûle sans détoner. Il ne brûle pas avant le rouge naissant dans le nitre ou le chlorate potassique fondus. Mêlé et échauffé avec du carbonate potassique, il brûle aux dépens de l'acide carbonique, avec un faible dégagement de lumière. 11 s'enflamme aussi avec le borax fondu , mais seulement aux dépens de son eau. La même chose arrive quand on le fait fondre avec les hydrates alcalins.
Le zirconium n'est point attaqué, à la température ordinaire, par les acides sulfurique et chlorhydrique concentrés. Ces acides agissent même à peine sur lui par une ébuUition prolongée, et il se dégage alors une petite quantité de gaz hydrogène. L'acide nitrique et Teau régale ne paraissent pas jouir d'une faculté dissolvante beaucoup plus prononcée. Au contraire, l'acide fluorhydrique dissout le zirconium sans le secours de la chaleur et en dégageant da gaz hydrogène. Un mélange d'acide fluorhydrique et d'acide nitrique le dissout avec beaucoup de violence. Il n'est pas soluble dans les alcalis caustiques, lorsqu'on le fait digérer ou bouillir avec leur dissolution aqueuse.
Nous admettons qu'à l'instar de l'aluminium, du glucyum, etc., le zirconium n'entre que pour deux atomes dans ses combinaisons. Son atome double pèse 84o,4oi, et se représente par
174 ziaooirs.
Nous ne connaissons jusqu'à présent quun seul oxyde de zirconium y savoir , la zircone.
Cette terre a été découverte, en 1789 , par Klaproth. La nature nous TofFre très-rarement et dans un bien petit nombre de cornbinaisons. £Ue tire son nom du zircon^ minéral qui est un silicate zirconique» et qu'on range parmi les pierres précieuses quand il est transparent; lorsqu'il est d'un rouge foncé , on l'appelle hyacinthe. Le zircon est assez répandu dans les montagnes sjéniti* ques de la côte sud-est de la Norwége ; et, sous forme de cristaux les plus gros, il se rencontre près de Miask, aux environs de TUmensee» au pied de TOural; rhjacinihe se trouve dans le sable volcanique de l'Auvergne, en France, à Ceylan, et dans quelques autres localités.
La décomposition de ce minéral se fait par la fusion avec un alcali. Pour obtenir cet effet à une chaleur rouge modérée, il est indispensable de le faire fondre avec de l'hydrate potassique ou sodique. Mais celui-ci attaque les creusets dans lesquels s'opère la fusion. On procède de la manière suivante : On pulvérise le zircon ou l'hyacinthe, on lave la poudre à grande eau pour en extraire seulement les parties très-fines; ensuite on la mêle trèsintimement avec trois fois autant de carbonate potassique, et on la fait rougir doucement dans un creuset de platine ; puis on met au milieu de la masse, l'un après l'autre, et de manière qu'ils ne puissent pas toucher immédiatement au creuset, de petits morceaux d'hydrate sodique, qui, lorsqu'il entre en fusion, est absorbé par le sel poreux; on évite de cette manière les soubresauts que, sans cela, l'eau de l'hydrate qui se fond produirait en s'écbappant. On couvre le creuset avec son couvercle, et on le maintient pendant trois quarts d'heure au rouge blanc. La masse fondue est ensuite dissoute dans de l'acide chlorhydrique étendu ; on filtre la liqueur, on l'évaporé presque à siccité, mais pas tout à fait; puis on y ajoute de l'eau , on la débarrasse par la filtration de l'acide silicique devenu alors insoluble , et on la précipite par l'ammoniaque caustique. Le précipité^ qui est de l'hydrate aûrconique, est lavé , séché et rougi au feu.
