‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 30 sur 95 · Du rhodium · texte numérisé non relu

Du rhodium

Ce métal a été découvert, en i8o3, par Wollaston. On le trouve dans le minerai de platine. Wollaston en a obtenu pour cent du platine du Brésil. Le minerai de platine d’Antioquia, dans la Colombie, près Barbacoas surtout, contient un peu plus de 3 pour cent de rhodium.

En parlant du palladium, j’ai dit qu’on précipitait ce métal, au moyen du cyanure mercurique, de la dissolution restante du minerai de platine. On verse un peu d’acide hydrocblorique dans la liqueur d’oii le palladium a été précipité, et on l’évapore à siccité. L’acide liydrochlorique chasse l’acide hydrocyanique du cyanure mercurique, qui a été mis en excès, et transforme le cyanure en chlorure. Le sel desséché est réduit en poudre très -fine, et lavé avec de l’alcool à 0,83^. Ce dissolvant s’empare des chlorures doubles que forme le sodium avec le platine, l’iridium, le cuivre et le mercure, et ne dissout point le chlorure double rhodique et sodique, qui reste sous forme d’une poudre d’un beau rouge foncé. On lave ce sel avec de l’alcool, puis on l’expose à une calcination forte et prolongée, pour en extraire le rhodium. Mais le meilleur moyen, pour réduire le rhodium , consiste à chauffer doucement le chlorure double dans un courant de gaz hydrogène, et à dissoudre ensuite le chlorure sodique dans l’eau.

Il existe encore une autre méthode pour séparer le rhodium des métaux qui se trouvent mêlés avec lui dans cette masse saline : je vais la décrire, non parce qu’elle est préférable à celle dont j’ai déjà parlé , mais parce qu’il y a des cas dans lesquels son emploi peut présenter de l’avantage. On mêle le sel sec avec une fois et demie

BU RHODIUM.

son poids de carbonate potassique , et on calcine, le mélange. Le résidu est traité par l’eau , qui n’attaque pas les oxides métalliques. On dissout l’oxide cuivrique à l’aide de l’acide hydrochlorique. Le nouveau résidu est mêlé soigneusement avec 5 fois son poids de bisulfate potassique anhydre, puis fondu. On tient la masse à l’état de fusion rouge, dans un creuset de platine bien couvert, jusqu’à ce que, en enlevant le couvercle, on s’aperçoive que le sel est prêt à se figer. L’oxide rbodique se dissout dans le bisulfate, effet qui a lieu tout aussi bien, sinon mieux, quand les métaux ont été réduits auparavant. On traite la masse saline par l’eau bouillante, et on reprend le résidu par le bisulfate potassique; ce que l’on répète aussi long-temps, que le bisulfate se colore pendant la calcination. On verse un excès de carbonate potassique dans les dissolutions acides, on évapore la masse jusqu’à siccité, et on calcine le résidu. L’eau qu’on verse ensuite dessus, ne dissout pas l’oxide rbodique, que l’on réduit au moyen du gaz hydrogène, ou en le chauffant jusqu’au rouge blanc.

Extérieurement le rhodium ressemble assez au platine. La chaleur que nous pouvons produire dans nos fourneaux n’est pas suffisante pour le fondre. Ne pouvant être brasé^ on ne parvient à lui donner de la cohérence, qu’en calcinant du sulfure ou de l’arséniure de rhodium fondu , dans un vase ouvert et au rouge blanc , jusqu’à ce qu’il ne retienne plus de soufre ou d’arsenic. On obtient alors un seul culot, un peu bulleux, ayant la couleur et l’éclat de l’argent. D’après Wollaston, la pesanteur spécifique du rhodium est d’environ ii. Il est cassant et très -dur; on peut le réduire en poudre. Parla voie humide , il est insoluble dans les acides; mais quand on le fait fondre avec certains métaux, par exemple, avec du platine, du cuivre, du bismuth ou du plomb,et qu’on traite l’alliage par l’eau régale, il s’y dissout en même temps que ces métaux. Après avoir été allié à l’or ou à l’argent, il ne se dissout pas, lorsqu’on fait dissoudre l’autre métal. On le rend très-soluble, en le mêlant, à

OXIDE RHODfQUE. 8r

rétat de poudre fine, avec du chlorure potassique ou sodique, et chauffant le mélange dans un courant de gaz chlore, jusqu’au rouge naissant. Il se forme alors un sel double très -soluble dans l’eau. TjCs dissolutions du rhodium ont une belle couleur rouge, et c’est de là que le métal tire son nom. Par la voie sècbe, il se dissout, comme on l’a déjà vu, dans le bisulfate potassique; pendant que la réaction a lieu, il se dégage du gaz acide sulfureux.

