‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 19 sur 95 · Du platine · texte numérisé non relu

Du platine

Le platine a été découvert en Amérique, oh on l’a trouvé dans le sable aurifère; on essaya de l’employer

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à (les ouvrages en métal, et on lui donna le nom qu’il porte, et qui est le diminutif de plata arg(mt , à cause de sa couleur, qui ressemble à celle de l’argent. Il a été apporté en Europe, en 174^? paï' l’Anglais Wood , et décrit avec détail par un mathématicien espagnol , Antoine de Ulloa. Le premier qui le désigna comme un métal particulier, fut le Suédois Scheffer, directeur de la monnaie, dans les Mémoires de l’Académie des sciences de Stockholm, année 1752. Deux ans plus tard, l’Anglais Lewis le décrivit dans les Transactions philosophiques.

On l’appelait dans V platina del Pinto ^ parce qu’on le trouva pour la première fois dans le sable aurifère du fleuve Pinto. Depuis il a été trouvé dans différons endroits, soit au Brésil, en Colombie, au Mexique et à Saint-Domingue, soit en Sibérie, soit sur le penchant oriental des monts Ourals. On le rencontre partout dans une roche délitée, qui paraît évidemment appartenir aux terrains volcaniques des plus anciennes périodes de formation. Cette roche est réduite en une espèce de sahlemêlé avec différons minéraux métalliques inaltérables; on a trouvé, soit en Amérique, soit dans l’Oural, des morceaux encore cohérens et non délités de cette roche, dans lesquels ces différens minéraux sont enfermés. Les premières connaissances positives que l’on ait eues sur le gisement géologique du platine, sont dues au célèbre ingénieur français Boussingault.

On tire du sein de la terre la masse sablonneuse délitée, et on la lave à grande eau : les parties les plus pesantes restent. Elles se composent, 1® du minerai de platine proprement dit; 2® de l’osmiure d’iridium; 3® de l’or; et 4° du fer chromé et titané, parmi lesquels se trouvent quelquefois de petites hyacinthes. On cherche d’abord à séparer l’or , et ce qui en reste est extrait, soit par amalgamation, soit au moyen de Teau régale faible, employée à froid. Les minerais de fer sont tellement plus légers que les autres, qu’il est facile de les en séparer par le lavage.

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Le minerai de platine se compose de grains irréguliers, arrondis, plus rarement aplatis, de grandeur variable , souvent très-petits , et qui offrent de temps en temps quelques traces de cristallisation. Alexandre de Humboldt a rapporté d’Amérique un morceau de platine , ayant la grandeur d’un œuf de pigeon et pesant 1080,6 grains. En 1828, on en a trouvé un à Niscbne- Tagilsk dans l’Oural, qui pèse 1,7 5 kilogramme, et cinquante-cinq autres, dont le plus petit est encore plus pesant que celui de Humboldt. Les grains de platine renferment principalement du platine et du fer à l’état métallique, et en même temps un peu de cuivre, de palladium, de rhodium, et presque toujours un peu d’iridium. Quelques-uns de ces grains renferment tant de fer, qu’on peut en dissoudre la plus grande partie dans l’acide nitrique, et qu’on peut les regarder comme du fer natif; mais ils sont rares, et presque toujours très-peu volumineux. Ordinairement, un grand nombre de grains de platine contiennent tant de fer, qu’ils sont attirés par l’aimant, et on en a même vu qui avaient des pôles très-prononcés. Le minerai de platine le plus riche en fer se rencontre à Niscbne-Tagilsk, dans l’Oural. Il est d’un gris foncé, et renferme de 1 1 à i3 pour cent de fer. Une partie de ce minerai n’est pas attirable à l’aimant, ce qui paraît ne pas tant tenir à ce qu’il y a moins de fer, qu’à ce qu’il y a plus d’iridium. Le minerai de platine de Goroblagodat,dans l’Oural, est plus que tout autre exempt d’iridium dans l’état où ce métal passe dans les dissolutions; et c’est aussi ce minerai qui donne le plus facilement du platine parfaitement pur. Il n’y a pas de différence trèssensible ou bien déterminée dans la composition des minerais de platine de l’Amérique et de l’Oural ; ils renferment tous les mêmes métaux , et tout au plus quelques centièmes de rhodium et de palladium, mais souvent bien moins. Le platine y entre pour y 5 à 87 pour cent.

