‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 4)Chapitre 30 sur 91 · HUILES GRASSES NATURELLES · texte numérisé non relu

HUILES GRASSES NATURELLES

avec des acides gras; on l'en débarrasse en Tagilant ayec une so* lution de tartrate neutre potassique, qui s'empare de i*acide sulfurique copule, et laisse Thuile pure. Les huiles à brûler qu'on eni> ploie sans cette purification préalable cessent au bout de quelques instants de donner une flamme claire et pure, parce que le corps nitrogéné, dissous dans Thuile , laiSse, pendant la combustion de celle-ci, un charbon dur, compacte, difficile à incinérer, qui forme sur la mèche une croûte s'épaississant de plus en plus : la combustion diminue de plus en plus jusqu'à ce qu'on enlève. cette croûte, c'est-à-dire qu'on mouche la mèche. La croûte ainsi enlevée continue d'ordinaire à rester incandescente à l'air, et laisse à la fin un« cendre grise, tout en conservant sa forme première. £n employant une huile parfaitement purifiée, il ne se produit pas de croûte semblable , et la mèche reste , après plusieurs heures de combustion, bien nette, quoique son extrémité se charbon ne. — Si, pour séparer l'acide sulfurique de l'huile, on se sert d'un hydrate c^alcique ou magnésique, il se forme aux dépens des acides gras un savon de chaux ou de magnésie qui reste dissous dans l'huile, et produit, pendant la combustion, une croûte de cendre charbon* neuse. —^Pendant cette purification, il ne faut pas oublier que l'eau dont l'huile s'est emparée doit être vaporisée à une douce chaleur«

Les huiles renferment, en outre, constamment une matière colorante, qui n'appartient plus aux combinaisons de l'oxyde lipylique avec les acides gras. Quelques-unes ont une teinte verdàtre , ressemblant à une solution de chlorophylle; la plupart sont jaunes, avec une nuance plus ou moins brunâtre. Plusieurs de ces huiles peuvent être décolorées quand on les fait digérer pendant 24 heures avec du charbon animal. On peut aussi les blanchir au soleil ; mais ce moyen exige ordinairement tant de temps, que l'huile commence à rancir. Cependant ce mode de blan dûment est plus rapide, si l'on verse l'huile en couche mince dans un bassin d'eau exposé aux rayons du soleil, pendant qu'on y maintient l'eau à + loo** par un courant de vapeurs aqueuses qu'on y fait arriver d'une chaudière. — ff^atson fait digérer les huiles ou graisses à + 70** avec de l'oxyde manganique en poudre, ou avec un mélange d'oxyde manganique et d'acide sulfurique, étendu de son poids d'eau. On réussit encore mieux en employant , au lieu d'oxyde manganique , le caméléon minéral , c'est-à-dire le manganate potassique , tel qu'on l'obtient par la calcination.

XRANSFORMATIOJXS DES HU1L£S. 4^9

Les huiles se comportent avec les gaz comme les liquides en général \ elles absorbent les gaz et les reçoivent dans leurs pores , d*où ils sont déplacés par d autres gaz , par Faction de la chaleur ou par le vide; mais comme elles sont moins fluides, l'absorption, de même que le dégagement des gaz, se fait très-lentement. Selon de Saussure y Thuile d'olive absorbe à + i8^ une fois et demie son volume de gaz oxyde tiitreux et de gaz acide carbonique. Elles absorbent de grandes quantités de gaz oxyde nitrique, deviennent plus épaisses et plus denses. L'huile d*olive absorbe 1,22 fois son volume de gaz oléfiant. Les huiles n'absorbent qu'une petite (]^uantité de gaz arséniure trihydrique; ce gaz les épaissit, et leur fait prendre une teinte sombre.

Les huiles pénètrent facilement les corps avec lesquels on les met en contact^ mais elles ne les ramollissent pas, comme le fait Teau. Lorsqu'on veut graisser, avec de l'huile, du cuir ou d'autres substances analogues, afin de leur conserver de la luollesse et de la flexibilité, il faut d'abord ramollir le cuir devenu dur; à cet effet, on le met tremper dans l'eau, et on le graisse pendant qu'il sèche ; l'huile se loge alors dans les pores ouverts par l'eau. L'huile montre beaucoup de tendance à s'introduire dans l'argile, mais cette tendance ne repose pas sur une affinité chimique. On en a profité pour faire disparaître les taches d'huile répandues sur du papier, des vêtements, ou même sur du bois ou des pierres; à cet effet, on recouvre ces taches avec de la terre de pipe, réduite en pâte ferme avec de l'eau ou de l'esprit-de-vin. Pendant la des* siccation , l'argile absorbe l'huile , en sorte qu'il n'en reste pas la moindre trace. On peut même enlever avec de l'argile sèche, mais souvent renouvelée , des taches d'huile sur des objets qui, tels que le papier, ne doivent pas être mouillés. Il est bien entendu que la tache ne doit pas être ancienne, car l'huile altérée n'est pas absorbée par l'argile.

Transformations des huiles, i. Action de l'air. En vases clos , les huiles se conservent très-longtemps sans subir de changement; mais , au contact de l'air , elles s'altèrent peu à peu. Certaines huiles s'épaississent et unissent par se dessécher en une substance transparente, jaunâtre et flexible, qui forme d'abord à la surface de l'huile une peau qui ralentit l'action de l'air sur l'huile restante. Les huiles qui se dessèchent ainsi prennent le nom A' huiles sicca-* tives^ et servent, en raison de cette propriété, dans la prépara-

470 TRAirSFORMATIONS BKS HOILES.

lion des vernis et des couleurs à lliuile. D'autres huiles ne se dessèchent pas , mais s'épaississent, deviennent moins combustibles et prennent une odeur désagréable ; on dit alors qu'elles sont devenues rances : dans cet état, elles réagissent comme des acides , et déterminent, quand on les goûte, une sensation d'ftcreté dans Tarrière-bouche. La cause n en est pas encore bien connue; probablement elle tient à ce que Tacide oléique se suroxyde aux dépens de Tair: une partie d'oxyde lipylique se change en glycérine, et le produit né de Facide oléique a l'odeur et la saveur rances cai*actéristiques , et se combine avec la partie intacte de l'oxyde lipylique pour former une sorte de bisel. En agitant l'huile avec ine solution tiède de tartra te alcalin ou avec un mélange d'hydrate nagnésique et d'eau, on enlève l'excès de ce produit, acide et on !ait perdre à l'iuiile sa rancité. Mais elle ne tarde pas à rancir de louveau, si on ne la conserve pas dans un flacon bien plein, bou- .:hé hermétiquement.

a. jiction du soufre. Les huiles dissolvent le souire à l'aide de a chaleur, et se maintiennent intactes jusqu'à + iSo*", de manière \ déposer, par le refroidissement, le soufre cristallisé en rbom* »oèdres. Mais au-dessus de + aoo*", particulièrement à + 260**, 'huile commence à se décomposer par la chaleur : le soufre entre lans les nouveaux produits résultant et de l'oxyde lipylique et des cides gras , difficiles à étudier dans le mélange qui les renferme, lette étude doit être précédée d'essais préalables, consistant à disiller la glycérine avec du soufre et de l'acide phosphorique anlydre , ou à distiller séparément avec du soufre , soit l'acide mar- ;arique et l'acide oléique , soit la margarine et l'oléine. Il devient tar là plus facile de distinguer entre eux les produits mèlés^ pro* enant de la distillation des huiles avec le soufre.

C'est sur la propriété des huiles de dissoudre le soufre qu'est ondée la préparation d'un produit employé en médecine sous le lom de baume de soufre ( bahamum sulphuris). A -f- ä6o% l'huile M décomposée par le soufre ; il se dégage beaucoup d'hydrogène ulfuré, et l'huile jette beaucoup d'écume. Il est très-probable [ue, dans ce phénomène, le soufre déplace l'hydrogène qui se égage, comme cela arrive souvent avec le chlore, qui enlève une ortion d'hydrogène pour se substituer à sa place <lans la combiaison. Cependant il n'y a qu'une partie de l'huile qui se décomose; l'autre partie sert de dissolvant à la combinaison produite.

TRAJNSFOBMATIONS DES HUILES. 47'

Mais la décomposition peut devenir totale, si le soufre est employé en très^grand excès, x partie de soufre et 6 parties d*huile produisent la combinaison liquide qui a reçu le nom de balsamum sulphurîs ; i partie de soufre et 2 parties d'huile donnent une masse d*un brun rouge foncé, élastique, qui adhère peu'^aux doigts ; 6 parties de soufre et i partie d'huile forment un produit dur et cassant. I^s différentes espèces de graisses , tant végétales qu'animales , produisent avec le soufre des combinaisons qui ne diffèrent entre elles que sous le rapport de la consistance et de la couleur. Avec Thuile de ricin, le développement d'hydrogène sulfuré ne commence pas au-dessous de + SSo"", et la combinaison formée de 6 parties d'huile et i partie de soufre n'a pas plus de consistance que Fhuile. Le suif et l'axonge rendent la combinaison noire brune, et semblable à un onguent.

