TROISIÈME DIVISION
MÉTÀtX QVI CCmSTITTäRT PRINCIPALSMSAT "LiLÉUtUt BlMCTlIO-
posrriv DÀirs iBa combinaison sali^w.
I* Or{Jurum).
L*or ne se rencontre dans la nature qu'en petites Quantités; mais on en trouve dans presque tous les pays. On le rencontre le plus aliondamnieht dans les parties de TAmerique les plus voisines de 1 equateur, dans le sable de plusieurs rivières d'Afrique, et dans les environs de FOural , en Asie. Il est toujours à I etat natif; ordinairement il contient une quantité plus ou moins gtande d'argent, rarement du tellure. Il se rencontre tatitôt dans des couches de terre meuble , d où il peut être entraîné par les rivières qui traversent ces couches, tantôt dans le roc vif. Quelquefois il se trouve en petites quantités incrusté dans la pyrite; et, dans ce cas, il n'est pas rare que la pyrite se soit convertie plus ou moins complètement en oxyde ferrique, par l'influence électronégative de l'or. D'après l'etpérience de GaAn, il existe à peine une pyrite dans laquelle on ne puisse découvrir des traces d'or, en l'examinant avec l'exactitude convenable. C'est dans l'Amérique méridionale et dails les monts Oural en Sibérie, qu'on l'obtient en plus grande quantité et avec le moins de peine. On l'y rencontre ordinairement en grains plus ou moins volumineux, mêlés avec du gravier, du sable et de la terre, ou entraîné avet; le sable dahs les rivières. L'or se rencontre d ordinaire en petits grains; cependant on le trouve aussi quelquefois e^ morceaux plus gros. La mine de sables aurifères de Zarewo-Alexandrofsk, au pied de l'Oural , est surtout remarquable sous ce rapport : on y a trouvé de gtos morceaux d'or, du poids de plusieurs livres. En i836 on y trouva un morceau qui pesait i3 kilogrammes, et en 184^, un autre qui pesait Sa 1^ de livres (poids suédois), =36,025 kilogrammes. Les principales mines d'or de l'Europe existent en Hongrie.
L'or ayant été débarrassé de la plupart des matières étrangères par le lavage et la lévigation, on emploie le mercure pour l'extraire de ses minerais; on fait passer lexcès du mercure à travers une
peau mincé, et on soumet le résidu à la distillation : le mercure Stf volatilise et laisse lor, combiné fort souvent avec une certaine quantité d'argent. Voici comment on opère pour connaître la richesse des mines d'or : on dissout l'or dans l'eau régale, on chasse l'excès d'acide par l'évaporation , et on yerse dans la liqueur une dissolution de sulfote ferreux qui précipite l'or; on le recueille sur un filtre que l'on a d'abord pesé, on le lave, et on le sèche. Pour essayer le sulfure de fer aurifère , on pulvérise le sulfure et on le traite par 1 acide nitrique fumant , qui ne dissout pas l'or et le soufre. Ce dernier est ensuite chassé par la vaporisation dans un creuset de porcelaine, ou même sur un verre de montre. Cet essai présenie peut-être plus de facilité, en grillant le sulfure de fer jusqu'à ce que tout le soufre soit brûlé , pulvérisant le résidu et le lavant à grande eau, pour enlever les parties légères; l'or reste, et peut être débarrassé des dernières portions d'oxyde ferriqne au moyen de l'acide chlorhydrique, qui dissout cet oxyde. Diaprés Boussingauh^ on peut, de cette manière, faire l'essai sur cinquante grains , et laver la pyrite grillée et pulvérisée dans un tube de verre un peu large , et fermé par un bout.