Pour séparer le platine de tous les corps, qui sont mêlés avec lui, on procède comme il suit :

On introduit le minerai dans une cornue tabulée, on y

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verse defacide liydroeblorique , auquej on ajoute un peu d’acide nitrique, el on adapte un récipient à la cornue. On élève la température jusqu’à ce que la dissolution commence à s’opérer, et quand l’action se ralentit, on ajoute une nouvelle portion d’acide nitrique. Quand on est arrivé au point où l’acide hydrochlorique commence à être saturé, on évapore la liqueur dans la cornue jusqu’à consistance de sirop. On la refroidit ensuite, on l’étend d’un peu d’eau, et on la décante du résidu non dissous. Le produit de la distillation contenu dans le récipient est ordinairement jaunâtre*, parce que, pendant la dissolution, une partie des gouttelettes qui ont jailli suivent le gaz oxide nitrique et les vapeurs, et ne retombent qi?e dans le col de la cornue. Quelquefois on y trouve aussi, et par la même raison, des paillettes d’osmiure d’iridium. On cobobe, c’est-à-dire qu’on verse le liquide distillé sur le résidu, et on en redistille la plus grande partie. Si le minerai n’est pas encore décomposé, il faut y ajouter une nouvelle quantité d’eau régale. Tout le rainerai de platine ne peut pas être dissous; il en reste toujours une portion contenant, soit des grains plus gros d’osmiure d’iridium qui n’avaient pas été triés, soit de petites paillettes brillantes du même alliage, qui se trouvaient engagées dans le minerai de platine lui-même, soit aussi de l’iridiiirn métallique. Assez souvent on y trouve en outre de petits grains d’byacintbe, de quartz, de fer cbromé, de fer titané, etc.

L’acide distillé doit être incolore; autrement il renferme encore du platine, et alors il faut le soumettre à une nouvelle distillation. Il répand une odeur d’acide osnùque, et l’on peut en précipiter cet acide à l’aide du siibide hydrique, après avoir étendu la liqueur de beaucoup d’eau.

La dissolution du minerai est ordinairement d’un rouge foncé. Si elle dégage une odeur de cblore, cela annonce la présence du cblorure palladique, qu’il faut décomposer en faisant bouillir la liqueur, opération pendant laquelle il se volatise du cblore, tandis qu’il reste du cblorure

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palladeux. On verse clans la liqueur limpide une dissolution saturée de chlorure potassique, jusqu à ce qu’il ne se forme plus de précipité. Ce précipité, dont la couleur varie entre le jaune clair et le rouge de cinabre, consiste en chlorure double platinique et potassique, mêlé avec plus ou moins de chlorure double iridique et potassique, auquel il doit sa couleur rouge. On recueille le précipité sur un filtre, et on le lave avec une dissolution étendue de chlorure potassique, jusqu’à ce que la liqueur ne soit plus colorée en bleu par le cyanure ferreux et potassique. La liqueur filtrée contient alors du rhodium, du palladium, un peu de platine et d’iridium, du fer et du cuivre. Nous y reviendrons, en traitant du palladium^ et nous ne nous occuperons pour le moment que du chlorure double, qui a été lavé sur le libre.

