De ï étain
L’étain est un des métaux les plus anciennement connus. Il en est déjà fait mention dans les livres de Moïse. On le tire, en Europe, de l’Angleterre, de rAllemagne, de la Bohême, de la Hongrie, et, hors de l’Europe, de
DK l’ÉTAÏÎ^. i55
File de Banca, de la presqu’île de Malacca, du Chili et du Mexique. C’est Malacca qui fournit l’étain le plus pur, et Cornouailles, en Angleterre, qui en produit le plus. On le trouve rarement en combinaison avec le soufre; presque toujours on le rencontre à l’état d’oxide stannique, plus ou moins pur. On a trouvé aussi cet oxide en Suède, par exemple, à Finbo dans le voisinage de Fablun , et dans la mine de fer d’Utô (Outeu»), mais en si petite quantité, qu’il ne fournit que des échantillons pour les collections de minéralogie.
L’oxide stannique est le minerai d’étain le plus commun; on ne le rencontre que dans les terrains primitifs, oil il est accompagné de l’arsenic, du tungstène, de l’antimoine, du cuivre et du zinc, qui altèrent la pu^ reté de l’étain quand ils se mêlent avec lui, après avoir été réduits pendant le cours des opérations que l’on fait subir au minerai, pour en extraire l’étain. En Cornouailles, l’étain se trouve, tantôt en filons dans les terrains primitifs , tantôt en dépôts particuliers dans les terrains de transition. Dans le dernier cas, l’oxide stannique se présente à l’état de grains arrondis, plus ou moins volumineux , qui forment ensemble une couche couverte par de l’argile et des cailloux roulés. Cet oxide ayant visiblement été enlevé de son site primitif par l’eau, et arrondi sur les angles pendant le mouvement que l’eau lui a fait subir, s’est trouvé par cela même débarrassé des matières métalliques moins dures, lesquelles, étant plus facilement réduites en poudre, ont été entraînées par l’eau. Il en est donc parfaitement exempt, et donne l’étain le plus pur par la simple réduction avec du charbon de bois; cette opération se fait dans des fourneaux partrculiers, qui ressemblent à ceux qu’on emploie en Suède pour l’extraction du cuivre. Ce minerai est appelé, en Angleterre, stJ'eamtin; il donne de 65 à 75 pour cent d’étain. Quant à celui qu’on retire des mines, il faut le débarrasser, par le bocardage et le lavage, de la gangue adhérente, et ensuite le griller pour chasser le soufre, l’arsenic et une partie de
ï 56 DE l’éta^in.
l antimoine; après quoi on le réduit dans des fourneaux particuliers , avec du charbon de terre. L’étain qu’on obtient par la première fusion, est soumis à la liquation , à laquelle on procède dans un fourneau à reverbere, à l’aide d’une entre le premier en fusion naison moins fusible d’étain, de cuivre, d’arsenic, de fer et d’antimoine. L’étain, ainsi obtenu, s’appelle, eu Angleterre, common grain-tin. Le résidu est fondu et donne de \ étain en saumon (ordinary- tin). Le graintin se consomme en grande partie en Angleterre même , et les espèces les moins pures sont celles qu’on verse ordinairement dans le commerce. L’étain de Malacca est autant estimé que le grain - tin des Anglais ; au contraire, celui que l’on tire d’i^llemagne est toujours de la qualité de Y ordinarj-tin des Anglais (t).