Pour purifier l'or qu'on rencontre ordinairement dans le commerce, on le dissout dans l'eau régale, et on verse du sulfate ferreux dans la dissolution; ce réactif précipite l'or sous la forme métallique, en passant à Vétat de sel ferrique. La dissolution aurique ne doit contenir que le moindre excès possible d acide nitrique; mais il &ut qu'elle renferme de l'acide chlorhydrique en excès. Le mieux est de commencer par évaporer la dissolution aurique au baintnarie, jusqu'à ce qu'elle n'exhale plus de vapeurs acides; après quoi on dissout la masse dans l'eau, et on la mêle avec de l'acide chlorhydrique. L'or se précipite d'une dissolution concentrée sous la forme d'une poudre brune ou d'un jaune brun , qui est complètement dépourvue de l'éclat métallique, et ne prend cet éclat qu'au moyen dn frottement. Si la dissolution aurique est trèsdiluée, Vaddirion de la dissolution ferreuse la fait, dans le premier moment, paraître d'un bleu clair par transmission, et d'un rouge jaune opaque par réflexion. Peu de temps après, l'or se dépose sous la forme d'une poudre brunâtre. Le sel ferreux précipite l'or complètement, et, quand bien même la dissolution ne contiendrait .pas plus de -^^^ de son poids d'or, le précipité deviendrait visible aubout d'une* heure. Après avoir décanté la liqueur de dessus l'or
37 ö OB.
précipité, on fait digérer celui-ci avec de l'acide chlorbydrique, puis on le lave et on le réunit en un culot, par la fusion avec du nitre et du borax.
La couleur et les propriétés physiques de lor sont généralement connues. L'action de l'air et du feu n'altère pas son éclat. A l'état de pureté il est plus malléable qu'aucun autre métal, et presque aussi mou que le plomb ; il durcit lorsqu'on le forge , et s'il est allié à un autre métal , il se fendille quand on continue de le for« ger; c'est pourquoi il faut le faire rougir de temps à autre, pour pouvoir le forger jusqu'à ce qu'il soit aminci convenablement. Sa ductilité n'a presque pas de limites; la feuille d'or la plus miuce n'a que f^^ de millimètre d'épaisseur, et, vue contre la lumière, elle a une transparence verte. Cinq centigrammes d'or peuvent être tirés en un fil long de i62""-,4i9, et on réduit ce métal en feuilles qui n'ont pas plus de j^ de millimètre d'épaisseur. Son extension va encore plus loin dans les galons d'or. On recouvre un cylindre d'argent de ^ de son poids d'or; puis on le tire en un fil, dont trois mètres six décimètres pèsent cinq centigrammes, et dont l'or fait -^ du volume. Réaumur couvrit 36o parties d'argent avec I partie d'or, et tira le tout en un fil, dont il £illait trois mètres six décimètres pour peser cinq centigrammes. Ce fil fut ensuite aplati au laminoir jusqu'à la largeur d'un demi-millimètre, ce qui l'allongea en même temps d'un quart. Cependant, le microscope ne put y faire apercevoir le plus petit point où l'argent ne fût pas couvert ; la pellicule d'or était égale à ^^^ggg^^ de millimètre. A cette grande ductilité, l'or joint beaucoup de ténacité; d'après les essais de Sickingen^ un fil d'or, long de 64 centimètres sur f de millimètre de diamètre, porte près de 8 kilogrammes \ avant de se rompre. L'or est moins fusible que l'argent et le cuivre, et pour entrer en fusion il exige + ii44 degrés du pyromètre à registre de Daniell, comptés immédiatement sur le platine; cette température corrigée d'après le coefficient de dilatation du platine^ tel qu'il a été indiqué par Dulong etPetit, équivaut à -f- 1097 degrés du thermomètre à air. Pendant la fusion il luit avec une couleur vert-de-mer, qui redevient jaune par le refroidissement. Il est peu volatil, et , dans nos fourneaux ordinaires, on peut le tenir très-longtemps fondu , sans qu'il perde de son poids; mais lorsqu'on le fait fondre dans le foyer d'un grand miroir ardent, il se volatilise, et une plaque d'argept, tenue à plusieurs centimètres
OXTD£S d'oK* 377
