aa. Cérium , Lanthane, Didyme
Dans la mine de fer de Bastnäs, aujourd'hui abandonnée, dans le voisinage de Westmanland, se rencontre un minéral d'un poids spécifique extra ordinairement élevé, ce qui l'avait fait appeler /?/erre pesante fie Bastncis (Bastnàs Schwerstein) ; c'est pourquoi Scheele y chercha, mais en vain, du tungstène. Ce minéral resta dans l'oubli
^tfi ciRIüV^ LANTHilHEy BIDTVR.
jusqu'à ce que^ en i8o3 , il fut en même temps examiné par Klaproth , par Hisinger et par moi. Nous j trouvâmes un nouTeau oorps ; Klaproth l'appela terre ochroïte. Hisinger et moi nous lui avons donné le nom di oxyde cireux , parce qu'il a un oxyde supérieur, et que les deux oxydes donnent des sels de propriétés et de couleurs différentes. Le nom du radical cérium fut déduit de Ceres^ que Klaproth changea en eererium ; mais ce nom fut bientôt abandonné. Le minéral se compose principalement de silicate céreux , et reçut pour cette raison le nom de cérite. Plus tard on découvrit le cérium aussi dans les minéraux provenant d'autres localités; par exemple, dans la gadolinite, l'orthite^ lallanite, Tyttrocérite , le fluorure de cérium , etc.
Moeander découvrit, en iSäp, que le cérite renferme, outre le cérium proprement dit, qui a deux degrés d'oxydation , encore deux autres métaux , qui tous deux n'ont qu'un seul oxyde ; il donna à l'un le nom de lanthane j de )^avOave&v , Stre caché, et à l'autre celui de didyme, de ^i^ujaoi , jwneaux. Il résulte des recherches de Moeandêr que ces deux métaux accompagnent constamment le cérium , même dans d'autres minéraux , mais avec des proportions variables ; ainsi les gadolinites renferment plus de lanthane, et les orthites des environs de Stockholm contiennent plus de didyme.
Les oxydes de lanthane et de didyme ont unt de propriétés communes avec l'oxyde céreux, qu'ils ne pourraient en être séparés par les réactifs ordinaires. C'est pourquoi on n'a pas encore réussi à les obtenir assez purs pour qu'on puisse les étudier avec quelque certitude. Je ferai donc d'abord connaître les anciennes recherches sur les rapports des métaux mélangés ; je dirai ensuite ce qu'on sait de chacun ; enfin, pour être bref, je conserverai pour le mélange , tel qu'il se rencontre dans le cérite , le nom commun de cérium.
Le cérium est difficile à réduire. Vauquelin réduisit du Urtrate céreux dans une cornue de porcelaine avec de la suie et de l'huile. Il obtint le métal en petits grains, dont une partie s'était sublimée. Ce métal était gris , cassant, plus dur que la fonte , et soluble seulement dans l'eau régale; mais cette donnée n'a pas été confirmée par des recherches ultérieures. L'oxyde céreux n'est pas réduit quand on le chauffe avec du potassium , et on obtient une poudre grise non métallique, qui est principalement de l'oxyde céreux.
