‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 57 sur 95 · OXIDES DE PLOMB · texte numérisé non relu

OXIDES DE PLOMB

plombique. La facilité avec laquelle l’oxide plombique entre en fusion et dissout les terres, fait qu’il perce les creusets. Les anciens chimistes ont fait beaucoup de recherches pour découvrir une matière propre à faire des creusets qui ne fussent point attaqués par cet oxide : le résultat de leurs travaux fut que rien ne lui résiste parfaitement , mais que les creusets qui opposent le plus de résistance à son action dissolvante, sont ceux que l’on obtient en mêlant de l’argile, exempte de fer, avec de cette même argile calcinée et réduite en poudre grossière ; on les faisait fortement rougir avant de s’en servir.

L’oxide plombique est composé de 92,83 parties de métal et de '7,17 d’oxigène; ou de 100 parties du premier et de 7,725 du second.

3" Suroxide piombeux. On obtient cet oxide, qui porte communément le nom de minium , en prenant de l’oxide plombique réduit en poudre fine par la trituration et la lévigation, le calcinant jusqu’au rouge naissant dans des fourneaux particuliers, puis fermant tous les courans d’air, et laissant refroidir l’oxide avec le fourneau, après en avoir retiré le combustible. Plus le refroidissement est lent, mieux l’opération marche. Refroidi jusqu’à un certain point , l’oxide plombique s’oxide aux dépens de l’air; mais il faut que le refroidissement du fourneau s’opère avec assez de lenteur pour que cette température se maintienne pendant le temps nécessaire à la conversion totale de l’oxide plombique en minium. Celui-ci a une belle couleur rouge, tirant un peu sur le jaune. Chauffé jusqu’au rouge, il se décompose, dégage de l’oxigène, et laisse de l’oxide plombique. Il ne se combine pas avec d’autres corps oxidés , sans se convertir en même temps en oxide plombique. Le minium qu’on rencontre dans le commerce est fabriqué avec de la litharge, et contient par conséquent tous les corps étrangers qui se trouvent dans celle-ci, plus de l’oxide plombique : on peut le débarrasser de ce dernier, en le faisant digérer à froid, avec du vinaigre faible. Le mi-

OXIDES DE PLOMB. l8l

nîuni se rencontre quelquefois dans le règne minéral, quoique très-rarement.

Le suroxide plombeux est formé de 89,62 parties de plomb et 10,38 d’oxigène, ou de 100 parties du premier et de 11,59 du second; d’oii il résulte qu’il contient une fois et demie autant d’oxigène que l’oxide plombique. D’après Longcbainp , il ne constituerait point un degré particulier d’oxidation , et serait seulement une combinaison d’oxide plombique et de suroxide plombique , pouvant avoir lieu en proportions différentes. Houtou-Labillardière a trouvé, dans les démolitions d’un four à minium, des cristaux d’un rouge orangé, qui renfermaient, d’après son analyse, trois parties d’oxide plombique et une de suroxide. Mais le fait suivant paraît s’opposer à ce qu’on admette que le minium ait une pareille composition. Quand on traite le minium par l’acide acétique concentré, il devient d’abord blanc, puis se dissout totalement dans une nouvelle quantité d’acide, qui n’en est point coloré. Mais peu à peu la dissolution se décompose, et il s’en sépare du suroxide plombique, de couleur brune noirâtre.

4^ Suroxide plombique. On l’obtient en introduisant le minium dans une dissolution de chlore, ou en versant un acide quelconque, excepté l’acide bydrocblorique, sur du minium : ordinairement on se sert pour cela d’acide nitrique pur et exempt de chlore. L’acide décompose le minium, dont il réduit une portion à l’état d’oxide plombique, qui se dissout; tandis que l’oxigène, qui devrait se dégager, se combine avec l’autre portion , et la convertit en suroxide plombique. Si l’on s’est servi d’une quantité suffisante d’acide, le minium se transforme totalement en oxide et en suroxide plombiqucs. On décante le nitrate plombique, on lave avec de l’eau bouillante la poudre qui reste , et qui est d’un brun foncé, puis, on la sèche. Le suroxide plombique est d’une couleur brune foncée, pi^esque noire, qui s’éclaircit au bout d’un long espace de temps. Par la calcination, il se convertit en oxide plombique et dégage de

