‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 3)Chapitre 39 sur 80 · De Vosmium · texte numérisé non relu

De Vosmium

Ce métal a été découvert, en i8o3, par Smilhson Tennant. On le trouve dans les minerais de platine. Il forme des grains à part, doués de l'éclat métallique, ordinairement blancs, très-durs, tantôt arrondis et inégaux à la surface, tantôt lamelleux et crbtallins, qui sont répandus en plus ou moins grande quantité dans les minerais de platine; parmi ceux de l'Oural ^ il en est qui con-

398 OSMIUM.

tiennent des grains d'osmium remarquables par leur volume, leur éclat et leur texture lamelleuse. Ces grains sont un alliage d'os* mium et d*iridium , un osmiure d'iridium. Le minerai de platine lui-même renferme aussi une petite quantité d'osmiure d'iridium, quon dirait y avoir été introduit par fusion, et qui, après la dissolution du minerai, reste sous forme de paillettes brillantes, très-déliées.

Pour extraire l'osmium de ces grains, on les réduit en poudre fine, ce qui est très-diflicile , parce qu'ils unissent à une grande dureté la ténacité d'un métal. 11 faut d'abord les briser avec un marteau d'acier sur une forte plaque de même métal, dans laquelle ils s'enfoncent quelquefois; ensuite on les réduit à l'état de poudre très-fine, ce qui s'exécute avec assez de facilité, comparativement à la résisunce qu'ils offrent d'abord. Mais ils se chargent, par la trituration , d'une grande quantité de fer, qu'on enlève en faisant digérer la poudre pendant quelques heures dans l'acide chlorhjdrique. On la dessèche ensuite, on la mêle avec une quantité tout au plus égale de nitrate potassique, et on introduit le mélange dans une petite cornue de porcelaine ; on lute à cette dernière un récipient tubulé, d'où part un tube propre à conduire les gaz (Twjrez la figure i4> planchel, tome I). On chauffe la cornue, d'abord très-doucement; puis on en élève peu à peu la température, jusqu'à ce qu'étant au rouge blanc, il ne se dégage plus de gaz. Le gaz qui se développe est reçu dans de l'ammoniaque caustique. Dans cette opération, les métaux décomposent le nitre, s*oxydent aux dépens de l'acide nitrique, et se combinent ensuite avec la potasse. Le gaz oxyde nitrique, mis en liberté, entraîne une portion d'un oxyde d'osmium volatil ou acide osmique , qui est absorbé par l'ammoniaque, et lui donne une couleur jaunâtre. Une autre partie de cet oxyde volatil se dépose dans le récipient, sous forme d'une masse cristalline. Dans cette opération , il peut arriver que la masse passe de la cornue dans le récipient. C'est ce qui a lieu, soit quand on emploie trop de nitre, de sorte que celui-ci présente, à l'état fondu, une surface horizontale qui ne tarde pas à se couvrir d'écume par le dégagement du gaz, et à monter dans le col de la cornue, soit quand il s*est introduit d'autres corps combustibles dans le mélange, dont la présence produit une déflagration qui chasse la masse avec violence dans le récipient, filais il est facile de prévenir ces deux oauses d^accident.

OSMIUM. 399

Tout dégagement de gaz ayant cessé , on laisse refroidir l'appareil, et on enlève le flacon contenant lammoniaque. On retire le récipient et on en détache l'oxyde volatil, en y versant de la liqueur ammonique. La masse qui reste dans la cornue est dissoute dans Teau; la dissolution est d'un brun foncé, et contient une combinaison de potasse avec les deux oxydes métalliques. Il ne faut pas la filtrer, parce que le papier la décompose en grande partie. On la verse dans une cornue, et on y ajoute, soit de lacide nitrique en excès, soit de Tacide chlorhydrique ; on lute un récipient à la cornue , et on distille la majeure partie de la liqueur à une très-douce chaleur. L'acide osmique passe avec l'eau, et on obtient un liquide incolore , doué d'une odeur forte et désagréable : c'est une dissolution aqueuse d'acide osmique. En parlant de l'iridium , nous reviendrons sur la masse qui reste dans la cornue. On a deux méthodes pour extraire l'osmium de l'oxyde volatil ou l'acide osmique.