ClËRIUM, LANTHANE, DIDTME. 747
On n'a pu le réduire de ses dissolutions dans les acides , ni par la pile électrique, ni par le potassium; mais la grande batterie de Childs refiy àvingt'deux paires de plaques longues de plus de deux mètres, Ta réduit , volatilisé et brûlé avec un feu très-vif. — • D après les expériences plus anciennes de Moiartder^ on obtient le cérium à l'état pulvérulent, en réduisant le chlorure céreux par le potassium. On s'y prend le mieux de la manière suivante : On prépare le chlorure céreux en chauffant dans un courant de gaz chlore, parfaitement exempt d'air atmosphérique, le sulfure céreux, placé dans une boule soufflée à un tube de verre; du chlorure de soufre se dégage avec l'excès de chlore, et il reste du chlorure céreux. On fait alors passer des vapeurs de potassium sur le chlorure , qu'on a soin de chauffer; et l'on continue ainsi jusqu'à ce que le potassium ne soit plus absorbé. On coupe ensuite la boule , et on la jette dans de l'alcool de 0,84. Le chlorure potassique est dissous, ainsi qu'une portion de potassium qui s'oxyde, tandis que le cérium reste; cependant il s'en oxyde une petite quantité, et il faut refroidir l'alcool à 0° pour affaiblir Faction , et l'arrêter aussitôt que le chlorure potassique est dissous. On exprime alors le cérium, et on le sèche dans le vide. Il se présente sous forme d'une masse pulvérulente , d'un brun chocolat foncé, qui donne, sous le brunissoir , une teinte métallique d'un gris foncé. Dans cet état, il ne conduit pas l'électricité entre un couple hydroélectrique. Chauffé à l'air, il senflamme avant d'être arrivé au rouge , brûle avec vivacité , et passe à l'état d'oxyde cérique. Ma^ sander pense que le cérium puWérulent est rouge ; car quand on l'obtient mêlé avec un sel basique, ce qui arrive quelquefois, et qu'on le traite par un acide étendu, la couleur de la portion qui n'est pas dissoute passe par toutes les nuances du rouge, à mesure que la quantité de métal diminue , jusqu'à ce qu'enfin il ne reste plus que le sel basique incolore. A Tair libre, le cérium est oxydé par l'humidité atmosphérique, et il exhale alors une odeur d'hydrogène fort désagréable , semblable à celle que répand le nuinganèse. Il s'oxyde rapidement dans l'eau, en dégageant du gaz hydrogène, surtout quand l'eau est un peu chaude. Leau n'en devient pas alcaline; les acides, même les plus faibles, accélèrent singulièrement l'oxydation. — Plus tard, Beringer obtiut le cérium exempt de lanthane , sous forme d'une poudre métallique grise.
748 OXTDE C£RIQUE.
Le poids atomique des métaux en mélange, considérés comme un seul métal, a été trouvé, =574,696.
Oxydes de cérium. On connaît au cérium deux degrés d oxydation : l'oxyde céreux et loxyde cérique.
I® Oxyde céreux. On lobtient en faisant bouillir, avec de Teau régale, le cérite pulvérisé, qui, d'après lanalyse de Hisinger^ est composé en centièmes, de 68,6 parties d*oxyde céreux, 18 d'acide silicique , i ^ de chaux, a d oxyde ferrique, et 9 ^ d'eau, La dissolution est évaporée à siccité, et chauffée doucement; après quoi on redissout la masse dans l'eau , et on ajoute à la liqueur filtrée du benzoate ammonique; le précipité qui se forme est du benzoate ferrique. On verse dans la liqueur de l'ammoniaque caustique, qui précipite un mélange d'oxyde céreux et d'oxyde cérique. Ce précipité est dissous dans l'acide chlorhydrique, la dissolution évaporée à siccité, et le résidu calciné dans une cornue, jusqu'à ce qu'il ne dégage plus de chlore. Le sel qui reste est dissous dans l'eau et précipité par la potasse caustique; le précipité obtenu de cette manière est V hydrate céreux^ qui jaunit rapidement au contact de l'air.
Cette facilité avec laquelle il s'oxyde est la cause pour laquelle on n'est pas encore parvenu à obtenir l'oxyde céreux pur et anhydre. Si l'on essaye de calciner du carbonate céreux dans des vases distillatoires , on obtient un résidu jaune, renfermant de loxyde cérique, formé aux dépens d'une partie de l'acide carbonique. On obtient le même corps jaune, qui est une combinaison des deux oxydes, quand on fait rougir l'oxyde cérique dans du gaz hydrogène.
Le mélange d'oxyde céreux, d'oxyde lanthanique et didymique, renferme 14,82 pour cent d'oxygène.