légère chaleur. L’étain pur , et se sépare d’une combi-
(î) L’étain du commerce est souvent mêlé avec beaucoup d autres métaux, soit par fraude, soit par suite du procédé d’extraction; dans cet état, il est impropre à de certains usages, de sorte qu’il est très- utile de pouvoir distinguer l’étain pur de celui qui ne l’est pas, d’autant plus que le timbre est souvent faux, \auquelin indique les caractères suivans : l’étain pur est d’un blanc argentin; s’il tire sur le bleu ou sur le gris, il contient du cuivre, du plomb, du fer ou de l’antimoine. L’arsenic le rend plus blanc, mais en même temps plus dur. L’étain pur fait entendre, quand on le ploie, un cri fort et unique; tandis que le çri de l’étain impur est faible et se répète rapidement, caractère auquel on reconnaît surtout la présence du plomb et du cuivre. Si l’on coupe un morceau d’étain par la moitié, et qu’ensuite ou le rompe, en le ployant plusieurs fois en sens inverse, il s’allonge en cassant, quand il est pur, et les surfaces de la cassure, qui se terminent en pointe, ont une couleur d’un blanc mat, et une apparence pulpeuse et molle. Le plomb , le cuivre et le fer rendent l’étaiii plus cassant, et lui donnent une cassure grenue et grise. Une dès méthodes les plus sûres et les plus faciles pour reconnaître la pureté de l’étain, consiste à le fondre et à le couler en un disque plat, dans un moule de pierre ou de métal. S’il est pur, sa surface est polie et comme amalgamée; mais, s’il contient du cuivre, du plomb ou du fer, sa surface est d’un blanc mat avec des taches plus mates encore, qui annoncent un commencement de cristallisation. Pour savoir quels
DE LÉTAIJN. î57
L’étain pur est d’un blanc argentin, très-mou ét trèsmalléable; de sorte qu’on peut le réduire en feuilles de ^ de pouce d’épaisseur, et même moins : ces feuilles servent pour mettre les glaces au tain. Il fait entendre, quand on le ploie, un bruit particulier, que l’on a
nommé le cri de V étain ^ et qui provient de ce que la
cohésion qui réunit ses molécules est détruite. Cette circonstance fait que l’étain qui a passé à la filière, est très-cassant , et qu’un fil de yt pouce de diamètre ne porte pas plus de trente-une livres. Quand on ploie l’étain ou qu’on le frotte, il répand une odeur particulière, dont les doigts restent souvent imprégnés pendant longtemps. Sa pesanteur spécifique est de et de 7,293,
après qu’il a été laminé (r). En général, il est d’autant plus léger, que sa pureté est plus grande. La pesanteur spécifique de l’étain du commerce varie entre 7,66 et
7,6. En outre,’ il a la propriété de produire, en se
combinant avec quelques autres métaux plus pesans que lui , des alliages dont la densité est plus grande que celle du métal plus pesant. L’étain fond, d’après Creighton, à + 228 degrés; mais une fois qu’il est fondu, on peut le refroidir jusqu’à 4-220 degrés et demi avant qu’il ne commence à se figer, et alors sa température remonte tout à coup jusqu’à -H 228 degrés; par un refroidissement lent, il cristallise, mais irrégulièrement. A. une très -haute température, il se volatilise lentement.
sont les métaux étrangers que l’étain renferme, on le dissout dans l’acide hydroelilorique; s’il laisse déposer des flocons bruns, il contient de l’arsenic. Si la dissolution de l’étain dans l’eau régale est précipitée en blanc par le prussiate de potasse, c’est une preuve qu’il est pur; un précipité bleu indique la présence du ier; un précipité pourpre, celle du cuivre ; un j^récipité bleu violacé, celle du fer et du cuivre. Un précipité produit par le sulfate sodique annonce la présence du plomb.
(1) Herapath prétend que la densité de l’étain pur n’augrncnte ])as par l’action du marteau.
^58 OXIDES d’etain
Oxides d'étain, L étain se combine aisément avec l’oxigène. Il se dissout , dans les acides sulfurique et hydroclilorique , avec dégagement de gaz hydrogène ^ cependant la dissolution s’opère avec lenteur, et seulement quand les acides ont un certain degré de concentration. En le faisant digérer avec une dissolution de potasse ou de -soude caustique, il s’y dissout, à cause de l’affinité de ses oxides pour les alcalis. A la température ordinaire de l’air, il se conserve long-temps sans altération; mais, à la longue, sa couleur devient plus mate, et prend une teinte jaunâtre et des nuances irisées, ce qui semble tenir à un commencement d’oxida^ Aion. Si l’on chauffe l’étain jusqu’au point de fusion, et qu’on l’y maintienne pendant quelque temps , il se couvre d’une pellicule d’un gris cendré, qui joue, après le refroidissement, les couleurs de l’iris, et qui, lorsqu’on a fait l’expérience sur de l’étain en feuilles, se compose en majeure partie d’étain métallique couvert d’une pellicule extrêmement mince d’oxide stanneux. Quand l’étain entre en fusion, sans être en plein contact avec l’air, il arrive souvent que de grandes parties de sa surface prennent une couleur jaune d’or, comme si elles avaient été dorées; ce qui provient probablement de la même pellicule d’oxide stanneux, dans son plus grand état de ténuité. A une température plus élevée encore, l’oxide d'étain gris devient blanc, et donne une poudre d’un gris blanchâtre , qu’on appelle potée. Par l’effet d’une très - forte chaleur, l’étain s’enflamme, brûle comme de l’antimoine, et se convertit en oxide stannique blanc, qui se sublime. Si l’on met un peu d’étain sur un morceau de charbon, qu’on le chauffe au chalumeau, au feu de réduction, jusqu’cà ce qu’il soit au rouge blanc, et qu’on jette rapidement le globule ardent par terre ou sur une feuille de papier, dont les bords sont relevés, il se partage en un grand nombrê de globules plus petits , qui brûlent avec une lumière très-blanche, et qui sautillent pendant quelques instans. Ce phénomène offre un spectacle assez joli. L’étain dé^
compose Teaii, à l’aide d’une forte chaleur rouge, degage du gaz hydrogène et se transforme en oxide stanneux.
