‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 18 sur 95 · De r iridium · texte numérisé non relu

De r iridium

Ce métal a été découvert, par Tennant, en inéine temps que rosmlum. On le trouve combiné avec ce dernier, mais il fait partie aussi des grains du minerai de platine. La mine de platine de Nischne-Tagilsk , dans rOural, qui en contient plus que toute autre, donne trois à cinq pour cent de son poids d’iridium.

On le retire de rosmiure d’iridium, après avoir séparé Facide osmique par voie de distillation, comme je Fai dit plus haut; mais le procédé d’extraction varie suivant les circonstances.

Dans les petits grains ronds, d’une pesanteur spécifique de i5,']?8, qui restent après la dissolution de divers minerais de platine, Fosmiure d’iridium est mêlé de fer chromé et de fer titane, qu’il a été impossible d’enlever complètement. Ce qu’il y a de mieux à faire en pareil cas, est de traiter par Facide hydrochlorique en excès, la masse calcinée avec du nitre, et de chasser Facide osmique par la distillation. La dissolution ayant été concentrée par cette opération, on la mêle avec assez d’eau pour qu’elle puisse être versée sur un filtre; quand elle s’est égouttée, on lave le résidu sur le filtre avec de l’alcool à 6o pour cent, aussi long-temps que la liqueur qui passe est verdâtre; elle contient principalement du fer, du chrome et du titane, dissous avec une petite (|uantité d’iridium. On peut séparer celui-ci, après l’évaporation de l’alcool, en étendant d’eau cette liqueur, la soumettant à une éhullltionvprolongée , par laquelle Facide titanique est précipité, et la faisant digérer avec du zinc pur, qui précipite l’iridium.

La masse, lavée avec de l’alcool, est reprise par Feau bouillante, qui dissout du chlorure irldique et potassique. On évapore la dissolution h siccité, on mêle bien le sel avec le double de son pouls de carbonate potassique, et on fait chauffer le méiange, dans un creuset d’argent,

DF. LlllIDlUiV!.

jusqu’à ce qu’il cüimneuce à foudre. (^11 ne faut pas se servir d’uu creuset de platine, parce qu’il peut arriver, ([u’avant la décomposition du sel par l’alcali, le platine en convertisse une partie en chlorure irideux et platineux; cependant on préviendrait cette réaction, en couvrant d’alcali sec la surface Intérieure du creuset.) Dans cette opération, on obtierît du chlorure potassique et de l’oxide susirideux, qu’on lave avec de l’eau. Quand l’oxide coininence à traverser le filtre, ainsi que cela arrive ordinairement, on ajoute un peu de chlorure ammonique à l’eau de lavage. L’oxide d’iridium, ainsi obtenu, est rarement pur. Il contient du platine, de l’oxide rhodique, j)eut-étre de l’oxide palladique, et presque toujours de l’oxide osmique. On le traite par l’eau régale, qui dissout le platine; puis on le mêle avec quatre fois son poids de bisulfate potassique anhydre , et l’on tient le mélange en fusion, pendant une heure, dans un creuset bien couvert. Le rhodium et le palladium sont dissous par le bisulfate, et lui communiquent une teinte d’un brun foncé, qui devient jaune par le refroidissement. fl faut recommencer cette opération avec de nouvelles quantités de sel, jusqu’à ce que celui-ci cesse de se colorer. Enfin,, on lave l’oxide d’iridium avec de l’eau bouillante , et on le réduit, soit seul, à l’aide d’une forte chaleur, soit par le gaz bydi’ogène, à une température moins élevée.

2^ Lorsqu’on opère sur l’osmiure d’iridium plus pur, dont la pesanteur spécifique est de r 8,644? qui se présente, la plupart du temps, sous la forme de grandes jiaillettes cristallines très-brillantes , on n’a plus à craindre la présence des corps étrangers dont il vient d’être parlé. Après avoir calciné l’osmiure avec du nitre, on ajoute, à la masse, de facide nitrique en excès, et on distille l’acide osmique au bain-marie. L’acide nitrique dissout très-peu d’iridium, mais s’empare de la potasse. On dissout le nitrate potassique et le nitrate d’iridium dans l’eau, qui prend une couleur purpurine, belle, mais peu intense, et qui contient presque toujours du nitrate iri-

4o DK L’ïIUniUM.

deux en dissolution. En chassant l’excès d’acide par l’è» vaporation , la liqueur se colore fortement et devient d’un vert foncé ; on peut en précipiter l’oxide d’iridium ^ en la chauffant doucement avec du carbonate alcalin.