Selon Harff^ lorsqu'on traite par Talcool le baume de soufre préparé avec de l'huile de lin^ lliuile non altérée et le soufre, qui n'avaient pas encore formé de combinaison chimique, se dissolvent et peuvent être dissociés; de sorte qu'on finit par obtenir, à l'état de pureté , la combinaison chimique produite par l'action du soufre. Cette combinaison a plus de consistance et une couleur plus foncée que le liquide d'où elle a été extraite; elle n'est pas saponifiable, mais elle se dissout dans Téther et dans les huiles. On peut aussi séparer le soufre et l'huile en excès de la nouvelle combinaison au moyen de la potasse caustique. Toutefois la dissolution alcaline de savon qui se forme dans ce cas dissout une petite quantité de la combinaison. Cette combinaison s'altère trèsrapidement à l'air : elle s'y transforme en une masse élastique qui ne se dissout plus dans l'éther. Il n'y a pas jusqu'à sa dissolution dans un excès d'huile qui doive être préservée du contact de l'air, si on ne veut pas qu'elle subisse d'altération. La partie altérée forme une pellicule solide à la surface du baume. Harff trouva qu'elle peut même être blanchie , lorsqu'on l'expose sous l'eau, dans un vaisseau ouvert , aux rayons directs du soleil. Ce phénomène ne s'opère pas dans des vaisseaux fermés. Il paraît qu'on ne sait pas encore en quoi il consiste.

D'après Radig^ lorsqu'on soumet le baume de soufre à la distillation sèche , en élevant graduellement la température , l'huile se décompose ; indépendamment des produits ordinaires de la distillation, on obtient une grande quantité de gaz hydrogène sul-

47^ TRANSFORMATIONS DKS HUILES.

furé, mais il ne se produit pas de sulfide carbonique. Après qu'on a chaufTé la cornue au rouge , il reste une masse noire, poreuse, analogue an charbon, douée d*un éclat mat, et composée, selon Radig, de 44^66 soufre et 55,34 carbone, = C S, à peu de chose prés. Cependant elle contient une substance qui se dissout dans ïether, et qui, après Tévaporation de ce véhicule, reste sous forme de paillettes noires et brillantes. Les détails dans lesquels nous venons d*entrer prouvent que la manière dont le soufre se comporte avec les huiles grasses est encore loin d'être connue, et mérite d'être étudiée avec plus de soin.

Quant au phosphore , on n'a pas encore fait de recherches satisfaisantes , probablement parce qu'on ne l'avait pas employé en quantité assez considérable. L'emploi du soufre et du phosphore à 1 etat de sulfide hypophosphoreux , P S , pourrait donner naissance à des produits particuliers , où le phosphore absorberait du gaz oxygène pendant que le soufre prendrait la place de ce gaz. Des expériences de ce genre amèneraient peut-être des résultats importants pour expliquer le mode de composition des produits organiques.

3. Action des corps halogènes* On a peu étudié l'action de ces corps. Le chlore , le brome et même l'iode se combinent avec les huiles, en dégageant les hydracides de ces éléments. Les huiles acquièrent par là plus de consistance, et se changent à la fin en une masse cireuse. Mais les recherches à cet égard n'ont pas été poussées plus loin.

4* Action de l'acide sulfurique. Les huiles s'unissent à lacide sulfurique concentré avec dégagement de chaleur, qui, si Ton n'emploie pas de moyen réfrigérant, déteoniine facilement un dégagement d'acide sulfureux. Ce mode de transformation a été déjà décrit plus haut , à l'article Acide margarique,

5. Action de r acide nitrique. L'acide nitrique concentré attaque les huiles grasses avec une telle violence, que la masse prend facilement feu. L'acide nitrique étendu , bouilli avec l'huile dans un vase distillatoire, donne naissance à tous les produits qui se forment, quand on traite la glycérine et les acides gras par lacide nitrique.

6. Les hydrates des fortes bases salifiables décomposent les huiles : l'oxyde lipylique se change en glycérine , et les acides gras s'unissent à l'alcali, comme nous l'avons déjà dit, et comme nous le dirons avec plus de détails à l'article Saison.

TRANSFORMATIONS DES HUItÈs. 473

Les alcalis fixes n'ont pas besoin d'être caustiques pour opérer cette transformation. Par une ébuUition prolongée avec les carbonates alcalins , on saponifie les huiles , parce que l'alcali se partage entre les acides gras et l'acide carbonique; et comme le bicarbonate alcalin qui se produit est sans cesse détruit par l'ébullition , l'huile peut être ainsi saponifiée, si le carbonate alealin a été em* ployé en excès.

L'ammoniaque caustique donne, avec les carbonates alcalins, une émulsion d'où l'on peut séparer l'huile intacte , soit en évaporant l'ammoniaque, soit en la saturant par un acide, ou l'étendant fortement d'eau. Une semblable émulsion de l'huile d'olive avec l'ammoniaque caustique est employée en médecine comme un topique excitant, sous le nom de hniment volatil (linimentum vo^ latile). Si lammoniaque caustique est très-concentrée, et que l'on conserve le mélange dans un vase fermé, l'huile se saponifiera à la longue.

Les hydrates des terres alcalines saponifient les huiles , à la température de l'ébullition , d'une manière assez rapide : la glycérine se dissout, pendant que les sels à acides gras restent sous forme d'une masse à emplâtre. Cependant Ihydrate magnésique n'agit ainsi que très-difficilement; l'huile, pendant l'ébullition , se môle avec l'hydrate pour former une émulsion , d'où l'on peut la séparer intacte par les acides. Si l'ébullition dure très-longtemps , l'huile finit par se décomposer : les sels magnésiques à acides gras viennent nager à la surface d'une liqueur jaune , qui renferme en dissolution de la glycérine et une quantité assez considérable d'oléate magnésique, qui lui communique une saveur amère. La magnésie calcinée, non susceptible de se gonfler dans l'eau pour se changer en hydrate, est, comme les hydrates des terres propre* ment dites, tout à fait sans action sur les huiles.

Parmi les oxydes métalliques , les oxydes plombique et zincique exercent une action saponifiante. Quant aux autres , ils n'agissent que très-incomplétement.

7. Par la distillation sèche ^ les huiles grasses se décomposent dès qu'elles commencent à bouillir, ce qui n'a d'ordinaire lieu qu'au-dessus de -f- aSo®, et, chez d'autres huiles, entre + 3oo** et + 320^. Il se dégage de l'eau, du gaz acide carbonique et des gaz inflammables : les huiles donnent alors naissance aux mêmes produits que lorsqu'on distille leurs principes séparément. L'acide

474 TRAKSFORMATÎOTrS DES HultÊg.

inargarique passe en grande partie sans altération , mais arec formation des produits volatils qui ont été décrits à la distillation sèche de cet acide. L'acide oléique est presque complètement détruit; il forme de Tacide pyroléique et les produits déjà indiqués plus haut, à l'article Acide oléique; enfin l'oxyde lipylique détermine la formation de Tacrol, qui se mêle aux autres produits de décomposition.

Les gaz combustibles qui se développent par la distillation sèche des huiles augmentent de quantité à mesure que la température s'élève. Quand on laisse l'huile tomber goutte à goutte dans un vase de fer incandescent, la quantité de gaz combustible est si grande, et ceux-ci sont si riches en gaz carbure hydrique, qu'on peut les employer avantageusement comme un moyen d'éclairage. Quant aux détails de la préparation de ces gaz en grand, nous renvoyons à l'article Distillation sèche.

La composition élémentaire des huiles a été longtemps l'objet de recherches exactes , qui ne donnèrent cependant jamais des résultats satisfaisants pour la même huile, tandis que des huiles les plus différentes offrent des résultats analogues. Plus tard, lorsque la composition élémentaire des huiles fut mieux connue, on comprit que les principes constitutifs peuvent varier de proportion, et que les huiles renferment, en outre, des traces de substances végétales en dissolution, variables selon les circonstances; de sorte que ces analyses ne conduisent jamais à des résultats applicables.

Tout le monde connaît Y usage des huiles; il est donc inutile d'y insister.

Les huiles grasses sont très-nombreuses. Presque chaque espèce végétale renferme une ou plusieurs huiles particulières. Nous ne mentionnerons ici que celles dont l'usage est répandu ou qui ont quelque importance scientifique, par exemple, en raison de quelque acide gras qu'elles renferment. Quant aux huiles qui appartiennent au règne animal, il en sera question dans la chimie unimale^ après que nous aurons exposé leur composition théorique, sous le point de vue des combinaisons d'oxyde lipylique.

Les huiles végétales grasses peuvent être divisées en celles qui sont liquides à la température ordinaire, et celles qui sont demisolides. Les premières se partagent à leur tour en deux groupes : en huiles non siecati^es et en huiles siccatives. Nous avons vu que

HÜItES LIQUIDES KÖN SICCATIVES. 4?^

la propriété siccative dépend des proportions Tariables d*élaïne dans ces huiles«

A* HUILSS LIQUIDES KOK aiCCATIYBS (l).

Dans tontes ces huiles, Télaïne est une combinaison de l'oxyde lipylique avec 1 acide oléique ordinaire; en d'autres termes, c'est de Toléine. Elles rancissent à la longue, deviennent épaisses, visqueuses, mais ne durcissent jamais.