1° On salure l'acide osmique par de l'ammoniaque en excès, on introduit le mélange dans un flacon mal bouché, on le place dans un endroit où il puisse être chauffé de 4- 4^ à -f- 60 degrés, er on l'y laisse pendant quelques heures. La liqueur, auparavant d'un jaune clair, prend peu à peu une teinte plus foncée, et finit par devenir d'un Brun noirâtre et opaque. On la retire alors du flacon, on évapore l'excès d'ammoniaque^ on reçoit sur un filtre loxyde brun foncé qui s'est précipité, et on le lave bien. Pendant cette opération, l'acide osmique et l'ammoniaque se décomposent réciproquement; du gaz nitrogène se dégage avec une légère effervescence, il se forme une dissolution d'oxyde sesquiosmieux dans l'ammoniaque, et par l'évaporation la majeure partie de l'oxyde se précipite. Une portion reste dans la dissolution, quand celle-ci contient de l'acide nitrique ou de l'acide chlorhydrique ; dans ce cas, la liqueur filtrée est brune ou jaune. Pour en retirer l'oxyde, on y ajoute de la potasse ou de la soude caustique, et on l'évaporé de nouveau jusqu'à ce que toute l'ammoniaque soit chassée. L'oxyde ainsi obtenu contient de l'ammoniaque : on le dissout à chaud dans l'acide chlorhydrique concentré, on ajoute un peu de sel ammoniac à la dissolution , on Tévapore à siccité , on introduit le résidu salin dans une cornue, et on le chauffe lentement jusqu'au rouge , température à laquelle on maintient la masse jusqu'à ee qu'il ne se dégage plus d'acide chlorhydrique. L'ammoniaque dU .

/|00 OSMIUM.

sel ammoniac décompose le chlorure susosmieux : de Tacide chlor- I hydrique et du gaz nitrogène se dégagent, du sel ammoniac se sublime, et Tosmium reste sous forme d'une masse compacte boursouflée, poreuse, douée de Téclat métallique, et d'une couleur grise tirant sur le bleu.

a^ On dissout Tacide osmique dans Teau , on mêle la dissolution avec de lacide chlorhydrique , et on ajoute du mercure au mélange, qu'on met ensuite digérer dans un flacon bien bouché, à une température de -f- 4o degrés. Le mercure réduit l'osmium, etil se forme du chlorure mercureux, ainsi qu'un amalgame pulvérulent d'osmium et de mercure, dont une très-petite quantité se dissout dans le mercure excédant. La liqueur prend peu à peu une légère teinte brunâtre, provenant de la présence d'un chlorure d'osmium, qui n'est complètement décomposé qu'en prolongeant, pendant plusieurs jours, la digestion avec le mercure (i). On retire de la liqueur le mercure, ainsi que la masse qui s'est précipitée, on lave le mélange et on le dessèche ; puis on l'introduit dans une cornue, et on le chauffe, jusqu'à ce que tout le mercure et tout le chlorure mercureux soient sublimés : l'osmium reste sous forme d'une poudre noire n'ayant nullement l'aspect métallique.

3*^ On mêle la solution d'acide osmique, d'après Döbereiner^ avec de l'acide formique ou du formiate alcalin , et on chauffe le mélange : il se précipite de l'osmium réduit sous forme d'une poudre bleue foncée très-divisée.

Dö6am/icr indique, du reste, que la poudre d'osmiure d'iridium, mêlée de carbonate sodique sec et de soufre, et chauffée d'abord doucement jusqu'à formation de foie de soufre, puis chauiTée trèsfortement avec celui-ci pendant une heure dans un creuset couvert, se dissout en grande partie dans la masse fondue. En traitant celleci, après le refroidissement, avec de l'eau, on obtient une solution verte foncée, dans laquelle les acides précipitent des sulfures d'osmium et d'iridium, qui se dissolvent ensuite facilement dans l'eau régale. La portion de poudre métallique qui est restée non dissoute par l'eau se décompose facilement, d'après Döbereiner, lorsqu'on la calcine dans une cornue avec un mélange de a parties de nitre et de i partie de carbonate potassique. — Nous indique-

(c) La meilleure manière d'extraire l'osmium de cette liqueur colorée consiste i J verser de l'ammoniaque, a évaporer le mélange jusqu'à siccité, et à chauRer le sel an- | monique dans une cornue , comme il a été dit plus haut.

OSMIUM. 4ûî

rons plus bts, à Textraction de riridimn ^ un autre mode de préparation de lacide osroique.