L’oxide d’iridium, extrait par l’acide nitrique, est lavé avec soin, et traité par l’acide hydrochlorique concentré. Il se dégage du chlore, et la liqueur prend d’abord une teinte verdâtre. Après la digestion, à la chaleur de l’ébullition, elle brunit peu à peu, en dégageant toujours du chlore ; ce chlore provient de l’acide nitrique, retenu par l’oxide d’iridium. On filtre la dissolution, on lave bien le résidu, et on verse du chlorure ammonique dans la liqueur filtrée. Au bout de quelque temps, il se dépose du chlorure double iridique et ammonique noir; la liqueur, qui est devenue d’un vert foncé, contient alors du chlorure double irideux et ammonique; on l’évapore à siccité. Les deux chlorures donnent, quand on les expose à une température élevée, du sel ammoniac, de l’acide hydrochlorique, du gaz nitrogène, et laissent de l’iridium métallique.

Le résidu, qui n’a point été dissous par l’acide hydrochlorique, contient, et de l’osmiure d’iridium non décomposé, et de l’oxide d’iridium à l’état insoluble et assez souvent combiné avec de la silice provenant de la cornue, qu’on peut cependant enlever, en majeure partie, par l’ébullition avec du carbonate potassique. Il faut ensuite îe calciner de nouveau avec du nitre, et poursuivre l’opération encore une fois. Ordinairement, il a besoin d’être pulvérisé avec plus de soin.

L’iridium obtenu par ces méthodes, est rarement exempt d’osmium , qu’il retient avec beaucoup d’opiniâtreté. La meilleure manière de découvrir la présence de ce métal, consiste à placer un peu d’iridium métallique sur le bord d’une feuille de platine, que l’on chauffe à la limite extrême de la flamme d’une lampe à esprit de vin; la flamme devient alors éclatante pour un instant, ainsi que je l’ai déjà dit en parlant de l’osmiuin. Si l’on avance ensuite la feuille jusqu’au milieu

DE L IRIDIUM. 4l

de la flamme, le métal y est réduit, et donne de nouveau une flamme brillante quand on le chauffe au bord de celle-ci. Ce phénomène peut être renouvelé un grand nombre de fois. Pour avoir de riridiüm parfaitement exempt d’osmium , il faut le chauffer dans un courant de gaz chlore. Il se combine alors avec le chlore et reste à l’état de chlorure irideux, tandis que le chlorure osiniqu’e s’échappe avec le chlore en excès. On peut ensuite décomposer le chlorure irideux, soit au moyen du gaz hydrogène à une tiès-douce chaleur, soit en l’exposant seul à une température très-élevée, absolument comme on fait pour l’oxide.

Par les méthodes qui viennent d’être indiquées , on obtient l’iridium sous forme d’une poudre métallique grise, parfaitement semblable au platine, qui reste après la calcination du chlorure platinique et ammonique. C’est un des corps les plus réfractaires que l’on connaisse. A la température où le platine est liquide, il ne donne pas le moindre indice de fusion ; seulement il se contracte un peu, devient d’un blanc d’argent et plus brillant. Chauffé sur de l’argile réfractaire, à la flamme du chalumeau à gaz hydrogène et oxigène, il s’enfonce dans l’argile fondue, sans être affecté par la fusion de celle-ci, ni par la température élevée. Children exposa de l’iridium a la décharge de sa colossale batterie électrique, et parvint ainsi à le fondre en un globule blanc, très-brillant, encore un peu poreux. Il trouva que la pesanteur spécifique de ce globule était- de 18,68. J’ai reconnu que la densité de l’iridium pulvérulent, extrait de l’oxide par une forte calcination , était de 1 5,683. Quoique l’iridium ne puisse être, ni fondu, ni hrasé, il est cependant assez facile del’avoir en morceaux cohérents; a cet effet, on prend de l’oxide susirideux, tel qu’on l’obtient, en calcinant les chlorures doubles avec du carbonate potassique, on le lave d’abord avec de l’eau, puis avec de l’acide hydrochlorique , et on le comprime fortement dans du papier gris, pendant qu’il est encore liumide. On fait sécher le grumeau ainsi obtenu, et ou

i)ii LIIUDIUM.