D'après ff^öhlsr, le carbonate sodique suffit pour réduire complètement le zircon divisé par la lévigation , lorsqu'on emploie une température élevée. Sur i partie de zircon en poudre, on prend 4 parties de carbonate sodique anhydre. On introduit 1^
ZIRGOHE. MJ&
mâinge ÎDtime dans un creuset de platine ^ qu on place dans un creuset de terre rond, sur le fond duquel on a mis un peu de ma-« gnesie , afin d'ériter que le creuset de platine ne soit endommagé par le contact immédiat avec le creuset de terre. Après avoir couvert les creusets ainsi emboîtés Tun dans lautre, on les expose, environ une demi-heure , à la chaleur d'un fourneau à vent ordinaire. Après le refroidissement , on trouve le mélange fondu dans le creuset de platine. On traite la masse par leau^ qui dis^ sont le carbonate et le silicate sodiques , en même temps qu'il se s^»areune poudre cristalline pesante, qui, suivskut Sckeerety est un composé de zircone avec de la soude. Ce composé, après la décantation du liquide alcalin, est ensuite lavé à diverses reprises et traité par lacide chlorhydrique : il se décompose avec produc* tion de chaleur, de manière qu'il se dissout complètement dans l'eau qu'on y verse. Cette dissolution, traitée par l'ammoniaque, donne de Thydrate zirconique blanc parfaitement pur.
Une autre méthode , indiquée par W'àhler^ consiste a mêler avec du sucre la poudre de zircone en suspension , à carboniser le mélange dans un vase couvert, et à le calciner dans un courant de gaz chlore sec. Il se produit par là du perchloride silicique , qui a en va à letat de gaz, et du chlorure zirconique , qui, étant sublimé , se dépose aux parties refroidies de l'appareil ; on peut ensuite l'enlever, le dissoudre, et obtenir la zircone en précipitant la solution par l'ammoniaque.
Quand on se sert, pour préparer la zircone , de l'hyacinthe de Ceylau, ou d'Ëxpailly , en France, qu'on obtient souvent à bon marché , on fait rougir les cristaux avant de les pulvériser , et on ne prend que ceux auxquels le feu a fait perdre leur couleur, qui sont devenus limpides , incolores et sans taches. La zircone qu'ils donnent est pure et exempte d'oxyde ferrique. Mais si l'on emploie deszircons ou des hyacinthes non choisis, la zircome contiendra beaucoup d oxyde ferrique, dont il faut la purifier. On y parvient de plusieurs manières :
i"* Oa dissout l'hydrate zirconique dans de l'acide tartrique, et Ton verse dans la dissolution de l'ammoniaque en excès, qui n'en précipite rien. Ensuite on ajoute du sulfhydrate ammonique, qui précipite le fer à l'élatde sulfure, qu'on laisse se déposer dans un flacon bcRUkbé, «nun endroit chaud. Quand la liqueur s'est éclair» €îe^ on k filtre > <m T^vapore à siccité, et Ton fait rougir le ré^
1 76 ZIRCOKE.
sidu dans un creuset découvert , jusqu'à ce qu il soit devenu blanc: c'est alors de la zircone exempte de fer. II est à remarquer qu'on ne doit pas laver le sulfiire de fer j parce que Feau de lavage en entraînerait une petite quantité.
a"" Une dissolution de sulfate potassique dans l'eau, saturée au point d'ébuUition , est mêlée avec une dissolution neutre de zircone, jusqu'à ce qu'il ne se fasse plus de précipité. Le sel de potasse enlève au sel de zircone une partie de son acide, et passe i l'état de sursulfate potassique, tandis qu'il se précipite un sous-sel zirconique exempt de fer, qu'on lave bien avec de leau, et qu'on met digérer avec une dissolution d'hydrate potassique ou sodique, pour enlever tout l'acide sulfurique ; après quoi on lave soigneusement le résidu , et on le fait sécher. La dissolution précipitée par le sulfate potassique contient encore un peu de zircone, qu'on peut précipiter par la potasse et soumettre au même traitement.
y On fait bouillir de l'hydrate zirconique encore humide avec une solution d'acide oxalique, qui dissout l'oxyde ferrique et laisse un Oxalate zirconique insoluble. On calcine ce dernier après lavoir lavé, ou bien on le traite par la potasse caustique, afin d'enlever l'acide oxalique.