Il est assez difficile d'obtenir de losmium doué d un grand éclat métallique et de quelque cohérence. Cependant on peut^ par le moyen suivant, réunir de petites quantités de ce métal en un seol morceau. On soumet Tacide volatil à une douce chaleur, on j fait arriver un courant de gaz hydrogène , et on fait passer le mélange gazéiforme par un tube de verre dont on fait rougir une partie. Il se forme de Feau , et Tosmium se dépose peu à peu, à l'état de masse cohérente^ sur Tendroit rougi et autour de ce point . Sa couleur est blanchâtre comme celle du platine , mais moins brillante, et tirant un peu sur le bleu gris. Quand il est réduit en feuilles minces, il peut être ployé un peu, et offre quelque élasticité. Il est très*facile à pulvériser. Son poids spécifique est d'environ 10. L'osmium naturel a cependant un poids spécifique beaucoup plus élevé, ce qu'on reconnaît facilement à ce quel'osmiure d'iridium naturel a pour poids spécifique de 19, 55 à 21,118, et à ce que le composé qui a le poids spécifique le plus élevé renferme le plus d'osmium. Il est donc probable que l'osmium , à l'état parfaitement compacte (fondu), possède presque le même poids spécifique que le platine. A l'état isolé il n*a pu être obtenu cristallisé, et on n'a pas encore essayé si l'on pourrait le faire cristalliser dans ses dissolutions par la voie hydroélectrique. On a des raisons pour r^prder l'osmium comme isomorphe avec le platine et Viridium; car ces deux derniers métaux sont isomorphes entre eux , et à son tour Fosmiure d'iridium est isomorphe avec ceux-ci, et sa fonue cristalline n'est pas changée par les quantités très-inégales d'osmium qu'il peut renfermer. La forme de l'osmiure d'iridium cristallisé appartient au dodécaèdre hexagonal. Au feu ordinaire il n'est ni fusible ni volatil, pourvu qu'il soit à l'abri du contact de l'air.

L'osmium, tel qu'on l'obtient par la réduction avec le mercure, est très-combustible. Allumé sur un point, il continue à brûler, et disparait complètement en répandant une forte odeur d'acide osmique. L'osmium réduit par la voie humide, au moyen de l'acide formique, est encore plus combustible. Il détone , suivant Dobereinery lorsqu'on le mâle avec du chlorate potassique et qu'on chauffe le mélange. Quand il est dans un état 011 il présente plus de cohésion , tel qu'on l'obtient par une forte calcination , il ir. * a6

4oa OXTOB OtMIBUX.

cesse de br&ler dès quon le retire du £eu. Si Ton met uti peit d'osmium sur le bord d'une feuille de platine , et quon chauffe cet endroit au bord extérieur de la flamme d'une lampe à esprit* de-vin I la flamme devient éclatante au-dessus de la feuille, comme celle du gaz oléfiant. Ce phénomène tient à ce que le gaz acide osmique est réduit par la flamme, de sorte qu'il se précipite si* multanément du charbon et de l'osmium , qui rougissent dans la flamme. Il en résulte un moyen fort commode pour découvrir la présence de l'osmium dans les métaux qui accompagnent le platine.

. L'osmium qui n'a pas été fortement chauffé se dissout à l'aide de la chaleur dans l'acide nitrique : il se forme de l'oxjde volatil, qui distille avec l'eau de l'acide. L'eau régale produit aussi de l'acide osmique. Après avoir subi l'action de la chaleur roo(|[e, l'osmium n'est plus soluble par la voie humide. Sous ce rapport, il ressemble assez au silicium et au titane. Chauffé dans le gaz chlore , il forme avec ce corps un composé solide et volatil qui est vert y quand la proportion de chlore est faible, et rouge, lorsque ce dernier 7 est en plus grande proportion. Je décrirai ces chlorures en parlant des sels d'osmium.

L'atome d'osmium =:0s, pèse xa449487 ; l'atonie double=:Os, pèse »488,973.

Oxydes tTosmium. L'osmium a au moins 5 degrés d'oxydation, dont quatre sont parfaitement démontrés ; le cinquième 1 intermédiaire entre le troisième et le dernier, existe, suivant toute probabilité. Parmi ces oxydes, il n'y a que le plus élevé de touS) c'està-dire l'oxyde volatil, ou acide osmique, qui puisse être préparé directement. On obtient les autres en décomposant les chlorures correspondants par un alcali.