Huile iVolwe. On l'extrait du péricarpe ou partie charnue des olives (fruits de Yolea eiiropœa). On trouve dans le commerce trois espèces d*hui1e d*olive. La meilleure, l'huile vierge, s'obtient par une douce pression à froid. Ensuite on obtient par une plus foiie pression, et à l'aide de Teau bouillante, de Thuile d olive commune ; enfin on se procure une nouvelle quantité d'huile en faisant bouillir le marc d'olives avec de l'eau , opération pendant laquelle l'huile vient se rendre à la surface de l'eau , d'où il est facile de l'enlever. Cette dernière huile sert uniquement à la préparation des savons. On obtient une huile plus mauvaise encore, en laissant fermenter les olives entassées, avant de les exprimer. L'huile d'olive est de toutes les huiles la plus employée; et comme l'olivier est très-délicat et ne croît que dans une petite partie de FEu* rope, le produit qu'il fournit est plus cher que beaucoup d'autres huiles grasses.

L'huile d'olive a une odeur faible, particulière, et une saveur douce, agréable. Sa couleur est jaune pâle. Celle exprimée à chaud, de qualité inférieure, a une teinte verte et une odeur plus forte. Son poids spécifique est 0,917 à + i5". D'après de Saussure^ il est de 0,9192 à + 12% de 0,9109 à + a5% de 0,893a à + 5o" et 0,8624 à + 94*. Elle renferme, en moyenne, 28 pour cent de margarine, qui, à quelques degrés au-dessus de 0% commence à cristalliser en grains, ce qui fait que l'huile finit par se solidifier. Celle exprimée à chaud est encore plus riche en margarine«

(i) Voye« : Procéda pour reconnaftre la falsification de t huile it oléine par celle de graines, par PouCel. (Auoales de cbimie et de physique, t. XIT, p. 58.)

Beelierches sur Us huiles, par Th. de Saimure , membre de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève,

(Ifote du traductettr,)

476 HaitBS LIQUIDES KON SICCATIVES.

Le prix assez élevé de T huile d*oIive comestible fait qu'on la falsifie souvent avec des huiles moins chères, et particulièrement avec l'huile de pavot (huile d'oeillette). Cette dernière huile est siccative : son élaïne ne peut pas être convertie en élaïdine. De là le moyen de Poulet ^ indiqué plus haut, pour reconnaître la fraude : par l'emploi de ce moyen , l'huile d'olive pure devient tout à fait solide au bout de 24 heures, tandis que si elle est sophistiquée avec de l'huile de pavot, eHe reste visqueuse, et d'autant plus molle que la quantité d'huile de pavot qui s'y trouve est plus grande« Si le mélange renferme ia~ pour cent d'huile de pavot, une partie de l'huile liquide viendra nager à la surface de î'élaîdine solidifiée. Cette preuve a beaucoup perdu de sa valeur, depuis que l'on sait que la m.éme chose a lieu avec toutes les huiles, par conséquent aussi avec l'huile de pavot contenant de l'oléine.

Rousseau a proposé une autre méthode pour reconnaître la pureté de l'huile d'olive, qui est fondée sur la propriété de l'huile d'olive d'être, à cause de l'absence de matières dissoutes, meilleur non-conducteur de l'électricité que les autres builes végétales. A cet effet, Rousseau a inventé un instrument particulier, qui consiste en une pile galvanique sèche, construite avec des plaques de zinc et de cuivre très-minces, entre lesquelles on place, au lieu d'un conducteur humide, des rondelles de papier trempées dans de l'huile d'œillet. Un des pôles est mis en contact avec la terre ; l'autre peut être mis en communication , à l'aide d'un conducteur métallique, avec une aiguille faiblement aimantée et très-mobile. L'aiguille isolée porte à sa pointe une rondelle ; une autre rondelle, de même grandeur, est également fixée par un fil métallique au support de l'aiguille. Le pôle de la pile est mis en communication avec cette dernière rondelle. Pour faire usage de Tinstru* ment , on place l'aiguille de manière qu'en vertu de sa polarité la rondelle qu'elle porte vienne se coller contre la rondelle immobile. L'électricité que celle-ci reçoit de la pile se communique aussi à l'autre rondelle, qui par conséquent est repoussée. Maintenant si une couche d'huile, d'une épaisseur déterminée, interrompt en un point le courant d'électricité qui arrive du pôle, on peut voir jusqu'à quel point l'huile interposée diminue la déviation : celle-ci n'atteint que lentement son plus haut degré. Moins l'huile est conducteur de l'électricité, plus la déviation est lente, et Rousseau

BUILB DAMAlfIMB. 477

a trouve que l'huile dolive conduit Télectricitë 675 fois moins bieii que toute autre huile végétale. Deux gouttes d'huile d'œillet ajoutées à 3 gros d'huile quadruplent la conductibilité de cette dernière. Mais, en faisant cet essai, il faut se souvenir que la stéarine de la graisse animale se comporte comme de l'huile d olive.

L'huile d'olive se conserve mieux et plus longtemps que les autres huiles végétales sans devenir visqueuse ; aussi les horlogers Temploient-ilsy après l'avoir soumise à la purification suivante : On verse l'huile dans une bouteille, on y introduit une lame de plomb, on bouche la bouteille , et on la met à une fenêtre où elle puisse recevoir les rayons du soleil. Peu à peu l'huile se couvre d'une masse caséiforme , qui se dépose en partie au fond , tandis que l'huile perd sa couleur, et devient limpide« Dès que le plomb ne détermine plus la formation de cette substance blanche, on décante rhuile, devenue limpide et incolore. Ces changements demanderaient un examen scientifique.

On trouve dans les pharmacies un produit de la distillation sèche de l'huile d'olive, connu sous les noms d'huile de brique^ oleuni lateritiunty oleum philosophorum.

On prépare ce produit en trempant des fragments de brique chaude dans Thuile d'olive , et après qu'ils s'en sont bien imprégnés, on les distille dans un matras de fer, Par ce moyen, on évite les soubresauts, qu'il est presque impossible d'empêcher, si l'on distille l'huile à une température brusque. Le produit oléagineux ainsi obtenu est brun foncé, un peu épais, et d'une odeur désagréable. Par la distillation avec l'eau, on l'obtient plus fluide et presque incolore. Le produit non rectifié est employé dans l'art vétérinaire : il est, selon Büchner^ vénéneux.

Huile dCamande. On l'extrait des amandes douces et des amandes anfkères {amygdalus communis). Elle est d'un jaune clair, trèsfluide, d'une saveur agréable et sans odeur. Son poids spécifique est de 0,917 à 0,92, à la température de + iS"*. Refroidie jusqu'à — xo% elle donne, selon Braconnot^ 0,24 ^^ stéarine, qui fond à + 6% et 0,76 d'élaïne , qui ne se congèle pas par le plus grand froid. Schübler assure, au contraire, qu'elle ne devient trouble et blanchâtre qu'à — 20% et qu'elle se solidifie totalement à — 25^ Gusserow ne parvint pas à en extraire de la stéarine; et en exprimant les amandes d'abord à la température de — 12% puis à — 4% et enfin à quelques degrés au-dessus de 0 , il obtint toujours la

478 tJIU OB FAÎirS.

même huile ; d où il conclul que Fhuile d'amande ue contient point de stéarine. L'huile d amande rancit facilement; elle se dissout dans a S parties d'alcool froid et dans 6 parties d'alcool bouillant; elle est miscible en toutes prc^ortions avec Téther. On remploie en médecine.

U huile de naçette^ retirée des graines du Brassica râpa et bras^ sica napus^ est jaune^ d'une odeur particulière; elle se solidifie à •— 3°75 en une masse jaune y et se compose ^ selon Braconnai ^ de 0)46 stéarine, qui fond à + 7%5 et contient o,54 d'élaîoe, ayant Todeur de l'huile. Le poids spécifique de Fhuile du brassica napus est 0,9128 à + i5% et celui de Thuile du 6rassicarapay=:Ojgi6y. A une température de — G^^ ces deux huiles déposent des globules blancs de stéarine, et, à quelques degrés au-dessous, elles se prennent en une masse butireuse. Les graines du Brassica napus donnent 33 p. cent d'huile ; celles du brassica râpa en fournissent beaucoup moins.

IS huile de colza se retire des semences du brassica campettrisy tfar. oleifera : elle est bonne pour les lampes, sans purification préalable. Elle a pour poids spécifique 0,91 36 à + i5% et se solidifie à — 6%a5. Les semences donnent 39 p. cent dliuile.

II huile de moutarde s'extrait des semences des sinapis alba et nigra» Les semences broyées de la première espèce donnent 36 p. cent d'huile, celles de la dernière n'en donnent que 18 p. cent. Cette huile est inodore , plus épaisse que Thuile d'olive , d'un jaune de succin. Celle qui provient du sinapis alba a pour poids spécifique 0,914a à + i5®; celle du sinapis nigra a 0,9170, et se solidifie au-dessous de o^.

V huile des noyaux de prunes {prunus domesiica^ L.) se fiibrique surtout dans le Wurtemberg. Les amandes, dépouillées de leurs enveloppes, donnent 33 p. cent d'huile transparente, d'un jaune brunâtre , et d'une saveur semblable à celle de l'huile d'amandes. A + 1 5% elle a pour poids spécifique 0,91 27 ; à — 9% elle se solidifie. Elle rancit facilement, et est une des meilleures huiles d'éclairage. On exprime aussi dans le Wurtemberg une huile grasse dt*.s noyaux de cerises.

h huile de faine s'obtient par l'expression des faines (fruits du ß'g^ syli^atica^ L.). On en relire tout au plus la p. cent d'une huile transparente, et 5 p. cent d'une huile trouble. Elle est d'un jaune clair, inodorci et très-épaisse. Son poids spécifique est

ttuiLt i>i LUT. 479

cgaaS à + iS^. A-« 17'', elle fie prend en une maue bUncjaunàtre.