4"* On évapore du chlorure zirconique avec un excès d'acide chlorhydrique jusqu'au point de cristallisation. Les cristaux sont lavés soigneusement avec de l'acide chlorhydrique , qui enlève le fer, mais ne dissout qu'une quantité insignifiante de chlorure zirconique; on dissout celui-ci dans de l'eau, et on le précipite par l'ammoniaque caustique.
5^ Enfin Berthier indique la méthode suivante comme sûre et facile : On précipite une dissolution ferrifère de zircone par un mélange d'ammoniaque et d'une petite quantité de sulfhydrate ammonique, ou bien l'on conduit d'abord du gaz sulfide hydrique dans la liqueur, jusqu'à ce qu'elle soit saturée de ce gaz, et on la précipite ensuite par l'ammoniaque. La précipitation doit se £iire dans un flacon qu'on bouche pendant que le dépôt se forme. Dès que la liqueur s'est éclaircie , on la décante. Il faut qu'elle contienne un excès de sulfhydrate ammonique, sans quoi l'on ne peut être sûr que la totalité du fer se soit transformée en sulfure ferrique. Le précipité noir qui reste dans le flacon est un mélange de sulfure ferrique et de zircone. Pour isoler ces deux corps, on verse dans le flacon une dissolution de gaz acidç sulfureux dans
HTDRATE ZIRCONIQÜE. I77
Teau, qui dissout sur-le-champ le sulfure ferrique et laisse la zircône d'un blanc de neige. On la jette sur un filtre et on la lave. Lorsque la liqueur qu'on verse sur le mélange de la zîrcone et do sulfure ferrique perd complètement son odeur, il faut en ajouter davantage; car cette circonstance démontre que lacide s'est saturé d'oxyde ferreux , et qu'il peut rester du sulfure ferrique dins la zircone. La liqueur séparée par la filtration contient du sulfite ferreux et une petite quantité de sulfite zirconique. Lors* fu on la iait bouillir , toute la zircone s'en sépare j et celle-ci est également exempte de fer. — On reconnaît que la zircone ne contient point de fer, quand le sulfure de potassium ou celui d'ammoniura ne le noircit pas.
La zircone pure et calcinée a l'aspect d'une poudre blanche et iofiisible, qui brille d'un éclat éblouissant à la flamme du chalumeau. Elle est si dure, qu'elle raye le verre. Son poids spécifique est de 4}3. Suivant Klaproth , la zircone s'agglomère à une forte chaleur : je n'ai rien remarqué de semblable, et cet effet tient à la présence de substances étrangères. La zircone calcinée est insoluble dans les acides, à l'exception de l'acide sulfurique concentré. La meilleure manière de lui rendre alors sa solubilité, consiste à la réduire en une poudre fine, sur laquelle on verse de l'adde sulfurique étendu d'une quantité d'eau égale à la sienne, et à mettre digérer le mélange dans un creuset de platine, jusqu'à œ que l'eau soit évaporée; après quoi on chasse l'excès d'acide par la chaleur, sans cependant élever la température jusqu'au rouge. 11 reste du sulfate zirconique, qui est peu soluble dans l'eau froide , mais qui se dissout très-bien dans l'eau bouillante. La zircone a pour composition :
Zirconium 73,69 a
Oxygène 36,3i 3
Poids atomique, = ii4o,4oi ; formule, =£r.
h* hydrate zirconique précipité des dissolutions de la terre par l'ammoniaque caustique , est une matière blanche volumineuse et demi-gélatineuse, qui se dissout de suite dans les acides tant qu'elle est encore humide, mais qui , après avoir été lavée à leau bouillante ou séchée, n'est plus dissoute que très- lentement, même par les acides concentrés. Elle se contracte beaucoup en se desséchant, et acquiert delà demi-traosparence. 3i on la chauffe II. la
178 HT0&ATS ZIACONIQUE.
jusqu'au rouge, il se produit de la lumière au moment où elle commence à rougir, absolument comme si la terre avait pris feu et brûlait pour un instant. On a cru, pendant quelque temps, que ce phénomène était simultané avec le dégagement de leau; mais celle-ci s'échappe avant que le phénomène lumineux se manifeste. C'est là le passage à une autre modification isomérique. La lircône est insoluble dans les acides, quand elle présente ce phénomène lumineux. La terre qui reste après que l'hydrate a été calciné , forme des grumeaux qui ne sont pas parfaitement blancs et ont un éclat nacré.