1** Oxyde osmieux. On lob tient en versant de la potasse caustique dans une dissolution de chlorure double osmieux et potassique , dont je décrirai la préparation en parlant des sels d'osmium. La liqueur ne se trouble pas tout de suite ; mais, au bout de quelques heures, il s'en est déposé une poudre d'un Tert foncé presque noir, qui est Xhydrate osmieux. La potasse, mise en excès, retient une portion d'hydrate dans la liqueur, dont la teinte est d'un vert jaunâtre sale. Le précipité d'hydrate osmieux contient de la potasse, qui y est combinée, et qu'on ne peut pas lui en« lever par le lavage avec l'eau. Chauffé au rouge^ ce| hydrate doane

OXTOS OSMIBOX. 4^3

Je Feau, mais ne laisKe dégager ni de Toxygèoe ni de Tacide vo« latil ; au contact de Tair^ il s oxyde et se volatilise. Chauffé avec des corps combustibles, il detoue^ et losmium se trouve réduite Le gaz hydrogène le réduit sans le secours de la chaleur : il se forme de l'eau et il se dégage de la chaleur. L*hydrate osmieux se dissout avec lenteur, mais complètement, dans les acides, et donne des dissolutions d'un vert foncé, L oxyde osmieux se compose de:

CcBtièmef. Atomes.

Osmium 9^j^6 • i

Oxygène 7*44 •• i

Poids atomique, =13449487 »formule, =OsO ou Os.

2° Oxyde osmieux. On l'obtient en sursaturant d ammoniaque l'acide osmique, et exposant la liqueur, qui est d'un jaune doré, à une température de + 4o ^ + 6o degrés : il se dégage du gaz nîtrogène, la liqueur devient d'un brun noirâtre, et dépose de Joxyde osmieux } mais la plus gratide partie de celui-<;i reste en dissolution dans l'ammoniaque, et ne se précipite que pendant I évapora tien. L*oxyde obtenu est noir; et, après la dessiccation, d'un brun noirâtre. Ce n'est pas de l'oxyde sesqui-osniieux pur, mais une combinaison de celui-ci avec l'ammoniaque et l'eau. Si on le chauffe, il fuse avec dégagement de lumière: du ga% nitro* gène et de l'eau sont mis en liberté, et le métal est réduit ; mais il y en a beaucoup d'entraîné par le gaz. En le faisant bouillir avec de la potasse caustique, on peut même Tobtenir fulminant. Il se dissout peu dans les acides ; les dissolutions sont d'un briin jau* nàtre, et deviennent d'un brun tout à fait noirâtre pour peu qu elles soient chargées de sel. Il n'est pas réduit par l'acide formique. Il se dissout aussi dans les carbonates alcalins fixes ; mais , par ce moyen, on ne peut le débarrasser de l'ammoniaque. Lorsqu'on évapore la dissolution et qu'on la sature par un acide, l'oxyde peut être précipité par la potasse caustique, mais il retient encore de l'ammoniaque. La dissolution de cet oxyde dans un acide n'est précipitée ni par le zinc, ni par le fer.

L'oxyde osmieux est composé de :

CoDkwoMt. Atomts.

Osmium ••• 89)^4 •* 2

Oxygène 1O976 •••••••,,.• 3

Poids atomique, =27881973 ; formule^ z= Os*0' ou ^*

4o4 ACfDE OSVIQOK.

3® Oxyde osmique. On se procure du chlorure double osmiqne et potassique en mêlant de losmium en poudre avec du chlorui« potassique, et chauffant le mélange dans un courant de gaz chlore. Le sel double ainsi obtenu est dissous dansTeau^ et mèléaTec du carbonate potassique ou sodique. La liqueur ne se trouble pas immédiatement, mais peu à peu elle laisse déposer de l'oxyde osmique. Si on la chauffe, Toxyde se précipite sur-le-champ. Un excès de carbonate potassique retient une partie de l'oxyde dans la dissolution, qui est encore dune couleur brune foncée^ en la faisant bouillir, presque tout l'oxyde se précipite. Le précipité paraît d'abord brun y mais, rassemblé, il est noir. Il contient de l'alcali en combinaison, que l'on peut enlever par l'acide chlorhjdrique étendu, sans que l'oxyde se dissolve en même temps. On obtient l'oxyde osmique par la voie sèche, en pulvérisant le chlorure double, le mêlant exactement avec du carbonate sodique, etchaufbnt le mélange dans unecornue.il se sublime un peu d'acide osmique, formé aux dépens de l'air renfermé dans l'appareil ; mais la majeure partie de l'oxyde reste sans subir de changement; on enlèye les sels par l'eau, et l'alcali au moyen de l'acide chlorhydrique. L'oxyde bien lavé se présente sous forme d'une poudre noire, et peut être chauffé au rouge, à l'abri de l'air, sans subir d'altération; mais, au contact de l'air, il passe à un plus haut degré d'oxydation, et se volatilise. Il est réduit par le gaz hydrogène , sans le secours de la chaleur extérieure. Chauffé avec des corps combustibles, il détone. Il n'est pa^ soluble dans les acides; cependant il constitue une oxybase susceptible de s'unir aux acides au moment de sa formation. Il se compose de :

