‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 46 sur 95 · ALLIAGES DE CUIVRE · texte numérisé non relu

ALLIAGES DE CUIVRE

liage jaune, semblable au laiton, qui prend, par l’addition de deux pour cent d’arsenic, une couleur blanche et argentine, sans perdre sa ductilité. Cinq pour cent d’arsenic le rendent cassant.

Le cuivre forme avec le molybdène un alliage rouge pâle, qui est un peu ductile, quand ce dernier métal ne prédomine pas.

La combinaison du cuivre avec le tungstène se présente sous forme d’une masse poreuse , de couleur brune foncée , qui est un peu malléable.

On n’a pas pu l’allier au titane.

H est facile de l’unir, par la fusion, au tellure et à \ antimoine; l’alliage est d’un rouge pâle, quand le dernier de ces métaux y est en faible quantité. Parties égales de cuivre et d’antimoine forment une masse métallique cassante dont la couleur est violette.

Une partie èiiridium forme, avec quatre parties de cuivre, un alliage malléable, d’un rouge pâle.

En traitant de l’or , du platine et de l’argent, j’ai décrit les alliages de chacun de ces métaux avec le cuivre.

Le cuivre s’unit très-difficilement au mercure. Pour se procurer un amalgame de cuivre, on précipite une dissolution de cuivre par le zinc, et on lave bien le précipité, ou bien on réduit l’oxide cuivrique par le gaz hydrogène, et on verse quelques gouttes de nitrate mercureux sur le métal réduit , qui passe alors à l’état d’amalgame; on le broie ensuite avec trois fois son poids de mercure, et on chauffe le mélange dans un creuset. L’amalgame est d’un rouge clair.

Je parlerai à l’article du zinc et de l’étain des alliages que ces métaux forment avec le cuivre, et qui constituent le laiton et le bronze. Ici je dirai seulement quelques mots de Xétamage qu’on donne aux ustensiles en cuivre. On nettoie bien avec du sablon le coté intérieur du vase de cuivre , de manière à rendre sa surface parfaitement nette; on frotte ensuite celle-ci avec une dissolution concentrée de sel ammoniac, ou on la saupoudre avec de la résine, ou bien on emploie ces deux ingrédiens à la fois; puis on expose le vase au feu, de manière à ce

ALLIAGES DE CLIVRE.

qu’il acquière sur tous les points une température égale ou un peu supérieure à celle de l’étain fondant. Le sel ammoniac sert à dissoudre l’oxide cuivreux qui se forme, et la résine est ajoutée pour le réduire. Quand le métal est assez chaud, on verse dessus de l’étain fondu, que l’on étend à sa surface avec un linge grossier, jusqu’à ce qu’elle soit couverte partout d’une légère couche d’étain; on enlève ensuite l’étain qui est de trop, soit en le versant hors du vase, soit en l’essuyant. Cette opération est si simple, et il est si important quelle soit exécutée de temps à autre sur les ustensiles de cuisine, que, dans ces derniers temps, on a commencé à la faire exécuter par les domestiques.

On connaît les usages nombreux du cuivre dans l’économie domestique et dans les arts. Ses oxides et ses sels colorés sont employés en peinture, en pharmacie et en médecine. Ils sont astringens et fortifians ; à forte dose, ils excitent des vomissemens, et pris en plus grande quantité encore, ils exercent une action vénéneuse sur l’économie animale, occasionnent des coliques, des vomissemens, la diarrhée, etc. La meilleure manière de combattre ces accidens, consiste à faire avaler au malade une grande quantité d’eau très-sucrée. L’action du sucre est si énergique, que, d’après les essais d’Orfila , une dose de vert-de-gris , qui tuerait un chien dans l’espace de deux heures , ne lui cause aucune incommodité quand on la lui fait prendre mêlée avec beaucoup de sucre. Duval injecta dans l’estomac d’un chien, deux onces de vert-de-gris dissous dans du vinaigre, et, après quelques minutes, quatre onces de sirop de sucre; dans l’intervalle d’une demi-heure, il lui administra encore deux fois la même dose de sirop , en sorte que l’animal prit en tout douze onces de sirop. Les symptômes d’empoisonnement, qui s’étaient manifestés d’abord, cessèrent, et le chien conserva la santé. A l’extérieur, les préparations de cuivre produisent un effet astringent, lorsqu’on les emploie en petite dose , tandis qu’en plus grande quantité elles sont irritantes, ou

I 4o i:>Ji l’uhajxe.

même corrosives. On se sert dans les officines du sul-

fate, de Facetate et du sousacétate cuivriques, ainsi que du soussulfate double cuivrique et ammonique.

lo. De Vurane.