Ll huile de noisette $e retire des fruits du corylus apellana^ L.| qui en donnent 60 p. cent. Elle est liquide ^ d'un jaune clair^ inodore, et d'une saveur douce. Son poids spécifique est 0|9a4^ à -+- i5®. Elle se solidifie à — 19®.

Huile dé béhen. Elle s extrait, par expression, des noix de bében^ fruits du guilandina moringa^ \Àvk.{moringa oleifera de Liamarck). Elle est très-cbère, et se i^encontre rarement dans le commerce de la droguerie. Assez récemment on a fait des plantations considérables de cet arbre dans les possessions hollandaises, à Curaçao, Bonaire et Aruba. On peut donc espérer que cette buile se vendra bientôt à bon marché et en abondance.

Eile est un peu jaunâtre, inodore, d*une saveur douce et agréable. Son poids spécifique est de 0,91a à + i5®. Au-dessous de + i5^, elle s^épaissit, et se prend, à une température plus basse, en une masse solide. Elle se conserve plus longtemps que les autres huiles sans rancir, et se compose d'oxyde lipylique uni aux acides margarique , béhénique et oléique. C'est une excellente huile comestible, et qui peut être employée aux mêmes usages que l'huile d'olive.

B. HUILBS llQüIDfiS SICCATIVES.

La propriété siccative de ces huiles dépend de la nature de l'acide gras liquide dans l'élaîne. On ignore encore si cet acide (acide linoléique) est dans toutes ces huiles le même, ou s'il existe d'autres acides gras siccatifs. Il se peut qu'elles renferment toutes de l'acide linoléique, et que les différences dans leur propriété siccative tiennent à des mélanges variables d*oléate lipylique non siccatif.

Huile de lin (i). Elle s'extrait de la graine de lin (linum usitatissîmum)j qui en fournit 22 pour cent de son poids. La meilleure est celle obtenue par l'expression à froid. Elle est d'un jaune clair; celle exprimée à chaud est d'un jaune brunâtre, et devient facile-

(x) Voyez : Suria constitution de t huile de Hn et ses produits d'oxjrdation,^ Sacc. (Anaales de Liebig, J. XLI; p. ai3).

{Nofe du traducteur,)

48o HUILE DE LIN.

ment ranoe. Elle a une saveur et une odeur particulières. De Saussure a trouvé son poids spécifique de 0,928 à 0,982. D après ce chimiste, il est de OjpSpS à + 12" , de 0,93 à + 25**, de 09125 à + So", et de o,88i5 à +94°- A. — 20% elle prend une couleurplus paie, sans déposer de la stéarine, ni se congeler ; mais à — 27'',5 elle se prend en une masse solide jaune. Suivant Gusserow^ elle se solidifie déjà à — 16°, quand cette température est maintenue pendant quelques jours.

D'après Sacc^ Thuile de lin renferme 6 \ pour cent de margfarate lipylique, qui en forme la partie solide, ou stéarine : c'est de là que Sacc a retiré l'acide margarique qu'il a soumis à Tanaljsc. Elle se dissout dans cinq parties d'alcool bouillant et dans 4o P^i"' ties d'alcool froid, ainsi que dans 1,6 partie d'éther.

L'huile de lin renferme de petites quantités d albumine et de mucus en dissolution. Pour l'en débarrasser, on a indiqué le moyen suivant : On la mêle avec du sulfate plombique, de manière à la réduire à l'état d'une crème épaisse, ou on la laisse reposer pendant 3 à 4 jours , en l'agitant souvent. On la laisse ensuite s'éclaircir, et on décante. Elle a alors une couleur plus claire, et se dessèche plus rapidement. Le sel plombique est couvert d'un enduit mucilagineux qu'on peut enlever pour employer le sel à une nouvelle opération.

Transformations de V huile de lin. i. Action prolongée de Vair. L'huile de lin, conservée longtemps dans un flacon à demi rempli, s'épaissit et se dessèche alors moins facilement \ elle se dissout beaucoup moins dans l'alcool que l'huile fraîche, et cette solution se mêle avantageusement aux vernis clairs, pour lès empêcher de se fendiller.

Uniferdorben a soumis à un examen particulier les changements qu'éprouve l'huile de lin quand elle est conservée pendant longtemps, ou qu'elle se dessèche. Conservée dans une cave et dans un tonneau incomplètement fermé , elle laisse déposer un sédiment gras, blanc, mou, et une poudre brunâtre. Le sédiment gras n'est que de la stéarine qui contient en mélange un corps qui est insoluble dans l'éther, et se comporte comme l'albumine végétale. La solution de la stéarine dans Tétlier donne , par Févaporation spontanée, de la stéarine cristalline. Cette stéarine est soluble dans 100 parties d'alcool froid et dans 40 parties d'alcool anhydre bouillant Elle se dissout dans 5o parties d'éther froid et dans

HUILE D£ LIN. 48 r

ao parties d'éther bouillant. Elle se saponifie avec une difficulté remarquable. Un quart de la^ poudre brune se dissout dans l'eau; la dissolution contient un corps semblable à de la gomme, qui est précipité tant par les acides étendus que par lacétate cuivrique, et ne se dissout ni dans Talcool, ni dans Féthen Les| restants sont insolubles dans la plupart des menstrues ; l'hydrate potassique en extrait un peu de résine. Pour étudier le corps qui se forme pendant la dessiccation de lliuile de lin^ Unverdorben broya de Vhttile avec une quantité de craie suffisante pour obtenir un mélange pulvérulent, et la laissa ensuite, pendant quatre semaines^ exposée à un endroit chaud ; après ce laps de temps, l'huile était complètement desséchée. Il commença par dissoudre le carbonate calcique au moyen de l'acide cUorhydrique étendu , puis il traita le résidu par Téther, qui s'empara d'une matière onctueuse, de consistance goudronneuse. Le poids de cette matière, qn limierdarben reconnut être de l'acide oléique altéré, s'éleva à o,i5 de celui de l'huile. En effet, l'acide oléique, séparé par un acide du savon d'huile de lin, et exposé à l'air, donne, d'après ce chimiste, un produit analogue de consistance goudronneuse. Le résidu insoluble dans l'éther, débarrassé, par une nouvelle quantité d'acide hydrochlorique , du restant de carbonate calcique , n'est que de rhuile de lin sèche. A l'état de siccité parfaite, elle forme une masse jaunâtre, agglomérée. Elle est insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther; ces dissolvants, surtout l'éther, la font gonfler; mais, parla dessiccation, elle se durcit de nouveau. Elle est insoluble dans les huiles grasses et volatiles. Traitée par un mélange d'acide chlorhydrique et d'alcool , elle se transforme en un corps goudronneux. Elle est dissoute et décomposée par une solution d'une partie d'hydrate potassique dans 6 parties d'eau. La dissolution contient de l'oléate potassique ^ plus une combinaison de potasse et d'un corps goudronneux insoluble dans l'eau.

a. Action de V acide nitrique. Cette action a été étudiée par Sacc. Quand on verse de l'huile de lin sur un mélange de 2 parties d'eau-forte étendue de quatre fois son volume d'eau , elle se colore en beau rouge à une douce chaleur ; puis elle commence à se décomposer en développant des bulles de gaz, qui n'ont cependant pas l'odeur du gaz nitreux. Bientôt après, l'huile se transforme en une masse membraneuse, rouge, avec un fort dégagement de vapeurs rutilantes. Par le gaz qui se dégage, cette vj. 3i

48i HtJlLE DE U».

masse se gonfle en un ballon, qui s échapperait sj on Qe \ß brojraû pas. Cette matière membraneuse est très -élastique, et prend , quand on Tétire, un aspect de velours. Â la fin, elle devient jaune et semblable à une résine poisseuse, qui se solidifie par le refroidissement, et présente quelques paillettes cristallines.

Par le refroidissement de Teau mère acide | il se dépose de Tacide oxalique et de l'acide subérique.

Le corps résineux fuf bouilli dans Teau , afin d^ le dépouiller de Feau mère acide : il se forma des bulles de gaz et des yapeujrs ayant Fodeur de la menthe poivrée. Ce corps se laissa dissoudre dans Talcool à froid , en déposant un peu d*acide marg^rique. Après levaporation de Falcool, il resta une résine rouge brun qui, s'unissant à de la potasse caustique» donn^ une matière rouge, qui absorba tout le liquide au point de le réduire eu grêlée. Les acides en séparèrent une résine rouge-brun , qui nagea sur la liqueur.

Ce corps est jusqu'à un certain degré soluble dans Teau pure bouillante ; il se partage en une résine plus légère que Feau, et en une autre qui tombe au fond. La solution aqueuse laisse, après levaporation, la résine intacte.

Les produits de décomposition de l'huile de lin par l'acide nitrique sont, outre cette résine: de l'acide oxalique, une grande quantité d'acide subérique, de l'acide pixnéliaue, de l'acide carbonique et de l'eau. L'acide linoléique seul donne une résine jaune, poisseuse, et beaucoup d'acide Subérique. Cette résine devient brune par l'ébullition avec l'eau.