\ -k Centième?. Atomes.

Osmium 86,i5 ••• i

Oxygène i3,85 a

Poids atomique, = 1 444)487 ; formule, =OsO* ou Os.

4^ Acide osmique ou oxyde tT osmium rwlatiU On le prépare en brûlant l'osmium, ou en l'oxydant au moyen de l'acide nitrique. Le meilleur moyen de l'obtenir pur et sous forme solide consiste à souffler deux boules, l'une près de l'autre, sur un tube de baromètre, à mettre de l'osmium métallique dans l'une, et à faire pas* ser lentement du gaz oxygène à travers le tube , pendant qu'on chauffe l'osmium à la flamme d'une lampe à esprit-de-vin. L'os* mium passe à 1 etat d'oxyde volatil , qui se dépose dans la se-

ACJDB OSxMlQUE. 4^^

conde boule ^ quon a soin de refroidir. On dirige Texcès du gaz oxygène à travers un petit tube contenant un peu d*hydrate potassique humide ; ou on le reçoit dans de Vammoniaque caustique, pour absorber le gaz osmique, entraîné par le gaz oxygène. On obtient aussi de l'acide osniique, sous forme solide, en faisant fondre 1 osmium ou Tosmiure d*iridium avec du nitre ; mais, dans ce cas, la potasse du nitre en retient la plus grande partie en combinaison. L'osmiure d'iridium , qu'on fait rougir dans le gaz oxygène ne donne que des traces d acide osmique.

Dans cet état, lacide osmique est incolore et translucide. Il .se condense en longs cristaux prismatiques et réguliers, dont la forme n a pas été déterminée. Il a une odeur extrêmement acre et pénétrante, rappelant celle du chlorure de soufre ; sa vapeur attaque les organes olfactifs et respiratoires , et produit , même en très»petite quantité, une sensation brAlante sur les yeux. Sa sa« veur est acre, brûlante, nullement acide. A la température de la main, il est mou comme de la cire ; à une température un peu plus élevée, mais bien au-dessous de + loo degrés , il fond et se réduit en un liquide clair comme de l'eau, qui prend, en se solidifiant^ une forme cristalline. Si alors on augmente tant soit peu la chaleur, il entre en ébullition, et se sublime en longues aiguilles transparenteSi L'eau le dissout avec lenteur, mais en quantité considérable. On peut le faire fondre dans l'eau sans qu'il en soit dissous beaucoup plus promptement. La dissolution a l'odeur et la saveur de lacide osmique, mais ne rougit pas la teinture de tournesol. Il se dissout dans l'alcool et dans l'éther; les dissolutions sont incolores, se décomposent au bout de quelques heures, et laissent déposer de l'osmium réduit. Quand on étend d'eau la dissolution alcoolique, ou qu'on verse de l'éther dans la dissolution aqueuse, lacide osmique n'est pas réduit. Beaucoup de substances organiques , surtout la gi*aisse et les matières extractives, réduisent assez rapidement l'acide osmique dissous dans ces liquides. Au contraire, il n'est pas réduit, sans le secours de la chaleur, par le gaz hydrogène , comme le sont les degrés inférieurs d'oxydation. J'ai dit précédemment comment on doit s'y prendre pour extraire l'osmium de Tadde osmique au moyen du gaz hydrogène. Sur les charbons ardents il se réduit avec détonation. Le mercure, et tous les métaux qui surpassent celui-ci en affinité , réduisent, par la voie humide, l'acide osmique. Quand on le mêle avec un autre

4o6 ACIDE 08MIQUE.

acide, les métaux en précîpîtent de rosmium pur; mais, d'une dissolution d acide osmique seul, ils précipitent un mélange d'osmium et d osmiate du métaf employé pour opérer la précipitation.

