‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 3)Chapitre 29 sur 80 · Molyhdène · texte numérisé non relu

Molyhdène

Ce métal a été découvert, en 1778, par Scheele , dans un mi-

3a6 HOLTBDàsrx.

néral qui ressemble au graphite, avec lequel on Tavait confondu jusqu -alors; il lui donna le nom grec de mo/jA^/er/ia, graphite. Le minéral dans lequel il lavait trouvé se compose de soufre et de molybdène; en outre, on a rencontré ce métal à Tétat de moljbdate piombique. Cependant la réduction de lacide molybdiqueà 1 etat métallique n'appartient pas a Scheele^ mais à un autre chi* miste suédois y nommé Hjelm ^qni fit beaucoup d'expériences à ce sujet. Après Hjelm^ le molybdène a été examiné ^atBucAoIz, dont les travaux sur ce métal ont enrichi la science de la découverte des oxydes brun et bleu, et de différentes observations éparses qui prouvaient qu-il restait encore plusieurs points à éclaircir, que j'approfondirai, j'espère, d'une manière satisfaisante dans ce qui va suivre, en rapportant les résultats de quelques expériences que j'ai faites.

Le molybdène a peu d'afSnité pour l'oxygène , et il est fiicile à réduire. Ses oxydes, introduits dans un creuset brasquéet exposés à une forte chaleur rouge , se réduisent parfaitement, et dans tQute l'épaisseur de leur masse; mats le métal obtenu est trèsréfractaire. En mettant dans un creuset brasqué du surmolybdate potassique fondu, et le chauffant dans un fourneau à vent, on obtient un régule poreux qui , dans les points où il était en contact avec le charbon , ainsi qu'à la face interne de toutes ses excavations, est métallique et d'un blanc mat, semblable à de l'argent allié dont la surface a été blanchie. A Tintérieur il est gris. Hjelm et Buçhoh sont parvenus à obtenir du molybdène à moitié fondu, et Bucholz s'en est même procuré des culots arrondis, du poids de quatre grammes. Dans cet état, le molybdène est blanc, semblable à de l'argent mat^ et susceptible d'être poli. Bucholz en a trouvé le poids spécifique de 8,6i5 à 8,636. Le n^étal fondu est à cassure compacte, s*aplatit un peu sous le marteau avant de se fendiller, et se conserve sans altération à l'air.

Pour s'en servir en chimie, l'état d'agrégation du métal est indifférent, et alors la meilleure manière de le préparer consiste à réduire l'acide pu l'oxyde par le gaz hydrogène; on peut, par ce moyen, en obtenir de soixante à cent grammes à la fois. On introduit de l'oxyde ou de l'acide molybdique dans un tube de porcelaine, et on y fait passer un courant de gaz hydrogène, séché sur du chlorure calcique, pendant que le tube est porté au rouge blanc. Qiiand il ne se forme plus d'eau, on arrête l'opération , et on laisse

OXTDE MOLYBDKUX. 3^7

refroidir le métal au milieu d'un courant continuel de gaz hydrogène. Le molybdène se présente alors sous forme d'une poudre métallique d*un gris cendré , susceptible de poli , qui conduit Té« lectricité, et nest pas altérée par 1 air. Sa chaleur spécifique est, d'après Regnault^=zOyOy2i8'j d'après Dulong et PetU^ 0,0659. -— Le molybdène se réduit aussi au chalumeau sur du charbon, à l'aide du carbonate sodique.

En chauffant ce métal dans un yaisseau ouvert jusqu'au rouge naissant, il passe à l'état d'oxyde brun ; et quand on maintient la chaleur pendant longtemps au rouge brun , il finît, d'après Buc^ holz y par devenir bleu. A une température plus élevée encore, il se convertit en acide, brûle sans flamme, fume, et dépose , à la surface , de l'acide molybdique cristallisé. Le molybdène n'est dissous, ni par l'acide sulfurique étendu, ni par l'acide chlorhydrique, ni par l'acide fluorhydrique; mais il se dissout dans l'acide suUurique concentré, avec dégagement d'acide sulfureux et formation d'une masse brune. Il est oxydé par l'acide nitrique, qui If dissout et forme avec lui du nitrate molybdique quand le métal est en excès ; si, au contraire , l'acide prédomine, il se produit de l'acide molybdique , qui se dépose. L'eau régale le dissout aFec facilité ; l'hydrate pots^ssique ne le dissout pas par la voie humide, et même 9 par la fusioq , il ne l'oxyde que très-difficilement et lentement, avec dégagement de gaz hydrogène. Par le nitre, il est o^ydé avec violence«

L'atonie (lu molybdène pèse 698,5 ao; il est représenté par Mo.