On connaît à Tétai n deux degrés d’oxidation : Toxide stanneux , et l’oxide stan nique.
1° Oxide stanneux. Il se forme, soit aux dépens de l’air, lorsqu’on expose Tétain à une chaleur peu élevée , soit aux dépens de Teau, quand on dissout ce métal dans l’acide sulfurique. Pour préparer de Toxide stanneux pur, on dissout de Tétain dans Tacide hydrochlorique concentré, jusqu’à ce que celui-ci soit parfaitement saturé, puis on précipite la dissolution par le carbonate potassique. On recueille le précipité sur un fdtre , on le lave bien à Teau tiède, puis on en exprime le liquide, et on sèche le résidu à une chaleur qui ne doit pas excéder 8ô degrés. On obtient ainsi une poudre blanche, qui est de ïhjdrate stanneux , et qui ne contient pas la moindre trace d’acide carbonique. On introduit cette poudre dans une petite cornue de verre, qui doit en être remplie jusqu’au col, et dans laquelle on fait arriver du gaz hydrogène ou du gaz acide carbonique, pour en chasser fair; la cornue est adaptée à un petit récipient plein du même gaz. On chauffe l’hydrate stanneux jusqu’au rouge; il distille de Teau, et il reste dans la cornue une poudre noire, qui est de Toxide stanneux. Si Ton retire cette poudre, et qu’on la triture, elle prend une couleur plus claire, composée de gris, de vert et de brün. Sa pesanteur spécifique est de 6,666. Elle ne s’altère point à Tair sec; mais quand on la met, à Tair libre, en contact avec un corps en ignition, par exemple, si Ton y fait tomber l’étincelle d’un briquet d’aeier, elle prend feu, brûle avec beaucoup d’intensité, répand une petite quantité de fumée blanche et se convertit en oxide stannique blanc. L’hydrate stanneux lui-même prend feu, quand on le met dans la flamme d’une bougie, et continue ensuite à brûler comme de l’amadou, mais d’une manière moins vive que Toxide stanneux anhydre.
l6o OXIDES d'étain.
L’oxide staiineux se dissout sans effervescence dans les acides, et plus facilement quand il est à l’état d’hydrate , qu’après avoir été calciné. Quand on fait bouillir Fhydrate stanneux dans l’eau, il se décompose et se transforme en une poudre noire, qui est de l’oxide stanneux ; cette poudre s’oxide très-lentement si on la laisse dans l’eau, et prend une couleur plus claire. L’oxide stanneux est dissous par la potasse et la soude caustiques ; mais la dissolution se décompose avec le temps, dépose de l’étain, et contient alors une combinaison d’oxide stanniquè et de potasse.
L’oxide stanneux est formé de 88, o3 parties d’étain et de 1 1,97 d’oxigène, ou de 100 parties du premier et. de F 3,6 du second.
2^ Oxide stanniquè. On peut l’obtenir par divers procédés, et suivant le mode de préparation qu’on a employé, il diffère, non-seulement dans ses caractères extérieurs, mais encore dans ses propriétés chimiques. La nature nous offre de l’oxide stanniquè assez pur et presque toujours à l’état de cristaux, qui sont, tantôt d’un brun jaunâtre, tantôt d’un brun foncé presque noir, et contiennent une petite quantité d’oxide ferreux et d’oxide manganeux. Ils ne se dissolvent dans les acides qu’après avoir été calciné avec de l’alcali.