L'hydrate zirconique est soluble en petite quantité dans le carbonate ammonique. La dissolution s'opère avec lenteur et diffir culte. Les carbonates des alcalis fixes ne le dissolvent point. Mais si l'on précipite un sel zirconique par du carbonate potassique, et qu'on ajoute un excès de celui-ci, la zircone se dissout. Pour faire cette expérience , il convient de verser goutte à goutte la dissolution de zircone dans celle du carbonate alcalin ^ en agitant sans cesse. Si l'on ajoute plus de sel zirconique qu'il ne peut s'en dissoudre sur-le-champ , de manière qu'une portion du précipité puisse se réunir, ce dernier ne se dissout qu'avec une lenteur extrême. Le bicarbonate alcalin dissout beaucoup plus de zircone que le carbonate. Quand cette solution est saturée, elle se trouble par l'ébuUition, et la zircone se précipite à mesure que l'acide carbonique se dégage. La terre qui reste dans la dissolution n'en est plus précipitée par l'ébuUition ; mais on peut l'obtenir en versant du sel ammoniac dans la liqueur et la faisant bouillir de nouveau, parce que le carbonate ammonique , qui était aloi*s devenu le dissolvant , se volatilise et laisse la terre. Le précipité qui se forme ainsi par Tebulhtion est de l'hydrate, et ne contient point d'acide carbonique. Quand on fait chauffer une dissolution saturée de carbonate ammonique , la terre se précipite sous forme de gelée , et, quelque temps qu'on fasse bouillir celle-ci avec un sel ammonique, il ne s'en dissout rien ; ce qui est le contraire de ce qui arrive à l'yttria et à la glucyne, lorsqu'on les traite de la même manière.
L'hydrate zirconique a pour composition ;
Centtèmes. Atomes.
Zircone • • . 87,1 1 ••••••••••• a
Eau IA989 3
Poids atomique^:;=a6i8>44o> formole^s^r^ff«
THORIUM. 179
La zircone a beaucoup de tendance à produire des sels basi» quesy dont plusieurs sont solubles dans Teau. Ses sels neutres ont UBe saveur purement astringente, sans goût sucré. Elle se distingue des autres terres proprement diteS| surtout par la propriété qu elle a d'être précipitée d'une dissolution neutre par l'addition du sulfate potassique.
Sulfure de zirconium. On l'obtient en chauffant du zirconium avec du soufre dans du gaz hydrogène ou dans le vide. La combinaison s'opère avec un faible dégagement de lumière. Le sulfure de zirconium est un corps pulvérulent, d'un brun cannelle foncé, qui ne conduit pas l'électricité , et qui n'acquiert ni liant ni éclat sous l'action du brunissoir. Les acides sulfurique, nitrique et chlorhydrique ne le dissolvent point. L^eau régale l'attaque lentement par i'ébuUition. L'acide fluorhydrique le dissout facilement^ avec dégagement de gaz sulfide hydrique. L'hydrate potassique ne le dissout point 9 et quand on fait fondre ces deux corps ensemble ^ on obtient du sulfure de potassium et de la zircone.