Combinaisons de l'ox/gè/ie av^ If molybdène. Le molybdène a trois degrés d'oi^ydation : deux Qxydes, qui sont des bases salifiables, et un acide.

i"" Oxyde tnofybdßux. On l'obtient en dissplvant un molybdate dans une petite quantité d'ei^u, versant de l'acide chlorhydrique dans la liqueur jusqu'à ce que lacide molybdique, qui se précipite d'abord , ^oit redissou^ , et mettant la liqueur en digestion avec du zinc distill^. Cç d^ni^ s'oxyde aux dépens de Tacid^ molybdiqu^, et I^ liqueur devient d'abord bleue, puis d'un rouge brun , enfin noire; après quoi elle contient , outre le chlorure zinciquci un chlorure de molybd^e, d'où la potasse précipite une masse noire floconneuse, qui ç^% \ hydrata d* oxyde molybdeux. Quand laction du zinc est prolongée pendant longtemps , il précipite à h fois de l'hydrat« d'oxyde molybdeu^i ^ et la dissolution ne re-

3a8 OXYDE MOLTBDEtJX.

lient alors que du chlorure zincique. Pour séparer l'oxyde molybdeux de l'oxyde zincique, on verse dans la liqueur la quantité d'ammoniaque à peu près suffisante pour précipiter le premier et laisser le second, puis on la filtre. On lave loxyde niolybdeux plusieurs fois, d'abord avec de l'eau chargée d'ammoniaque pour enlever l'oxyde zincique adhérent, puis avec de l'eau froide; on le comprime, et on le sèche dans le vide, sur de Tacide sulfurique. L'hydrate d'oxyde molybdeux qui vient d'être recueilli sur un filtre est noir ; mais, pendant le lavage, il devient pins clair et lirunâtre, ce qui tient à un commencement d'oxydation plnséleW. En le conservant sous l'eau , dans un vase non bouché , la couche supérieure devient d'un rouge brun au bout de quelques jours.

L'oxyde zincique adhère avec opiniâtreté à l'oxyde molybdeux. Mais on peut obtenir ce dernier entièrement privé de zinc, en mêlant un sel molybdique avec une plus grande quantité d'acide chlorhydrique qu'il n'en faut pour saturer la base , Tagitant avec un amalgame de potassium peu riche en potassium ^ de sorte qu'il ne se décompose pas trop promptement, et précipitant ensuite la dissolution noire par l'ammoniaque caustique.

On peut, au moyen de l'acide chlorhydrique et du zinc, ramener l'acide molybdique fondu ou cristallisé à l'état d'oxyde molybdeux, sans qu'il soit dissous par l'acide chlorhydrique ; mais, à cet effet, il faut que la réaction soit prolongée. L'oxyde molybdeux conserve alors la forme écailleusede l'acide, devient noir, et paraît au soleil d'un jaune de laiton foncé. Recueilli sur un filtre et lavé, il devient de suite rouge brun ou pourpre foncé; et quand on le dessèche, il prend une couleur bleue. La rapidité de cette oxydation est remarquable, parce que l'hydrate molybdeux, précipité par l'ammoniaque, ne s'oxyde que très-lentement; elle tient sans doute à ce que l'oxyde molybdeux réduit ne contient point d'eau , ou à ce qu'il conserve la forme de l'acide ; de sorte que tous les pores restés ouverts par le dégagement d'oxygène favorisent la combinaison. Une petite partie de l'oxyde molybdeux se redissout avec le zinc dans l'acide ajouté. — Quand on mêle du molybdène avec un poids égal d^oxyde molybdique, et qu'on chauffe le mélange dans un vase fermé , il ne parait subir aucun changement, et les deux corps semblent ne pas agir Tun sur l'autre.