SULFURES DE PLOMB

Foxigène. Quand on verse de Fammoniaque sur cet oxide, ii est réduit, avec formation d’eau et de nitrate plombique. En le broyant avec y ou de soufre, il s’enflamme. L’acide hydrocîilorique forme avec lui du gaz chlore et du chlorure plombique. Lorsqu’on le saisit avec les mains nues, surtout un peu humides, il répand une odeur très - désagréablede chlore ou de suroxide hydrique, qui se conserve long-temps, et provient de ce que l’acide libre et le sel marin , qui font partie de la matière de la transpiration, réagissent simultanément sur lui et le décomposent. Chevreul a trouvé qu’en chauffant, dans un creuset de platine, de la potasse et du verre contenant de l’oxide plombique , ce dernier se convertissait en plomb métallique qui s’alliait au platine, et en suroxide plombique qui restait sous forme de grains cristallins quand on dissolvait la masse dans Feau.

Le suroxide plombique est employé dans les analyses chimiques pour séparer le gaz acide sulfureux d’un mélange de gaz. Il absorbe ce gaz avec beaucoup de facilité, en donnant naissance à du sulfate plombique. Quand on l’introduit dans l’acide sulfureux pur, il s’échauffe, d’après Vogel, au point de devenir rouge.

Il est composé de 86,62 parties de plomb et i3,38 d’oxigène; ou 100 parties du premier se combinent avec î5,45 d’oxigène pour le produire : il renferme, d’après cela, deux fois plus d’oxigène que l’oxide plom- , bique.

Sulfures de plomba Le plomb se combine eu plusieurs proportions avec le soufre : la combinaison la mieux connue est celle qui constitue le sulfure plombique. On la rencontre dans la nature, où elle se présente assez généralement sous forme de cristaux cubiques. Les minéralogistes lui ont donné le nom de galène. Sa pesanteur spécifique est de 7,585.

Quand on fait fondre du plomb divisé avec du soufre, le mélange s’échauffe jusqu’au rouge naissant, et on obtient une masse poreuse, grise, qui contient des traces d’hydrogène, et qui prend une texture cristalline et un

SULFURES DE PLOMB

bel éclat métallique lorsqu’on la chauffe en vases clos, jusqu’au rouge blanc. Elle ne fond qu’à une température très-élevée, et commence en même temps à se sublimer.

En faisant fondre de l’oxide plombique avec du soufre, on obtient un mélange de sulfate et de sulfure plombiques.

Par la voie humide on se procure du sulfure plombique , en mettant le sulfîde hydrique en contact avec un sel plombique quelconque. Le précipité qui se forme au premier instant, et qui se trouve délayé dans la liqueur, est brunâtre ; mais, en se rassemblant, il devient parfaitement noir (i).

Le sulfure plombique est une sulfobase très - énergique. Il est totalement insoluble dans les alcalis; l’acide nitrique le décompose facilement, et le transforme en nitrate et en sulfate plombiques , en mettant une certaine quantité de soufre à nu. Si on le fait fondre avec du carbonate potassique, on obtient, d’après Berthier, la moitié du plomb; mais si l’on ajoute en même temps, dix à quinze pour cent de fer, tout le plomb est mis en liberté.

Le sulfure plombique est formé de 86,55 parties de plomb et de i3,45 de soufre; ou de loo du premier et de J 5,54 du second.

Le plomb possède, d’après les expériences de Bredberg, deux degrés moins élevés de sulfuration, qu’on peut appeler soussulfures plombeux et plombique.

(i) Autrefois on adoucissait souvent les vins aigres, en y ajoutant du plomb; pour découvrir la présence de ce dernier, on employait un réactif, portant le nom de liqueur prohataire. C’était une dissolution de sulfure de calcium , précipitée par un excès d’acide, filtrée et conservée dans un flacon bien bouché. Dans cet état, on pouvait la considérer comme une eau acide, chargée de gaz sulfide hydrique. Mêlée avec le vin , elle lui faisait prendre une couleur noire, quand il contenait du plomb; l’acide libre empêchait la réaction du sulfide hydrique sur le fer.

SULFURES DE PLOMB

On prépare le soussulfure plomheux en mêlant exactement 26 parties de galène en poudre fine, avec '2 1,6 parties de plomb en grenaille, et faisant foudre le mélange dans un creuset de charbon, sans y rien ajouter. On obtient un culot de couleur plombée un peu foncée, que l’on peut couper au couteau, et dont la cassure est grenue. Il contient , d’après l’analyse "de Eredberg, 3,8i8 pour cent de soufre, c’est-à-dire que loo parties de métal y sont combinées avec 8,96 parties de soufre ; ce qui est le quart de la quantité de soufre que renferme le précédent.