L*aoide osmique ne s'unit pas aux acides; il forme, au contraire, avec les bases, des sels particuliers, les osmiates. Cependant son affinité pour les bases est généralement très-faible; par la voie humide, il ne déplace pas l'acide carbonique des carbonates, et la chaleur le chasse de ses combinaisons avec la plupart des bases. Il n'y a que les alcalis fixes qui retiennent, à la chaleur rouge, une quantité considérable d*acide osmique; mais déjà l'eau met une partie de ce dernier en liberté, de sorte qu'on peut l'obtenir par la distillation. Les osmiates sont jaunes , et, sous forme solide, d'un jaune orangé. Si l'on fait absorber l'acide osmique gazeux par rhydrate potassique, on obtient une masse saline d'un roux foncé, qui se dissout dans l'eau et la colore en jaune d'or. Quand on dissout l'acide osmique solide dans l'ammoniaque caustique, il parait se fondre, et l'on voit s'en écouler des gouttes jaunes, qui se prennent en une masse saline de couleur orange. Le sel répand à l'air une forte odeur d'acide osmique et se dissout dans l'eau, à laquelle il communique une teinte jaune d'or ; j'ai parlé plus haut de sa décomposition à + 4^ à6o degrés. Si l'on ajoute de la potasse caustique à une dissolution d'acide osmique, la liqueur devient jaune et perd son odeur: que l'on y verse alors un acide, la couleur disparait et l'odeur revient.

L'acide osmique se compose de :

Cratiènet. Atonrai«

Osmium • 75,672 1

Oxygène • • . • • a4)3a8 • • 4

Poids atomique , = 1644)487; formule, =OsO* ou Os.

Dans les degrés d'oxydation de l'osmium qui viennent d'être décrits^ les multiples d'oxygène sont: : i , 1 1, a et 4* ^ """'" tiple 3, qui manque, existe probablement aussi. En effet, l osmium possède un chlorure correspondant à ce degré, chlorure qui n'a été obtenu jusqu'à ce jour qu'à 1 etat de sel double, en combinaison avec le chlorure ammonique , d'où l'on n'a pas pn extraire l'oxyde, parce qu'en y ajoutant un alcali, l'ammoniaque, qui est mise en Uberté, réduit sur-le-champ cet oxyde à lettt d'oxyde osmieux«

OXTDB BLEU d'oSMIUM« ^CJ

Oxyde bleu d'osmium. L'osmium a un oxyde bleu qui n*est certainement pas un degré particulier d'oxydation ^ mais paraît résulter, comme les oxydes bleus du molybdène et du tungstène, d'une combinaison de deux degrés d'oxydation. Déjà Tennanty qui ne connaissait de l'osmium que l'acide osmique, avait trouvé qu'en ajoutant à cet acide une infusion de noix de galle, la liqueur prend , au bout de quelque temps , une teinte bleue foncée« On obtient l'oxyde bleu en plus grande quantité et d'une manière bien plus sûre, en mêlant une dissolution aqueuse d'acide osmique avec de l'acide sulfureux. Au bout de quelques instants, la couleur devient d'abord jaune, puis brune, et enfin d'un bleu foncé aussi pur que celui d'une dissolution d'indigo dans l'acide sulfurique» Â ce moment, l'acide osmique est totalement décomposé, et on peut évaporer la dissolution sans éprouver de perte. L'acide sulfureux excédant se dégage d'abord, puis le composé bleu se dessèche, et forme une masse fendillée, mais encore mol]e, sans traces de cristallisation. Après la dessiccation complète, l'eau enlève au résidu beaucoup d'adde sulfurique , coloré par un peu d'oxyde bleu ; mais la majeure partie de celui-ci reste sans se dissoudre, et peut être lavé. Il présente toutefois cela de particulier , que si, après l'avoir lavé, on le laisse, à l'état humide, pendant quelque temps à l'air, l'eau en extrait de nouveau un peu de composé bleu. La masse hufnide consiste en écailles élastiques qui , par la dessiccation , se contractent beaucoup*, acquièrent*du brillant, et prennent la couleur cuivrée de l'indigo sublimé. Avant d'avoir été desséchée, la combinaison bleue peut être mêlée tant avec les carbonates qu'avec les hydrates alcalins, sans qu'il y ait précipitation; mais, après avoir subi l'action des alcalis, elle est précipitée en majeure partie par l'acide chlorhydrique. La portion qui reste dissoute dans l'acide a la couleur brune du chlorure osmieux. Soumise à la distillation , la oombinai&on bleue , lavée et desséchée , donne d'abord de l'eau, puis un peu d'acide osmique, et enfin un sublimé bleu abondant; il reste dans la cornue de l'osmium, doué di| brillant métallique , et conservant bi forme des morceaux qu'on a introduits dans la cornue. Le sublimé bleu contient beaucoup d'acide sulfurique« Il ^e produit toujours un sublimé seni* blable quand on chauffe de l'osmium contenant du soufre dans le gai oxygène. Chauffé dans le gaz hydrogène, l'oxyde bleu sec, prép^r^ à Uide d» V^cid«! sulfur^u^^, donne de l'eau, de lacide