Voici les procédés qu’on emploie ordinairement pour préparer de l’oxide stanniquè.
i" On fait digérer de l’étain pur avec de l’acide nitrique , qui transforme le métal en oxide stanniquè blanc, nullement soluble dans l’acide; on le lave jusqu’à ce que la liqueur ne contienne plus d’acide. Cet oxide se présente, après la dessiccation, sous forme d’une poudre blanche , dont la pesanteur spécifique est de 47933 ; il rougit le papier de tournesol humide sur lequel on l’étend, et, soumis à la distillation, il donne onze pour cent d’eau pure. L’oxide qui reste , après le dégagement de l’eau, est de couleur foncée, et prend une teinte jaunâtre claire par le refroidissement; après
ibï
OKIDES DETAIN.
avoir été calciné, il est tout aussi insoluble, par la voie humide, que Toxide naturel. Sa pesanteur spécifique est de 6,64 ; celle de l’oxide naturel cristallisé est de 6,92 à 6,96.
2*^ Quand on mêle de la limaille d’étain, ou un amalgame d’étaiu réduit en poudre fine, avec trois à quatre ibis son poids d’oxide inercurique , et qu’on distille le mélange dans une cornue, on obtient du mercure sous forme métallique, et il reste dans la cornue de l’oxide stannique, dont la couleur est blanche, mais qui, du reste, est tout-à-fait semblable au précédent, sous le rapport de ses propriétés et de sa composition. On obtient ce même oxide en traitant, par l’eau régale, le précipité pourpre de Cassius, qui a été préalablement calciné : dans ce cas , l’or seul se dissout.
3® Quand on dissout dans l’eau du chlorure stanni- * ([lie fumant ( liqueur fumante de Libavius ) , dont je ferai connaître la préparation en traitant des sels, et qu’on précipite la dissolution par la potasse caustique, on obtient une masse gélatineuse , qui reste blanche après la dessiccation , ressemble à de petits morceaux de verre, rougit le papier de tournesol humide, et devient, par la calcination, jaune et insoluble dans les acides. Cette masse a une teinte foncée, tant qu’elle est chaude; en se refroidissant, elle devient d’abord' brune, puis rouge et enfin jaune. Après avoir subi l’action de la chaleur, elle est ipsoluble par la voie humide.
L’oxide stannique , préparé au moyen de l’acide nitrique, a des propriétés que ne possède pas l’oxide précipité du chlorure stannique par un alcali, par exemple, par l’ammoniaque. C’est ce qui a été la cause que, pendant quelque temps, j’ai regardé ce dernier comme un degré d’oxidation moins élevé. De semblables différences dans les propriétés chimiques de corps composés des mêmes élérnens , dans les mêmes proportions , méritent de fixer l’attention : je vais donc en exposer les plus essentielles.
ox i DES
I Go.
Oxide stanniquc préparé h I’ aide de V acide nitrique.
îl ne se dissout pas dans l’acide nitrique, pas meme après avoir été traité par l’ammoniaque.
Il n’est point soluble dans l’acide sulfurique, même concentré; mais i! retient de cet acide en combinaison , se gonfle et devient jaunâtre. L’eau lui enlève ensuite l’acide.
Il ne se dissout presque pas dans l’acide hydrochlorique , mais forme avec lui un sel insoluble dans un excès d’acide.
Quand on décante l’acide, et ([u’on lave le résidu avec un peu d’eau, il se dissout ensuite dans l’eau pure; mais il se précipite de la dissolution, quand on y ajoute de l’acide hydrochlorique. Il se redissout dans l’eau, dès qu’on décante l’acide libre. Si l’on fait bouillir la dissolution aqueuse, l’oxide se précipite; et si la liqueur était concentrée, elle se coagule comme du blanc d’oeuf.
Oxide stannique précipité du chlorure stannique .
Étant encore humide, il se dissout dans l’acide nitrique, au point que la liqueur acquiert une saveur astringente.
La dissolution dépose peu à peu de l’oxide stannique en grumeaux gélatineux et se coagule, quand on la chauffe jusqu’à -P 5o degrés. Si l’on y ajoute du nitrate ammoni(|ue, elle reste limpide à la température ordinaire de l’air. Si l’on traite l’oxide qui a été précipité par l’effet de la chaleur, d’abord par l’ammoniaque, j)uis par l’acide nitrique, il se dissout.
Il se dissout dans l’acide sulfuriaue , même étendu. La dissolution ne donne point de précipité , quand on la fait bouillir.
Il se dissout facilement dans l’acide hydrochlorique, et n’est pas précipité de la dissolution par un excès d’acide. La liqueur reste limpide, quand on la fait bouillir. Il en est de même si, après avoir dissous l’oxide dans l’acide nitrique , et l’avoir précipité de la dissolution, à l’aide de la chaleur, on le dissout dans l’acide hydrochlorique.