On obtient le soussulfure plomhique en mêlant les mêmes substances et dans les mêmes proportions , et faisant fondre le mélange avec du borax dans un creuset de Hesse. 11 se présente sous forme d’une masse fondue, qui s’aplatit un peu sous le marteau. Sa cassure est cristalline et lainelleuse. Il contient 7,207 pour cent de soufre; 100 parties de plomb y sont combinées avec moitié moins de soufre que Jans le sulfure ploinbique.

Eredberg explique la formation de ces degrés de sulfu ration en admettant que, dans le premier cas, il se volatilise du plomb, jusqu’à ce qu’il reste une combinaison qui n’en abandonne plus ; tandis que , dans le second, le métal s’oxide et se dissout dans le borax, jusqu’à ce qu’il reste une combinaison qui résiste à l’action dissolvante du borax. Ces degrés de sulfuration du plomb et les soussulfures correspondans de quelques autres métaux, par exemple, du fer et du cuivre, se rencontrent, d’après Eredberg, dans les sulfures métalliques qui se produisent pendant l’extraction du cuivre, du plomb et de l’argent dans les usines.

Les degrés plus élevés de sulfuration du plomb, que nous pouvons appeler sursulfures, sont peu connus. Si l’on expose du suroxide plombeux et du suroxide plombique liuinides à l’action du gaz sulfide hydrique, on obtient des combinaisons de plomb avec plus de soufre, mais qui n’ont point encore été examinées. Quand on

PHOSPTIURE E PLOMB.

mêle un sel plombique avec la dissolution d’un sursulfure de potassium , il se forme au premier instant un précipité d’un beau rouge de sang, qui ne tarde pas à se décomposer, dans la liqueur, et à devenir noir. Ce précipité rouge est une combinaison de plomb avec une plus grande quantité de soufre, dont l’excès se sépare peu de temps après la précipitation, de sorte qu’il reste du sulfure plombique de couleur noire, mêlé avec du soufre.

P hosphure de plomb. Il est difficile de combiner, par la fusion, le plomb avec le phosphore, et ce dernier se volatilise en grande partie à la chaleur rouge. Si r bn mêle une dissolution de phosphore dans l’alcool ou l’éther avec une dissolution de plomb, il se précipite du phosphure de plomb. On obtient le même pbospbure, quand on fait passer du gaz pbospbure d’hydrogène à travers la dissolution d’un sel plombique; mais l’affinité en vertu de laquelle la combinaison s’est opérée, est si faible, que la majeure partie du phosphore distille avant que la masse entre en fusion. Le phosphure fondu contient fort peu de phosphore; il est un peu plus blanc que le plomb : on peut le couper au couteau, mais il se brise par le choc du marteau.

Carbure de plomb. I.e carbone se combine aisément avec le plomb au moment ou ce dernier se réduit. Si l’on mêle de l’oxide plombique trituré avec de la poudre de charbon , et qu’on calcine le mélange dans un creuset couvert , on obtient une poudre noire , qui est du carbure de plomb. Chauffé dans un creuset non couvert, ce carbure prend feu , et brûle sans flamme; le charbon est oxidé.^ et le plomb se sépare à l’état de petits globules métalliques. Quand on chauffe du cyanure plombique en vases clos, on obtient aussi du carbure de plomb, et il se dégage du gaz nitrogène. Les résidus qui proviennent de la distillation sèche des sels plombiques à acides végétaux, consistent aussi en carbure de plomb , parfois pyrophorique.

On ne connaît pas de combinaison du plomb avec ^’hydrogène.

ALLIAGES DE PLOMB

Alliages de plomb. Le plomb se combine facilement avec la plupart des métaux.

Fondu avec un quart de son volume àe potassium , il donne une masse solide, cassante, dont la cassure est à grain fin , et que l’air et l’eau décomposent facilement.

En le faisant fondre avec un quart de son volume de sodium., il s’y combine avec dégagement de lumière, en donnant naissance à un globule métallique, bleuâtre et malléable, que l’eau et l’air décomposent avec lenteur. Avec un tiers de son volume de sodium , le plomb forme une masse non malléable, qui se décompose avec faiicité.

Ces alliages peuvent aussi être produits par la fusion du plomb avec les surtartrates alcalins; mais, dans ce cas, ils contiennent peu de métal abialin.