On sèche ce sel, on le mêle exactement avec le double de son poids de carbonate potassique , et on chauffe le mélange dans un creuset de platine, en élevant vers la fin la température, jusqu’à ce que la masse commence à fondre. Le carbonate potassique décompose le chlorure double, il se forme du chlorure potassique, et le platine est réduit à l’état métallique , tandis que l’iridium reste à celui d’oxide susirideux. On enlève les sels, d’abord par l’eau, puis par l’acide hydrochlorique , et à l’aide de la chaleur, on dissout le résidu dans l’eau régale étendue : l’oxide susirideux reste. Quand l’eau régale étendue n’agit plus sur ce résidu, on en emploie d’autre, qui soit plus concentrée, et à laquelle on ajoute encore un peu de chlorure sodique; de cette manière, on parvient à dissoudre du platine contenant de l’iridium, et l’oxide d’iridium reste pur. On précipite cette dernière dissolution par le chlorure potassique, on décompose le précipité par le carbonate potassique, comme la première fois, et on extrait le platine du résidu par le procédé déjà indiqué. La dissolution de chlorure platinique, exempte d’iridium, est d’un jaune pur, comme une dissolution étendue d’or. H ne faut cependant pas oublier qu’il existe un chlorure de platine dont la disso-

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lution dans i’eau est d’un brun très-fonce; mais cette dissolution ne se forme qu’en évaporant et chauffant doucement le chlorure platlnique, cas dans lequel il se dégage du chlore, et elle ne peut pas être produite en dissolvant directement un chlorure de platine. On verse du chlorure ammonique dans la dissolution jaune et limpide; il se forme un précipité jaune clair de chlorure double platlnique et ammonique, et la portion de ce sel double, qui reste en dissolution , se précipite presque entièrement quand on dissout du sel ammoniac dans la liqueur. Si l’on veut épargner du sel ammoniac, on peut évaporer la dissolution jusqu’à siccité , et alors on obtient, sous forme solide, la portion de sel que la liqueur avait retenue. Ce précipité, appelé sel ammoniac platlnique ^ laisse du platine métallique, quand on le chauffe jus** ({u’au rouge naissant : il se dégage, pendant la calcination, du sel amnioniac, de l’acide liydrochlorique et du gaz nitrogène. L’action de la chaleur doit être lente, sans quoi les vapeurs de sel ammoniac entraînent un peu de chlorure platineux , qui donne au sel ammoniac sublimé une teinte verdâtre.

Quand il ne s’agit pas d’avoir du platine absolument pur, on précipite de suite la dissolution du minerai de platine par le chlorure ammonique, et c’est de cette manière que la majeure partie du platine qu’on trouve dans le commerce, est extraite du minerai. Mais alors le métal contient toujours de l’iridium , qui se dissout complètement avec lui dans l’eau régale, et dont on peut toutefois le débarrasser par le procédé qui a été décrit plus haut.

Le platine, extrait de cette manière, forme une masse pulvérulente, ou spongieuse et peu cohérente, de couleur grise, qui n’a point d’éclat particulier, mais qui en acquiert de suite par le frottement. Le platine est si réfractaire, qu’on ne peut le fondre dans nos fourneaux. Mais il jouit de la propriété de se ramollir, à une certaine température très-élevée, quoique bien inférieure à celle oîi il fond ; il s’agglomère alors absolument comme le ferq ([u on peut ainsi hraser. Il en résulte qu(\,

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sans le faire fondre, on peut l’avoir sous forme d’une masse cohérente. A l’aide d’une presse à vis , on presse le métal extrait du sel ammonia:c platinique pur, à froid, dans un anneau en fer, et on chauffe le disque qui en résulte, jusqu’au rouge blanc intense; dans cet état d’incandescence, on le rapporte sous la presse, ou bien on le place sur une enclume dans un anneau dont le diamètre intérieur correspond parfaitement à celui d’un lourd marteau. Au commencement, on élève peu le marteau à chaque coup, puis on chauffe de nouveau le platinejusqu’au rouge blanc ; on le bat ensuite avec plus de force, et on continue ainsi jusqu’à ce qu’il soit assez cohérent pour qu’on puisse le forger avec un marteau à main. Wollaston découvrit une méthode plus simple encore; mais il en fit un secret, parce qu’il était, pour ainsi dire, le seul qui travaillât le platine à l’usage des chimistes. Cependant peu de temps avant sa mort, arrivée récemment, il l’a publiée. Elle consiste principalement à prendre du platine métallique très-divisé, et ne contenant, ni des paillettes brillantes, ni des parties déjà cohérentes, à le délayer dans de l’eau, à le comprimer fortement à l’état humide, en permettant à l’eau de s’échapper, et à le faire sécher à moitié sous la plus forte pression qu’on puisse produire. Il acquiert ainsi de la cohérence; on le dessèche complètement, et en l’exposant ensuite dans un creuset à une violente chaleur rouge blanc, il s’affaisse et s’agglomère tellement, qu’on peut ensuite le traiter au marteau. On conçoit que les détails de cette opération ne seraient pas ici à leur place.