Le chlorure stannique peut être mêlé en toutes proportions avec l’acide hvdrochlo-
rique, sans être précipité'; et si l’on ajoute un léger excès d’acide à son mélange avec de l’eau, et qu’on fasse bouillir la liqueur, elle reste limpide et ne subit aucuin changement.
OXIDES D ETAIN. i 63
L’oxide staniiiqiie, dans ces divers états, se dissout dans les carbonates, ainsi que dans les hydrates aicaiins, et quand il est précipité de ces dissolutions par un acide , il jouit des mêmes propriétés qu’il avait avant d’etre dissous. On peut donc le faire passer de la combinaison avec les alcalis à la combinaison avec les acirles, et réciproquenient , sans que les propriétés qu’il possède, par suite du mode de préparation, soient altérées. Cette circonstance conduit d’abord à supposer que les deux modilications diiffèreut l’une de l’autre, par leur composition, puisqu’elles paraissent constituer deux bases salifîables différentes; mais, outre que l’analyse exacte du chlorure stannique a fait voir que l’oxide précipité de ce sel contient la meme quantité d’oxigène que celui qui a été préparé au moyen de l’acide nitrique, on peut convertir ce dernier dans le- premier en le mêlant et le distillant avec de l’acide hydrochlorique concentré.* Il passe d’abord une eau acide dans le récipient, puis du chlorure stannique contenant de l’eau, et duquel on peut précipiter de l’oxide, stanïîique h l’état de fautre modification; il reste dans la cornue une portion d’oxide stannique, combiné avec de l’acide hydrochlorique, qui conserve sa modification primitive. La calcination avec de la potasse caustique ramène aussi l’oxide stannique à la modification de l’oxide qui a été précipité du clilorure stannique. Réciproquement, on peut donner h l’oxide provenant du chlorure, les mêmes propriétés que possède celui préparé par l’acide nitrique, en mêlant du chlorure stannique avec un peu d’eau , et faisant digérer le mélange avec de l’acide nitrique;. il se précipite alors, à mesure que l’eau s’évapore, un chlorure stannique dont les propriétés sont changées. La même chose arrive aussi, quand on dissout l’étain dans de l’eau régale contenant un grand excès d’acide nitrique.
L’oxide stannique joue, envers les bases salifîables, le rôle d’ un acide faible : je ne connais pas de différence entre les composés qui résultent de l’union des bases avec
1 64 OXIDES d'étaux.
l’oxide stanniqae dans Fun ou dans l’autre de ces deux états; mais il est facile de découvrir sous quelle modification il se trouve dans ces sels , en y versant de l’acide sulfurique, nitrique ou hydrochlorique, qui dissout l’oxide stannique aussi bien que la base, si l’oxide se trouve dans la modification produite par le chlorure, tandis que, dans le cas opposé, il laisse l’oxide staii" nique. Si , après avoir bien lavé l’oxide stannique traité par l’acide nitrique, on le met digérer, pendant quelque temps , avec de la lessive de potasse caustique , celle-ci dissout beaucoup d’oxide stannique, et si Fou évapore la dissolution jusqu’à consistance de sirop, elle dépose de petits cristaux grenus et blancs , dont la composition quantitative n’est pas encore connue. La dissolution de Foxide stannique dans la potasse caustique donne, par l’alcool, un précipité blanc, qui est du surstannate potassique.