Le plomb et le sélénium se combinent avec dégagement de lumière, et produisent, par leur union, une masse poreuse, d’un gris clair, qui n’entre pas en fusion à la chaleur rouge. Elle est molle et prend , avec le poli , une couleur blanche argentine. Quand on la chauffe à feu nu, il se dégage d’abord un peu de sélénium; puis, à une température plus élevée, il se volatilise du séléniure de plomb , sous forme d’une fumée épaisse, et le résidu entre en fusion à l’aide d’une forte chaleur. En grillant du séléniure de plomb , au chalumeau, sur du charbon, il se transforme peu à peu en soussélénite plombique, qui finit par pénétrer tout d’un coup dans le charbon, en laissant une pellicule douée d’un éclat argentin et qui consiste en séléniure plombique réduit. Le plomb pur se combine, à une température élevée, avec une petite quantité de séléniure plombique, qui le rend plus blanc, et diminue sa fusibilité et sa ductilité. On rencontre le séléniure plombique dans le Hartz et,. en petite quantité, dans la galène cubique, conchoïde, des mines de cuivre, à Atwidaberg et a Fahlun.

Le plomb et \ arsenic produisent , quand on les fond ensemble, une niasse métallique cassante, de texture

ALLIAGES DE PLOMB

lamelleuse, qui contient environ un sixième crarsenic. Pour préparer la grenaille de plomb, on ajoute un peu d’arsenic au plomb , qui alors s’arrondit mieux. C’est à Soutbwark, en Angleterre, qu’on a commencé à préparer la dragée de plomb, en faisant tomber le métal, sous forme de gouttes, du haut d’une tour. Avant cette époque, on le coulait dans l’eau à travers un tamis. La dragée la plus belle et la plus ronde se fabrique dans un puits de la mine de Fahlun , dans lequel on fait tomber le métal fondu. Pour avoir l’arséniure de plomb nécessaire à cette opération , il suffît de faire fondre le plomb avec de l’acide arsénieux; il se forme ainsi de l’arséniate et de l’arséniure plombiques.

Le tungstène s’allie au plomb. Quatre parties de plomb et une partie de tungstène forment un alliage d’un brun saie et foncé , ayant peu d’éclat. Il est poreux et un peu malléable; mais il ne tarde pas à se réduire en paillettes.

Très-peu de moljbdene rend le plomb plus blanc, tandis qu’une plus grande quantité de ce métal le rend noir et cassant.

Avec parties égales ^ antimoine ^ le plomb donne une masse poreuse et cassante; avec un tiers d’antimoine, il produit un alliage malléable, mais poreux et dur; avec un quart jusqu’à un seizième d’antimoine, il forme la combinaison dont on se sert ordinairement pour fondre les caractères typographiques. Quelquefois on ajoute un peu de zinc ou de bismuth à cet alliage.

Le plomb s’unit aisément au tellure. Cette combinaison existe dans les mines d’or de la Transylvanie ; elle s’y trouve unie au telluride aurique, constituant la base d’un tellurisel.

J’ai parlé des combinaisons du plomb avec les métaux nobles, en décrivant ces derniers.

Lorsqu’on fait fondre une partie diiT'idium avec huit parties de plomb, on obtient un. alliage malléable, qui est plus dur que le plomb; quand on le soumet à la

ALLIAGES DE PLOMB

coupellation, l’iridium reste sous forme d^une poudre grossière, de couleur foncée.

Le mercure se combine très-aisément avec le plomb. L’amalgame qui en résulte a une pesanteur spécifique supérieure à celle des deux métaux pris isolément. D’après Rupffer , la contraction la moins forte a lieu quand on combine trois parties de mercure en volume avec une partie de plomb. A parties égales, on obtient un amalgame susceptible de donner des cristaux. Un amalgame de trois parties de mercure, d’une de plomb et d’une de bismuth, est si liquide, qu’on peut le passer a travers une peau chamoisée, comme le mercure pur.

Le plomb ne se combine que difficilement avec le cuivre, et seulement au rouge blanc; pour que l’alliage se conserve, il faut se bâter de le couler et de le faire refroidir. Quand on le chauffe ensuite jusqu’à la température où le plomb entre en fusion , ce dernier s’écoule , et le cuivre reste presque pur, sous forme d’une masse poreuse. Si le mélange contient de l’argent, celui-ci est entraîné par le plomb. Une petite quantité de plomb fait perdre au cuivre sa malléabilité et le rend par conséquent impropre à être allié à l’or. Le cuivre préparé à Falilun et à xitwidaberg contient souvent un peu de plomb , provenant de la galène disséminée dans la mine de cuivre.