4o8 SULFURES d'osmium.

sulfurique aqueux y du gaz sulfide hydiîque, et de rosmium contenant du soufre. L'osmium peut être précipité de la dissolulioo acide bleue au moyen du zinc ou du fer; mais le précipité renferme du soufre, et une partie de Tosmium reste opiniitrémeot dans la dissolution.

Sulfures d'osmium. Le soufre a beaucoup d affinité pour Tos« raium. Lorsquon distille un mélange de soufre et d'osmium , le soufre se volatilise; mais sur la fin Tosmium prend feu dans le soufre gazeux, brûle avec vivacité, et se convertit en sulfure. En faisant rougir celui-ci dans un courant de gaz hydrogène , le gaz prend Todeur du sulfide hydrique ; mais il .est difficile de séparer de Tosmium les dernières portions de soufre, et il faut plusieurs heures pour cela. L*osmium paraît avoir autant de degrés de sulfuration que doxydation. Tous ses chlorures correspondant aux quatre premiers degrés d*oxydation , sont décomposés par le gaz sulfide hydrique, et donnent des sulfures qui se ressemblent assez entre eux. Leur couleur est d'un brun jaunâtre foncé, et ils sont un peu solubles dans Teau , qu'ils colorent en jaune foncé. Pftr conséquent, Tosmium ne peut pas être totalement précipité de ses chlorures par le gaz sulfide hydrique. Quand on a précipité un chlorure par le gaz sulfide hydrique , et que le sulfure d'osmium s'est déposé , la liqueur éclaircîe a quelquefois une belle couleur rouge. Cette teinte appartient au chlorure osmique, sel que le gaz sulfide hydrique décompose très-difficilement; mais, en saturant la liqueur de ce gaz, et l'exposant dans un flacon bien bouché pendant vingt-quatre heures à une température de + 5o à + 7<> degrés, le chlorure osmique se décompose aussi , et il se précipite du sulfure osmique. Le sulfure, le sesquisulfure , le bisulfure et le trisulfure d'osmium, paraissent être tous des sulfobases. L'acide nitrique étendu les dissout, et les convertit en suliates correspondants; l'acide nitrique concentré les transforme, surtout à l'aide de la' chaleur, en acide osmique et en bisulfate osmique.

Quand on fait arriver un courant de gaz sulfide hydrique dans une dissolution d'acide osmique, la liqueur devient en peu de temps d'un brun noirâtre, et ne s'éclaircit que quand on y verse un acide. Le sulfide osmique se précipite alors en totalité, et la liqueur devient parfaitement incolore. Le sulfide osmique est noir à l'état sec. Exposé dans des vases distillatoires à une forte chaleur, il abandonne d'abord da soufre; puis, à une certaine tem«

TKISCLFDRB b'oSMIUM. 4û9

perature , il se produit une TÎve déflagration , accompagnée d une légère décrépitation, et le sulfide prend une teinte grise et un éclat métallique. Si ce phénomène a lieu dans le vide, Tétat du baromètre ne change pas y ce qui prouve qu'il ne se dégage point de gaz. Le sulfure d*osmium doué de l'éclat métallique, qu'on obtient de cette manière, n'a pas perdu tout à fait la moitié du soufre qu'il contenait à Tétat de sulfide ; il en retient encore 28,78 pour cent, et paraît être une combinaison de sulfide osmique avec le sulfure osmieux, dans une proportion telle que les deux degrés (le sulfuration contiennent la même quantité d'osmium. — Le sulfide osmique se dissout à froid dans l'acide nitrique étendu, en donnant naissance à du bisulfate osmique; si Ton en sépare l'acide nitrique par la distillation , il se forme en même temps un peu d'acide osmique, et le sulfate reste dans la cornue. Le sulfide osmique n'est dissous ni par les alcalis caustiques, ni par les carbonates ou sulfhydrates alcalins. On n'a point encore examiné s'il se combine par la voie sèche avec les sulfobases, de manière à former des sulfosmiates.