2° Oxyde cérique. On l'obtient quand on décompose le nitrate céreux par la calcination, ou qu'on fait rougir à l'air libre le carbonate céreux. Après avoir été calciné , cet oxyde est d'un rouge brique et pulvérulent. Les acides le dissolvent facilement. Chauffé avec de l'acide chlorhydrique, il dégage du chlore. Fondu dans la flamme extérieure avec du borax ou du phosphate animonicosodique, il se dissout en un verre limpide, qui est d'un rouge foncé tant qu'il est chaud , mais qui perd cette couleur en refroidissunt. Dans la flamme intérieure, le verre devient incolore. Si l'on fait fondre un globule vitreux et transparent d'oxyde cérique et de borax avec un globule également limpide du même
SULl^URK DE CÊRIUlir. ^49
oxyde dissous dans du phosphate ammonico-sodique, ils deviennent opaques. Si Ton prend plus d'oxyde que le flux n'en peut dissoudre, il se mêle avec le verre et produit un e'mail jaunâtre. Quand on verse de la potasse caustique dans la dissolution d*un sel cérique , il se précipite une matière mucilagineuse d'un jautie clair, qui est Yhydrate cérique^ et qui devient d'un jaune foncé par la dessiccation. L ammoniaque versée dans la dissolution d'un sel cérique en précipite ordinairement un soussel. Les alcalis caustiques ne dissolvent l'hydrate cérique ni par la voie sèche ni par la voie humide; mais les carbonates alcalins dissolvent une petite quantité de cet hydrate, en prenant une couleur jaune. Les propriétés que possède ce degré d'oxydation sont dues à l'oxyde cérique, avec lequel les oxydes des deux autres métaux se trouvent mêlés, mais sans participer aux caractères qui le font distinguer de loxyde céfeux. On a toute raison de croire que Toxyde cérique est un sesquioxyde, composé de a atomes de radical et de 3 atomes d'oxygène.
Sulfure de cérium. Ce corps a été obtenu, pour la. première fois, par Mosander. Le cérium, chauffé dans la vapeur de soufre , prend feu, brûle, et se convertit en sulfure. Le sulfure de cérium peut être préparé, en outre, par deux procédés différents, et son aspect varie suivant la méthode d'après laquelle il a été préparé. Lorsqu'on fait passer, à la chaleur rouge, du sulfide carbonique sur du carbonate céreux, on obtient un sulfure qui est rouge, semblable au minium, poreux et léger. L'air et l'eau ne lui font subir aucune altération. Quand on fond de Toxyde cérique avec un grand excès de sulfure de potassium dans un vase couvert, et à la chaleur du rouge blanc, et qu'ensuite on enlève le sulfure de potassium avec de l'eau , il reste du ßulfure de cérium , sous forme de très-petites paillettes jaunes et brillantes , qui ont de la ressemblance avec l'or musif pulvérisé, et qui, examinées au microscope, paraissent jaunes et translucides. — Ces deux sulfures, qui diffèrent l'un de l'autre quant aux caractères extérieurs, se dissolvent facilement dans les acides, avec dégagement de gaz sulfide hydrique et sans résidu de soufre. Le sulfure jaune laisse parfois quelques légères traces de ce dernier corps, mais qui ne paraissent point entrer d'une manière essentielle dans sa composition.
Le cérium a encore un aulre degré de sulfuration , qui corres-
75o SÉLÉNXURS CÉAEUX.
pond, par sa composition , à l'oxyde cërique; mais il n'a pas été possible de Tisoler, et on n'a pu l'obtenir qu'en combinaison avec des sulfures électronëgatifs , à l'état de sulfosel. Lorsqu'on essaje de précipiter un sel cérique par du sulfure de potassium, on obtient un mélange d'hydrate céreux et de soufre.