Si l’on fait bouillir une dissolution étendue de potasse avec de l’hydrate stannique, jusqu’à ce qu’elle n’en dissolve plus, on obtient un liquide ([ui, après s’être éclairci, est d’un jaune foncé, vu par transparence, et d’un blanc bleuâtre et opalin, par réflexion. Dans cette dissolution, une partie de potasse peut contenir seize parties d’oxide stannique ; en l’évaporant , elle forme une gelée, qui sèche lentement et produit une masse d’un jaune foncé , et soluble dans Feau. En chauffant cette masse jusqu’au rouge, Foxide stannique se sépare en grande })artie de la potasse, devient jaune, insoluble; et en versant de Feau sur le résidu, elle enlève la potasse avec une petite quantité d’oxide. Il faut alors calciner Foxide avec une plus grande quantité dépotasse, pour lui rendre sa solubilité par la voie humide. Le carbonate potassique dissout l’hydrate stannique, mais de telle manière que, quand on le verse sur ce dernier, Foxide se combine avec la potasse, sans que la combinaison SC dissolve dans la liqueur alcaline. Si Fou décante alors cette liqueur, qu’on lave le résidu avec un peu d’eau piu’e, et qu’on verse dessus une plus grande quantité d’eau, Foxide se dissout en une liqueur opa-
OXÎBKS d’étain, î65
line, dans laquelle le carbonate potassique reproduit un précipité. Cette circonstance fait que l’oxide stannique , précipité de ses combinaisons par un carbonate alcalin, et lavé avec de l’eau pure, passe sous forme laiteuse à travers le filtre: nous avons vu que l’acide titanique est dans le même cas. De là résulte une grande difficulté dans les analyses chimiques En pareil cas, je précipite l’oxide stannique par le succinate ammonique, ce qui le rend (‘omplètement insoluble. L’effet des carbonates alcalins repose sur ce que l’oxide stannique transforme une petite quantité de ces sels en bicarbonates, et forme avec l’alcali une combinaison qui se dissout dans l’eau et donne avec elle une liqueur ayant l’apparence d’un mélange d’eau et de lait.
La soude exerce sur Foxide stannique la même^action que la potasse.
L’ammoniaque agit presque comme les alcalis fixes. Quand on mêle une dissolution de stannate potassique avec du sel ammoniac, il se forme un précipité de stannate ammonique. Ce sel est soluble dans l’eau pure, et se précipite de la dissolution , quand on y verse de l’ammoniaque caustique. Si l’on abandonne une dissolution de stannate ammonique à l’air libre, elle devient, au bout de quelques jours , épaisse comme de l’eau de gomme, mais conserve sa limpidité.
En général, toutes les dissolutions saturées d’oxide stannique dans un alcali , deviennent gélatineuses et à moitié solides, quand on les conserve pendant quelque temps. Si l’on essaie alors de les filtrer, l’oxide stannique traverse le papier sous forme laiteuse, et , après quelques jours , la liqueur se prend de nouveau en gelée.
L’eau de baryte, de strontiane ou de chaux, forme, dans la dissolution de stannate potassique, un précipité blanc, qui est du stannate barytique, strontique ou calcique; ces sels sont dissous ou décomposés, sans effervescence , par les acides.
Le stannate potassique , mêlé avec la dissolution d’une terre ou d’un oxide métallique, en précipite un stannate insoluble , qui est au même degré de saturation
f66 SULFURES d’étain.
que le sel alcalin. Ces composés ont été peu examinés jusqu’à présent; il s’en forme souvent dans l’analyse des corps stannifères, dont ils rendent l’examen plus difficile. Tous les stannates présentent cette particularité, ' qu’en les calcinant au rouge, la plus grande partie de l’oxide stannique passe à une sorte d’indifférence chimique , et abandonne la base, qui n’en retient que fort peu. Si la base se trouve dans des circonstances qui lui permettent d’absorber de l’acide carbonique , elle abandonne tout l’oxide.
L’oxide stannique est composé de 78,62 parties de métal et 2 1,38 d’oxigène, ou de loo parties du premier et de 27,2 du second. Sa capacité de saturation comme acide, n’a pas encore été déterminée avec certitude. Dans le précipité que l’eau de baryte fait naître, dans le stannate potassique, l’oxide stannique contient huit fois plus d’oxigène que la baryte, ce qui porterait sa capacité de saturation à 2,672. Cependant il est probable que, dans les combinaisons plus saturées, elle est du double, c’est-à-dire de 5,345.
L’oxide stannique est employé dans les arts, soit pour la préparation du verre blanc, connu sous le nom d’emailj soit pour polir les objets fabriqués avec des corps durs. A cet effet, on le prépare, en faisant fondre l’étain à l’air libre, calcinant l’oxide ainsi obtenu, pendant plusieurs heures, dans une moufle, jusqu’à ce qu’il soit devenu presque blanc , le pulvérisant et le soumettant à la lévigation ou lavage par suspension.
Sulfures d^étain. On connaît à J’étain trois degrés de sulfuration.