3. Les alcalis caustiques saponifient l'huile de lin ; mais le savon ainsi obtenu ne peut servir à aucun usage , à cause de la facilité avec laquelle se décompose l'acide linoléique. Le linol^te alcalin s'altère sans cesse, comme nous l'avons déjà dit à l'article LinoUates^

4« Distillation sèche. Quand on chauffe l'huile d« 1|Q dan^ un vase distillatoire, elle donne, suivant Sacc^ avanf qu'elle entre en ébullition, beaucoup de vapeurs blanches qyi se condensent, dans le col de la cornue, en une huile limpide, încqlore, et répandant une odeur de pain frais. Dès qu'elle commence ji )>ouillir, ces vapeurs cessent, la masse se gonfle, et, apfès avpir rgmp^ |a pellicule, elle entre uniformément en ébullition ; le produit de 1^ distillation se colore de plus en plus, et il reste à la fin un corps

ttUILB DE LUT. 49a

fefatipevx, semblable ^ du caoutchouc. S<^c |i*« pM f^i,^ 1» distiUaUQQ plu3 Jojju

Si l*ébuUition se ^ait cjana un Tase couyert et en agitant coDti^ nuellement la masse « Tbuile de lin $e dessèche peu à peu en une matière très*gluUneuse qui est employée, sot^ le nom àegtu^ pour prendre les oiseux.

Si, après TaToir enleyée de dessus le feu, on enflamma Ibs va* peurs et qu'on les laisse brûler jusqu'à ce qu'elles s'éteignent spontanément, ou qu'on éteigne, au bout de quelques minutes , la flamme sous un couvercle, la matière conserve encore sa vifr> cosité ; mais en la faisant bouillir longtemps avec de l'eau mêlée d'un peu d'acide nitrique, pendapft qu'on remplace de temps en temps l'eau qui s'en va, afin d'adoucir l'action ie l'acide nitrique, on b transforme, suivant Z«* E. Jonjus^ en un produit élastique qui ressemble beaucoup au caoutchouc, et que Jonas a nomm^ caoutchouc d'huUß de lin. Les vapeuns qui se dégagent pendant l'ébuliition exhalent une odeur d'acrol. Dès que la matière a com^ plétement perdu, par l'ébuliition, sa viscosité ^ sop élasticité, on ^éCfinte le liquide acide (qui n'a pas été examiné) ^ puis op }a pétrit dans l'eau chaude jusqu a ce que celle-ci m $ß charge plus d'acide, et on la dessèche à une douce chaleur. Elle n'esf paa fusible sans décomposition.

Le caoutchouc d'huile de lin est une xjdioière brune, élastique, noKi gluante, tout à fait semblable au caoutchouc ; fraîchement coupé, on en peut réunir les deux bouts, absolument comme pour le caoutchouc naturel. Il est insoluble dans l'eau et dans lalcool anhydre; mai^ il se dissout dans lether pur et exempt d'alcool : il s'y gonfle d'abord , puis il se dissout quand on en ajoute davantage. Il se sépare en même temps un produit insoluble, qui trouble la solution. L'alcool l'en précipite intact. Il se dissout aussi dans le suldde carbonique ; la solution est trouble, et ressemble à une émulsion« Mis dans de l'essence de térébenthine, il se gonfle d abord ^^ puis finit par s'y dissoudre; après l'évaporation du dissolvant, il reste intact. Il se gonfle dans le pé- (rol, sans se dissoudre.

Bouilli avec une lessive de potasse concentrée, il se combine ^yec pet alpali, sans se dissoudre ; mais si, après avoir décanté la liquenf) ^P ajoute de Veau chaude, il se dissout. Si l'on étend, au Gontfaire, la les:iiv^ alpaline 4'une certaine quantité d'eau, le corn-*

484 HUllE DE LIN.

posé potassique se divise, et se dissout complètement si Ton y ajoute encore plus d'eau. La solution est brune. Les acides en séparent un corps résineux, élastique. Le caoutchouc d'huile de lin se dissout facilement dans une solution alcoolique de potasse, et se précipite quand on sature la potasse par uii acide. Il se distin* gue du caoutchouc naturel par la propriété qu'il a de se combiner avec la potasse.

* Ce produit ne s'obtient pas seulement avec l'huile de lin, mais encore avec d'autres huiles siccatives : elles en donnent d'autant plus qu'elles sont plus siccatives. L'huile de lin et l'huile de noix en donnent huit fois plus que l'huile de pavot.

L'huile de lin est généralement préférée aux autres huiles siccatives pour la préparation des vernis. L'huile brute est employée pour des couleurs plus claires ; mais elle exige alors plusieurs jours pour sa dessiccation.

Ce qu'on appelle 'vernis à Vhuile est de l'huile de lin préalablement oxydée, afin qu'elle se dessèche plus rapidement. Par l'effet de cette oxydation , elle prend une couleur plus foncée , tirant sur le brun ^ et est alors généralement employée dans la peinture à l'huile. Au bout de 24 heures, la couleur est déjà assez sèche pour ne plus déteindre. Il existe plusieurs méthodes pour obtenir cette oxydation préalable.

On obtient du vernis en exposant de Thuile de lin, dans un pot vernissé, à une chaleur suffisante pour la faire bouillir pendant 3 à 6 heures. On y ajoute, par a litres d'huile, ^ à i once de litharge en poudre fine , et \ d'once de sulfate zincique. L'huile devient d'autant plus siccative et se rembrunit d'autant moins que la chaleur a été plus modérée et plus longtemps soutenue.

Le sel zincique est un ingrédient indispensable. Quelques-uns le fixent à une baguette, et Tagitent ainsi dans le vernis chauffé : l'eau de cristallisation du sel, expulsée par la chaleur, détermine une ébullition de la masse. De plus, pendant la préparation du vernis, une partie de l'huile s'est saponifiée par l'oxyde plombique, et le vernis contient du linoléate plombique en dissolution, d'où le sulfate zincique échange de l'oxyde plombique contre de l'oxyde zincique. Par cette opération , Vhuile parcourt en peu de temps les changements qu elle éprouve pendant la dessiccation ; en sorte qu'appliquée en couches minces , elle sèche en a4 heures. Une petite portion de l'oxyde plombique se dissout dans l'huile,

HUILE DE Lm. 485

et peut ainsi contribuer à la dessiccation ; mais la majeure partie de l'oxyde est partiellement réduite , et se rassemble au fond du Tase, sous forme d'une poudre grise foncée, qu on sépare du Ternis en filtrant celui-ci. Par une ébuUition suffisamment prolongée^ on peut amener Thuile au point où elle devient presque solide par le refroidissement ; on la rend alors liquide en la dissolvant dans Thuile de térébenthine.

La présence du plomb dans le vernis a un inconvénient qui né se fait sentir qu'à la longue. Par l'effet du sulfide hydrique; qui existe accidentellement dans Tair, l'oxyde plombique se change en sulfure, et le vernis prend une teinte de plus en plus foncée. Cet effet sans doute ne se manifeste que très-lentement : il ne devient sensible qu'après un ou] deux siècles. C'est pourquoi les chefs*d'œuvre des grands peintres du quatorzième ou quinzième siècle ont actuellement une teinte si sombre, qu'il est souvent difficile de distinguer les objets qui sont représentés sur ces tableaux. D'après les expériences de TAenardj on peut remédier à cet inconvénient en passant sur ces tableaux une éponge trempée dans une solution de suroxyde hydrique : le sulfure plombique se change par là en sulfate plombique. — Ce qui aggrave encore le mal, c'est l'habitude qu'on a de nuancer les couleurs avec du blanc de plomb , broyé avec de l'huile de lin ou de noix : on devrait y substituer l'oxyde zinciquc pur.

/o/ia^ a prescrit le moyen suivant pour préparer un vernis exempt de plomb : On chauffe loo parties d*huile de lin dans un vase de cuivre jusqu'à une certaine température, qui cependant n'a pas été indiquée ; on ôte ensuite l'huile du feu, et on ajoute, goutte à goutte, en agitant continuellement, 3 ou 4 drachmes d'acide nitrique concentré , qui décompose l'huile de lin violemment. On laisse ensuite s'éclaircir la niasse refroidie, ce qui exige plusieurs jours, et on la sépare, par décantation, d'un dépôt visqueux jaune ou brunâtre. 11 dépend de la température qui se manifeste pendant l'addition de l'acide, si le vernis sera jaune ou brun jaunâtre. Ce vernis sèche parfaitement. Cette méthode dé préparation s'est de plus en plus répandue , et a remplacé l'ancienne.

Un fabricant anglais a dit que l'huile de lin, agitée avec une solution d'acétate plombique concentrée, et ëclaircie, donne un vernis presque incolore, propre à servir aux couleurs claires , et qui sèche en 2i4 heures. Cela est exact ^ mais l'induit, bien que

486 HÜTLE DE NOIX.

desséché, reste longtemps si mou, quîl prend les empreintes de Tongle. Liebîg a modifié ce procédé de la manière suivante : On mêle 20 parties d'huile de lin fraîche, exprimée à froid, avec I partie d'oxyde plombique sec , récemment précipité , et on y ajoute une solution de i partie de sucre de plomb dans 5 parties d'eau, préalablement bouillie avec une partie de litharge bien pulvérisée. On agite bien la masse, on la chauffe doucement, on la remue de temps en temps, et on laisse Thuile s'éclaircir à chaud. Cependant, elle n'est pas assez limpide pour qu il ne soit pas nécessaire de la filtrera travers du coton. On peut ensuite la blanchir dans un flacon exposé au soleil ; et, pour l'avoir exempte de plomb, on l'agite bien avec de l'acide sulfurique étendu, qui précipite l'oxydç plombique.