au-de49U3, est dorée par ses vapeurs. Si on laisse une grande masse d'or se refroidir lentement, la partie qui se solidifie la première cristallise en pyramides courtes à quatre faces y qui sont des moitiés d'octaèdres réguliers; et, en général, For a une si grande tendance à cristalliser, qu'on le trouve souvent dans la nature sous plusieurs des formes cristallines qui appartiennent au système régulier. L'or se contracte par le refroidissement plus qu'aucun autre métal , de sorte qu'on ne pourrait point s'en servir pour des ouvrages coulés. Sa chaleur spécifique est, d'après Regnault^ o,o3a49 d'après Dulong et Petit y 0,0298. Le poids spécifique de VoT varie entre 19,4 et 19,65, suivant qu'il a été plus ou moins comprimé. Sa couleur devient plus pâle par la fusion avec du borax; mais il reprend sa couleur jaune quand on le fait fondre avec du nitre ou du sel marin. L'or^ obtenu par la voie humide, a nn aspect variable suivant les différentes méthodes qu'on a employées pour le précipiter. En mêlant le chloride aurique à froid avec du chlorure ferreux, lor se précipite à l'état d'extrême division, et avec une couleur brune foncée. Par la décharge d'une pile électrique , on peut le précipiter sous forme de pellicules cohérentes, complètement métalliques, et produire une dorure. Dans une dissolution de chloride aurique par l'éther^ l'or se dépose sous forme de cristaux microscopiques. Si l'on précipite le chloride aurique exactement par de l'hydrate potassique, et qu'on fasse digérer le précipité encore humide (composé d'oxyde aurique uni à du chloride d'or) avec une solution alcoolique d'hydrate potassique, on voit l'or se réduire h l'état d'écaillés si fines et si brillantes, qu elles nagent en suspension dans la liqueur : recueilli sur un filtre, et mêlé, avant la dessiccation, avec un peu de gomme, il peut servir comme matière colorante en peinture, dans les cas où il faut une couche d'or. Réduit, en traitant une dissolution de chloride aurique par l'acide oxalique, l'or forme tantêt une pellicule métallique brillante qui tapisse le verre comme une glace, tantôt de petites paillettes éclatantes qui, vues à un fort grossissement, présentent l'aspect de segments d'octaèdres, c'està-dire de tables à 3 et à 6 pans.
Le poids atomique de l'or est de ia43,oi3, et il a pour symbole Au. C*est principalement par atomes doubles que l'or entre dans des combinaisons. L'atome double ,-= Au* ou Au, pèse 12486,026.
Oxydes dor. L'or a moins d'affinité pour l'oxygène qu'aucun
378 OXTBE AUmQUB.
autre métdl. Seul , il ne â'oxyde à aucune température par le contact de l*air, quoiqu'il puisse, en combinaison avec d'autres corps oxydés, passer k lëtat d'oxjde, et même être vitrifié. On a prétendu qu'à une très-haute température il brûle , et se convertit en oxyde pourpre ; par exemple , par l'efFet de décharges électriques, ou quand on l'expose à la flamme de l'hydrogène et de l'oxygène. Mais ce n'est là, en grande partie , qu'une illusion optique, provenant de ce que l'or se volatilise à une très-haute température, et qu'à l'état de division extrême où il se trouve après la condensation, sa couleur est purpurine. En effet, d'une part, il est très* peu probable qu'il puisse s'oxyder à la température à laquelle son oxyde se réduit; d'autre part, on obtient cette poudre purpurine , soit quand les fils d'or sont volatilisés par la décharge électrique dans le gaz hydrogène, soit quand l'or est précipité d'une dissolution très-étendue par des corps qui le réduisent. Si donc il y a oxydation , dans ce cas elle ne peut avoir lieu que pendant le refroidissement, quand la masse divisée se trouve en contact avec l'air sur un grand nombre de points.
Il n'est cependant pas tout à feit invraisemblable que l'or puisse avoir tm oxyde pourpre, quoique la chose ne soit pas encore prouvée. Jusqu'à présent nous ne lui connaissons , avec certitude, que deux degrés d oxydation.
i** Oxyde aurenx. On l'obtient en versant à froid une dissolution de potasse caustique sur du chlorure aureux; ce dernier est décomposé, et il se sépare une poudre verte, qui est l'oxyde aureux. Cet oxyde est en partie dissous par la lessive ; mais il ne s'y conserve pas longtemps , et commence bientôt à se décomposer, en donnant de l'oxyde aurique et de l'or métallique : ce dernier recouvre le verre, et , vu par transparence, il paraît vert, 2d>soltt* ment comme une feuille d'or qu'on regarde de la même manière.