J® Sulfure stanneux. On parvient aisément à produire ce sulfure, quoiqu’il faille pour cela une température à laquelle la plus grande partie du soufre se volatilise; de sorte qu’il est impossible d’obtenir directement une combinaison saturée. Au moment ou les deux corps s’unissent, la masse devient rouge. Le sulfure stanneux se dissout dans l’étain pur, et , à ce qu’il paraît, en toutes proportions. Pour transformer entièrement le
St] I. FU Px F.S FT A IN. 1 6 '^7
îiu’tal eii sulfure staimeux, il faut pulveriser le sulfure qui provient de la première fusion , le mêler avec un poids de soufre égal au sien, et chauffer le mélange dans un appareil dlstillatoire, jusqu’à ce qu’il soit en fusion rouge. On obtient ainsi une masse qui, étant refroidie, a l’aspect métallique, gris bleuâtre, et une texture cristalline rayonmiée : c’est du sulfure stanneux. Il se dissout, sans résidu, dans l’acide bydrocblorique concenti’é, et le gaz sulfide hydrique, qui se dégage par l’action de lacide, est absorbé complètement par la potasse caustique. On obtient ce sulfure , par la voie liumide , en précipitant des seFs stanneux par le gaz sulfide hydrique. Il constitue une sulfobase, et est formé de y 8,52 parties d’étain et 2i,Zi8 d^B soufre.
2° Sulfure sussianneux. On le prépare en mêlant le sulfure précédent, bien pulvérisé, avec un tiers de son poids de soufre en poudre, et chauffant le mélange, jusqu’à ce qu’au rouge obscur, il ne distille plus de soufre. Il reste, dans la cornue, une masse d’un jaune grisâtre foncé, qui est douée de l’éclat métallique, et qui, rayée avec un corps dur, donne une trace brillante. (3n ne peut pas porter ce sulfure à un plus haut degré de sulfuration, en le refondant avec plus de soufre. Dans cette^ opération, le poids du sulfure stanijeux augmente de lo et pour cent : l’étaln est donc combiné, dans le- sulfure susstanneux, avec moitié plus de soufre que dans le sulfure stanneux, et le sulfure susstanneux est composé de -y O parties de métal et 3o parties de soufre. Mis en digestion avec de l’acide bydrocblorique, il donne du gaz sulfide hydrique, et prend une couleur jaune plus intense; un quart de l’étain se dissout, et les trois autres quarts restent à l’état de sulfure stannique. Exposé à un feu violent, il se réduit à l’état de sulfure stanneux, et abandonne un tiers de son soufre.
3*^ Sulfuiè stannique. Ce composé, qu’on appellerait peut-être à plus juste titre sulfide stannique peut être préparé par la voie humide et par la voie sèche. Par la vole humide, on l’obtient, soit en traitant le suE
J 68 SULFURES d’étain.
fare susstanrieux par Facide hydrocblorique, comme if vient d’être dit, soit en dissolvant Fhydrate stannique dans du sulfhydrate potassique ou ammonique, et précipitant la liqueur par Facide hydrochlorique, soit en décomposant le ehlorure stannique par le gaz sulfide hydrique. Le précipité est d’un jaune sale, volumineux, et difficile à laver quand la liqueur ne contient pas beaucoup d’acide libre. Après la dessiccation , il forme des morceaux durs, d’un jaune foncé, dont la cassure est vitreuse, et qui retiennent beaucoup d’eau. Soumis a la distillation, ces morceaux décrépitent, abandonnent à la fois leur excès de soufre et leur eau , et se transforment en sulfure susstanneux quand la chaleur n’est pas portée jusqu’au rouge cerise.
Le sulfure stannique, préparé par la voie sèche, a reçu le nom ot' musif {^nvvxm musivum s. mosaicum). L’or musif avait fixé l’attention des alchimistes, qui s’en sont beaucoup occupés. Pour le préparer, on emploie ordinairement le procédé suivant : on amalgame J 2 parties d’étain pur avec 6 parties de mercure, et on broie l’amalgame, dans un mortier de verre, avec 7 parties de fleurs de soufre et 6 parties de sel ammoniac; après quoi on introduit la masse dans un matras de verre, que l’on chauffe doucement au bain de sable, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs blanches exhalant l’odeur du gaz sulfide hydrique. On élève ensuite la température jusqu’au rouge obscur : du cinabre et du chloi'ure mercureux se subliment. L’or musif reste au fond du matras, sous forme d’une masse écailleuse, ayant l’éclat de For. Dans cette opération, le mercure sert à rendre l’étain plus fusible, et à favoriser sa combinaison avec le soufre; par le sel ammoniac, on prévient l’élévation de température qui résulterait de la sulfuration , et par laquelle l’étain serait réduit de suite à l’état de sulfure stanneux , effet auquel s’oppose la présence de ce sel volatil entre les molécules du métal et du soufre. D’après cela, le sel ammoniac paraît être tout-à-fait indispensable au succès de l’opération.