Carbure de zirconium. 11 paraît se produire quand on réduit le sel zirconique avec du potassium contenant du charbon. Dans ce cas, le zirconium , traité par l'acide chlorhydrique ^ répand la même odeur que la fonte de fer soumise à l'action de cet acide. Lorsqu'on le calcine, il donne de la zircone grise, qui retient si fortement du charbon non brûlé , qu'on a de la peine à la blanchir par la caldnation.
i3. Thorium,
On rencontre ce métal à l'état d'oxyde, surtout combiné avec l'acide siUdque \ c'est à l'ile Lövön qu'on l'a trouvé, près de la pe* tite ville maritime de Brevig , en Norwége. Le minéral qui le renferme est appelé thorite : il est noir, brillant, et ressemble à l'obsidienne. Il contient 57 pour cent de thorine , et , outre l'acide sili* cique, de la chaux, de la magnésie, des oxydes de fer, de manganèse, d'urane, de plomb, d'étain, un peu d'alcali et d'eau. Ce minéral fut découvert, dans l'automne de 1828, par le ministre du culte Esmarck, C'est en l'analysant que j'ai trouvé ce nouveau métal, dont le nom dérive de celui de l'ancien dieu Scandinave TAor, Depuis, ïVohler l'a trouvé encore dans un second minéral auquel il a donné le nom de pyrochlore^ et qui se rencontre tant
l8o THORIUM.
en Norwége, avec la thorite, que dans les monts Oural , près de Miask. Enfin , Kersten Ta trouTe dans un autre minéral de Miask, dans le monazäe.
On se procure le thorium au moyen du chlorure thorique an* hydre et du potassium, exactement par le même procédé qui fournit l'aluminium. On peut aussi le retirer du fluorure double thorique et potassique, àVaide du potassium ; mais la réduction est moins complète. On peut y procéder dans des vases de verre; car il ne se dégage pas, durant lopération , une chaleur bien considérable. On jette la masse refroidie dans Teau , qui enlève le sel potassique, ainsi que l'excès de potassium, et laisse le thorium sous forme d'une poudre pesante, d'un gris de plomb foncé, et qui, frottée avec un corps dur, prend une teinte métallique. lia généralement beaucoup de ressemblance avec Taluminium. Ni l'eau froide ni l'eau chaude ne l'oxydent; mais quand on le chauffe doucement au contact de l'air, il prend feu bien au-dessous du rouge, et briMe av«c un éclat extraordinaire; pendant la combustion le métal présente une masse brillante de feu , compacte et très-volumineuse. L'oxyde blanc qui reste, et qui est la thorine, n'offre aucune trace de fusion. La combustion éclatante, due à la grande division du métal , semble annoncer qu'aucune des parties du métal n'arrive à la fusion avant de brAler à une température en apparence aussi élevée.
Le thorium pulvérulent , traité par les acides , s'y dissout d'abord en petite quantité, avec dégagement de gaz hydrogène; mais bientôt l'action s'arrête. Il résiste ensuite assez bien au pouvoir dissolvant des acides sulfurique et nitrique aqueux; de sorte qu'on peut le fiiire digérer avec ces acides sans qu'il en soit dissous en quantité notable; mais , après un plus grand laps de temps, la dissolution devient peu à peu complète. On peut employer ce moyen, déjà indiqué au sujet de lextraction du zirconium , pour séparer l'hydrate de thorine qui se trouverait mêlé avec la poudre métallique, en faisant digérer le mélange avec de l'acide sulfurique étendu. L'acide chlorhydrique dissout lentement le thorium, avec dégagement de gaz hydrogène, même à froid; mais la dissolution se fait avec rapidité, par le secours de la chaleur. L'acide fluorhydrique , au contraire, agit à peu près comme l'acide sulfurique. Les alcalis caustiques n'exercent aucune action sur lui, par la voie humide.
THOAIKE. l8l
L atome du thorium pèse 744)900. On le représente par Th.