L'hydrate d'oxyde molybdeux se dissout difficilement dans les

OXYDE MOLYBDIQUE. 829

aci(I(i5. La dissolution est presque noîre et opaque, quand elle n*est pas très-e'tendue. Sa saveur est purement astringente, et n'a rien de me'tallique quand il est exempt de zinc. Si l'on chauffe doucement, dans le vide, Thydrate molybdeux, précipité par Tammoliiaque, il abandonne son eau avec lenteur; et si, après que toute Feau est dégagée, on continue à chauffer l'oxyde molybdeux dans le vide jusqu'au rouge naissant, il prend feu, et produit une déflagration vive et scinïillante; après quoi l'oxyde molybdeux, qui reste, a une couleur noire comme celle de la poix , et n'est plus soluble dans les acides. Chauffé ci l'air libre, il s'enflamme, brûle faiblement, et se convertit en oxyde molybdique. L'oxyde molybdeux réduit par le zinc ne produit pas ce phénomène de lumière, sans doute à cause de l'oxyde zincîque, avec lequel il est combiné, et que l'ammoniaque ne peut enlever. L'oxyde molybdeux n'est soluble ni dans la potasse caustique, ni dans les carbonates alcalins fixes. Le carbonate ammonique, au contraire, le dissout, lorsqu'on se sert de ce réactif pour le précipiter de sa dissolution dans un acide, et qu'on en met un excès ; par i'ébullition, il se précipite de la liqueur.

L'acide molybdeux se compose de :

Centièmes. Atomes.

Molybdène 8^,69 . .' i

Oxygène i4j3i ........ i

Poids atomique , =698,520 ; formule , =MoO ou Mo.

2** Oxyde molybdique. Bucholz l'a obtenu en tassant du raolybdate ammonique dans un creuset de Hesse, et en l'exposant, après l'avoir bien couvert, à une forte chaleur alimentée par un soufflet. L'oxjde molybdique, produit par la réduction de l'acide aux dépens de l'hydrogène de l'ammoniaque, s'agglomère par l'effet de la chaleur^ et forme des écailles cristallines douées du brillant métallique, et ayant une couleur foncée de cuivre ; leur poids spécifique est de 5,666. Mais cet oxyde est mêlé avec de l'acide molybdique, ce qui tient à ce qu'une partie du sel a abandonné son ammoniaque sans être décomposée.— Le meilleur moyen pour préparer l'oxyde molybdique , et celui qui en donne le plus , consiste à mêler du molybdate sodique sec, qui peut sans inconvénient contenir un excès de soude, avec du sel ammoniac en poudre fine, et à chauffer rapidement le mélange dans un creuset de platine couvert, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de fumée de sel ammo-

33o OITDE MÛLTBDIQUE.

niac. On enlève alors le creuset du feu, et sur la masse refroidie on verse de Teau^ qui dissout du sel marin et laisse une poudre brune presque noire. On fait bouillir cette poudre avec une faible dissolution de potasse caustique, pour enlever l'acide m(« lybdique qui pourrait y adhérer; on la met sur un filtre, et on la lave bien. C est une poudre fine et noire, qui est d'un brun foncé après la dessiccation, et qui paraît pourpre et brillante à la lumière du soleil. — L'oxyde molybdique préparé par cette méthode est insoluble dans les acides. L'acide sulfurique concentré et le surtartrate potassique, avec lesquels on le met digérer , en dissolvent ordinairement une petite portion ; mais, quelque temps qu*on prolonge ensuite la digestion, il ne s'en dissout que cette faible quantité. L'acide nitrique le transforme en acide molybdique ; les acides chlorhydrique et fluorhydrique ne l'attaquent pas. La potasse caustique est sans action sur lui par la voie humide.

L'oxyde molybdique , préparé par la voie humide, forme un hydrate^ se dissout dans les acides pour donner naissance à des sels, et possède des caractères dont ne jouit point l'oxyde calciné. Il existe plusieurs méthodes pour préparer l'hydrate d'oxyde molybdique. i"" On met digérer du molybdène en poudre avec une dissolution concentrée d'acide molybdique dans un autre acide , surtout Tacide chlorhydrique, jusqu'à ce que la liqueur, qui se colore d*abord en bleu , ait pris une couleur rouge très-foncée^ on précipite alors l'hydrate au moyen de l'ammoniaque; a"" on dissout dans l'eau du chlorure iiiolybdique, obtenu en faisant passer du chlore sec $ur du molybdène ^ et on précipite la dissolution par l'ammoniaque \ 3° on fait digérer l'acide molybdique avec de l'acide chlorhydrique et du cuivre, jusqu'à ce que tout l'acide molybdique soit dissous. La liqueur est d'un rouge foncé \ on y verse un excès d'tmmo-» niaque suffisant pour retenir tout l'oxyde cuivrique en dissolu« tion. L'hydrate molybdique qui se précipite doit être lavé avec de l'eau chargée d'ammoniaque.

