‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 4)Chapitre 29 sur 91 · HUILES CHASSES NATURELLES · texte numérisé non relu

HUILES CHASSES NATURELLES

la meilleure et la plus pure. Mais pour en extraire la totalité , il faut que l'expression ait lieu à une température un peu plus élerée. A cet efFet, on chauffe les semences écrasées avec précaution, jusqu'à ce qu'elles soient à la plus haute température qu'elles puisseht supporter sans être décomposées ; puis on les exprime entre des plaques métalliques préalablement échauffées. En procédant ainsi, rhuile acquiert plus de liquidité ; lalbumine des semences émulsives se coagule et se sépare mieux de l'huile, et le mucilage contenu dans les semences mucilagineuses se dessèche. En revanche^ ce procédé a l'inconvénient de fournir assez souvent une huile altérée, soit parce que la semence est légèrement brûlée, soit parce que l'huile chaude enlève à la semence des corps qui ne se trouvent pas dans l'huile exprimée à froid , et qui augmentent la tendance de l'huile à devenir rance. Une température de + loo** suffit pour faire coaguler l'albumine et pour rendre l'huile plus fluide : on prescrit donc de chauffer les semences pilées à la vapeur, et les plaques dans de l'eau bouillante , et de mettre la masse sous presse dès qu'elle est entièrement pénétrée de la température de ioo\

D'ordinaire , on exprime d'abord la masse à froid pour en obtenir l'huile de première qualité ; puis , à chaud , on en exprime le reste, qui, à cause de la chaleur appliquée, est d'une qualité inférieure. La masse ainsi traitée renferme toujours des traces d'huile qu'il est impossible d'enlever par la pression. Cette masse porte le nom de tourteau; elle est très-estimée, soit comme aliment pour engraisser les bestiaux, soit comme un engrais pour fumer les terres.

Si les semences ne sont pas bien riches en huile , il est préférable de mêler la masse écrasée avec une petite quantité d'eau , et d'exprimer le tout. Quelquefois il est plus avantageux d'extraire les huiles grasses en faisant bouillir les semences écrasées dans l'eau ^ l'huile se rassemble alors à la surface de l'eau, et le résidu reste dans la liqueur.

La quantité d'huile fournie par les semences varie en raison des espèces, et peut-être, dans la même espèce, en raison de la saison et du climat. Les noix (fruit Avl juglans regia) contiennent jusqu'à la moitié de leur poids d'huile; les graines du Brassica oleracea et campestris en renferment \ ; la variété du Brassica campestris qu'on appelle navette, | ; la graine de pavot, ^\ le chènevis, ^y et la graine de lin , \.

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A proprement parler, les huiles grasses n'ont point de saveur, et ne se font sentir sur la langue que par leur onctuosité. Elles ont presque toutes la même odeur que les plantes qui les fournissent , du moins tant qu'elles sont fraîches. Elles ne réagissent ni comme des alcalb, ni comme des acides. Leur densité est moindre que celle de l'eau , et elles viennent par conséquent nager à la surface de celle-ci; cette densité varie entre 0,91 3 et 0,936. Elles pénètrent le papier, le rendent translucide, et j laissent ce qu'on appelle des taches de graisse. Leur consistance est très-variable, ainsi qu'on le voit par la cire, qui n'entre en fusion qu'à + 68°, tandis que l'huile de lin est encore fluide à — 20®.

Nous avons vu plus haut que la même huile ou graisse renferme plusieurs acides gras unis à de l'oxyde lipylique, dont la quantité varie en raison de la différence des huiles. Celles-ci diffèrent encore entre elles par leur odeur et parleur saveur, qui peuvent tenir à des causes inexactement appréciées. Quelquefois l'odeur et la saveur sont dues à de petites quantités d'un acide gras volatil, uni à l'oxyde lipylique ; mais l'existence d'un semblable acide n'est pas toujours démontrable. C'est ainsi que tout le monde distingue, par la saveur et l'odorat, l'huile d'olivé*^de Thuile de navette, bien que Tune et l'autre ne contiennent que des acides margarique et oléique combinés avec l'oxyde lipylique. Il y a donc là une cause de différence dont l'analyse n'a pas encore suffisamment rendu compte.

Les huiles renferment , en outre , plusieurs matières végétales en dissolution; leur couleur est jaune, jaune brun ou vert jaunâtre , ce qui tient à la présence de diverses matières colorantes. Elles ont un certain degré de consistance, lors même qu'elles sont très-riches en oléate lipylique; par la chaleur, elles deviennent plus fluides. Elles sont en général , mais à des degrés variables , de mauvais conducteurs de l'électricité. Les huiles siccatives paraissent un peu mieux conduire l'électricité que les huiles non siccatives. Les huiles grasses sont non volatiles : elles supportent une température de + 250*", et quelques-unes même peuvent être chauffées jusqu'à + Soo" sans s'altérer sensiblement, si l'on opère à l'abri du contact de l'air. En vase couvert, elles donnent, à cette température élevée, une faible vapeur d'une odeur acre , pénétrante, qui n'est cependant qu'un produit du contact de l'air. C'est pourquoi les huiles grasses peuvent servir de bains pour chauffer VI. 3o

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d'autres corps à des températures déterminées , inférieures à + a5o\ Dès que lebullition se manifeste, cest un indice que Fhuile commence à se décomposer^ en donnant naissance à des produits de décomposition volatils.