L'oxyde aureux se compose. de :
Centièmes. Atome«.
Or 96,13 a
Oxygène 3,87 i
Poids atomique, =2586,oa6; formule, =AuO ou Au. On ne connaît pas de combinaisons de cet oxyde avec les acides. Par l'acide chlorhydrique , il se décompose instantanément, tout comme k ferait un sousoxyde , en chloride aurique et eii or métallique. »® Oxyde aurit^ue. On peut l'appeler tovit aussi bien , peu^être
OXTDE AÜRIQÜI. ^'JQ
avec plus d« droit , acitie aurique; car il a une tendance déterminée à se combiner arec les baâes, tandis qu'il ne s unît qu*à un petit nombre d'acides. Il peut être préparé par différents procédés. Le meilleur consiste, d'après Pelletier^ à dissoudre du chlorure aurique dans Feau, et à faire digérer la dissolution a-vec un très-léger excès de magné^e^ l'oxjde aurique se précipite eti combinaison atec là magnésie, et il en reste une petite quantité, dans la liqueur, à 1 etat d'aurate magnésique. On laire bien le précipité avec de Fitu, jusqu'à oe que celle-ci ne se colore plus en jaune quand on jtgoute de l'acide cblorhjdrique; puis on fait digérer la combinaison ayec de l'acide nitrique, qui enlève la magnésie, ainsi que des traces d'oxyde aurique, mais laisse la plus grande partie de ce dernier sans le dissoudre. Quand on emploie de l'acide nitrique étendu^ on obtient un oxyde clair, jaune rougeàtre, qui est ïhjr^ drate aurUjue; tandis que, quand on se sert d'acide concentré, loxyde est anhydre, noir, ou d'un brun foncé. Au lieu de magnésie, on peut aussi se serrir d oxyde 'zincique. Si l'on Teut précipiter le chlorure aurique par un alcali , il £aut en ajouter moins que le chlore nen exige pour sa saturation. On obtient ainsi, au bout de quelques heures, ou en moins de temps, si le mélange a été fait à chaud, un précipité jaune clair, qu'on a regardé autrefois comme du sousmuriate aurique^ mais d'où l'on pouvait extraire le chlo* rure d'or, par le lavage à l'eau bouillante» Si les dissolutions sont concenltées, et qu'on les emploie à chaud, on obtient l'oxyde anhydre de couleur foncée. L'oxyde , précipité par un alcali, retient une partie de ce dernier, et il faut l'en débarrasser par l'a» cide nitrique. L'hydrate aurique doit être desséché sans le secours de la chaleur; il donne ainsi une masse d'un brun châtain, à cassure vitreuse. En le desséchant à + loo degrés, il se contracte promptement) perd son eau, devient noir, et se réduit en partie. Dans le premier cas , il se dissout sans résidu dans Tacide chlorhy* drique ; dans le dernier, il reste de l'or non dissous. En conservant pendant longtemps de l'oxyde aurique , même à l'obscurité , il se teeduvrs peu à peu d'une brillante pellicule d'or; et cet effet est {Wdim rapidement quand l'oxyde est exposé aux rayons solaires, cm ménie seulement à la lumière du jour. Chauffé jusqu'au rouge naissant , il «s décompose , dégage de l'oxygène , et laisse de l'or métallique»
L'ôxyile aturi^ue se compose de ;
38o OXYDE AURIQUE.