Cet hydrate est couleur de rouille, et ressemble tellement a l'oxyde ferrique précipité par l'ammoniaque, qu'il est impossible de distinguer ces deux corps au simple aspec^. On peut ajouter pendant longtemps de l'alcali aux dissolutions neutres d^ l'oxyde molybdique dans les acides, avant que le précipité, qui se forme de suite , cesse de se redissoudre. Cela tient à ce que l'hydrate est soluble dans l'eau ^ et qu'il ne s'en précipite que quand la liqueur

OXTDE MOLTBDIQIÎB. 33 I

est melëe avec une certaine quantité de sei, qui le déplace. Il parail former, avec quelques acides , des soussels solubles. Lorsqu'on le lave sur un filtre, Teau de lavage ne tarde pas à prendre une teinte jaune, qui devient de plus en plus forte jusquà ce que tout l'hydrate soit dissous et enlevé. Il se précipite de nouveau quand la dissolution arrive dans la liqueur saline qui a passé la première à travers Iß filtre» C*est pour cela qu'il faut le laver avec une dissolution de sel ammoniac, et enlever ce dernier au moyen de lal* cool. A la vérité, celui-ci dissout aussi de Thydrate molybdique, mais bien moins que n'eu dissout l'eau. Qn dessèche Vbydrate dans le vide, sur de l'acide sulfurique; car, en le desséchant à l'air, il est sujet à devenir bleu, du moins à l'extérieur. Quand on laisse l'hy« drate, tant qu'il est encore humide, sur du papier Joseph à l'air libre, à mesure que l'humidité ^'infiltre dans le papier, il devient brillant à sa surface , comme un extrait végétal qui commence à se liquéfier, et prend en mçme temps une teinte plus foncée. Ce phénomène dépend réellement d'un commencement de déliquescence accompagnée d'une absorption d'oxygène, et de la formation d'un composé bleu plus soUible. Si l'on verse de l'eau sur l'hydrate qui a subi pe changement, l'eau enlève d'abord la combinaison bleue, et l'on obtient une dissolution verte; après la décantation de la liqueur, l'hydrate se dissout dans l'eau, qu'il colore eu rouge. Il exigQ une grande quantité d'eau* pour se dissoudre , et lorsque la liqueur en est saturée^ elle a une couleur rouge foncée. En la conservant pendant 3 à 4 semaines dans un vas^ fermé, elle se prend en gelée sans perdre sa transparence. En la mêlant avec une dissolution de sel amn^oniac, l'hydrate se précipite complètement. La dissolution aqueuse de l'hydrate rougit lo papier de tournesol, propriété qui ne tient pas à la présence d'un acide étranger qui pourrait se trouver dans la dissolution; cary après avoir précipité l'hydrate parle sel ammoniac, la liqueur ne rouget plus le papier de tournesol, tandis que le précipité conserve cette propriété. La dissolution de l'hydrate a une saveur faible , légèrement astringepte, et ensuite un peu métallique. Abandonnée à l'évaporation spontanée, elle commence par devenir gélatineuse, et se dessèche ensuite sans éprouver un changement essentiel dans sa couleur, si ce n'est sur les bords, où elle devient bleue ou verte. L'hydrate sec est d'un brun foncé, presque noir; il a perdu, p{ir la dessiccation , la propriété de se dissoudre dans l'eau, qui eulève

33a AGIDE MOLTBDIQUE.

seulement les parties devenues bleues. CfaaufTé dans le vide, il abandonne son eau, et Toxyde molybdique brun reste à Tétat anhydre. Malgré que l'hydrate rougisse le tournesol, il ne possède aucune des propriétés qui caractérisent les acides. Les alcalis caustiques ne le dissolvent pas; il est, au contraire, soluble dans les carbonates alcalins , comme plusieurs terres et oxydes métalliques. Une fois précipité, l'hydrate ne se dissout qu'en faible quantité dans les carbonates alcalins ; mais quand on verse un excès de carbonate alcalin dans la dissolution d'un molybdite, tout le précipité se redissout. Dans ce cas , ce n*est pas un carbonate qui est dissous ; car l'oxyde molybdique ne se combine pas avec l'acide carbonique. Le bicarbonate en dissout beaucoup plus que le carbonate; et en faisant bouillir la dissolution obtenue par le premier^ une partie de l'hydrate se précipite. La dissolution dans le carbonate ammonique est entièrement précipitée par l'ébullition. Le dépôt qui se forme de cette manière est plus pesant et d'un jaune plus clair que le précipité qu'on obtient avec l'ammoniaque caustique ; mais , par le lavage , il se dissout comme ce dernier.

