‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 47 sur 95 · OXIDES D^TRAINE · texte numérisé non relu

OXIDES D^TRAINE

est concentrée, il s’y dépose, après quelque temps, des cristaux de carbonate double , d’une couleur citrine. Il faut que la dissolution dans le carbonate ammonique, soit bien étendue pour que ces cristaux ne s’y forment pas, et une fois qu’ils ont pris naissance, ils ont besoin d’une grande quantité du dissolvant pour se redissoudre. En faisant bouillir cette dissolution, l’ammoniaque se volatilise, et l’oxide uranique se précipite sous forme d’une poudre grenue, d’un jaune clair. Le précipité contient de l’ammoniaque et de l’acide carbonique, qui ne peuvent point être enlevés par l’eau. Si l’on prolonge beaucoup le lavage, l’oxide uranique passe peu à peu à travers le filtre, et forme un lait jaunâtre. Dans les analyses, il faut donc laver cet oxide avec une dissolution de sel ammoniac, ce qui n’empêche pas qu’on trouve toujours dans la liqueur des traces d’oxide uranique , de sorte que, dans les expériences analytiques, il est assez difficile de le séparer, sans perte, des autres corps. Quand on fait rougir les cristaux qui se déposent d’une dissolution d’oxide uranique dans le bicarbonate potassique, il se dégage de l’acide carbonique, k masse devient d’un rouge briqueté, et l’eau en extrait une grande quantité de carbonate potassique, en laissant de furanate potassique. Lorsqu’on calcine ce dernier dans un courant de gaz hydrogène , on obtient une combinaison d’oxide iiraneux et d’hydrate potassique, qui ne s’échauffe point à l’air : l’eau n’eti extrait qu’un peu de potasse; les acides dissolvent l’alcali, et laissent de l’oxide uraneux tellement divisé, qu’il passe à travers le filtre.

L’oxide uranique s’unit aux acides, et forme avec eux des sels d’un jaune citrin, qu’il est difficile d’obtenir neutres. Comme tous les oxides qui jouent le rôle d’acide aussi bien que celui de base, l’oxide uranique forme des sels doubles, d’une beauté remarquable. Les sels simples perdent leur acide au feu, les sels doubles le retiennent beaucoup plus fortement.

En recherchant la composition de l’oxide uranique, Arfvedson a trouvé, dans quelques expériences, que le

SÎ5LFURE ü’uRÀNK. î47

rapport de Toxigène de l’oxide uranique à celui de i’oxide uraneux , était :: 2:3 ; dans d’autres expériences, :: 3 : 5; toutefois, il regarde le premier résultat comme plus vraisemblable. Mes propres expériences à ce sujet m’ont donné des résultats qui se rapprochaient, tantôt de l’un de ces rapports, tantôt de l’autre; mais la plupart s’accordaient avec la proportion 2 : 3 , ce qui correspond aussi à la capacité de saturation de l’oxide uranique, comme acide. D’après cela, l’oxide uranique est formé de 94->7^ parties d’urane et 5,24 d’ oxigène, et loo parties de métal y sont combinées avec 5,529 d’oxigène, c’est-à-dire avec une fois et demie plus d’oxigène que dans l’oxide uraneux.

Sulfure d’urane. L’urane a très-peu d’affinité pour le soufre. Klaproth et Buchbolz ont essayé d’obtenir du sulfure d’urane, en calcinant l’oxide uranique avec du soufre. Il se dégage du gaz acide sulfureux, mais le résidu n’est que de l’oxide uraneux. Arfvedson fît passer un courant de gaz sulfide hydrique sur de l’oxide uraheux contenu dans un tube de verre, qu’il avait chauffé jusqu’au rouge : il se dégagea de l’eau et de l’acide sulfureux, et l’urane fut réduit à l’état métallique. La cause de la non-réussite paraît tenir à ce que le soufre et l’iiydroijène contribuent tous deux à réduire l’oxide uraneux, et qu’ensuite l’urane métallique n’a point le pouvoir de décomposer le gaz suifîde hydrique. H. Rose fit passer des vapeurs de sulfide carbonique sur de l’oxide uraneux, qui était exposé, dans un tube de porcelaine, à une forte chaleur rouge; il parvint ainsi à obtenir du sulfure d’urane, d’un gris plombé presque noir, et donnant, par le frottement, une trace métallique grise. Au feu, ce sulfure brûle et se convertit en oxide uraneux : l’acide hydrochlorique l’attaque fort peu ; mais l’acide nitrique le dissout, même à froid, en laissant du soufre. On avait prétendu que le sulfure d’urane, préparé par la voie humide, était d’un brun chocolat : c’est une erreur; car cela n’arrive, comme je l’ai démontré plus haut, que quand la dissolution contient de l’arsenic, du

SÜLrüRE Dû R A NÉ.

cuivre ou tiu plomb. Lorsqu’elle en est exempte, les sulfliydrates en précipitent du sulfure d’uranenoir; quand on ajoute un excès du précipitant, une petite quantité du sulfure se redissout, et la liqueur prend une teinte brune foncée, et finit par devenir opaque. Si on lave le précipité sur un filtre, l’eau de lavage en dissout un peu, et prend une teinte brune foncée; si, avant qu’il ne soit complètement lavé, on l’expose, encore humide, à l’air, et qu’on l’y laisse pendant long-temps, avec la précaution d’éviter qu’il sèche , il devient peu à peu jaune, et prend, au bout de quelques semaines, une teinte orange. On obtient la même combinaison, quand on délaie dans l’eau de l’hydrate uranique contenant de l’alcali , qu’on fait passer lentement un courant de gaz sulfide hydrique à travers la liqueur, en la remuant toujours, et qu’on arrête l’opération lorsque la couleur a atteint l’intensité convenable. Si l’action du sulfide hydrique n’est pas suspendue à temps, l’oxide se convertit totalement en sulfure et devient noir. Ce composé paraît être un oxisulfure, c’est-à-dire une combinaison .de sulfure d’urane et d’oxide uranique. Soumis à l’action de la chaleur, il donne de l’acide sulfureux, de l’eau et de l’oxide uraneux. L’acide hydrocblorique le dissout avec dégagement de gaz sulfide hydrique, et en laissant du soufre. En lavant bien et séchant le sulfure d’urane, préparé par la voie humide, on obtient une masse noire, agglomérée et dure, qui ne renferme point de sulfure, et consiste en un mélange intime de soufre et d’oxide uraneux. Quand on met cette masse en digestion dans l’acide hydrocblorique, l’oxide uraneux s’y dissout peu à peu sans dégagement de gaz , en produisant une liqueur verte, et le soufre reste sous forme de légers flocons.

On ne connaît point encore de combinaisons de l’urane avec le phosphore, le carbone, le bore et l’hydrogène.

Le potassium réduit l’oxide uraneux, et forme, avec l’iirane, un alliage qui s’enflamme de lui-même à l’air.

Page 1