Les combinaisons de l'osmium avec le soufre sont formées comme il suit. Le monosulfure éCosmium se compose de :

Centièmes. Atomes.

Osmium 86,08 •«.. i

Soufre , i3,92 i

Poids atomique , = 1 44^,652 ; formule , =OsS ou Ôs. Le sesquisulfure d^osmium a pour composition :

Centièmes. Atomes.

Osmium 80,48 • . • 2

Soufre. ••••• i9>S2 ^••, 3

Poids atomique, =3092,468 ; formule, =OsS' ou Os. Le bisulfure d osmium a pour composition :

Centièmes. Atomes.

Osmium 'J^^^'J • * • z

Soufre 24>43 2

Poids atomique, == 1646,817 ; formule, ==OsS* ou Os. Le trisulfure tPosmium a pour composition ;

Centièmes. Atomes.

Osmium, • • • 67,34 • i

Soufre 3a,66 3

Poids atomique, = 1847,982 ; formule, sOsS' ou Os.

4fO ALLIAGE« p'oiHIUtf«

Le sulfide Oêmique a pour composition ;

Centièmef. Atomes.

Osmium 60,73 i

Soufre » . • • 39,27 4

Poids atomique^ =ao49)i47 9 formule, =OsS*ou Os*

Le sulfure qu*on obtient par la calcination en vaisseaux clos

' Ml» , * , Vil

est, ou Os + Os, ou, ce qui est aussi probable, une combinaison particulière de a atomes de métal et de 5 atomes de soufre,

Lorsqu'on considère attentivement les phénomènes differenls qui se manifestent pour l'acide osmiqtie et pour les oxydes inférieurs de losmium ; par exemple, lorsqu'on considère que ceux*â sont réduits par le gaz hydrogène au simple contact et sans le con* cours de la chaleur extérieure, tandis que Taoide osmique, qui renferme beaucoup plus d oxygène, peut être distillé intact dans le gaz hydrogène , on doit admettre comme probable que Tot* mium, dans lacide osmique, se trouve dans un état allotropique différent de celui où il se trouve dans les oxydes, et qu'il existe ta même état allotropique dans la poudre métallique bleue, extrêmement combustible, qu'on obtient en réduisant l'acide osmiqu« par l'acide formique. Il suivrait de là que le sulfide osmique renferme le métal avec la même modification allotropique, ce qui explique le phénomène d'ignition qui se manifeste lorsque le sulfide perd du soufre à une température élevée , et se change en un degré de sulfuration inférieur, en même temps que le métal passe à un autre état allotropique«

Phosphure cCosmium* Quand on chauffe l'osmium , dans le phosphore gazéiforme, jusqu'au rouge naissant, les deux corps s'unissent avec dégagement de lumière. La combinaison , fortement calcinée, est blanche et douée de l'éclat métallique. Si la masse qtii résulte delà réunion des deux corps n'a pas été chauffée jusqu'au rouge, elle ^st d'une couleur noire; mais elle devient grise, et acquiert l'aspect métallique par le frottement. Quelquefois elle prend feu sponti|néioent quand on l'expose k t air, et brûle iülii flamme et sans odeur d'^ci^^ osinique, ^n laissant du phosphore osmieux. Si l'on traite ce sel à froid par l'acide nitrique, ce dernier dissout une partie du sel osmieux , et la liqueur se colore en vert; à chaud , il se Corme de l'acide osmique«

Alliage* 4^^amwm. Ua sont lcè»*pcu connus. 0^ sait seulemeat

IRIDIUM. 4ll

que Tosniium s^allie, par la fusion, à d'autres fiîétaux, et que ceuxci ne perdent pas leur ductilité quand la quantité d osmium u'est pas grande. Ces alliages se dissolvent, soit dans l'acide nitrique, soit dans l'eau régale : l'osmium passe à l'état d'acide , et distille. Parmi les métaux qui ont été décrits jusqu'ici, l'or est le seul dont I alliage avec l'osmium soit connu; cet alliage est très-ductile.

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