Quand on abandonne à elle-même une dissolution d'oxyde molybdique dans le carbonate potassique, contenue dans un vase ouvert, elle change peu à peu de couleur, et se transforme en molybdate. Les sels que forme cet oxyde avec les acides , sont couleur de rouille à l'état hydraté; mais , à l'état anhydre, ils sont presque noirs , et quelques-uns doués de l'éclat métallique.

L'oxyde molybdique se compose de :

Centièmes. Atome».

Molybdène 74^9^ i

Oxygène 25,o5 si

Poids atomique^ =798,520; formule, =MoO* ou Mo.

3** Acide molybdique. On le prépare au moyen du sulfure molybdique qui se rencontre dans la nature; à cet effet, on réduit ce minéral en poudre fine, et on le grille dans un creuset couché, jusqu'à ce qu'il ne répande plus d'odeur d'acide sulfureux; mais la température ne doit pas excéder le rouge naissant. On obtient ainsi une poudre jaune sale , qui est de l'acide molybdique impur. Pour purifier cet acide, on le dissout dans l'ammoniaque caustique, on filtre la liqueur, et on la soumet à l'évaporation, pendant laquelle il se dépose encore des matières étrangères ; puis on la filtre et on l'évaporé de nouveau pour la faire cristalliser. Lors-

ACIDE MOLTBDIQUE. 333

qu'on la met refroidir, on y ajoute un peu d'ammoniaque caus- ' tique, pour remplacer celle qui s'est volatilisée pendant le refroidissement. On expose ensuite le sel cristallise', à une douce chaleur , dans un creuset ouvert , avec la précaution d'éviter que la masse n'entre en fusion ; de cette manière l'ammoniaque est chassée, tandis que l'acide reste pur.

Mais le meilleur moyen pour se procurer de l'acide molybdique pur, consiste à traiter l'oxyde molybdique par l'acide nitrique; l'excès d'acide nitrique est évaporé, et le résidu est doucement calciné.

Dans cet état , l'acide molybdique est une masse blanche , légère, poreuse, qui se délite dans l'eau, et se divise en petites écailles cristallines très-déliées, soyeuses, et brillantes au soleil. Chauffe jusqu'au rouge, l'acide se fond en un liquide jaune foncé; après le refroidissement , il est d'un jaune de paille pâle et cristallin, de manière qu'en se brisant il se divise en paillettes cristallines. Son poids spécifique est de 3,49* La présence d'une petite quantité d'alcali augmente beaucoup sa fusibilité. Dans un vase fermé, il supporte une forte chaleur rouge sans se volatiliser. Dans un vase ouvert, au contraire, il fume, se volatilise déjà à la température à laquelle il entre en fusion , et sa surface se couvre d'acide sublimé, sous forme de paillettes cristallines. Le meilleur moyen pour obtenir l'acide sublimé consiste à le chauffer dans un creuset de platine muni d'un couvercle concave , dans lequel on tient constamment de l'eau. Par suite du courant d'air entretenu dans le creuset par le refroidissement du couvercle, il se forme une multitude de paillettes cristallines, qui se rassemblent sur les parois du creuset. L'acide sublimé affecte la forme de lamelles ou d'écailles incolores.

L'acide molybdique est peu soluble dans l'eau, à laquelle il communique une faible saveur métallique et la propriété de rougir le tournesol. Cependant l'eau n'en prend que ^ de son poids. Il ne se combine point chimiquement avec elle ; l'acide qui se dépose de l'acide nitrique, quand on y dissout du molybdène ou de l'oxyde molybdique , ne contient qu'une petite quantité d'humidité, qui ne paraît pas y être à l'état de combinaison chimique. Ayant la calcination , il est soluble dans les acides , et forme avec eux des composés particuliers, dans lesquels il joue en quelque sorte le rôle de base; ces composés sont peu connus. Lorsqu'on le fait

334 MOLTBDATES D^OXtOE MOLTBDIQCE.

bouillir dans Teau avec da surtartrate potassique , il se dissout , même quand il a été préalablement fondu. L'acide molybdique se compose de :

Centièmes. Atomes.