Ceatièmes. àtooM,
Or 89,ä3 a
Oxygène '^»77 ^
Poids atomique , :=z2y86pü6 ; formule, = Au'O' ou Au,
On a été pendant longtemps dans l'incertitude sur la nature chimique de loxyde aurique; cest à un traY^il intéressant de /. Pelletier jeune que nous devons d'être fixé à cet égard. Ce chimiste a fait voir que loxyde aurique a très-peu des propriétés qui caractérisent les bases salifiables, et que lacide chlorhydriqueestle seul acide qui le dissolve. La dissolution de Tacide aurique dans les acides nitrique et sulfurique concentrés , loin de ressembler à la combinaison d'une base avec un acide, est plutôt analogue aux dissolutions des acides métalliques dans ces acides. Il en est précipité par Feau. Cependant Tor se dissout, d*après MitscherUck^ dans l'acide sélénique, avec formation de sélénite aurique. Au contraire, l'oxyde aurique possède à un haut degré la propriété de s'unir aux alcsdis, et de former avec eux des sels particuliers, presque incolores : l'eau ne le sépare pas de ces combinaisons, mais tous les acides l'en précipitent, excepté l'acide chlorhydrique. Pelletier a démontré que la dissolution alcaline d'or qu'on obtient en ajoutant un excès d'alcali à une dissolution de chlorure aurique, n'est pas un soussel double, et que la même combinaison peut être obtenue sans la présence de l'acide chlorhydrique. Il traita par la potasse caustique l'oxyde aurique bien lavé , qu^n obtient en précipitant le sel aurique par un excès de magnésie ; l'oxyde aurique fut dissous , et forma avec l'alcali une combinaison incolore, qui laissa déposer de l'oxyde aurique par Tévaporation , prit une couleur jaune quand on y versa de l'acide chlorhydrique, parce qu'U se forma du chlorure aurique, et donna, par l'acide nitrique, un précipité d'hydrate aurique. En outre, Pelletier a constaté qu'en faisant bouillir de l'oxyde aurique avec une dissolution de chlorure potassique ou sodique, celle-ci prend une couleur jaooe, acquiert la propriété de réagir à la manière des alcalis, et contient du chlorure aurique et de l'aurate potassique. Si on l'étend d'une assez grande quantité d'eau pour qu elle devienne incolore, et qu'on y ajoute de l'acide chlorhydrique, elle reprend sa couleur jaune, par suite de la décomposition de l'aurate. Les terres alcalines produisent les mêmes phénomènes que les alcalis. Quand on sursature une dissolution d'or avec de la baryte , on obtient un
OXTBE AURIQUE. 38 1
précipité, qui est du suniurate bary tique, et la liqueur incolore renferme du chlorure barytique et de Taurate barjtique. Par révaporation la terre se convertit en carbonate , et se précipite avec loxjde aurique, sous forme d'une poudre violette. Du reste, ces aurates sont très-peu connus jusqu'à présent; on sait seulement qu'ils existent«
La grande différence qui existe entre les proportions d'oxygène de l'oxyde aureux et de l'oxyde aurique fait soupçonner l'existence d'un degré d'oxydation intermédiaire; mais on n'a pas jusqu'à présent réussi à le préparer, du moins ne l'a-t-on pas obtenu à l'état isolé. Lorsqu'une dissolution aurique vient à mouiller un peu la peau ou l'ongle, elle produit une tache qui en peu de temps devient d'une couleur pourpre plus ou moins belle : cette tache ne peut être enlevée ni par l'eau , ni par les acides , ni par les alcalis ; elle ne disparaît qu'à mesure que l'épiderme ainsi coloré s'use et tombe, ou que l'ongle, devenu trop long, est coupé. Mais on ne sait pas sous quelle forme se trouve ici l'or. Il est bien naturel de soupçonner un degré d'oxydation intermédiaire entré l'oxyde aureux et l'oxyde aurique, et ce soupçon se confirme encore parce que du papier ou de la soie qu'on humecte d'un peu de chloride aurique même très-étendu , qu'on lave de nouveau an bout de quelques heures et qu'on dessèche, prennent la même couleur rouge de pourpre, qui n'acquiert pas l'éclat métallique sous le brunissoir. Mais lorsqu'on introduit les objets ainsi colorés dans du gaz hydture phosphorique non spontanément inflammable, ou qu'on les expose dans du gaz hydrogène à l'influence directe de la lumière solaire , l'or apparaît avec sa couleur et son éclat ordinaire. Evidemment il provient ainsi d'un effet de réduc- 'tion; mais on n'a pas encore déterminé par l'expérience s'il se perd en même temps de l'oxygène et du chlore.