En alliant le plomb au bismuth , on obtient un culot métallique, gris foncé, qui est malléable, tant que la quantité du bismuth n’excède pas celle du plomb. La ténacité du plomb est augmentée par le bismuth , et Alusclienbroek a trouvé qu’un alliage de trois parties de plomb et de deux de bismuth était dix fois plus tenace que le plomb pur.

Le plomb et Xétain s’allient en toutes proportions. En faisant fondre ensemble deux parties d’étain et une de plomb, en volumes, on obtient, d’après Rupffer, un alliage dont la pesanteur spécifique est la moyenne de celle des deux métaux. Mais quand on ajoute une

ALLIAGES DE PLOMB

plus grande proportion d’étain, la combinaison augmente de volume et sa densité diminue. L’alliage de plomb et d’étain sert à la fabrication des tuyaux d’orgue ; et tout l’étain qu’emploient les potiers d’étain renferme un peu de plomb. L’étain dont on fait, en Suède, différons ustensiles , peut être de trois espèces : l’une contenant trois pour cent, l’autre dix -sept pour cent, et la troisième cinquante pour cent de plomb. L’emploi de cette dernière espèce n’est permis que pour de petits objets, tels que des jouets d’enfans et autres semblables. On a essayé de déterminer la quantité de plomb contenue dans l’étain, au moyen de la pesanteur spécifique; mais comme le mélange augmente de volume, pendant la fusion, et acquiert une pesanteur spécifique inférieure à celle qu’il devrait avoir d’après le calcul, on ne peut guère se servir de ce moyen. Avec parties égales de plomb et d’étain, on prépare la soudure des ferblantiers. Cette combinaison est remarquable par la facilité avec laquelle elle s’enflamme à la chaleur rouge, et continue à brûler sans le secours de la chaleur extérieure; l’oxide qui se forme dans ce cas produit des végétations seinhlables à des choux-fleurs. Quelquefois même ce mélange d’oxides s’échauffe à un tel point, qu’il se volatilise en grande partie. C’est lui qui fait la hase de l’émail ordinaire et de l’émail des poêles hiancs d’appartement. Dix-neuf parties de plomb et vingt-neuf parties d’étain forment un alliage trèsfusible, avec lequel on fait ce qu’on appelle les brillans de Fahlun : on réunit quelques tubes de verre, qui, soudés chacun a l’une de leurs extrémités , ont été taillés en manière de brillans et bien polis, puis on en forme la figure de brillans assemblés, qxie l’on veut imiter; ensuite on fait fondre le mélange, et quand il est assez refroidi pour qu’il en reste un peu d’adhérent à un morceau de verre qu’on y enfonce , on écume hien la surface avec une carte, et on plonge les tuhes taillés dans le métal limpide, dont une couche mince se fige sur le verre ; cette couche se détache facilement après

I go ALLIAGES DE PLOMB.

le refroidissement, et ressemble alors à un assemblage de pierres taillées en relief. Si l’on encadre une grande lentille dans un disque de liège, et qu’on la plonge de même dans le métal bien écume, on obtient un miroir ardent dont la distance focale est moitié de celle de la lentille. Je me suis souvent procuré d’excellens miroirs ardens, en plongeant dans cet alliage de grandes cornues, à l’aide desquelles j’obtenais un segment de 20 degrés. Ces miroirs ont besoin d’être plongés plusieurs fois de suite pour acquérir l’épaisseur convenable, et il faut en garnir le côté postérieur avec du plâtre. Le coté poli se conserve très-bien à l’air, lorsqu’on le garantit de la poussière; mais on ne peut point y toucher, ni le nettoyer, sans qu’il se raie et perde son poli. Un mélange d’une partie de plomb, d’une d’étain et de deux de bismuth, ou de huit parties de bismuth, de cinq de plomb et de trois d’étain, est si fusible, qu’il fond dans l’eau bouillante. Suivant Erman fils , l’alliage fait d’après les premières proportions, change de volume par la chaleur, d’une manière très-singulière. Si l’on suppose son volume à zéro égal 100, il augmente régulièrement jusqu’à -f- 44 degrés, température à laquelle il est de 100,83; si on le chauffe davantage, il se condense, jusqu’à ce que, entre -H 67 et H- 58 degrés, il ait repris le même volume qu’à zéro, c’est-à-dire 100; il continue à se condenser jusqu’à 68,8 degrés, où son volume est de 99,889; à partir de ce point, il recommence à se dilater; de sorte qu’à + 87,8 degrés, il atteint pour la troisième fois le volume de zéro. A+93,75, il entre en fusion, et son volume est alors de 100,86. L’alliage fait d’après la dernière des deux proportions précitées, a été découvert par Newton; de là le nom d’alliage fusible de Newton qu’on lui a donné. Si on le plonge rapidement dans de l’eau froide, qu’on l’en retire de suite et qu’on le prenne dans la main , il redevient assez chaud, au bout de quelques instans, pour brûler les doigts. Ce phénomène tient à ce que pendant la solidification et la cristallisation des parties in-