Molybdène 66 fit : . i

Oxygène 33,39 3

Poids atomique, =898,53; formule, =MoO^ ou Mo. Il a une grande tendance k former des sels acides avec les bases puis« sante«k

Molybdates doxyde molybdique. A Tinstar des métaux précé« dents , Tacide molybdique forme des composés avec loxyde molybdique, dont l'un est d*un beau bleu^ et lautre d'un beau vert. Bucholz a découvert qu'en triturant une partie de molybdène avec deux parties d'acide molybdique, et faisant bouillir le mélange pendant quelque temps avec de l'eau , il se formait une dis« solution bleue, qu'il a considérée comme un degré particulier d'oxydation, et à laquelle il a donné le nom à* acide moljhdeux^ parce qu'elle rougit le papier de tournesol , et parce qu'il croyait avoir obtenu des sels particuliers en la combinant avec les alcalis. On peut aussi préparer ce composé en triturant pendant longtemps avec de l'eau trois parties d*oxyde molybdique et quatre d'acide molybdique, et faisant ensuite bouillir le mélange. On évapore la liqueur bleue à une douce chaleur, sur un peu dé molybdène métallique, et on obtient ainsi une masse bleue, extractiforme. — Le meilleur moyen de se procurer ce composé sous forme solide, consiste à verser goutte à goutte une dissolution de chlorure molybdique dans une dissolution saturée, ou au moins peu étendue de bimolybdate ammonique cristallisé, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité bleu. Les sels échangent leurs parties constituantes, de sorte que l'on obtient du chlorure ammonique et du mofybdate moiybd/que^ qui se précipite sous forme d'une poudre bleue, soluble dans l'eau, mais très-peu soluble dans une liqueur saline. On^filtre; le liquide qui passe a une faible teinte bleue, mais il est vert quand il contient un excès de chlorure molybdique. Il reste sur le filtre une matière qui ressemble parfaitement à deTindigo, et qu'on lave avec une dissolution de sel ammoniac, dans laquelle elle est insoluble. Si l'on se sert ensuite d'eau pure pour enlever le sel ammoniac, une partie de la poudre est dissoute , et la liqueur qui filtre est d'im bleu si foncé

HOLTÈDÂTES D^05tYDE HOlTfiDIQUE. 335

qu elle paraît opaque. Après aToIr lave le précipité pendant quelque temps à leau froide , on lé dissout dans Veau bouillante^ qui en prend plus que l'eau froide, sans en abandonner par la suite. Il se dissout aussi dans Tälcool. Pour le conserver sous forme sèche, il faut, après avoir enlevé le sel ammoniac par le lavage, faire desséche!* la poudre à la température ordinaire de l'air; elle ne s*oxydé pas davantage pendant la dessiccation, et tie pètd rien de sa solubilité dans l'eau. Chauffée dans le vide , elle abandonne de l'eau, èl formé, après lé refroidissement, une matière de couleur foncée bleue brunâtre , qui ne se dissout plus dans l'eau. La disso- Intion aqueuse du composé bleu rougit le papier de tournesol, et ä une saveur à peine acidulé , astringente, et ensuite métallique. A l'air, elle ne s'oxyde pas davantage, ou si toutefois elle absorbe de l'oxygène, ce n'est qu'avec beaucoup de lenteur; loxydatioii est plue prompte quand on la fait évaporer à l'aide de la chaleur. Si i on dissout du sel ammoniac dans la liqueur qui renferme b combinaison bleue , cette dernière sé précipite de nouveau ; et si la quantité de sel ammoniac est suffisante, la liqueur se décolore presque entièrement. La combinaison bleue est dissoute par lei acides, et forme avec eux des dissolutionsd'un beau bleu foncé, qui donnent^ par l'évaporation , des masses ayant la. coulistance de sirop et l'aspect d'extrait, dont la couleur, bleue foncée, se perd peu à peu à l'air, surtout à chaud. II paraît que ce sont de véritables combinaisons chimiques avec les acides ; car quelques-unes d'entre ell^s ne sont pas précipitées par le sel ammoniac. La combinaison bleue est décomposée par les alcalis , qui lui font perdre de suite sa couleur : il se précipite de i'hjdrate molybdique , et H reste un moljbdate dans la liqueur. Lorsque la dissolution est très-«tendue, l'addition d'un alcaline fiiiitpas disparaître la coupleur bleue , et c'est sans doute pour cela que l'on a admis l'exis«tence des molybdites bleus dont parle J^ocAo/z. La manière donc cette combinaison se comporte avec les alcalis, met hors de doute qu'elle est un molybdate molybdique. Des chimistes plus anciens soutiennent que le molybdate stanneux, qu'ils appelaient carmin hUu^ a une couleur bleue. Mais cette assertion est inexacte; l'on voit maintenant que, quand un sel stanneux se convertît en sel stannique aux dépens de l'acide molybdique^ il donne nais-» saoce à du molybdate molybdique, et que, par conséquent, le carmia bleu doit être un mélange dâ molybdate stannique et de