Le margarate lipylique du vernis n'a pas été altéré dans toutes ces opérations. D'après les expériences de Sacc, il paraît être nécessaire pour que Tenduit de vernis ne se fendille pas à la longue.

C'est avec de l'huile de lin qu'on prépare \ encre des imprimeurs. A cet effet, on fait bouillir l'huile jusqu'à ce qu'on voie par la vapeur, qui devient de plus en plus épaisse et plus infecte, que le vernis est formé. Pendant que l'huile bout, on y plonge du pain desséché, et enfilé dans des broches de bois ; on prétend empêcher ainsi que l'encre des imprimeurs ne jaunisse le papier. Après une cuisson suffisante, on retire la chaudière du feu, on la découvre, et on enflamme l'huile en tenant un copeau allumé dans la vapeur d'huile. On la laisse brûler pendant 5 minutes en la remuant sans cesse; et si la flamme ne s'éteint pas d'elle-même, on Téteint en couvrant le pot, que Ton refroidit rapidement en l'enfouissant dans la terre. Après le refroidissement , on ajoute à l'huilé du noir de fumée bien calciné, et on remue le mélange jusqu'à ce qu'on n'y aperçoive plus de grumeaux de noir de fumée.

Vhuile de noix s'extrait de la noix, fruit du juglans regicu Fraîche, elle est verdâtre, mais avec le temps elle devient d'un jaune pâle. D'après de Saussure, son poids spécifique est de 0,9283 à 4-ia®; de 0,9194 à +25*'; de 0,871 à +94°. Elle est sans odeur, et sa saveur est agréable. A — iS** elle s'épaissit, et à — 27%5 elle se prend en une masse blanche. Les noix donnent jusqu'à 5o pour cent d'huile. L'huile de noix est plus siccative que l'huile de lin, et sert pour cette raison dans la peinture fine.

HtriLÊ DE Sf.iDIA. 487

"Vhuile de chènei^U s*extrait du chènevîs, graine Jii canahis satwa. A rétat frais elle est verdâtre, mais elle devient jaune avec le temps. Elle a une odeur désagréable, et une saveur fade. Elle se dissout en toutes proportions dans Talcool bouillant, mais elle exige 3o parties d'alcool froid pour se dissoudre. Elle ne s'épaissit qua — i5% et se congèle à — 27^5. Le chènevîs donne environ 25 pour cent d^huile. On l'emploie beaucoup dans l'éclairage; mais elle a l'Inconvénient de se déposer sous forme d'un vernis visqueux, difficile à enlever de dessus les parties extérieures de la lampe avec lesquelles elle est en contact. On a essayé de parer à cet inconvénient en faisant fondre dans l'huile \ de l)eurre, qui la tend moins siccative. On l'emploie aussi en grande quantité pour préparer du savon vert et du vernis.

Vhuile d^œillet s'extrait par expression des graines de pavot (^papai^er somniferum ). Elle ressemble à l'huile d'olive par son aspect et sa saveur, et ne participe en rien aux propriétés narcotiques dé l'opium. Son poids spécifique est de 0,9249 à + I5^ Elle se solidifie à — iS"" ; mais l'huile congelée, amenée à — 2°, ne se liquéfie pas au bout de plusieurs heures. Elle se dissout dans 25 parties d'alcool froid, et dans 6 parties d*aIcool bouillant. On peut la mêler en toutes proportions avec Téther. Dans le midi de l'Allemagne et dans le nord de la France, on l'emploie comme aliment;

Huile de madia. On la retire, par expression, des semences du madia satlça^ plante d'Amérique assez récemment introduite en Europe : ces semences donnent 3o à 4o pour cent d^huile. Cette huile a une couleur jaune foncé, et une odeur particulière pas très-désagréable ; sa saveur est peu sensible , et rappelle l'odeur. Elle a été examinée par RiegeL A l'état brut, son poids spécifique est =; 0,935, et, après la purification avec l'acide sulfurique, = 0,9286 à + 1 5**. D'après Riegel, elle ne se solidifie qu'à — 22%5, et, d'après JFinckler^ entre — lo* et — ii**(i)- Elle se dissout dans 3o parties d'alcool froid et dans 6 parties d'alcool bouillant. L'huile exprimée à froid, étant mêlée avec 2 pour cent diacide sulfurique concentré, sépare une très-petite quantité d'une matière

(i) Probablement, dans le premier cas, rhuile avait été exprimée à| froid, et, dans le dernier t»8y à chaud.

488 HUILE DE RIGIir«

Tert foncé, tandis que l'huile exprimée à chaud en donne une quantité très-considérable, qui se dépose lentement. Elle absorbe Foxygène de Tair. D'après les recherches de Riegel^ elle avait pris, au bout de 5 mois, i5o fois son volume de gaz oxygène, et s'était épaissie. L'huile exprimée à froid brûle très-bien dans les lampes, sans déposer de croûte charbonneuse; sa flamme est trèséclairante, mais, à mèche égale, elle brûle un peu plus vite que l'huile de colza.

L'huile de madia absorbe le gaz oxyde nitrique, en prenant une couleur rouge foncé, qui disparaît à l'air : l'huile redevient incolore, sans qu'il se forme d'élaïdine. Par une douce digestion avec l'oxyde plombique, elle se décolore aussi en grande partie, et acquiert par là plus de consistance. Suivant Riegel y l'huile devient incolore quand on en fait digérer, à une douce chaleur, 5oo parties avec I partie de chlorate potassique et 2 parties d'acide chlorhydrique : il se dégage un peu d'acide chloreux ou d'oxyde chlorique. Au moyen de l'eau, elle se sépare facilement du reste de la liqueur; mais Thuile ainsi blanchie contient toujours un peu de chlore. Elle est très-saponifiable , et le savon ainsi produit ne donne pas trace d'acide gras volatil, par la distillation avec de l'acide tartrique en excès. Ce savon est blanc et compacte, surtout après la séparation du sel marin. D'après Leuchs^ l'acide gras qui a été séparé est solide, et cristallise, dans l'alcool, en aiguilles groupées en étoiles. Gomme cette huile ne se solidifie qu'à une température très-basse, on pourrait y soupçonner l'existence d'un acide liquide en quantité prépondérante. L'acide cristallisable se compose, d'après l'analyse que Leuchs a faite du sel argentique, de Q3a IJÄ'O^, et l'acide cristallisé libre renferme, en outre, i atome d'eau. Si ces résultats analytiques sont exacts , l'acide extrait de l'huile de madia ne ressemble à aucun des acides précédemment décrits. — Les corps ou acides gras de cette huile méritent donc des recherches plus détaillées.

L'huile de madia est employée comme aliment, dans l'éclairage, . et pour la préparation d'un excellent vernis, peu coloré«

Huile de ricin (i). On la retire, par expression, des semences du

(i) Yoyez : Mtsai dûmiqw sur Cftuiie de ricin ^ par Bussy et Lecanu. (Journal de pharmacie, t. XIII, p. 57.)

{Note du traducteur,)

HUILE DE RlCm. 4^9

ricinus communis, La masse broyée, destinée à être exprimée , est si gluante et visqueuse qu'elle bouche en partie les pores de la toile, et qu'elle y passe en partie avec Thuile à une pression trop forte. C'est pourquoi Landerer a prescrit de la mêler avec la moitié de son poids de sciure de bois ou de son, avant de procéder à l'expression. On triture le tourteau, et on l'exprime de nouveau» Une granfle partie de l'huile de ricin qu'on rencontre dans le commerce a été préparée par l'ébullition des semences broyées dans l'eau : l'huile se ramasse à la surface , mais elle ne renferme pas de ricinostéarine : celle-ci ne fond pas dans l'eau bouillante. Nous avons vu plus haut que l'huile de ricin est constituée par des combinaisons d'oxyde lipytique avec des acides particuliers. Elle est peu fluide, et tantôt jaune, tantôt incolore. Son poids spécifique est, selon de Saussure^ de 0,9699 à + 12"*, de 0,9578 à -|- 28% et de 0,9081 à + 94°. Elle est inodore, d'une saveur fade. A— 18®, elle se prend en une masse jaune, transparente. Exposée à l'air, elle devient rance, plus visqueuse et plus épaisse, et finit par se dessécher. A. +265°, elle commence à se décomposer. Elle peut être mêlée en toutes proportions avec l'alcool et l'éther, et laisse alors déposer les substances étrangères qui y étaient mêlées.

Transformations de Vhuile de ricin, i. Action de la distillation sèche. Cette action a été étudiée par Bussy et Lecanu. En maintenant l'huile, dans une cornue, à une température de + 265*, elle entre en ébullition : il passe, dans le récipient, une matière oléagineuse , sans qu'il se développe une quantité appréciable de gaz. A cette température, il passe environ le tiers de l'huile ; puis la distillation cesse. Si l'on vient ensuite à élever la température, la masse commence à se boursoufler tout d'un coup et à déborder. A ce moment on interrompt, on ôte la cornue du feu, et on la laisse refroidir. Ce qui reste dans la cornue représente environ 63 pour cent du poids de l'huile de ricin employée.