le réduit par une forte (calcination. 11 conserve sa forme et acquiert beaucoup de cohérence, de sorte qu’on peut en polir la surface; mais il est absolument impossible de l’aplatir, et il se réduit en poudre sous le marteau. L’iridium qui contient du platine, peut être brasé, et jouit de quelque extensibilité. L’iridium fortement calciné, qui est blanc et brillant, ne s’altère pas au feu, et ne se dissout point dans les acides. Celui qui a été réduit à une douce chaleur par le gaz hydrogène, s’oxide lentement quand on le fait rougir, et lorsqu’on le met digérer dans de l’eau régale, il donne une couleur brunâtre à ce dissolvant. Quand il est combiné avec du platine ou avec un autre métal , il se dissout en grande quantité dans l’eau régale, en même temps que cet autre métal. Il existe deux méthodes principales, pour rendre l’iridium soluble. La première consiste à le calciner avec de l’hydrate potassique ou avec du nitre, ou avec un mélange des deux; on obtient alors une combinaison de potasse et d’oxide susirideux , au sortir de la- ({uelie il peut se combiner par la voie humide avec les acides. L’autre méthode (consiste à le réduire en poudre fine, à le mêler très-intimement avec un poids égal au sien de chlorure potassique ou sodique, et â faire rougir légèrement le mélange dans un courant de gaz chlore. Le chlore s’unit alors au métal, et il se forme un chlorure double iridique et potassique ou sodique, qui est soluble dans l’eau.

Tennant a dérivé le nom d’iridium, de la propriété ({u’a ce métal, de donner des dissolutions ayant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (Iris ). En effet , il en existe de roses, de rouges foncées, de jaunes, de vertes, de bleues et de pourpres , de sorte qu’il mérite bien sou nom.

Oxides d'iridium. Ce métal a quatre oxides, (jue l’on obtient en décomposant les chlorures correspondans [)ar un alcali; ils sont proportionnels aux quatre premiers oxides de l’osmium.

C’ Oxide irideux. Oiî le prépare, en faisant digérer

OKiDKS DIIUDIU Rf. /| 3

avec Line dissolution ini peu coîiceiitrce ddijilrate potassique, le chlorure irideux, (jui se forme quand on chauffe firidiuin dans le gaz chlore. L’oxide se présente sous forme d’une poudre noire, pesante, et l’alcali est coloré' en pourpre, ou quelquefois en bleu pur, par une portion d’oxide irideux qui s’y dissout. L’oxide irideux lavé contient de la potasse, qu’on peut lui enlever à l’aide d’un acide, parce que dans cet état l’oxide est insoluble dans les acides. Mais si l’on précipite une dissolution de chlorure irideux et potassique ou sodique par le carbonate potassique ou sodique, on obtient un précipité'gris verdâtre volumineux, qui est de Yhydrate irideux ; il faut mettre le moins possible d’alcali en excès, parce que fhydrate s’y dissout , et forme avec lui une dissolution jaune verdâtre. Il est soluble aussi dans les acides; -les dissolutions ont une teinte d’un gris verdâtre sale, et constituent une classe particulière d’oxisels. Au feu, cet hydrate perd son eau, mais il n’abandonne pas son oxigène à la chaleur rouge. Après avoir été calciné, l’oxide irideux est insoluble dans les acides, il est formé de 9^,5 parties d’iridium et 7, 5 d’oxigène.

Oxide susirideux. C’est cet oxide, qui se forme de préférence. Il se produit quand l’iridium est oxidé par la calcination, soit seul, soit avec de l’hydrate potassique ou avec du nitre. La meilleure manière de l’obtenir consiste à mêler le chlorure double iridique et potassique avec le double de ^on poids de carbonate potassique, à introduire le mélange daris un creuset d’argent ou de porcelaine, et à l’exposer à une légère chaleur rouge. Il se forme du chlorure potassique, et l’acide carbonique est mis en liberté, sous forme de gaz, en meme temps qu’un quart de l’oxigène de la potasse; les autres trois quarts restent en combinaison avec l’iridium. En dissolvant les sels dans i’eau , l’oxide susirideux reste sous forme d’une poudre très-fine, de couleur noire tirant sur le bleu , qui, aitisi que je l’ai déjà dit, passe facilement à travers le filtre, quand on la lave. Dans (“et état, l’oxide contient un peu de potasse, (|ue l’eau seule ne saurait