L’urane a été découvert par Rlaprolli, en 1789, dans un minéral de Johann- Georgenstadt , qui porte le nom de pechblende (urane oxidulé, Naüy), et qui est formé en grande partie d’oxide uraneux. Depuis on a trouvé aussi Foxide uranique dans le même endroit. On rencontre dans la nature le phosphate uranique, désigné sous le nom ôlaranite; enfin, Foxide uranique a aussi été trouvé dans Fyttrotantalite. En général, ce métal est assez rare.

L’urane est un des métaux les plus faciles à réduire; mais, comme il paraît être très-difficile à fondre, on a cru qu’il était tout aussi difficile à réduire. En soumettant Foxide, dans un creuset de charbon, à une violente chaleur, Rlaproth obtint une masse grise, cohérente, dure et poreuse, prenant sous la lime l’éclat métallique et une couleur gris d’acier, et changeant très-peu à la flamme du chalumeau. Richter employa , pour la réduction de Furane, 3oo grains d’oxide uranique, i5o grains de charbon en poudre, 36o grains de potasse et ‘il\o grains d’acide silicique, et exposa le mélange à la chaleur qu’on emploie ordinairement dans les essais des mines de fer; il obtint de, cette manière un régule bien fondu , pesant 80 grains. La surface de ce régule était lisse, sa couleur d’un gris d’acier, et il offrait des traces d’une cristallisation réticulée. Il était très-aigre, et avait une cassure à grain fin. 11 est à présumer que le régule de Rlaproth était du carbure d’urane, et que celui de Richter contenait, outre le carbone, du silicium et peut-être du potassium. Buchholz , qui avait trouvé que Foxide uranique ne renferme que très -peu d’oxigène, mêla 100 grains de cet oxide avec 5 grains de charbon en poudre, et couvrit la masse, dans un creuset, avec une coucbe de charbon pulvérisé. Le creuset fut exposé, pendant trois heures, à la chaleur la plus

DE LURANE,

violente que l’on put produire. L’oxicle avait fourni une masse, non fondue, mais affaissée, de petits cristaux, faciles à séparer les uns des autres, et jouissant d’un faible éclat métallique. Ces cristaux ne s’altéraient pas à l’air, étaient très-cassans, prenaient feu quand on les chauffait, et brûlaient sans flamme, en se transformant en oxide vert. Leur pesanteur spécifique était de q,oo. Arfvedson a trouvé, qu’on parvient facilement à réduire l’oxide uranique dans un tube de verre , en y faisant passer un courant de gaz hydrogène , pendant qu’on le chauffe doucement à la flamme d’une lampe à esprit de vin. Il se réduit, par ce moyen, plus facilement que l’oxide plombique , et se présente, après la réduction , sous forme d’une poudre d’un brun de cannelle , qui n’a rien de métallique. Si , au lieu d’employer de l’oxide uranique, on prend du chlorure double uranique et potassique, et qu’on le fasse rougir dans un courant de gaz hydrogène, le sel fond, et l’urane qu’il renferme est réduit, pendant qu’il se dégage du gaz acide hydrochlorique. Le métal réduit se dépose sous forme de petits octaèdres réguliers, que l’on obtient à l’état de pureté, en dissolvant le chlorure potassique dans l’eau. Ces cristaux ont un très-grand éclat métallique, et une couleur grise foncée, presque noire. En les regardant au soleil, avec une loupe, on trouve qu’ils sont transparens et d’un brun foncé. Par la trituration, ils perdent totalement l’aspect métallique, et se transforment en une poudre d’un rouge foncé; Arfvedson pense que si la couleur de cette poudre est plus foncée, que celle de l’urane qu’on obtient par la réduction de l’oxide uranique , cela tient à ce que dans ce dernier cas, l’uranea moins de densité. On voit, d’après cela , que l’urane partage avec le sélénium, le tantale, le titane et peut-être quelques autres métaux, la propriété de n’avoir l’apparence métallique, que quand il est fondu ou cristallisé. La translucidité lui est commune avec le sélénium. 11 ne se dissout pas dans les acides sulfurique et hydrochlorique, même quand ils sont concentrés. L’a-

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cide nitrique, au contraire, le dissout facilement et avec dégagement de gaz oxide nitrique. Il n’est réduit , de ses dissolutions, ni par aucun autre métal, ni, que l’on sache, par l’action de la pile électrique.