Oxides de rhodium. Le rhodium a bien plus d’affinité pour l’oxigène que les métaux précédens de cette -section. Il s’oxide, dès qu’on le fait rougir, et surtout quand on le chauffe, à l’état de poudre fine, dans des vases ouverts, jusqu’au rouge cerise. Il paraît avoir deux oxides : l’oxide rhodeux et l’oxide rhodique, dont le premier n’a pas encore été isolé. Je ne décrirai donc que l’oxide rhodique.

Oxide rhodique. On peut le préparer par la voie humide et par la vole sèche. Par la voie sèche, on l’obtient en chauffant jusqu’au rouge, dans un creuset d’argent, de la poudre de rhodium avec de la potasse caustique et un peu de nitre. Le métal se gonfle, et ' devient d’un brun café : c’est alors une combinaison d’oxide rhodique et de potasse. On enlève par l’eau l’excès d’alcali et de nitre, on lave bien l’oxide, et on le met digérer dans l’acide hydrochlorique. Au commencement, il se dégage un peu de chloi e, qui paraît provenir d’un résidu d’acide nitrique ; l’oxide change peu à peu d’aspect , à mesure que l’acide dissout la potasse. En le lavant pendant long-temps avec de l’eau bouillante, il subit le même changement. Le résidu est de \ hydrate rhodique ^ dont la couleur est d’un gris tirant sur le vert, et qui est insoluble dans les acides.

Pour extraire l’hydrate rhodique du chlorure double rhodique et potassique ou sodique, il faut verser un excès de carbonate potassique ou sodique dans la dissolution d’un de ces sels, et évaporer le mélange. La liqueur ne se trouble pas au moment oh l’on mêle les deux dis- ÎIT. 0

^2 OXIDE RHODIQÜE.

solutions, mais, pendant l’évaporation, la masse entière se prend en gelée. On reçoit l’hydrate sur un filtre, et on le lave bien. Sa couleur est sale , et d’un gris verdâtre tirant sur le jaune. La liqueur contient quelquefois un peu d’oxide, en dissolution, et alors elle a une teinte verdâtre. L’hydrate ainsi obtenu contient de l’alcali, que l’eau ne lui enlève point. Les acides dissolvent peu à peu l’hydrate et l’alcali, en prenant une couleur jaune et en donnant naissance à des sels doubles. La dissolution dans l’acide hydrochlorique est également jaune, et ne prend la couleur rouge du chlorure double que par une forte concentration , ou par la dessiccation.

En versant un excès d’ammoniaque dans la dissolution d’un sel rhodique , il ne se précipite d’aborel rien. La couleur de la dissolution pâlit peu à peu, et devient enfin d’un jaune pâle, tandis qu’il se forme un précipité d’une belle couleur citrine. Ce précipité est composé d’oxide rhodique, d’ammoniaque et d’eau. La dissolution jaune contient un soussel. Après avoir été séchée, la combinaison d’oxide rhodique et d’ammoniaque est d’un jaune pâle et pulvérulente; quand on la chauffe dans une cornue, elle donne de l’eau et du gaz nitrogène sans aucune décrépitation, et laisse du rhodium métallique. Les acides agissent sur elle de la même manière que sur le composé d’oxide rhodique et de potasse.

L’oxide rhodique forme avec les acides, des sels dont les dissolutions sont jaunes ou d’un jaune brunâtre. Il est formé de 81,^8 parties de métal et 18,72 d’oxigène; l’hydrate rhodique renferme 6,6 pour cent d’eau, dont l’oxigène est le tiers de celui de l’oxide rhodique.

L’oxide rhodique se combine en plusieurs proportions avec l’oxide rhodeux. Quand on expose le rhodium pulvérulent à Faction de la chaleur rouge, son poids augmente très-rapidement de i5 A pour cent, et il paraît que la poudre noire, qui se formé dans ce cas, est de l’oxide rhodeux. Si l’on continue â faire rougir cet oxide, son poids s’accroît peu â peu, mais lentement, jusqu’à ce que le poids du métal soit augmenté de 18, 4 pour

OXIDE RIIOBIQUE. 83

cent, proportion qu’il n’excède pas. Si la composition de l’oxide rbodeux est telle que je viens de le dire, l’oxigène qu’il contient est à celui de l’oxide rhodique, comme ‘i:3; et alors l’oxide produit par la calcination est une combinaison d’oxide rhodeux et d’oxide rbodique dans une proportion telle, que tous deux contiennent la même quantité d’oxigène. Il arrive assez souvent que les métaux se convertissent, par la calcination, en des composés de deux oxides dans des proportions définies. En faisant l’iiistoire du fer, j’entrerai dans quelques détails sur ce senre de combinaisons.