On obtient un oxysulfure de cérium quand on distille du carbonate céreux avec du soufre, ou qu'on le calcine dans un courant de gaz sulfide hydrique. C'est une poudre verdâtre , que les acides dissolvent avec dégagement de gaz sulfide hydrique et dépôt de soufre. Ordinairement cet oxysulfure est mêlé avec un peu de soussulfate céreux.
he phosphore j qu'on a introduit dans une dissolution neutre et concentrée de chlorure céreux, se recouvre peu à peu d'une pellicule, dont on peut aisément le débarrasser en le faisant fondre dans de l'eau chaude. Cette pellicule se décompose à l'air libre^ donne de l'acide phosphoreux, et laisse du phosphore céreux; mais elle paraît n'être qu'un mélange de phosphate et de phosphore ; car, d'après les expériences de Mosander, on ne parvient même pas à combiner le cérium métallique avec le phosphore en le chautTant dans la vapeur de ce dernier. Exposé dans ud creuset brasqué, à une chaleur violente, le phosphate céreux s'agglomère; mais il n'est ni fondu, ni réduit à l'état de phosphure dé cérium.
Carbure de cérium. L'oxyde cérique, distillé avec de l'huile dans une cornue de porcelaine, donne, d'après Laug^/^r, une poudre noire, qui est du carbure de cérium. Si on retire cette poudre encore chaude, elle prend feu et brûle sans flamme. Mosander a constaté qu'en distillant de l'oxalate céreux dans une cornue de porcelaine, et traitant le résidu par les acides , il reste du carbure de cérium noir, qui n'est pas attaqué par Tacide , mais qui , séché et chauffé , brûle avec vivacité, et laisse de l'oxyde cérique. On obtient le même carbure en calcinant doucement le tartrate céreux. Il brûle sans changer de poids , et paraît être composé de i atome \de cérium et 2 atomes de carbone.
SéUniure céreux. On l'obtient en calcinant le sélénite céreux dans un courant de gaz hydrogène. Si le sel contient du sélénite cérique en mélange, il se sublime un peu de sélénium. Le séléniure céreux se précipite sous forme d'une poudre rouge brunâtre, qui répand à l'air l'odeur du sélénide hydrique, qui n'est
CSRIUM. 75i
point décomposée par Teau , mais se dissout dam les acides avec dégagement de gaz sélénide hydrique. Chauffé à Tair, il bnMe , il se sublime un peu d'acide sélénieux, et il reste un sousséléniate blanc, pulvérulent y très-peu soluble dans les acides.
Les alliages de cérium sont peu connus. Gahn réduisit Toxyde cérique par lé carbone, en y ajoutant, dans une expérience, de 1 oxyde ferreux, et, dans lautre, de l'oxyde plombique. Le premier mélange donna une masse grise poreuse, prenant Faspect métallique sous la lime, attirable à laimant, et très-cassante. L'autre mélange donna une masse noire, peu compacte, qui, frottée sur du papier avec une sanguine polie , acquit un brillant métallique. Cette masse, enveloppée seulement dans du papier, s'est conservée sans altération pendant un espace de dix -neuf ans.
Je vais ici ajouter ce qui résulte des recherches plus récentes de Mosander sur le cérium et les métaux qui l'accompagnent.
Cérium. On peut séparer par trois moyens différents l'oxyde cérique des oxydes lanthanique et didymique.
I. Mosander y procède de la manière suivante: Les oxydes mêlés en dissolution dans l'acide chlorhydrique sont précipités par la pousse caustique ; on décante la liqueur éclaircie, et on y verse encore une solution concentrée d'hydrate potassique, avec laquelle on agite l'hydrate d'oxyde pendant qu'on y fait passer un courant de gaz chlore, jusqu'à saturation complète de l'alcali et de la liqueur : l'oxyde céreux passe à l'état d'oxyde cérique. Au moment où la liqueur est saturée de chlore , le lanthane et le didyme, ainsi qu'une partie de cérium, se dissolvent en un mélange de chlorure et d'hypochlorite, en laissant l'oxyde ferrique sous forme d'une poudre , non plus rouge brique, mais jaune pur; on le laisse reposer pendant vingt-quatre heures avec de l'eau de chlore dans un flacon fermé, afin de le débarrasser de quelques traces d'autres oxydes, et on le lave bien. Ce qui a été dissous par le chlore est précipité de nouveau par la potasse caustique ; on le soumet au même traitement, et on répète cette opération jusqu'à ce qu'on obtienne un précipité qui se dissolve dans l'eau de chlore sans déposer l'oxyde cérique.