Oxides d^urane. On ne connaît à ce métal que deux degrés d’oxidation : l’oxide uraoeux, et l’oxide uranique.

I® Oxide uraneux. Le procédé le plus avantageux pour le préparer, consiste à l’extraire de l’urane oxidulé natif, qui contient , d’après les expériences d’Arfvedson , plusieurs autres métaux, tels que le plomb, le cuivre, le cobalt, le zinc, le fer, l’arsenic, et en outre du soufre; la plupart de ces corps ont été rencontrés, en plus ou moins grande quantité, dans les oxides d’urane examinés avant ce chimiste. D’après Arfvedson , on extrait l’oxide uraneux du minéral précipité par le procédé suivant : on dissout le minéral dans l’eau régale, on décante la dissolution du résidu de soufre et de gangue, et l’on fait passer un courant de gaz sulfide hydrique à travers la liqueur. Il se forme alors un précipité rouge brun, qui est une combinaison de sulfide arsenique avec le sulfure cuivrique et le sulfure plombique ( sulfarséniate cuivrique et plombique); après la précipitation totale du cuivre et du plomb, il ne se précipite plus que du sulfure d’arsenic jaune. On sépare le précipité, on chasse le sulfide hydrique en faisant bouillir la liqueur, et, au moyen de l’acide nitrique, on fait passer le fer à l’état d’oxide ferrique. On verse ensuite de l’ammoniaque caustique dans la liqueur, et le précipité, formé d’oxides uranique , ferrique , cobaltique et zincique , est lavé , puis traité par une dissolution étendue de carbonate ammonique , qui laisse l’oxide ferrique , et dissout les autres oxides. On fait bouillir la dissolution jaune, jusqu’à ce que tout le carbonate ammonique soit volatilisé : les oxides se précipitent. On les lave, on les sècbe, et, après les avoir calcinés, on verse dessus de l’acide hydrochlorique ; quand il ne reste plus qu’une poudre trèsfine, d’un gris foncé, on recueille celle-ci sur un filtre, et

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on la lave bien. La calcination du mélange d’oxides et le traitement par l’acide hydrochlorique sont faciles à concevoir; en effet, l’oxide uranique pur se convertit au feu en oxide uraneux, mais la portion qui est combinée avec une base salifiable, conserve son oxigène, et forme une espèce de sel, dans lequel l’oxide uranique joue le role d’acide. L’oxide uraneux calciné est à peu près insoluble dans l’acide hydrochlorique étendu , tandis que l’oxide uranique et la base combinée avec lui s’y dissolvent (i). L’oxide uraneux qu’on obtient de cette manière, se dissout, à l’aide de la chaleur, dans l’acide sulfurique concentré. L’acide hydrochlorique concentré en dissout aussi une petite quantité. L’acide nitrique le dissout facilement, avec dégagement de gaz oxide nitrique, et le transforme en oxide uranique. Quand on verse de l’alcali caustique dans la dissolution d’un sel uraneux, il se précipite de X hydrate uraneux, gris verdâtre, qui ne tarde pas à devenir jaunâtre, et finit par se convertir totalement en oxide uranique, aux dépens de l’air. Quelquefois cet hydrate est brun, ou même pourpre; je ne déciderai pas si ces teintes proviennent ou non d’une combinaison des deux oxides entre eux. Si l’on chauffe la liqueur contenant le précipité d’hydrate uraneux, celui-ci prend une couleur plus foncée, perd son eau combinée , et devient moins soluble dans les acides. Si l’on précipite un sel uraneux par le carbonate ammonique, le précipité se redissout dans un excès de carbonate, et la liqueur devient verte.

D’après les expériences d’Arfvedson , l’oxide uraneux est formé de 96,44"^ parties d’urane et 3,557 d’oxigène, ou 100 parties de métal y sont combinées avec 3,688 d’oxigène. J’ai obtenu exactement le même résultat. Cet oxide est donc, de toutes les bases salifîables connues jusqu’à ce jour, celle qui contient le moins

(i) Pour extraire de l’oxide uranique pur de cette dissolution, il faut y 'verser un excès d’ammoniaque, calciner le précipité qui se forme, et le traiter ensuite par l’acide hydrochlorique.