Ce résidu est constitué par un corps particulier, jaune clair, élastique, et rempli de bulles d'air. II est neutre, insoluble dans l'eau, dans Talcool^ dans l'éther, dans les huiles grasses et volatiles. Les produits volatils ou des traces d'huile de ricin non altérée qu'il renferme , on les enlève par l'alcool ou par l'éther. Il n'est pas attaqué par les acides étendus. Il se dissout dans une lessive caustique, en donnant naissance à une combinaison saponiforme.

49^ RICIKAt.

Busiy et teeanu n'ont pas examiné a'il se produit en même temps de la glycérine dans la liqueur. La solution potassique renferme an acide gras particulier, que nous appellerons

Acifie aporicique. On le sépare en sursaturant faiblement la potasse du savon par de l'acide sulfurique ou chlorhydrique ; on le lave ensuite, en Tagitant à diverses reprises avec de Teau pure et chaude« L'acide aporicique est visqueux à la température ordinaire ; il fond entre + 18** et + 20% et rougit la teinture de tournesol; il est insoluble dans Veau, très-soluble <lans Falcool anhydre, et peu soluble dans l'alcool aqueux. Au reste, on n'en a étudié ni les propriétés ni la composition.

Les substances volatiles qui. passent à la distillation de l'huile de ricin, on les distille avec de l'eau, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus rien : il reste, daus la cornue, de l'acide ricinique et de l'acide ricinoléique sur l'eau. Ce qui passe est constitué par des huiles volatiles, acrolifères, qui, après la dessiccation avec le chlorure calcique, ont 0,81 5 poids spéciBque. A — 18** ou — 20**, il se dépose un corps cristallin, qu'il faut bien exprimer après la décantation du liquide; puis on le dissout dans l'alcool et dans l'éther, et, par l'évaporation, on l'obtient en cristaux réguliers.

L'huile volatile, décantée de dessus les cristaux, et agitée avec une solution aqueuse d'hydrate potassique, sépare de l'acrol; après la dessiccation avec du chlorure calcique, elle renferme encore plusieurs huiles volatiles. Bussy parvint à en séparer celle qui s'y trouve en plus grande quantité, en distillant l'huile à part, et recueillant ce qui passait pendant le point d'ébullition entre -f- 1 55** et + 1 58^ Bussy donna à ce produit volatil le nom à^énari' thol^ parce qu'en s'oxydant ce dernier se change en cet acide que Mejrer a nommé acide énanthique , et que nous avons appelé acide aboléique. Comme Ténanthol appartient à la classe des- huiles oxygénées, pour lesquelles on a adopté, dans la nomenclature, la terminaison a/, nous l'appellerons

RicinaL Le ricinal est incolore, très-fluide, d'une odeur forte, pénétrante, aromatique, agréable, et d'une saveur douceâtre, suivie d'un arrière-goùt acre. Il réfracte très- fortement la lumière, et a pour poids spécifique 0,8271 à +7**. H ne se congèle pas à plusieurs degrés au-dessous de o""; il bout entre + iSS"" et i58% et fasse à la distillation, en laissant un résidu coloré et contenant de acide libre , même quand on opère à l'abri du contact de l'air.

Atomes.

Calcul.

Tèau ne le dissout pas, mais en prend l'odeur. t*aIcool et Tëther le dissolvent facilement.

Agit^ avec de l'eau , le ricinaî en prend une petite quantité, Chnuffê, après cela, à quelques degrés au-dessus de + 100% il entre en ébullition ; mais les vapeurs qui se forment sonnen grande partie des vapeurs d'eau. En refroidissant le ricinaî hydraté audessous deo% et le maintenant ensuite longtemps refroidi, il se dépose un hydrate cristallin, qui reste solide à + S"" ou 6°. Audessus de cette température, il fond peu à peu en séparant de rcîiu.

Le ricinaî se composé de :

Expériences.

Carbone 7^9^^9

Hydrogène. • • • 1 3,291 Oxygène 14,1 80

Formule : C* H* O*. Lvl densité de sa vapeirr, trouvée par expérience, est 4jIO- La densité calculée, en supposant une condensation en 4 volumes, est 4)002. Le ricinaî hydraté crisCallin est

De même que tous les corps appartenant à la classe des aldéhydes, te ricinaî s*oxyde facilement, en se changeant en acide aboléique hydraté. Quand, après Tavoir agité avec de Teau de baryte pour le dépouiller de toute trace diacide libre, on le verse dans un flacon sec, on ne peut pas néanmoins le conserver intact : au contact de l'air, il recouvre la propriété de rougir le papier de touinesoT ; mais cette oxydation se fait d une manière irrégulièrCi et rarement complète.

L'acide nitrique produit, à o^| une transformation inattendue : sans altérer la composition du ricinaî, il en groupe les éléments de manière à en former un composé cristallin. Agité avec 3 à 3 parties d'acide nitrique à o**, le ricinal se colore en rouge rose faible, couleur qui disparaît bientôt; en versailt, au bout de vingtquatre heures, la masse dans une capsule plate, et l'exposant à ua endroit frais, il se forme, à la surface, des cristaux qui ressemblent à ceui du nitrate ammonique. Quelquefois la masse se prend en un magma de cristaux déliés. Le produit ainsi tovmé est bleu^ ino«

49^ PARARJGINAL.

dore, dur, cassant| et rougit la teinture de tournesol. Insoluble dans l'eau, il se dissout un peu dans l'alcool froid, et peut être cristallisé dans une solution saturée à la température de lebullition. Par la chaleur il fond, bout à + aäo*", et peut être de nouveau cristallisé par un fort refroidissement. Exposé longtemps à Tair à + lo"* ou ia% il fond, et ne se solidifie pas même à-^ i5% a moins qu on n'entretienne le froid longtemps. Ce produit isomère pourra être nommé

ParaHcinaL Le pararicinal ne revient pas, par la fusion , à son état primitif : il est tout à fait inodore. Il n'est pas attaqué par les solutions de potasse, de soude et d'ammoniaque. L'action de l'acide nitrique est de même nature que celle de l'acide nitreux sur l'acide oiéique, qui se change en acide élaïdique. Peut-être la coloration rouge transitoire est-elle due à une légère oxydation aux dépens de l'acide nitrique, se décomposant eu acide nitrique, qui transforme le reste.

A chaud , l'acide nitrique transforme le ricinal en acide aboléique avec dégagement de gaz oxyde nitrique. Mais en même temps il se produit un autre acide gras volatil, ainsi qu'une huile volatile, qui a l'odeur de l'essence de cannelle ; on en obtient la séparation par une addition d*eau alcaline, suivie de la rectification. On s'assure par l'analyse, et par les combinaisons avec les bases, de l'identité de l'acide aboléiqué. — L'acide chlorique, même étendu , transforme aussi le ricinal en acide aboléîque.

Le nitrate argentique, mêlé d'ammoniaque, forme avec le ricinal un magma blanc, d'où Ton obtient, par la chaleur, une réducuoa d'argent, mêlée à une matière grasse, jaune, poisseuse.

Suivant fFilliamson^ l'hydrate potassique transforme le ricinal d'une manière très-remarquable. Par une action prolongée, il se sépare, à la surface , un corps oléagineux, et l'hydrate potassique reste en combinaison avec l'acide aboléiqué.

Ce corps, soumis à l'analyse, fut trouvé composé de 76,49 pour cent de carbone et de ia,4 pour cent d'hydrogène. Par la distillation du ricinal avec la solution potassique, il passe, avec les vapeurs aqueuses, un produit huileux, ayant une composition différente, savoir : 71,8'pour cent de carbone et ia,49 P^"'' ^^^ d'hydrogène. D'après l'hypothèse de Williaimon^ le ricinal serait un halide, formé d'acide aboléiqué combiné avec un oxyde oiçanic(ue. Dans ce cas, il se compose de C H'^ O^ ^ après la soustmo-

PARARICmAL. 493

tîon de 1 atome d'acide abolëique, il reste G'^ H^O; après la séparation de Toxyde intact, il contient 78,55 pour cent de carbone et 13,98 pour cent d^hydrogène, et, après sa combinaison avec I atome deau, 72,46 pour cent de carbone et 13,76 pour cent d'hydrogène. Cette portion d'hydrogène dépasse tellement celle trouvée par Texpérience, que l'on peut admettre que le corps oléagineux s'est formé probablement par une oxydation de l'hydrogène aux dépens de l'oxygène de Fair, ce qui aura donné naissance à un oxyde organique d'une composition moins simple.

Ce corps oléagineux se forme aussi par la fusion du ricinal avec l'hydrate potassique, et par l'ébullition avec l'hydrate barytique.

Le ricinal absorbe le gaz ammoniac en cristallisant ; par l'absorption d'une plus grande quantité de gaz, il devient visqueux, et enfin liquide. A ce moment la combinaison renferme des équivalents égaux d'ammoniac et de ricinal; mais par une addition d'eau on sépare l'un et l'autre intact : le ricinal vient surnager à la surface.