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lui enlever, ruais dont on peut le débarrasser par un acide quelconque. Quand il a été bien lavé et séché, il est noir. Il supporte la chaleur rouge-cerise, sans rien perdre de son oxigène; mais, à une température qui excède celle où l’argent fond , il abandonne tout l’oxigène et laisse de l’iridium métallique. Le gaz hydrogène le réduit sans le secours de la chaleur extérieure; cela paraît tenir à ce que l’oxide susirideux possède, de même que le métal, la propriété d’opérer la combinaison de l’hydrogène avec l’oxigèiie, réaction pendant laquelle il s’échauffe assez pour être réduit par l’hydrogène. I.es corps combustibles le réduisent avec une violente détonation. Il est entièrement insoluble dans les acides, et inattaquable même par le bisulfate potassique fondu et rouge. L’iridium métallique, qui n’a pas été fortement calciné , s’oxide aux dépens de l’acide sulfurique du bisulfate, sans s’y dissoudre.

Quand on précipite par la soude, ou par la potasse, soit le chlorure susirideux, soit un des sels doubles qu’il forme avec le potassium ou le sodium , on obtient ^/^/drate susirideux. C’est un précipité brun, volumineux, contenant de l’alcali en combinaison , qui ne peut pas être enlevé par le lavage. Quand on a employé de l’ammoniaque pour opérer la précipitation, il retient de cet alcali, et jouit alors de la propriété de faire explosion lorsqu’on le chauffe; mais l’explosion se fait presque toujours sans bruit, et la masse se trouve seulement lancée avec violence de tous cotés, ou bien emportée hors de la cornue; ce que l’on peut ensuite rassembler est de l’iridium réduit. L’hydrate susirideux qui contient de l’alcali se dissout dans les acides, et forme des oxisels particuliers, dont la dissolution est quelquefois d’un brun si foncé, qu’elle ressemble assez à un mélange d’eau et de sang veineux.

L’oxide susirideux se combine avec les bases salifiables ; mais la combinaison saturée ne peut être produite que f)ar la voie sèche. Si l’on chauffe un mélange d’iridium et de carbonate potassique, au contact de l’air, jusqu’au

OXIDES d’iridium. 45

rouge blanc, le métal s’oxide, chasse l’acide carbonique, et le sel devient jaune ou d’un jaune brunâtre. léoxide déjà formé peut être calciné légèrement avec du carbonate potassique, sans que les deux corps se combinent. J.e meilleur moyen pour obtenir cette combinaison consiste a fondre le métal avec du nitre à la chaleur rouge blanc. Le composé se dissout dans une petite quantité d’eau, tout au plus tiède; mais la dissolution, qui est d’un jaune brun, laisse déposer beaucoup d’oxide quand on l’étend d’eau et qu’on l’abandonne à elle-même, ou lorsqu’on la chauffe jusqu’à l’ébullition. I^a dissolution alcaline ne doit pas être filtrée; car le papier prend de suite une teinte verdâtre, et ramène l’oxide susirideux dissous à l’état d’oxide irideux, qui ne tarde pas à obstruer complètement les pores du filtre.

]f oxide susirideux est formé de 89,16 parties d’iridium et 10,84 d’oxigène, et le métal y est combiné avec une fois et demie autant d’oxigène que dans l’oxide irideux.

3® Oxide indique. On n’est point encore parvenu à obtenir cet oxide à l’état isolé. Il paraît se dissoudre dans les carbonates alcalins, ainsi que dans les alcalis caustiques. Si l’on fait bouillir une dissolution de chlorure double iridique et potassique avec du carbonate potassique, il se précipite avec effervescence un oxide noir, mais ce n’est que de l’oxide susirideux. Quoiqu’on n’ait pas encore pu isoler l’oxide iridique, il forme cependant des oxiseis particuliers, de couleur jaune foncée, qui se dissolvent dans l’eau en lui donnant une teinte jaune ou jaune brunâtre, mais qui ne sont pas précipités par les alcalis. Il se compose de 86, o5 d’iridium et 18,95 d’oxigène. Le métal y est combiné avec deux fois autant d’oxigène que dans l’oxide irideux.

4*^ Oxide susiridique. Quand on calcine l’osmiure d’iridium le plus pur avec du nitre, et qu’au lieu de traiter la masse d’abord par l’acide nitrique, comme il a été prescrit plut haut, on la soumet de suite à l’action réunie de facide hvdrochloi’iquc et de l’aeide nitrique ^

/jG oxn>r:s d’iriduim.