L'oxyde cérique recueilli , qui a été épuisé par Teau de chlore et lavé, est digéré, à une douce chaleur, avec une solution d'hydrate potassique, qui enlève de l'acide hypochloreux ; à la place
^5a CéRlUM.
de celui-ci Toiyde prend la potasse^ qui, à son tour, est enlevée par Tacide nitrique étendu ; on lave ensuite loxyde et on le c^aleine. Il reste coloré en jaune citron.
2. J'ai constaté qu'en dissolvant le mélange d'oxydes par lacide nitrique, évaporant la solution à siccité, et calcinant le résidu jusqu'à destruction de l'acide nitrique, on parvient à enlever l'oxyde lanthanique^ mêlé de très-peu d'oxyde didymique, au moyen de l'acide nitrique , exempt d'acide nitreux , et étendu de 5o à loo parties d'eau; c'est avec cet acide qu'on fait doucement digérer l'oxyde calciné. L'oxyde rouge brun qui reste est une combinaison d'oxyde cérique et d'oxyde didymique, qui est peu attaquée par l'acide chlorhydrique ; mais cet acide en dissout l'oxyde didymique, et un petit reste d'oxyde lanthanique. L'oxyde cérique calciné est si peu soluble dans l'acide chlorhydrique, qu'on peut 1 y faire bouillir, sans qu'il ne s'en dissolve que des traces, avec un faible dégagement de chlore. Mais lorsqu'on verse sur l'oxyde ainsi traité un mélange d'acide chlorhydrique et d'un peu d'alcool, il se change facilement en chlorure et se dissout : la liqueur prend ainsi une odeur de chlore. L'oxyde peut être alors précipité par un alcali caustique.
3. £. L. Bonaparte fait passer l'hydrate, ainsi précipité, à l'eut d'hydrate d'oxyde cérique; il dissout celui-ci dans l'acide nitrique, chasse l'excès d'acide par l'évaporation à une douce chaleur, mêle le résidu avec très-peu d'eau , et y verse goutte à goutte une solution aqueuse^ saturée d'acide valérianique , tant qu'il se forme de précipité. Ce précipité est du valérianate cérique, d'un jaune pâle; l'oxyde cérique en peut être séparé par un alcali ou par la calcination, et être obtenu pur. Cette méthode de séparation est fondée sur ce que le valérianate cérique est peu soluble dans l'acide nitrique étendu, tandis que le valérianate didymique s'y dissout facilement, bien qu'il soit insoluble dans l'eau. On ne peut donc pas précipiter l'oxyde cérique seul d'une solution neutre au moyen d*un valérianate alcalin , puisque l'oxyde et le sel se déposent en même temps. La liqueur ainsi traitée renferme tout l'oxyde didymique et très-peu d'oxyde cérique.
L'oxyde cérique, faiblement calciné, est, d'après Moscmder^ d'un jaune citron; maintenu pendant une heure à une forte chaleur rouge , il prend une teinte rougeâtre , mais nullement brunâtre. Il n'est dissous que par l'acide sulfurique concentré , qui prend
LANTHANE. ^53
à chaud une couleur jïiune foncée ; après la saturation de lacide, cette coloration passe, par la chaleur, au rouge. L'hydrate cérique est d*un beau jaune clair, tant quil est encore humide; mais, par la dessiccation , il devient jaune foncé, et forme des morceaux compactes à cassure vitreuse. Il se dissout dans les acides concentrés, qu'il colore en jaune. Par Facide chlorhydrique, il se change^ avec un dégagement abondant de chlore, en chlorure céreux. Il ne se dissout pas dans les acides étendus , mais il se charge d'une partie de Tacide employé, et se convertit par là en un sel basique.