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(l’oxigène. Il donne avec les flux un émail très -noir, dont Frick se sert dans la manufacture de porcelaine, à Berlin, pour peindre en noir sur la porcelaine : il surpasse, par la pureté de sa teinte, tous les autres noirs dont les émailleurs se servent.

2® Oxide uranique. Il est jaune, et se rencontre a l’état d’hydrate dans la nature, quoique rarement. On n’est pas encore parvenu à l’obtenir parfaitement pur; de sorte qu’il est inconnu sous cette forme. Si l’on cherche à précipiter un sel uranique par une base quelconque, l’oxide uranique se combine avec cette base, et ce que l’on regarde comme de l’hydrate uranique , n’est réellement qu’une combinaison saline dans laquelle l’oxide uranique joue le role d’acide. Le seul moyen pour obtenir de l’hydrate uranique pur, consiste à laver l’hydrate uraneux dans un espace privé d’oxigène, et à le laisser ensuite s’oxider à l’air. Selon Cbevreul, l’hydrate uranique réagit comme un acide sur le papier de tournesol, mais il bleuit l’hématine (principe colorant du bois de Campeche), comme font les alcalis. Il est décomposé par la chaleur; il se dégage de l’eau et du gaz oxigène, et il reste de l’oxide uraneux. Lorsqu’on précipite l’oxide uranique par l’ammoniaque caustique, le précipité est de l’uranate ammonlque, et donne, quand on le chauffe, de l’eau chargée d’ammoniaque et du gaz nitrogène. Si l’on précipite l’oxide uranique par un alcali fixe, ou si la dissolution de l’oxide contient en meme temps une terre ou un oxide métallique, ces corps se précipitent avec lui, meme quand ils ne sont pas d’ailleurs précipitables par l’alcali. Les combinaisons de l’oxide uranique avec la potasse, la soude, les terres alcalines, les oxides de plomb, de zinc, de cobalt et de nickel, supportent la chaleur rouge sans subir d’altération. L’uranate magnésique peut être chauffé jusqu’au rouge sans se décomposer; mais, au rouge blanc, l’oxide uranique abandonne son oxigène, et passe à l’état d’oxide uraneux : la plupart des uranates, qui ont pour base un oxide métallique, sont dans

ox i DES d’uRANE. r4â

le meme cas. Arfvedsoii a fait voir que, quand on calcine furanate barytique , ferrique , plombiqiie ou cuivrique dans un courant de gaz hydrogène, il se forme de l’eau , et que la masse , refroidie dans le gaz, a la propriété de prendre feu, à la manière d’uii pyrophore énergique, dès qu’on la met en contact avec l’air. D’après l’analyse qu’Arfvedson a faite de l’uranate plomblique calciné dans le gaz hydrogène, ce sel paraît être converti en uranure de plomb, ce qui doit certainement arriver aussi aux uranates à base d’oxides métalliques, qui sont faciles à réduire. Dans une réduction de l’uranate barytique que j’entrepris, je n’obtins pas une quantité d’eau correspondante à l’oxigène de l’oxide uranique et de la baryte, et en introduisant de suite la masse réduite dans de l’eau, elle n’éprouva aucun changement; l’acide hydrochlorique lui enleva la baryte, et laissa l’urane métallique. Une autre partie de la même masse, exposée au contact de l’air, s’échauffa jusqu’au point de rougir. Je donnerai l’explicatiou de ce phénomène, en parlant de la réduction du fer par le gaz hydrogène. La quantité de base, unie à l’oxide uranique, est souvent très-variable ; ce qui dépend de ce que, quand on précipite la combinaison au moyen de rainmoniaque , il se forme aussi de l’uranate ammonique , dont Faininoniaque est chassée par l’action de la chaleur. D’après quelques esîJais que j’ai faits sur l’uranate barytique et l’uranate potassique, l’oxigène de la base est, dans les combinaisons avec excès de base, égal à la moitié de l’oxigène de l’oxide uranique, et, dans les combinaisons neutres, égal au tiers; il paraît en outre que les bases fortes, par exemple, la baryte et l’oxide plombique, retiennent, à la chaleur rouge, une quantité d’oxide uranique qui renferme six fois plus d’oxigène que la base. Les uranates alcalins et terreux calcinés ont une couleur orange foncée et très-belle, qui a encore plus d’intensité dans les combinaisons avec excès de base.

L’hydrate uranique se dissout dans les carbonates alcalins, surtout dans les bicarbonates, et quand la liqueur

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