OÎJ o])lienl, ai)rès avoir chassé l’acide osmique et l’acide nitrique eu exccs , une masse saline, qui, separee du résidu non dissous, évaporée à siccité et traitée par un peu d’eau , donne d’abord du chlorure potassique et produit une dissolution presque incolore. La deuxième portion d’eau se colore en rose, et en employant de petites quantités d’eau, les unes après les autres, on peut se procurer d’abord des dissolutions roses, jusqu’à ce qu’enfîn l’eau qu’on verse sur la masse, prenne une couleur rouge jaunâtre. Dans cette opération il se forme deux sels doubles d’iridium et de potassium , tous les deux insolubles dans une dissolution saturée de chlorure potassique. Mais l’nn de ces sels, celui dont les dissolutions sont roses, se dissout dans une liqueur moins chargée de chlorure potassique, tandis que l’autre est pour ainsi dire insoluble dans une liqueur qui contient de ce même chlorure. Ce dernier sel, qui constitue la plus grande partie de la masse, est le chlorure double iridique et potassique. L’autre qui est en quantité beaucoup moindre, est du chlorure susiridique et potassique. En mêlant la dissolution aqueuse de ce sel avec du carbonate potassique ou sodique, elle se trouble légèrement; mais en la mettant digérer à une douce chaleur, il se précipite un hydrate gélatineux, qui, jeté sur un filtre, est d’un jaune brunâtre ou verdâtre , et ressemble tellement à l’hydrate rhodique, qu’on obtient des sels rhodiques dans les mêmes circonstances, qu’on ne saurait l’en distinguer au simple aspect. La liqueur alcaline, qui passe, en contient un peu en dissolution, et a pour cette raison une teinte jaunâtre. L’hydrate lavé renferme de l’alcali, dont on ne peut pas le débarrasser par le lavage, et qui est en proportion exactement suffisante, pour former un sel double , quand on dissout l’oxide dans l’acide hydrochlorique. Quand on chauffe l’hydrate sec dans un appareil distillatoire, il se décompose avec une décrépitation presque instantanée, et se trouve lancé hors du vase , l’eau et une partie de l’oxlgène venant à se dégager tout d’un coup. Si l’on traite l’hydrate encore hu-

micle par I’acsde iiydroclilorique , on obtient line dissolution jaune, et c’est seulement lorsque le sel commence à sécher, qu’il prend la couleur rouge, qui lui est propre. On n’a pas encore examiné la manière dont l’oxide susiridique se comporte avec les oxacides. Il est formé de 80,435 parties d’iridium et 19,565 d’oxigène, et le métal y est combiné avec trois fois autant d’oxigène, que dans l’oxide irideux.

Oxide bleu ddridiiim. Les chimistes qui examinèrent les premiers l’iridium, annoncèrent qu’il possédait un oxide bleu, constituant un degré particulier d’oxidation. Mais il paraît, que ce n’est qu’une combinaison entrel’oxide irideux et foxide susirideux, car on Fobtient par une desoxidation partielle des dissolutions, qui renferment l’oxide susirideux, et l’hydrate potassique, avec lequel on fait bouillir le chlorure irideux, se colore quelquefois en beau bleu, d’autres fois en beau pourpre. Ces teintes paraissent provenir de la combinaison des deux oxides nommés, en deux proportions différentes. On obtient les mêmes couleurs en combinant ensemble les chlorures irideux et susirideux; mais il n’est pas facile d’indiquer les circonstances qui déterminent la formation de ces composés, car on ne peut pas les produire à volonté. On peut toujours se procurer la comhinaison bleue, en versant de l’ammoniaque dans la dissolution d’un chlorure iridique double, et faisant digérer le mélange à une douce chaleur, jusqu à ce que la majeure partie de l’ammoniaque soit volatilisée. L’oxide bleu se trouve alors précipité presque entièreiiient ,■ et on peut le recueillir sur un filtre. Si l’on évapore la dissolution, au lieu de la filtrer à temps, la couleur bleue disparaît, et l’on obtient un soussel double de chlorure irideux avec rammoniaque. L’oxide bleu se dissout dans les acides, particulièrement dans l’acide hydrochlorique ; les dissolutions sont d’une belle teinte bleue foncée. Il contient toujours de l’alcali; celui qui a été précipité par l’ammoniaque décrépite fortement, quand on le chauffe, et se réduit parfois avec explosion. TiC chlorure susirideux