Avant Wollaston, Jeanetty, orfèvre à Paris, était déjà parvenu à extraire, du minerai de platine, un métal susceptible d’etre forgé, avec lequel il faisait différons ustensiles de chimie. Il mêlait trois parties de minerai de platine du Brésil, choisi, avec six parties d’arsenic hlauc (acide arsénieux) et deux parties de potasse, et faisait fondre le mélange. Le fer et le cuivre, étant oxidés aux dépens de l’acide arsénieux , passaient

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dans les scories salines. L’arsenic se combinait avec le platine. LTne autre partie de i’acide arsénieux était décomposée, par l’affinité réunie de la potasse pour l’acide arsenique et du platine pour l’arsenic, en acide arsenique et en métal ; de sorte que l’on obtenait , au-dessous du sel fondu , un régule d’arséniure de platine. Cet alliage était refondu avec de l’acide arsénieux et de la potasse, et moulé en gâteau mince; puis on chassait l’arsenic par le grillage, et on soumettait le platine, avec les précautions nécessaires, à l’action réitérée de la chaleur rouge et du marteau, de manière à le rendre compacte.

Le platine, tel qu’il sort des mains de l’ouvrier, est très-malléable; sa couleur est d’un gris blanc, et tient le milieu entre celles de l’argent et de l’étain. Quand il est exempt d’iridium, on peut le tirer en fils très-déliés, et le réduire en feuilles très -minces, comme l’or et l’argent. ‘Le platine, parfaitement pur, est beaucoup plus mou que l’argent, et prend un beau poli. Dans l’état ordinaire, c’est-à-dire quand il contient un peu d’iridium, il peut être tiré en fils du diamètre de ^

de pouee, et il est plus solide et plus dur; de sorte qu’il l’emporte en dureté sur le cuivre, mais le cède au fer. A.ussi cet alliage naturel , quand la proportion d’iridium n’excède pas de certaines limites, rend-11 le platine beaucoup plus fort et d’un emploi plus étendu. Un fil ayant 0,89 lignes de diamètre , porte , d’après Sickingen, un poids de 220 livres, avant de se rompre. Wollaston a trouvé que des fils de platine , d’or et de fer, tirés par le même trou de filière, et par .conséquent de même force, exigent, pour se rompre, des poids, correspondans aux nombres suivans : 690, 5oo et 600; d’où il résulte que le platine a presque la même ténacité qu'e le fer. Le platine est le plus pesant de tous les corps connus jusqu’à ce jour. Sa pesanteur spécifique varie enti’e 21 et 22. Wollaston la fixe à 2 1,58. J’ai pesé un cube du poids d’une livre , qui avait été fabriqué par M. Bréant , à Paris, et j’ai trouvé sa densité de 2 1,45. Suivant Klaproth , elle est de 21,74. Ce métal ne peut pas être

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fondu dans nos fourneaux; mais, ainsi que je l’ai déjà dit , il se ramollit et peut être brasé. Il fond, soit dans la flamme alcoolique animée par le gaz oxigène, soit dâns la flamme du chalumeau à gaz oxigène et hydrogène. A une certaine température, il entre en ébullition et lance des étincelles, comme le fer qui brûle, mais beaucoup moins brillantes. Si l’on fait brûler de l’étber dans une lampe à esprit de vin , et qu’on dirige du gaz oxigène dans la flamme, on parvient à fondre du fil de platine assez fort, et à le réduire en globules gros comme des pois. Assez souvent on trouve, à la surface des globules refroidis, des gouttelettes d’un verre incolore, qui sont de l’acide silicique fondu , et proviennent du silicium qui était uni au platine.