La thorine est le seul oxyde que le thorium paraisse former» Pour Textraire de la thorite , on fait digérer le minerai réduit en poudre avec Tacide chlorhydrique; il se dégage du chlore , et la masse se trouve entièrement convertie en une gelée jaune, que Ton dessèche au bain-marie. Le résidu salin est épuisé par l'eau, et la dissolution filtrée soumise à l'action d'un courant de gaz Sulfide hydrique, qui précipite un peu de sulfure d'étain et de sulfure de plomb. On filtre de nouveau , on fait bouillir, et après avoir précipité la terre par l'ammoniaque caustique, on la lave avec soin. Le précipité est un mélange de thorine et d'oxydes de fer, de manganèse et d'urane. On le dissout, encore humide^ dans l'acide sulfurique étendu , et on évapore la dissolution jusqu'à ce qu'il ne reste que peu de liquide. Pendant l'évaporation^ il se dépose une masse abondante , blanche , molle et peu compacte, qui est du sulfate thorique neutre, doué de la propriété singulière d'être à peine soluble dans l'eau chaude, et surtout dans l'eau bouillante ; tandis qu'à froid il se dissout en quantité assez considérable dans ce liquide. On décante l'eau-mère, qui est acide; on porte le sulfate sur un filtre, et on le lave à plusieurs reprises avec de l'eau bouillante ; puis on le sèche , et on le cal* eine fortement ; la terre reste parfaitement pure et blanche. — L'eaumère acide et les eaux de lavage renferment encore de la thorine« Par Févaporation , on réduit la liqueur à un moindre volume, on la sature par du carbonate potassique , et on la mêle avec une dissolution saturée bouillante de sulfate potassique. Par le refroidissement il cristallise un sulfate double potassique et thorique , insoluble dans une dissolution saturée de sulfate potassique. Ce sel double est bien lavé avec une dissolution de sulfate potassique, puis dissous dans Teau chaude et précipité par l'ammoniaque. Le précipité laisse, après la calcination^ une terre légèrement colorée en jaune par un peu d'oxyde manganique , qui peut être éliminé parle moyen cité plus haut. — Ce n'est qu'en faisant rougir la thorine qu'on peut l'obtenir parfaitement libre de toute combinaison.
La thorine est blanche; la plus légère trace d'oxyde manganique suffit pour lui communiquer une teinte jaunâtre. Parmi les terres, c'est la plus pesante; son poids spécifique est de g,4oa. Ni seule, ni combinée avec les acides, elle n'es^ décomposée par le potassium.
jB% thoäiwe.
La thorine se combine avec l'eau > et produit un hydrate qu'on obtient en précipitant ses dissolutions salines par un excès d'ammoniaque caustique. A Tinstar de l'hydrate aluminique , Thydrate thorique est gélatineux , se dépose promptement au fond des Tases , et se contracte beaucoup par la dessiccation. Lorsqu'il est séché à lair, il absorbe de lacide carbonique ; il faut donc'Ie dessécher« dans le vide, sur de l'acide sulfurique. Encore humide, il se distout aisément dans les acides, mais beaucoup moins lorsqu'il a été desséché. Ses combinaisons , saturées avec les acides, ont une saveur purement astringente. Les alcalis caustiques ne dissolvent pas rhydrate thorique ; les carbonates alcalins le dissolvent au l^ntraire assez facilement. L'hydrate thorique est plus soluble à froid qu'à chaud : une dissolution d'hydrate thorique saturée à froid dans le carbonate ammonique, et chauffée à 60^ dans un flacon bien fermé , se trouble et dépose une grande partie de l'hydrate , qui se redissout, après le refroidissement, au bout de quelques heures. L'ammoniaque ne précipite pas l'hydrate thorique de sa dissolution saturée dans le carbonate ammonique , comme il en précipite la zircone; au contraire, le pouvoir dissolvant du carbonate en est accru. — La thorine obtenue par la calcination de l'hydrate est très-dure et très-difficile à réduire en poudre.