/j8 SULFUR] s ü’iRÎDIUM.

et potassique produit quelquefois, en se séchant, du ' chlorure indique et potassique, mêlé avec un sel bleu foncé ou bleu vert, que l’on peut séparer par l’eau, du chlorure double iridique, car ce dernier est moins soluble. L’oxide bleu peut être précipité de cette dissolution par la potasse caustique. Les proportions entre l’oxide irideux et l’oxide susirideux, qui font naître la combinaison pourpre et la combinaison bleue, ne sont point connues ; mais il est probable que ce sont les mêmes que dans les combinaisons bleues du molybdène et du tungstène.

J^es anciens chimistes, dans leurs données sur l’iridium, font mention de combinaisons incolores, qui se forment, selon eux, quand on mêle une dissolution colorée d’iridium avec du sulfate ferreux , de l’acide sulfureux ou de l’ammoniaque. Ces assertions paraissent reposer sur ce que les dissolutions des chlorures colorés, peuvent être fort peu chargées, et cependant trèssensiblement colorées. Les réactifs cités les réduisent à l’état de sels irideux, qui sont verdâtres, mais qui ont une teinte jaunâtre quand ils sont étendus , et ne colorent même pas du tout une plus grande quantité de liquide; du moins je n’ai pas pu réussir à obtenir, par lin autre moyen, des combinaisons incolores d’iridium.

Sulfures cV iridium. L’iridium s’unit au soufre avec un faible dégagement de lumière, quand on le chauffe jusqu’au rouge naissant dans du soufre gazéiforrne. Mais, par ce procédé, l’iridium n’est saturé qu’incomplètement de soufre. La combinaison s’opère mieux par la voie humide, en décomposant la dissolution d’un chlorure par le gaz sulfide hydrique; on obtient alors un sulfure proportionnel au chlorure employé. Les sulfures, obtenus de cette manière, sont appelés, à l’instar des oxides, sulfures irideux, susirideux, etc.; les différences qui existent entre leurs propriétés n’ont point été étudiées. Le chlorure susiridique rose est le plus difficile à précipiter. Lorsqu’il se trouve dans une dissolution avec d’autres chlorures d’iridium , on peut

SULFURES ü’iRIDIUM. ^9

précipiter ceux-ci à Faide du sulfide hydrique; en filtrant , on a une liqueur rose. Si Fon sature cette liqueur de sulfide hydrique, et qu’on Fexpose, dans un flacon bien bouché, à une température de +60 degrés, le sulfure susiridique se précipite également.

Les sulfures susirideux, iridique et susiridique sont d’un brun foncé tirant sur le jaune. Pendant le lavage, ils se dissolvent dans l’eau pure, à laquelle ils communiquent une couleur jaune; c’est pourquoi, il fmt les laver avec une dissolution de sel ammoniac ou avec de Feau acidulée. Pendant la dessiccation, ils ne deviennent pas acides, comme le sulfure platinique, ou du moins pas au point d’attaquer le papier sur lequel ils sont posés. Soumis a la distillation, ils donnent de l’humidité, de l’acide sulfureux (provenant d’un commencement d’acidification du soufre pendant la dessiccation), et du soufre; il reste un sulfure gris, doué du brillant métallique, et semblable au sulfure plombique, qui n’abandonne pas son soufre à la chaleur rouge, et qui se transforme, par le grillage, en une poudre brune, paraissant être un soussulfate irideux. Ce sulfure gris est du sulfure susirideux. L’eau régale l’attaque à peine ; la liqueur est colorée en vert par un peu de sulfate irideux, qui se dissout.

Les sulfures d’iridium sont tous des sulfobases. Mais ceux dont les degrés de sulfuration sont plus élevés , se combinent aussi avec les sulfures plus électropositifs qu’eux. Voilà pourquoi ils se dissolvent, soit dans le carbonate et l’hydrate potassiques, soit dans les sulfures et les sulfbydrates potassiques, sodiques ou ammoniques ; les dissolutions sont d’un brun foncé. Quand on précipite le sulfure d’iridium de ces combinaisons, par un acide, il est très-soluble dans Feau. La liqueur d’ou on Fa précipité, ayant passé à travers le filtre, il se dissout peu à peu dans Feau de lavage, et forme une dissolution d’un roux foncé. En mêlant cette dissolution avec une quantité suffisante d’acide, la plus grande partie du sulfure dissous se précipite de nouveau.