Dans le premier volume, en parlant de l’hydrogène, j’ai déjà faif mention de la propriété remarquable, que possède le platine à l’état de grande division , d’enflammer le gaz hydrogène dans Pair , propriété qu’il partage avec l’osmium , l’iridium , le palladium et le rhodium. Plus la division de ces métaux est grande, plus cette propriété devient prononcée. Le platine pulvérulent, qu’on obtient en précipitant par le zinc la dissolution de platine, enflamme la vapeur d’alcool, et devient par- là incandescent lui -même. D’après les expériences de Liebig, on obtient du platine dans son plus grand état de division par le procédé suivant. On dissout à chaud du chlorure platineux dans une lessive concentrée de potasse caustique, et pendant que la liqueur est encore chaude , on y verse peu à peu de l’alcool, en remuant le mélange, jusqu’à ce qu’il s’établisse une effervescence qui provient d’un dégagement de gaz acide carbonique, et qui est si forte, qu’il fi\ut employer un vase très- grand pour ne rien perdre. Le platine se précipite sous forme d’une poudre noire. On décante la liqueur, et on fait bouillir le précipité successivement avec de l’alcool , de l’acide bydroclflorique , de la potasse, et enfin quatre ou cinq fois avec de l’eau, pour le debarrasser de tous les corps étrangers. Si l’alcool n’était pas complètement enlevé, la poudre prendrait

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feu pendant la dessiccation, et perdrait ses propriétés. Séchée, elle ressemble à du noir de fumée, et tache les doigts : cependant elle ne consiste qu’en platine extrêmement divisé; car, d’après Liebig, on peut la chauffer au rouge cerise, à l’air ou dans le gaz oxigène, sans qu’elle éprouve ni perte, ni changement dans les propriétés qui la distinguent; mais, par l’incandescence, elle perd ces dernières en prenant l’aspect métallique. Chauffée dans du gaz hydrogène exempt d’oxigène, elle ne produit point d’eau ; sous le brunissoir, elle dorme un trait métallique , d’une couleur grise , semblable à celle du platine. Elle se dissout facilement et sans résidu dans l’eau régale. Les propriétés particulières que possède le platine, dans cet état de division, sont les suivantes : comme le charbon de bois, il absorbe les gaz et les condense dans ses pores, en développant de la chaleur; et si, après l’avoir privé de tout air et de toute humidité, sous le récipient de la machine pneumatique, à l’aide de l’acide sidfurique, on fait rentrer rapidement l’air, il s’échauffe quelquefois jusqu’au rouge. Au contact de l’air, il détermine [’oxidation, non-seulement du gaz hydrogène , mais aussi de la vapeur d’alcool , et devient incandescent au moment oii on le fait tomber sur un corps humecté avec de l’alcool. Il n’enflamme pas l’alcool liquide dont il est imbibé, mais il en détermine l’oxidation aux dépens de l’air, d’oii résulte de l’acide acétique et de l’éther acétique, qui se volatilisent continuellement.

La propriété dont jouit le platine divisé, de condenser les gaz avec dégagement de chaleur, paraît contribuer à la faculté, qu’il possède, d’enflammer les gaz combustibles; cependant elle n’en est pas la seule cause, et l’action qu’il exerce sur l’alcool liquide en est la preuve.

Edmond Davy découvrit le premier l’action particulière du platine divisé sur l’alcool; mais il paraît que le platine dont il s’était servi, cl ([u’il avait obtenu en faisant bouillir avec de l’alcool du sulfate platinique concentré et contenant un peu d’acide nitrique, était une

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combinaison inconnue du métal avec de Toxigène, du nitrogène et avec une substance combustible éthérée. C’est à Dobereiner que nous devons un examen plus complet de la conversion de l’alcool en acide acétique. Zeise fît connaître la manière de préparer une poudre, douée des mêmes propriétés, qu’il obtint en faisant bouillir du chlorure platineux avec de l’alcool, et dans laquelle le platine divisé se trouve mêlé avec d’autres produits de l’opération. Enfin, Liebig a reconnu d’une manière exacte de quelle nature est l’action qu’exercent les préparations de Davy et de Zeise.