Aucun acide, excepté l'acide sulfurique, ne dissout la thorine calcinée. Pour qu elle se dissolve, il faut la faire digérer longtemps dans de l'acide sulfurique étendu , dont on chasse l'excès par une légère chaleur; on obtient ainsi une masse saline, soluble dans leau. La calcination avec les alcalis caustiques ou carbonates ne la rend pas plus soluble dans les acides^ et on peut en extraire l'alcali par l'eau; et la terre, lorsqu'on essaye alors de la laver, passe par le filtre comme une liqueur laiteuse. Il suffit d'ajouter du sel ammoniac ou un acide à la liqueur, pour que la thorine s'en sépare de nouveau.
La thorine ne subit aucun changement au chalumeau. Le borax et le phosphate ammonico-sodique la dissolvent pendant la fusion en petite quantité; et quand la perle fondue et limpide en est saturée, elle devient d'un blanc de lait en refroidissant. Une perle froide et transparente ne devient pas opaque au flamber. L'yttria, la glucyne et la zircone perdent, dans les mêmes circonstances, leur transparence.
Voici les caractères qui distinguent la thorine des autres terres r <
SULFURE THORIQÜE« l83
a. La propriété toute particulière de son sulfate d'être précipité par lëbullitiôn, et de se redissoudre complètement, quoique avec lenteur , dans Teau froide.
b. Elle diffère de lalumine et de la glucjne, en ce qu'elle est insoluble dans la potasse caustique.
c. Elle se distingue de l^yttria par la propriété de donner, avec le sulfate potassique, un sel double, insoluble dans une liqueur Mtniée de sulfate potassique. Le sel d yttria est soluble dans ce cas.
i/. Enfin , elle diffère de ta zircone , en ce que les dissolutions des sels thoriques neutres sont fortement précipitées en blanc par le cyanure ferroso-polassique ; ce qui n'arrive pas aux sels zirco* niques. Le sulfate zirconico-potassique une fois précipité, est en ^nde partie insoluble dans l'eau pure, tandis que le sulfate double de thorine y est parfaitement soluble.
La thorine le cède, dans ses affinités, à la plupart des terres* Par la voie humide, elle rivalise avec la zircone; mais, parla voie sèche , ses combinaisons sont beaucoup plus faciles à décomposer que celles de la zircone, ce qui parait dépendre de Taction singulière qu'exerce la chaleur sur la thorine^ et qui consiste à suspendre son affinité pour les autres corps. Probablement ce {Jiénomène repose sur la transformation de la thorine en une modification isomérique.
Nous admettons que la thorine se compose de i atome de thorium et de I atome d oxygène ; soit :
Centièraes. Atomes.
Thorium 88,i65 i
Oxygène 1 1,835 i
Poids atonaique, = 8449900; formule, = Th.
L'hydrate se compose de i atome de thorine et de i atome d'eau =ThH, et renferme 1 1,76 pour cent d'eau.
Sulfure thorique. On l'obtient en chauffant , en vase clos , un mélange de soufre et de thorium. Dés que le soufre a passé à la distillation, le thorium s'enflamme et brûle avec vivacité dans le soufre gazeux. Le sulfure thorique ainsi produit se présente sous la forme d'une poudre jaune foncé , qui devient brillante par le frottement avec un corps dur; mais l'éclat qu'elle acquiert n'est nullement métallique. Chauffé dans un courant de gaz sulfide hydrique, le sulfure thorique ne subit aucun changement; chauffé
l84 SÉLÊflUM.
dans un tube ouvert aux deux extrémités , il donne du soufre, et le thorium brûle sans beaucoup de Tivacité, pour former de la thorine. Les acides sulfurique , nitrique et chlorhjdrique Tatta« quent à peine , même à chaud. Dans les premiers moments, il dégage des traces de gaz sulfide hydrique; ensuite il ne subit plus aucun changement. L eau régale le dissout totalement à l'aide de la chaleur. La dissolution renferme du sulfate thorique.
Phosphore thorique. Il se forme avec dégagement de lumière, quand on chauffe du thorium dans du phosphore gazeux. Le com» posé qui en résulte a la couleur grise foncée et leclat méullique du graphite; leau ne Taltère pas, mais lorsqu'on le chauffe au contact de l'air, il brûle et se transforme en phosphate.