336 BISULFURE MOLYBDIQUE.

inolybdate molybdique précipités ensemble, dans lequel la couleur blanche du premier rehausse la couleur bleue foncée du second. On réussit, à l'aide d'un mordant d etain , à fixer le moljbdate molybdique comme colorant sur la laine et la soie; cette dernière prend par là une belle couleur bleue, mais qui n'est pas plus foncée que le bleu moyen. On pourrait tirer un parti avantageux de cette couleur bleue pour teindre la soie en vert, si l'on pouvait se procurer la matière colorante en plus grande quantité. Le composé bleu est formé de i atome d'oxyde molybdique (17 pour cent) , uni à 4 atomes (83 pour cent) d'acide molybdique; c'est un bimolybdate molybdique =:Mo Mo^

L'acide molybdique paraît encore se combiner avec une plus grande proportion d'oxyde. Lorsqu'on précipite, par l'ammoniaque caustique, l'oxyde molybdique d'une dissolution saline bleue , qui contient un excès de cet oxyde, on obtient un précipité vert sale , qui peut être lavé avec une dissolution de sel ammoniac, mais qui est décomposé par l'eau pure; de telle manière que celle-ci enlève du molybdate molybdique, tandis que l'hydrate reste avec sa couleur naturelle. £n faisant digérer , dans un vase hermétiquement fermé, un mélange d'acide molybdique, de molybdène et d'eau , on obtient d'abord une liqueur bleue , qui devient veite après une digestion de plusieurs jours, et ne subit plus alors de changement. Cette liqueur paraît être une dissolution de la combinaison mentionnée, avec moins d'acide, et qui contient alors I atome d'oxyde et a atomes d'acide, c'est-à-dire^ du molybdate molybdique neutre, =:MoMo', et qui probablement s'obtient le mieux en versant gouttera goutte du molybdate potassique neutre (K Mo) dans une solution d'un molybdite égale* ment neutre, ou dans une solution de chloride molybdique. Lorsqu'on ajoute un alcali à la liqueur, celle*ci devient d'un jaune pur, mais il ne se précipite rien, la quantité de sel qui s'y trouve n'étant pas suffisante pour précipiter l'hydrate molybdique dissous. Quand on mêle la liqueur verte avec du sel ammoniac en poudre, la combinaison verte se précipite. Le même sel , versé dans la liqueur jaune contenant de l'ammoniaque, en précipite également la combinaison verte, malgré la présence de l'alcali.

Sulfures de molybdène. On connaît trois degrés de sulfuration de molybdène : un sulfure et deux sulfides.

f Bisulfare molybdique. Il se rencontre, dans le règne minéral.

SULFIDE MOLTBDiQtJE. 337

SOUS le nom vulgaire de molybdène. On le trouve assez souvent dans le granit , mais rarement en quantité un peu considérable. U existe sur un grand nombre de points en Suède, et on Ta même trouvé dans Tenceinte de Stockholm. Il forme des masses cristallines d un gris plombé, douées de Téclat métallique, et composées de lames flexibles. Il est gras au toucher, et peut servir pour écrire sur le papier comme le graphite ; mais sur la porcelaine il laisse des traits d^un vert foncé. Son poids spécifique est de 4)138 34,569. Chauffé daus des vaisseaux fermés, il n'entre point en fusion, et n*est point altéré aune température très-élevée. L'acide sulfurique bouillant le dissout avec dégagement d acide sulfureux, et la liqueur se colore en bleu. L'acide nitrique Toxyde facilement sans le dissoudre, tandis que Peau régale le dissout. Il est trèspeu attaqué par l'ébullition avec de la potasse caustique ; mais, en le faisant fondre avec cet alcali, il donne naissance à une combinaison qui se dissout dans l'eau, et qui forme avec celle-ci une dissolution brune; mais alors la proportion entre le soufre et le métal nW plus la même.