Quand on mêle une dissolution 'neutre et étendue de chloride aurique avec une solution de nitrate mercureux, il se foime un précipité pourpre ou violet de chlorure mercureux, coloré par une combinaison d'or, probablement un chlorure au* rique moins chloruré. Ce précipité , mêlé et fondu avec du verre Uanc pulvérisé, donne un verre rouge parfaitement transparent. Le chlorure mercureux se volatilise pendant cette opération. On ne peut guère admettre que la couleur du verre soit due à de l'or métallique dissous ou à un chlo^*ure aurique, tandis qu'il est pro-
3Aa POÜRTMM M, CAMitiS*
hMe qu*uD oxyde rouge d'or soit le ceuse de la colpratiim da Terre. Saoe donte les oxydes d'or sont réduits à une tsmpmtare inférieur^ i celle que le T^re exige pour entrer en fusioo, oequi prouverait par conséquent tout' le contraire. I||Iais la mime àmt a lieu pour l'oxyde d'argent : en fondant du verre avee de l'argent en feuilles, ou même avec un morceau d'argent, oa obtient un verre coloré en jaune par l'oxyde argentique, foitné aux dépens de l'air, par suite de l'influence de la masse vitreuse fendue. Il n'est donc pas impossible que l'or se trouve dans le mégie cas.
Le pourpre de Cassius (Purpura Caesii) esC un composé qai trouve iei sa place; il fut découvert en i683 par Cassate^ à Lejfde, et reçut son nom d'après lui. C'est un composé brun Gootenaotde l'or, de l'étain et de l'oxygène. Il a été examiné déjà par beaucoup de chimistes , et cependant nous D£ savons pas encore bien ooiar ment il laut envisager sa composition. D'après les anciens préceptes de préparation , on l'obtenait avec un aspect et une comp position variables. On le prépare aujourd'hui avec une dissobition étendue de cbloride aurique, qu'on précipite par une dissolutios de chlorure d'étain,doDt la composition exacte influe sur le smcek de l'opération. Si Ton emploie du chlorure stanoetfx, on obdeat un précipité noir brun qui, kvé et desséché, prend sous lebnir nissoir un brillant métallique jaune pâle, et formé d'or et dëtaio n^tallique. Le cblorure stannique, au contraire, ne précipite pas du tout le chloiHire aurique. liest done évî4ent qu'il fajüt pouroeb UMS combinaison intermédiaire. jQatte combinaison était iiH^oonu« jusqu'à ce que Fueks , pendant ses recherches sur le pourpre 4t Gassiiis, parvint à la découvrir; et la préparation du pourpre^ Ca84|itts n'ol&e plus maintenaiU; de dif&^tés. Gett# «ombw^ûm de l'étain avec le chlore est un sesquichlorure, inteimédiaiceeptv le ddorure stanneuxetle chlorure stannique > dont die «eüM^ ivenfermer de chacun un atome. J'y reviendrai à l'histoire df 1'^* tain, et particulièrement des sels d'étain.