Les huiles sont à peu près insolubles dans l'eau; on les considère même généralement comme tout à fait insolubles. Cependant , quand on agite une huile avec de leau parfaitement pure, qu'on laisse s'éclaircir, on peut, en agitant ensuite avec de l'éther, extraire une trace d'huile qui reste après levaporation de lether. Aussi trouve-t-on constamment des quantités plus ou moins ap« préciables d'huile grasse dans les extraits végétaux préparés avec Veau. Inversement, les huiles dissolvent un peu d'eau, qui s'en va par l'évaporation à une douce chaleur. — L'alcool froid dissout à peine des traces d'huile : la partie dissoute se compose en grande partie d'élaïne. L'alcool bouillant en dissout une plus grande quantité, en même temps que de la margarine; presque tout ce qui était dissous se sépare par le refroidissement. L'huile de ricin (ait cependant une exception : elle est assez soluble dans l'alcool, surtout anhydre. L'éther est le meilleur dissolvant des huiles. Les huiles volatiles , tant naturelles que préparées par la distillation sèche, ainsi que le pétrole, les dissolvent également.

Les huiles grasses dissolvent de petites quantités de soufre et de phosphore ; à chaud, elles en dissolvent tant, qu'une partie se dépose par le refroidissement, souvent en prenant une forme cristalline. Elles sont miscibles avec le chlorure sulfurique, le chlorure phosphorique et le sulfide carbonique; elles dissolvent, quoique faiblement, quelques sels alcalins ainsi que plusieurs acides solides : la quantité dissoute s'élève à peine à i ou a millièmes du poids de lliuile. L'acide arsénieux se dissout, suivant la nature de rhuile , en raison de | à ^ pour looo parties d'huile. On en extrait les sels par l'eau, et les acides par une solution de i partie de carbonate sodique dans loo parties d'eau.

En les agitant avec une solution de carbonate alcalin , à uti certain degré de concentration , on les transforme en un liquide laiteux ou émulsif. La même chose s'obtient avec de la graisse et de la ciie fondues. En mêlant cette liqueur éniulsive avec un sel terreux ou métallique , l'huile se précipite avec le carbonate alcalin; même lorsque l'acide carbonique s'en va, comme par exemple en présence de l'alumine et de l'oxyde ferrique , le mé-

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lange émulsif persiste. Cependant Fhuile n'est pas par là altérée dans sa composition; en saturant l'alcali par un acide, l'huile vient se ramasser intacte à la surface de la liqueur. L'ammoniaque caustique donne, avec les huiles grasses, des éniulsions semblables»

Les huiles grasses dissolvent plusieurs alcalis végétaux , comme la morphine, la quinine, la cinchonine, la strychnine, la del* phine , etc. Elles dissolvent aussi quelques hydrates métalliques , tels que les oxydes zincique et cuivrique. Ce dernier leur commu* nique une couleur verte.

liCS huiles exprimées des semences retiennent en dissolution un corps précipitable par lacide sulfurique. La précipitation de ce corps est employée comme un moyen de purifier les huiles à brù> 1er. Thénard découvrit qu en mêlant une huile exprimée à froid avec 2 centièmes, ou une huile exprimée à chaud avec 3 centièmes d acide sulfurique concentré ajouté par petites portions , et agitant bien le mélange, on obtient un précipité brun verdâtre, qui se dépose peu à peu. Ce précipité est une combinaison de lacide sulfurique avec un corps dissous dans Thuile. Afin de le séparer de Thuile, où il se maintient longtemps en suspension , on y fait aiTiver des vapeurs d'eau , jusqu'à ce que l'huile ait acquis une température de + loo**. Après quelques jours de repos, elle s'é^ claircit. L'eau condensée se réunit au fond, et s'empare de l'excès d'acide sulfurique employé ; au-dessus de cette eau est une mince couche formée par le précipité en question^ et au<lessus de cette couche se trouve l'huile clarifiée , moins colorée qu'auparavant, et qu'on peut décanter.

Le dépôt brun et imprégné d'iiuile, réuni à d'autres dépôts semblables, sont, dans les opérations en grand, tassés dans un vase très-haut, assez étroit; peu à peu l'huile qui y restait vient se ramasser à la surface.

Ce dépôt n'a pas été , autant que nous sachions , l'objet d'une exploration chimique. Quand on le place sur une brique récente, et qu'on le couvre d'une cloche afin de s'opposer à sa dessiccation , on voit qu'il y a de l'huile absorbée par la brique , tandis qu'il reste un corps mucilagineux , que l'on peut dépouiller par réther des dernières traces d'huile. Ce corps parait être une combinaison de l'acide sulfurique avec un des principes nitrogénés des semences.

L'huile décantée contient encore de lacide sulfurique copule

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