Quand on mêle un cblorure double de rhodium avec du carbonate potassique sec, et qu’on chauffe le mélange, la potasse abandonne l’acide carbonique et une partie de son oxigène, sans qu’aucune portion du rhodium soit réduite; on obtient dans ce cas des combinaisons d’oxide rbodeux et d’oxide rbodique.

Si l’on décompose, par une dissolution bouillante de potasse caustique, le chlorure de rhodium rose, insoluble dans l’eau ( on le prépare en chauffant du rhodium en poudre dans un courant de gaz chlore), on obtient encore une autre combinaison d’oxide rhodique et d’oxide rhodeux. C’est une masse gélatineuse, contenant de l’eau; sa couleur est composée de jaune, de brun et de gris; quand on la traite par l’acide hydrochlorique, celui-ci dissout l’oxide rhodique, et forme avec l’oxide rhodeux un chlorure rhodeux insoluble. Dans cet oxide double, les deux oxides contiennent la même quantité de rhodium; mais l’oxide rhodique y est combiné avec une fois et demie autant d’oxigène que l’oxide rhodeux.

Les combinaisons du rhodium que nous connaissons jusqu’à présent, ne sont pas isomorphes avec celles du platine; mais aussi le platine ne forme aucune combinaison, qui leur soit correspondante ou proportionnelle. Il n’est donc point impossible que le rhodium et le plaîine appartiennent à la même série de corps isomorphes. L’oxide rhodique devrait, à proprement parler, être ap-

ALLIAGES DE RHODIUM,

pelé oxide sesqulrliodeux; mais il est étonnant combien cet oxide et les chlorures correspondans ressemblent aux oxides et aux chlorures susosmiques et susiridiques. D’un autre côté, si la composition de l’oxide rbodique était proportionnelle à celle de ces corps, il serait singulier que les degrés inférieurs de combinaison ne puissent point être produits.

Sulfure de rhodium. On peut le préparer par la voie sèche et par la voie humide. Par la voie sèche, on l’obtient en chauffant ensemble du rhodium et du soufre, d’oLi résulte une combinaison qui fond à une très-haute température , par exemple , au feu de forge. On peut aussi l’obtenir en chauffant le chlorure rhodique et ammonique avec du soufre. Ge sulfure est d*un bleu gris, et doué 'de l’aspect métallique; d’après Vauquelin , il contient ^5 parties de soufre sur loo de rhodium. Wollaston se servait de sulfure de rhodium pour obtenir le métal en masse cohérente; il le réduisait par la fusion en un culot, et brûlait ensuite le soufre à l’air libre.

Pour préparer le sulfure de rhodium par la voie humide, il faut mêler la dissolution du sel double rouge avec la dissolution d’un sulfure à métal alcalin. D’abord il ne se précipite rien; mais, en chauffant, il se dépose une poudre d’un brun foncé, qui devient noire et acide par la dessiccation, ainsi qu’il arrive au sulfure platinique.

Alliages de rhodium. Le rhodium se combine, par la fusion , avec V arsenic. Ce dernier peut ensuite être chassé par la chaleur, et laisse le rhodium sous forme d’un globule cohérent.

Le rhodium se combine avec presque tous les métaux auxquels on a essayé de l’allier. J’ai déjà dit que quelques-uns de ces alliages se dissolvent totalement dans l’eau régale, tandis que d’autres ne cèdent à ce dissolvant que le métal uni au rhodium.

On n’a pas encore pu combiner le rhodium avec le mercure.

Quand on le fait fondre avec 3 à 6 parties d’or ou d’argent, il altère peu l’aspect de ces métaux. Mais il

DK L ARGENT. 85

les rend moins fusibles, et leur surface se couvre, pendant le refroidissement , d’oxide rliodique.

On a trouvé qu’une très-petite quantité de rhodium , ajoutée à l’acier, améliorait les qualités de ce dernier, et Wollaston s’est servi du rhodium, en raison de sa dureté et de son inaltérabilité par la voie humide, pour fabriquer des plumes métalliques. Ces plumes sont faites de deux lamelles élastiques d’or et d’argent, réunies en un angle obtus par le côté plus long, et soudées ensemble, de manière à ne laisser- que la longueur nécessaire pour la fente; on les taille alors en pointe, et l’on soude à l’extrémité pointue de chaque lamelle un petit bouton de rhodium, qui s’oppose à l’usure rapide à laquelle sont sujettes les plumes fabriquées avec les métaux nobles.

Page 1