SllLFÜRI-S d’étain. l6[}
Aussi peut- on se procurer de l’or inusif, en mêlant du sulfure stanneux avec du soufre et du sel ammoniac, et chauffant le mélange. On l’obtient aussi en chauffant l’oxide stannique avec du soufre et du sel ammoniac, expérience pendant laquelle il se dégage du gaz acide sulfureux. Sans sel ammoniac, on n’obtient que du sulfure susstanneux.
Jj’or musif qui a été bien préparé, est d’un jaune d’or : il se présente sous forme de paillettes brillantes, translucides, qui sont douces au toucher, et faciles à étaler sur la peau. Nul autre acide que l’eau régale ne le dissout. C’est une sulfobase faible, mais il possède les jrropriétés d’un sulfide puissant. Il se dissout dans l’bydrate potassique, et la dissolution contient un mélange de stannate et de sulfostannate potassiques. Quand on le fait bouillir avec du carbonate potassique, il chasse l’acide carbonique , et les deux mêmes sels se forment. Les sulfobases fortes le dissolvent tranquillement; les sulfbydrates, au contraire, en sont décomposés, et dégagent du gaz sulfide hydrique. Les dissolutions sont très-peu colorées et seulement un peu jaunâti’es. Si on les met digérer avec uii excès de sulfure stannique, préparé par la voie humide et réduit en poudre très -fine, le potassium s’empare d’une partie du soufre, il se dépose de l’étain, et il se forme du sulfure susstanneux; en même temps la couleur passe au brun bépatbique. Lorsqu’on verse de la^ potasse caustique sur cette combinaison, elle devient noire, il se dissout du sulfure stannique, et il reste du sulfure stanneux. Le sulfure stannique ne supporte pas la chaleur rouge, sans se décomposer. Si, en le chauffant, on élève la tempéiature avec beaucoup de lenteur, et qu’on interrompe, l’opération avant que tout le sulfure soit décomposé, on trouve au fond du vase du sulfure stanneux, sous forme d’une masse bulleuse, d’un gris de plomb foncé; au-dessus de cette masse, se trouve une couche de sulfure susstanneux,layant depuis un quart de ligne jusqu’à une demiligne d’épaisseur, et la partie supérieur^' est du sulfure
I'-JQ ALL5AGES DETAIN.
sfannique non elécoinposé. Le peu d’épaisseur de la couche du Tnlüeu annonce que la température à laquelle le sulfure susstanneux se décompose, est peu supérieure à celle que le sulfure stannique exige pour sa décomposition. Pendant l’expérience, il se sublime du soufre, et quand le sulfure stannique qu’on a employé n’était pas parfaitement pur, ce qui arrive quelquefois, on obtient en même temps un peu de cinabre.
Jj’étain est combiné, dans le sulfure stanniejue, avec deux fois autant de soufre que dans le sulfure stanneux ; il renferme, par conséquent, parties d’étain
et 35,37 de soufre.
On se sert de l’or musif, soit pour bronzer et pour dorer sur bois, soit pour frotter les coussins des machines électriques, afin d’accroître l’électricité.
Phosphure cV étain. L’étain se combine aisément avec le phosphore, à l’aide du procédé que j’ai indiqué, en paidant de la préparation de plusieurs autres pbospburcs métalliques. Le phosphure d’étain est d’un blanc argcîîtin, et înoo. On peut l’apdatir sous le marteau, et le couper au couteau. Après avoir été fondu, il cristallise par le refroidissement; sa texture est lamelleuse. |jOrs(|u’on projette de la limaille de ce phosphure sur des cliarbons ardens, elle prend feu, et le phosphore brûle avec flamme. îl contient, d’après Pelletier, i 5 pour cent de phosphore.
On ignore encore si l’étain se combine avec le carbone ou X hydrogène . Le métal qu’on a trouvé dans le gaz hydrogène qui se dégage pendant la dissolution de l’étain dans l’acide hydrochlorique , a été reconnu être de l’arsenic.
Alliages d'étain. La plupart des métaux malléables deviennent cassans et perdent de leur ductilité quand on les unit à l’étain : c’est la raison pour laquelle on donnait autrefois à l’étain le nom de diaholus métallo n an.
L’étain se combiiîe aisément avec le potassium (‘t le sodium; les combinaisons sont moins fusibles que l’e-