Nous ne savons que très-peu de chose de Y oxyde céreux à letat isolé. On lobtient en exposant le carbonate céreux dans un courant de gaz hydrogène à la chaleur blanche. L'hydrate céreux est incolore; mais il s'oxyde promptement à lair. L'hydrate cérique, aussi bien que l'hydrate céreux, sont un peu solubles dans le carbonate anunonique ; mais cette solubilité ne saurait être mise à profit pour les séparer des deux autres oxydes , car leur combinaison avec ceux-ci les empêche de se dissoudre. Les sels céreux sont incolores, et ont une saveur astringente sensiblement sucrée.
Lanthane. Après avoir séparé, d'après la méthode de Mosan^ derj l'oxyde cérique des oxydes lanthanique et didymique, on précipite ces derniers par l'hydrate potassique , on lave bien le précipité , on le redissout dans l'acide sulfurique , on évapore la liqueur à siccité, et on chauffe le résidu à une simple lampe à alcool , pour le débarrasser d'un excès d'acide sulfurique. Le sel ainsi obtenu possède la propriété, à l'état anhydre, de se dissoudre dans très-peu d'eau à une température inférieure à +9°; mais comme il se combine en même temps avec l'eau , il s'échauffe facilement au-dessus de cette température, ce qu'il faut éviter. Dans ce but, on place un vase, rempli de six fois plus d'eau que ne pèse le sel , dans un mélange de glace et d'eau , et on y introduit le sel par petites portions , jusqu'à ce que tout soit dissout. On chauffe ensuite cette solution dans un bain d'eau jusqu'à +4^": le sulfate lanthanique devient insoluble, et se précipite sous forme d'une poudre faiblement colorée en rouge améthyste ; mais cette couleur est due au sel didymique.
La liqueur restante est alors devenue plus rouge qu elle n'était. On l'évaporé à siccité, et on chauiTe le résidu jusqu'à ce que toute II. 48
^54 lahthàne.
Teau en soit expulsée ; on répète la ménie opération ^ naU en chauffant la solution à -h So"*, et la maintenant à cette température jusqu a ce qu'il ne s en dépose plus de sel. Le liquide qui reste cmeore renferme principalement du suliate didymique. Mou» y reyiendrons plus bas.
Le sel précipité à chaud est du sulfate lanthanique , souillé de sel de didyme« On le débarrasse de son eau chimiquement combinée, et on le laisse ensuite se déposer^ jusqu a dix^^ou douie fois y en chauffant la solution préparée à froid , afin de Tobtenir parfaitement exempt de didyme et d'un blanc de neige.
On dissout ensuite ce sel dans Veau, et on précipite la solution par le carbonate animoniqiie; le précipité est bien lavé, desséché et calciné dans un creuset de platine : l'oxyde lanthanique reste.
. L'oxyde lanthanique est blanc, avec une faible teinte rouge saumoné, ce qui tient probablement à la présence d'une petite quantité d'oxyde didymique. Il ne s'altère pas par une caicination prolongée. Mis dans leau^ il s'y combine insensiblement et se réduit en une poudre blanche, qui eat Thydrate lanthanique. Ce changement se fait très«rnpidement , si l'on maintient l'eau à une température voisine de *f- loo*'. L'hydrate rétablit la couleur bleue du papier de tournesol rougi ; bouilli avec une solution de sel ammoniac, il développe de l'am moniaque, et loxyde lanthanique se dissout L'hydrate, comme l'oxyde calciné, est trèspsoluble, même dans les acides étendus; mais l'oxyde lanthanique est tout à' fait insoluble dans le carbonate ammonique. La potasse causdque précipite les sels de lanthane, en donnant un hydrate géiatineu, qui est difficile à laver. Pendant le lavage , il se convertit d*ordinaire complètement en carboaate lanthanique : ü s'afiaisse alcNrs, et devient pulvérulent. L'oxyde lanthanique forme des sels incolores, qui ont i»ne saveur astringente et Êûblement sucrée.