Pour préparer du pourpre 4<^ Cassius aussi beau qu'on puisse l'obtenir, il faut d'abord se procurer une soluÂ^o decblwJe aurique exempte d'acide nitrique^ à cet effet, on doit évaporer, au bain d'eau, la dissolijition de l'or dans l'eau régale^ apnèsy avoir ajouté un exoès d'acide chlorhydrique; on continue ïéy^^'^fèÊ^à^^ jusqu'à ne que ilout l'aâde nitrique soit détru^ p«r laoid^ cUor*
MÜBP&K 0£ Cik«6|M. 383
hjariquß; on redi^ftoiu ensuite U matière, #t on Tötend de beaucoup 4'^ai}. 141 Uqueur est suffisamment étendue , si une baguette de verre trempéedans une solution de sesquichlorure d'étain donne, étant plongée dans une dissolution d*or, un précipité qui se Tiodî^ sont complètement par l'agitation de la liqueur, et lui communique une couleur rouge rose ou pourpre. Si, au contraire, le précipîlé ne disparaît p^s, il faut y ajouter une plus grande quantité d*eau* La liqueur, ainsi étendue , empêche la formation de Tor stanniquis réduit, brun foncé, qui pourrait se mélangei* avec le pouipw. On ajoute ensuite la solution de sesquichlorure par petites portions^ et en Tagitant continuellement jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de Chloride aurique, tout en évitant d'ajouter le sel d'étain en excès. La liqueur mélangée est d^un brun foncé; vue par transparence, elle est limpide et d'un rouge pourpre foncé. On la laisse ensuite reposer pendant a4 heures; dans cet intervalle le pourpre se dépose. La liqueur est alors incolore, ou elle a une faible teinte rpugerose,ce qui indique que tout le pourpre n'est pas précipité, nmis qu'il eu reste sur le papier par lequel on fiUre la liqueur. Celle* ci ne doit être filtrée que lorsque le pourpre s'est déposé sponta» nément, car autrement il boucherait les pores du papier à filtre, de manière que le liquide ne passerait qu'avec une extrême lenteur. Le pourpre est bien lavé.
A réut humide, il est d'un brun foncé; et devient un peu plus clair par )a dessiccation. Réduit en poudre, il est en raême f»mps bleu&tre« Parla calcination il perd de l'eau, mais il ne donne aucun gaz permaneait; et après le refroidissenäent il a cooservé sa couleur. Lorsqu'on le fiût ensuite digérer avec de l'eau régale, cell&ici en dissout Toi;, ^ laisse de l'oxyde stannique blanc. Si on le traite, au eontnirß, à l'état d'hydrate, par l'acide chlorhydrique, il se foiyne une s4»lution de chlorure stannique pendant qu'il reste de Tor «nétallique. Porté à la fusion ignée avec du bisuUate potasaîqiM» il ne s'altère qu'à p^ne. Il ne s'altère pas davantage par la fiision avec du cai'bonate potassique, qui ne perd pas ainsi d'acide car* bonîque.
Traité encore humide par de l'ammoniaque caustique, il se dis^ «out en un liquide limpide d'un beau rouge pourpre ; il ne sj dissout plus après avoir été desséché. Lorsqu'on ajoute à la dissp^ lutioa ammoniacale autant de pourpre qu'il en peut dissoudre, on voit qu'elle cooaeiwe sa transjMisence ; mm etta parail mb f9¥L
384 POURPRE DE GASSIUS.
trouble à la lotnière réfléchie. Ceci n*a paa lieu avec un excès d ammoniaque. Une semblable dissolution limpide, exposée quelque tempsà rinfluence de la lumière solaire directe, change de couleur. Suivant Fucks, elle devient bleue et enfin incolore, pendant qu*il se sépare de lor métallique. Elle renferme alors de Tox jde stannique (acide stannique) dissous dans l'ammoniaque caustique. Une dissolution , restée longtemps en repos sans subir le contact de la lumière, se décolore en commençant parla surface; et la décoloration gagne successivement les couches plus profondes du liquide, pen« dant que le pourpre se dépose sous forme d*une masse gélatineuse. D* ordinaire il se dépose en même temps un peu d or métallique; mais plusieurs semaines sont nécessaires pour cette séparation. Par une nouvelle agitation on obtient un liquide d'une apparence limpide, rouge, dans lequel il se forme bientôt un nouveau dépôt de pourpre. La quantité d'or séparé augmente avec le temps. Lorsqu'on maintient la solution ammoniacale, dans un flacon bouché, à -f- 60* jusqu'à + 80**, le pourpre se précipite promptement, sans qu'il puisse y être redissous. Par l'évaporation de la liqueur à une douce chaleur, le pourpre se prend en gelée à un certain degré de concentration , et ne peut plus se redissoudre dans lammoniaque caustique qu'on y ajoute en plus grande quantité. Après l'évaporation de l'ammoniaque, il reste d'ailleurs non altéré. Le pourpre en* core humide est insoluble dans les alcalis caustiques fixes, mais il se dissout dans le verre fondu, qu'il colore suivant la quantité qu'on y ajoute, depuis le rouge rose jusqu'au rouge rubis foncé.