5o CARBURE 1)’[RÏ DIE M.

Le sulfure criridlum, préparé par la voie humicle, se dissout à froid, sans résidu, dans Tacide nitrique, tant qu’il est encore humide. La dissolution renferme, suivant le degré de sulfuration du métal , la quantité et la concentration du dissolvant, soit du sulfate irideux, et, dans ce cas, elle est d’un vert foncé; soit du sulfate susirideux, et alors elle est brune; soit enfin du sulfate iridique, qui lui donne une teinte orangée. Si l’acide nitrique est concentré, le sulfate qui vient de se former, se précipite sous forme d’une masse brune non cristalline. On peut, au moyen de l’eau-forte froide, extraire le sulfure d’iridium d’un mélange de ce sulfure et du sulfure de platine, préparé par la voie humide.

Phosphure d'iridium. Quand on chauffe l’iridium dans du phosphore gazéiforme, les deux corps s’unissent avec un dégagement de lumière à peine sensible; le composé obtenu par ce moyen n’est pas saturé de phosphore, et ressemble, par son aspect, parfaitement à l’iridium pur. Chauffé à l’air libre jusqu’au rouge, il brûle faiblement et se convertit en phosphate irideux, mêlé avec de l’iridium métallique.

Carbure d'iridium. Ce corps se forme , quand on tient un morceau d’iridium cohérent dans la flamme d’une lampe à alcool, de manière qu’il soit entouré par elle de toutes parts. On voit alors paraître à sa surface des masses noires, semblables à des choux-fleurs, qui sont du carbure d’iridium, et qui prennent naissance, parce que le métal se combine avec le carbone de la vapeur alcoolique. Si on expose ce carbure à l’air, le carbone brûle ; mais quand on le fait tomber dans l’eau, on l’obtient sans qu’il soit décomposé. 11 est noir, sans éclat et comme le noir de fumée, il tache les corps quiletoucbent.il est facile de l’allumer, et il brûle comme de l’amadou, en laissant de l’iridium métallique. Il est formé de 80,17 parties d’iridium et 19,88 de carbone, proportion telle, que le métal passant à l’état d’oxide indique et le carbone à celui d’acide carbonique, ce dernier absorbe quatre fois plus d’oxigène que le premier.

DU PLA.T1NE. 5l

Les combinaisons de riridium avec le bore et le silicium ne sont point connues.

yilliages d’iridium. L’iridium ne s’unit aux autres métaux qu’à l’aide d’une très-forte chaleur. Les métaux ductiles se combinens avec une assez grande quantité d’iridium sans perdre leur ductilité. En traitant les alliages par l’acide nitrique, l’iridium reste sous forme pulvérulente; l’eau régale dissout une partie d’iridium ou même la totalité, quand l’alliage n’en contient pas beaucoup, et ce qui reste non dissous se trouve à l’état de poudre.

L’alliage d’iridium et d’or est ductile , et un peu plus j)âle que l’or.

L’iridium et Xosmïum forment un alliage natif, dont

le plus pur est cristallin, blanc et miroitant, plus dur que l’acier, aussi réfractaire que l’iridium, d’une pesanteur spécifique de 18,644? insoluble dans les acides. Les variétés impures de cet alliage sont grenues, moins brillantes, et leur pesanteur spécifique est de 15,78. Quand on l’expose à l’action du feu , surtout après l’avoir réduit en poudre, il répand l’odeur de l’acide osmique ; cependant il ne subit de cette manière qu’une altération très-superficielle. On prétend qu’il est suscep tible de s’unir, par la fusion, à d’autres métaux. J’en ai fait l’essai avec le bismuth, le plomb et l’argent; j’ai obtenu un régule fondu, dans lequel les grains d’osmiure d’iridium étaient engagés, comme à la température ordinaire , l’argent et le cuivre s’introduisent dans le mercure, lorsqu’ils sont amalgamés à la surface. Quand on dissout le métal, les grains d’osmiure d’iridium restent sans avoir éprouvé le moindre changement. Sans cela , cette manière d’engager l’osmiure d’iridium, par la fusion, dans un autre métal, serait peut-être un excellent moyen pour décomposer plus aisément cet alliage.

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