Le sulfure molybdique est composé de :

Centièmes. Atomes.

Molybdène 59,80 i

Soufre 4^}^^ 1 . : 21

Poids atomique, = iooo,85; formule, ==MoS* ou Mo. Il est protable que le molybdène forme aussi un sulfure simple^ =MoS ou Mo , et qu'on puisse Tobtenir en décomposant un molybdite par le sulfure hydrique; mais ceci n*a pas encore été examiné.

2* Sulfide molybdique. On le prépare en décomposant la dissolution concentrée d'un molybdate par le gaz sulfide hydrique, et précipitant ensuite la liqueur par un excès d'acide. On obtient un précipité brun foncé, presque noir, qui devient tout h fait noir par la dessiccation , et en même temps un peu acide. Sur la porcelaine il forme un ton brun noirâtre. Par la distillation^ il donne du soufre, et se transforme en bisulfure de molybdène. Peu soluble dans les alcalis caustiques, il se dissout plus facilement dans le monosulfure potassique ou dans les sulfliydrates; mais la dissolution s'opère lentement sans le secours de la chaleur. On peut se procurer ce degré de sulfiiration en dissolvant Tacide molybdique dans un sulfhydrâte , et précipitant la dissolution par un acide ; mais alor$ le sulfide est souvent mêlé avec du soufre ou avec de II. a2

338 PER8ULFIPE ^OLTBDIQUE.

lacide molybJique. La dissolutipri d'acide tifoljl^digiip dany laride chlorhydfique donne, a¥ßc }e gaz 3ulfide ^dri^e, du soufre et une liqueur bleue, qui devient ensuite verte , et finit par L^ser déposer du sulfure de molybdène ordinaire de couleur grise. Le gaz sulfifle bydrîquf , mis en contact fiyec lacide molybdique l)umide, le rend d abord bleu i ensuite noir. Le suliide molybdique est composé de :

Centièmes. àlosies.

Molybdène ^9j29 i

Soufre So^ai 3

Poids atomique ^ ;= 11202,01 5 ; formule, =MoS^ op ÀIo.

Persulfide molybdique. Pour Tobten ir, on prépare une solution de sulfomolybdat^ potassique (dissolution de siflfide molybdique dans du sulfure potassique) , et on la salure exactement de sulfure molybdique, ou mi^ux encore on met un excès de ce dernier, et on fait bouillir le toi|t longtemps avec de Teau ; la dissolutioTi se trouble, et il $e dépose une poudre noire^ que Tofi lave sur un filtre avec de leau froide , jusqu'à ce qu eq mêlant la liqueur qui passe avec deTacid^ chlorhydrique^ il se forfue un précipité coloré en rouge, et non en noir brunâtre. On verse alors de Teau bouillante sur la masse contenue dans le ^Itr^; cette eau prend une teinte rouge foijpée, et quand elle ne dissout plus rien, on versa un excès d'acide clilorhydrique dans la liqueur. On obtient ainsi un précipité volumineux, rouge foncé, translucide, que Ton lave sur un filtre. C^est du persulfide molybdique, qui diminue beaucoup de volume par la dessiccatiob , prend de Téclat métalliqi^e, devient gris, et donne une poudra ^'ixu brun cannelle. La formation de ce suliide est due a ce que, par 1 ébullition , il se produit dans la liqueur un sel peu sofuble, qui se trouve à un plus haut degré de sulfuration (un hypérsulfomolybdate), et dn sulfure molybdique gi'is, composés qui se précipitent en même temps ; leau froide ne dissout que très-peu , ou ne dissout point du sel précipité; mais ce sel est très-soluble dans feau boitillante, et l'acide en précipite le sulude.

Le persulfide molybdique est composé de :

Cendèmes. Atomet.

Molybdène 4^^>65 .*.••.•.!

Soufre 57,35 4

Poids atomique , =: 1903,18; formule, =MoS^ ou Mo.

Ihn$ leà trois sulfurés de molybdène, les quanlités de soufre sopt eptre filles ooiuriie les nombres :) 9 3 ei 4* Les deux derniers formant des seU particuliers avec ies Sulfobases. Les combinaisons du molybdène avec les corps Imlogènes seront décrites parmi Ls sels h'^iloïdes de ce métal.

lusqu a (»"ésent pn il a pas fait usage du molybdène dans les aru. C. G. Gmèlin d trpuvé qu il agit comme poison sur les aniidaux vivants, quoique à un faible degrés

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