Si pendant la précipitation du pourpre d'or le chlorure stanneux prédomine dans le sel d'étain , ou si le chloride aurique est trop peu étendu, la couleur qu'il revêt est beaucoup plus foncée, et tfoire après la dessiccation. Ce pourpre se dissout aussi à l'état humide dans l'ammoniaque caustique; mais la dissolution possède une couleur complètement brune. Par la calcination il perd de l'eau, et devient rouge brique. Il s'est alors transformé en un mélange d'or métallique et d acide stannique. Lorsqu'on mêle trèsexactement du sulfate potassique en poudre avec de l'oxyde au« rique , il se dégage du gaz oxygène pendant qu'il reste une matière également rouge brique, à laquelle l'eau enlève le sel potassique en laissant de l'or métallique très- divisé.
La composition du pourpre de Gassius a été l'objet de plusieurs recherches analytiques , qui n'ont conduit à aucun résultat décisif.
POURPRE DE CASSÎUS. 385
La méthode de préparation est telle qu*on obtient le pourpre fa* cilement.mêléd^oxyde stannique^ce qui diminue d'autant la proportion d*or; ou l'on obtient la combinaison stanno-aurique brune, ce qui augmente Tor en proportion. On ignore donc encore dans quel rapport Félain et l'or y doivent être contenus. Dans l'analyse du pourpre débarrassé d'eau, on a trouvé de i6 à 4o pour cent d'or. Oberkamp/ tvouya dans im pourpre pâle i8 pour cent, et dans un pourpreplus foncé, soigneusement préparé, 39,82 pour cent d'or. Quel que soit le rapport dans lequel s'y trouvent l'étain et l'or, il est toujours tel qu'il représente de For métallique, et le plus baut degré d'oxydation de I etain. A cet égard, plusieurs chimistes se sont efforcés de démontrer que le pourpre de Gassius n'est autre chose qu'une sorte de combinaison de l'or métallique avec de l'hydrate d'oxyde stannique.
Mercadieu et Gay-Lussac ont cherché à le démontrer par des expériences directes. A cet effet, ils fondirent l'or et l'étain avec un autre métal, le premier avec le zinc, et le dernier avec l'argent; ils enlevèrent ensuite le métal ajouté par l'acide nitrique , et obtinrent un résidu brun foncé insoluble dans l'acide; ils le considéraient comme identique avec le pourpre d'or, quoiqu'il s'en distinguât en ce qu'il était insoluble dans l'ammoniaque caustique. On n*a pas fait une analyse particulière de ce résidu, qui peut être le même précipité brun d'or stannique qu'on obtient en versant goutte à goutte une solution de chloride aurique dans une solution de chlorure stanneux ; et il est si stable, qu'il n'est pas décomposé par la fusion avec le nitre. Gay*Lussac a déclaré que c'est là une espèce de mélange intime, qu'il appelle adhérence intime sans diffusion. Ce qui contredit cette union mécanique, c'est qu*on peut, aussi longtemps qu'on voudra, triturer du pourpre de Gassius humide avec du mercure, sans que ce dernier enlève aucune trace d'or ; ce qui pourtant devrait avoir lieu, si l'or se trouvait ici à l'état métallique et en mélange mécanique intime. Ce qui s'oppose encore à l'admission de cette explication , c'est la solubilité dans l'ammoniaque caustique, et la précipitation de l'or métallique par l'influence directe de la lumière solaire : toutes ces circonstances témoignent d'une combinaison chimique, formée de manière à pouvoir être décomposée par la lumière du soleil. S*il n'y a pas d'autres éléments que l'eau , l'étain , l'or et l'oxygène, ce dernier devra être réparti entre l'étain et l'or, de telle II. a 5