L'oxyde lanthanique n'est pas réduit par le potassium ; mais le chlorure lanthanique, chauffé avec le potassium, est rédok avec dégagement de lumière: en épuisant la masse par l'alcool de 0,90, on obtient le lanthane métallique en résidu; on le lave avec de Falcool anhydre , on le presse et on le dessèche dans le vide s« l'acide sulfurique. Il présente alors l'aspect d'une matière noa fondue, d'un gris de plomb, qui se réunit, sous le brunissoir, en paillettes cohérentes , d'un éclat métallique et douces au toucher.
0IDYM£. 7S5
Mis dans Tean froide , il donne naissance à on lent dégagement de gaz hydrogène, qui, par la chaleur^ devient tumultueux, pendant qu'il se forme iin hydrate gélatineux. Soumis à une douce chaleur, il s*en flamme à Tair, et brûle en se convertissant en oxyde, lanthaniqué.
Le poids atomique du lanthane est plus élevé que celui des mé* faux mélangés. D'après les expériences de Mosander^ il est d'environ 680.
On obtient le sulfure de lanthane en combinant fortement Toxyde lanthanique dans un courant de sulfide carbonique. C'est une poudre d'un jaune sale, qui, en contact avec l'eau, produit de rhydrate lanthanique , avec dégagement de sulfide hydrique.
Didyine. J'ai dit, plus haut, qu'après la séparation du sulfate lafAthanique , il reste une liqueur rouge, qui renferme en solution le sulfate didymique. On étend cette liqueur de son poids d'eau, aiguisée d'acide sulfurique, et on l'abandonne à l'évaporation dans un endroit chaud. La solution, lorsqu'il n'en reste plus que le sixième de son volume, se colore ordinairement en jaune, et on la décante de la masse saline qui reste au fond. Cette masse saline est formée de gros cristaux rouges, mêlés de petites aiguilles prismatiques. On y verse ensuite un peu d'eau bouillante, qui enlève les petits prismes, et qu'on décante rapidement. Les cristaux rouges plus gros qui restent sont redissous dans l'eau , la solution est traitée par l'acide sulfurique, et abandonnée à l'évagoration spontanée; on obtient ainsi de nouveau deux sortes de cristaux : des prismes rhomboïdaux, longs, minces , et des cristaux rouges plus gros, à nombreuses facettes. Les premiers, qui constituent le sulfate didymique, sont soigneusement recueillis et séparés des derniers.
On dissout ensuite les cristaux de sulfate didymique dans l'eau, et on précipite la solution par de l'hydrate potassique en excès. Le précipité obtenu est l'hydrate didymique^ qu'on porte sur uu filtre. Il est d'un violet bleuâtre , et attire rapidement l'acide carbonique pendant le lavage et la dessiccation. Après la dessiccation , il est d'un violet faiblement rougeâtre. Par la calcination , il se dégage facilement de l'acide carbonîqne et de l'eau , et il reste de l'oxyde didymique. Ce dernier est coloré en brun; mais, en raison du mélange d'hydrate et de carbonate qui s'est ainsi décomposé, et à cause de l'état d'agrégation inégal dans lequel reste l'oxyde , la
756 DIDTMK.
couleur n est pas UDitbrme : la matière est constituée en partie par des morceaux bruns, quelquefois presque noirs, à cassure résinoïde^ en partie par des morceaux d*un brun clair et moins com« pactes. La poudre du mélange est d*un bleu clair. Soumis à la chaleur blanche, cet oxyde perd sa couleur brune et se colore en blanc sale, avec une nuance gris verdàtre. L'oxyde brun, ainsi que Toxyde blanc sale , se dissolvent dans les acides ; le premier s*y dissout avec dégagement de gaz. Dans l'eau, il ne paraît pas se convertir en hydrate. Le précipité d*hydrate didymique ne se dissout pas dans le carbonate ammonique. Chauffé au chalumeau avec le sel de phosphore^ il donne, au feu de réduction, la même teinte rouge améthyste^ nuancée de violet, que fournit Facide tîtanique au feu de réduction. Chauffé avec du carbonate sodique sur une lame de platine, il donne une masse d'un blanc gris« Ses sels sont rouge améthyste, avec une teinte bleue manifeste.