En dissolvant le ricinal dans quatre fois son volume d'alcool, et y faisant arriver du gaz chlore jusqu'à ce qu'il se soit formé un mélange brunâtre fumant, on précipite par l'eau, suivant ^/Zliamson^ de l'aboléate éthylique. Le chlore n'enlève l'excédant de I équivalent d'hydrogène que par la formation préalable d'acide chlorhydrique ; puis par la décomposition de i atome d'eau, dont l'hydrogène a servi aussi à la production d'acide chlorhydrique, il s'est formé i atome d'acide aboléique, qui s'est ensuite combiné avec

1 atome du nouvel oxyde éthylique.

Suivant Williamson^ le ricinal échange de l'hydrogène contre du chlore, en se transformant en un liquide épais d'une odeur désagréable, ayant pour composition C"* H** Cl* O*.

2. Les alcalis caustiques transforment très-facilement l'huile de ricin, de même que les autres huiles. Pour cela il faut employer 8 parties d'huile sur 3 parties d'hydrate potassique dissous dans

2 parties d'eau : la saponification s'effectue en peu de minutes. La combinaison des acides gras avec la potasse n'est pas précipitée par un excès de potasse , mais elle l'est par le sel marin. L'huile de ricin donne 94 pour cent d'acide gras et 8 pour cent de glycérine.

3. Suivant Roehleder^ Palcool anhydre et le gaz acide chlorhydrique saponifient l'huile de ricin de façon qu'il se produit d«

^q4 ^^!^ ^ CfiptDtr.

ÏQxjde étl^ylique j^ui »'upii aux acides gra«, pendant quß Toxyda lipylique se porte ^ur Teau de l'alcool pour fprgier de la glyoë«» rine. — A cet effet, au dissout Thuile de riciu dan« Talcoo) abfoin^ et OD fait arriver du ga^ ^cide chlprhydrîque dana la colntion chaude, jusqu'à un certaio degré dß poncentration. En agitant ensuite la solution avep ^p F/eau. ^'huile 9e sépare intacte ^ et^ent nager, avec une partie des comb^paisons étbyUquea, à la surface de la liqueur. On évapore ^es solutions aqueuses au bain-marie : il se dégage de Tacide cblorl^ydrique, de Teau et de TalcDol, pendant qu'il reste une liqueur jaune sirupeuse, d'Qu lether extrait les combinaisons éthyliqueSi en laissant de la glycérine qu 01^ dessèche complètement dans le vide, à côté de Tacide sidlfurîque et de l'hydrate potassique ou calçique. L^ glycérine reste ilors aous forme d un sirop un peu jaunâtre.

L'huile de ricin est un excellept purgatif. On avait attribué aes qualités purgatives à une substance àcrp contenue dans les se* mences ; mais Guibourt a fait voir que cette substance acre était si volatile qu'elle s'échappait à la température nécessiaire pour extraire l'huile par expression qu par l'ébullition avec de l'eau^ et irritait, en se volatilisant, )^ nez et les yeux; tandis que l'huile restante avait une saveur fade et cox^eryait $e^ propriétés médi* cales. Des pharmaciens français ont prescrit d'fsxtraire Thuile par rébullitioq avec de l'eau, et non par expression, ou du moins de la faire bouilUf avec de Teau, après lavoir exprimée, afin qu'elle n'agisse pas trop yiolemipent. SoubêUan 9 essayé de £iire voir que les qualités laxatives de l'huile de ricin provenaient d'une résine acre, dont il a copspité 1# présence par Ifî procédé suivant : On traite l'huile avec la quantité d'hydrate potassique exactement né* cessaire pour la sapoi^ifier; on précipite la solution de savon par le chlorpre calciqucj et on dissout le précipité dans l'alcool bouillant. Pendaf^t le refroidissement, il se précipite du savon calcaire. On évapore la liqueur entière, et on traite le résidu par Tétber» aui dissout I9 résine sans toucher 1^14 savon calcaire. Mais .«Soie* ieiran n'a pas fajt vpir jusqu'à çffL^X point la substance dissoute dans l'étlief étajt purgative.

Huile de croton. On la retire des semences du crotom ti^ gfi^m* Pu l'emploie pn médecine. On l'pbtient, soit pr ex-» pn&siqiii soif en traitant par l'alcpol la sft|penc^, qui en contient

fiOJtE Dt PIin73 Ap^* a^^

la sioiti^ de son p9ids. G^tte buile e^ d*un jai^n^ de l/fiiäif et d^ la consistance de Thuile de noix. Elle répand une odeur semblable à celle de la résine de jalap ; sa saveur est ftcre, et elle produit une forte irritation dans le gosier. L*alcool et lether la disfphenf. Si Ton épuise les semences par réther^ on obtient, d*après Nif^mo^ 60 pour 100 de leur poids d*huile; Falcool en dissout |, qui jouis« sent des propriétés purgatives , et laisse un tiers dont la saveur est fade«

Huile de la belladone {Atropa pella-donna). On rextrait, en Souabe et dans le Wurtembei^, de la graine de cette plante vénéneuse. Elle est limpide^ d'un jaupe doré, <|une saveur fade et sans odeur ; son poids spécifique est de 0,9250 à la teppératiire de + 5". A — i6' elle s'épaissit, et à — a7**,5 elle devient solide et d'un blanc jaunâtre. En préparant cette buile dans les moulins à huile, il faut prendre quelques précautions; car les vapeurs qui en émanent étourdbsent les ouvriers. Au reste, le principe narcotique de la plante est re^enif dans les tourteaux, raison pour laquelle ceux-ci ne peuvent servir de nourriture ^ux bestiaux, tandis que les tourteaux des ai|tres semences sont employés avantageusement à cet effet. Dans le Wurtembergi l'huile 4e belladone est employée à Téclairage et comme aliment.

Huile de tßbaQ [nicptiana tabacum). La graine de tabap fournit 3i à 3a pour eent de son poids d'huile. Celle-ci est limpide, d'un jaune verdàtfe, inodore et fade. Sa pesanteur spéci^que est de 0,9a 3a à la température de +I5^ Elle conserve sa fluidité à — IS^ Elle ne tient rien de Tàcreté du tabac.

Huile de fleur de soleil {helianthus annuus). Les semences de cette plante fournissent x5 pour cent d'une huile limpide, jaune clair; cette huile a une odeur agréable, une saveur fade ; sa pesanteur spécifique est de 0,9263 à la teippérature de iS'. A — 16^ elle se ^olicli^e. On peut l'employer comme aliment, ainsi ^ue d^qs l'éclairage.

Huile de finus abies. Daps la Forêj-Noîre, en AUeqi^gpe, pn extrait cette huile en grande quantité de la semence épluchée, qui en donne a4 pour cent de son poids. Elle est limpide, d'un jaune doré, d'une odeur qui rappelle celle de la térébenthine, et d'une saveur résineuse. Son poids spécifique est de 0,9285 à la température de t5^ File est très-fluide et se dessèche npideiiient«

496 HUILE DE RAISlir.

X — 1 5^ elle s*épaissit| et à — 27^5 elle se solidifie. Elle mérite d*étre employée plus généralement dans la préparation des vernis et des couleurs.

Huile de pinus sylvestris. Elle est d*un jaune brunâtre, d'une odeur et d'une saveur analogues à celles de Thuile précédente. Son poids spécifique est de 0,98 1 a a la température de + iS"*. A — îèj® elle commence à se troubler, et à — 3o" elle se solidifie. Elle se dessèche tout aussi facilement que l'huile précédente.

Au Schwartzwald en Wurtemberg, on trouve, dans le commerce, une huile qui est exprimée de la semence du pinus picea , et qui est mêlée avec \ d'huile de térébenthine et | de résine. Exprimée à froid, elle a un poids spécifique de 0,926^ préparée à chaud, elle pèse 0,982. Elle est plus soluble dans l'alcool froid et anhydre que ne le sont généralement les huiles grasses. Parties égales des deux fournissent une liqueur claire. Avec 2 parties d'alcool et une partie d'huile, on obtient une solution trouble; mais 12 parties d'alcool sur une partie d'huile produisent de nouveau une solution Umpide. L'alcool bouillant la dissout en toutes proportions. L'alcool de 0,87 n'en dissout presque rien, ni à froid, ni à chaud. Lorsqu'on agite cette huile avec une solution de nitrate mercureux, il se forme un précipité gris et pulvérulent de mercure réduit.

Huile de raisin [vitis 'vinifera), La graine de raisin donne 10 à 1 1 pour cent de son poids d'huile. Elle est d'un jaune clair, mais se rembrunit avec le temps. Sa saveur est fade; elle n'a point d'odeur. Son poids spécifique est de 0,9202 à la température de i5**. Elle se solidifie à — 16". Elle est peu propre à l'éclairage, mais dans quelques localités on l'emploie comme aliment.

Je n'en finirais pas , si je voulais décrire toutes les huiles plus ou moins bien examinées jusqu'à ce jour. Je me bornerai donc à ajouter aux articles précédents, qui sont en partie tirés des travaux de Schiibler^ un tableau composé par le même auteur, dans lequel sont exposés les usages de plusieurs espèces d'huiles, et les propriétés principales de quelques huiles dont je n'ai p^s parlé.

PROPRIl^TiS D£S HUILES. 497

Page 1