Le platine ressemble aussi à l’osmium, à l’iridium et au palladium, en ce que tous les degrés de combinaison qui leur sont communs, prennent la même forme cristalline, et sont par conséquent isomorphes. En outre, il a absolument la même capacité de combinaison que l’iridium ; de sorte que les oxides platineux et platinique , les chlorures platineux et platinique ont exactement la même composition, en centièmes, que les combinaisons correspondantes de l’iridium. (Les mêmes rapports existent entre le nickel et le cobalt , entre le tellure et l’antimoine. ) Le platine ne produit pas le même nombre de combinaisons que l’iridium.

Le platine est insoluble dans tous les acides, excepté l’eau régale. Par la voie sèche, on peut l’oxider, en le fondant avec la potasse caustique ou le nitre.

Oxides de platine. On ne connaît avec certitude que deux degrés d’oxidation du platine: l’oxide platineux et l’oxide platinique.

Oxide platineux. On l’obtient sous forme d’une poudre noire, quand on fait digérer le chlorure platineux avec de la potasse caustique. L’excès d’alcali dissout une portion d’oxide et prend une teinte verte , qui peut devenir assez foncée pour, que la liqueur ressemble à de l’encre. L’oxide platineux peut être précipité de cette dissolution par l’acide sulfurique. La poudre noire est de \ hydrate platineux. Exposée à l’action de la chaleur, elle donne d’abord de l’eau, puis du gaz oxigène et laisse du platine métallique. L’hydrate plati-

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neux détone avec les corps combustibles. Les acides le dissolvent lentement, de manière à donner naissance à des sels platineux, dont la dissolution est d'un vert tirant sur le brun. Il est formé de 92,5 parties de platine et de 7,5 d’oxigène.

Oxide platinique. Il est diflîcile d’isoler cet oxide complètement; car, quand on n’emploie pas un excès d’alcali, on obtient ordinairement un soussel, ou, quand l’alcali prédomine, il se forme une combinaison de ce dernier avec l’oxide. On dissout du sulfate platinique dans l’eau, et on le décompose par le nitrate barytique, d’où résulte du sulfate barytique et du nitrate platinique. On peut précipiter de ce sel la moitié de l’oxide platinique, à l’aide de la soude caustique; si l’on ajoute une plus grande quantité d’alcali, il se précipite un soussel , qui devient blanc en séchant. L’oxide platinique précipité est à l’état ^hjdrate brun rougeâtre, volumineux et parfaitement semblable à l’oxide ferrique précipité par l’ammoniaque. Il se contracte beaucoup par la dessiccation; mais sa couleur ne devient pas beaucoup plus foncée. Chauffé dans des vases distil latoires, il abandonne d’abord son eau et devient noir, puis son oxigène, et laisse du platine métallique.

L’oxide platinique se combine avec les acides, et forme avec eux des oxisels particuliers, qui sont jaunes ou roux : il n’y en a qu’un petit nombre qui ait été étudié. H a une affinité prononcée pour les bases, et forme des combinaisons insolubles avec les alcalis, les terres alcalines, les terres proprement dites, et plusieurs oxides métalliques. Pour se procurer la combinaison de l’oxide platinique avec la potasse, il faut mêler le cîilorure double platinique et potassique avec un excès d’hydrate potassique, ajouter au mélange un peu d’eau, afin que la masse fonde à l’aide de la chaleur, et la chauffer peu â peu , jusqu’au rouge obscur. La masse refroidie est d’un rouge de cinabre. On enlève l’excès d’alcali et le chlorure potassique par l’eau, qui ne dissout que des traces d’oxide. Le résidu est lavé sur un fdtre avec de l’eau. On obtient ainsi un

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