ALLIAGES DE PLOMB

ternes, le calorique latent de ces dernières est mis en liberté et se communique à la surface, auparavant figée et refroidie. Si l’on ajoute à la masse un seizième de son poids de mercure, elle devient encore plus fusible. On en fait des cuillers à thé , qui se ramollissent et fondent, quand on les plonge dans du thé bien chaud. Pour étamer l’intérieur de tubes de verre avec cet alliage , on place un bout du tube dans l’alliage fondu , on aspire par l’autre bout pour y faire monter l’alliage, et on le laisse sortir de suite ; il reste alors sur la paroi interne du tube une mince pellicule miroitante. J’ai déjà dit, en parlant de l’étain, qu’un alliage semblable sert à étamer les globes de verre. Dôbereiner a remarqué qu’en faisant un mélange de 118 parties de râpure d’étain, 201 de râpure de plomb, 284 de bismuth réduit en poudre fine, et 1616 de mercure à+ 18 degrés, la température s’abaisse de+ 18 jusqu’à — 10 degrés, par la dissolution des métaux solides.

Tout le monde connaît les usages du plomb pour couvrir les toits des édifices, pour faire des réservoirs, des tuyaux de conduite , des ustensiles propres à faire bouillir de certains liquides, etc. Dans l’art de la teinture, on se sert de l’acétate plombique pour préparer les acétates aluminique et ferroso-ferrique , qui sont des mordans d’un usage très-étendu. En médecine, on emploie les sels plombiques à l’extérieur et à l’intérieur. Pris intérieurement, ils agissent comme substances astringentes. On n’administre guère que l’acétate, et on le donne dans des hémorragies , ainsi que dans les cas de phthisie. L’usage long-temps prolongé de ce sel développe des affections scorbutiques. Prises à fortes doses, les préparations de plomb produisent une espèce de constipation, de paralysie des intestins et d’affreuses douleurs d’entrailles, accidens dont l’ensemble est désigné sous le nom de colique de plomb. Les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de blanc de plomb , sont exposés à la même maladie, quand ils travaillent sans que leurs mains soient garnies de gants, et chez eux elle est d’au-

DU CADMIUM.

tant plus dangereuse, qu’elle se développe d’une manière lente: aussi produit -elle alors des douleurs plus fortes, qui résistent avec une grande opiniâtreté aux secours de la médecine ; souvent les bras et les jambes tombent en paralysie, et la maladie est incurable.

i4- Du cadmium.

Ce métal a été découvert au commencement de Tannée 1818. L’année précédente, la fabrique de produits chimiques, à Scbônebeck, avait fourni à plusieurs pharmaciens allemands un oxide zincique impur, qu’on avait obtenu en Silésie, en procédant à la réduction du zinc , et que Ton avait débarrassé par la lévigation des impuretés qui pouvaient s’y trouver à Tétat de simple mélange.' Cet oxide zincique fut rejeté en plusieurs endroits par les médecins, parce qu’on trouva qu’après Tavoir dissous dans un acide, il donnait avec le sulfide hydrique un précipité jaune, que Ton supposa provenir de la présence de Tarsenic. Ces observations furent faites sur différens points, de manière que plusieurs personnes , éloignées les unes des autres se trouvèrent conduites à analyser en même temps Toxide en question, et firent simultanément la découverte du nouveau métal. La première notice, publiée à ce sujet, fut celle que Roloff inséra dans le cahier d’avril i8i8 du Journal médical de Hufeland. Peu de temps après, Hermann, propriétaire de la fabrique de Scbônebeck, annonça qu’il avait trouvé un métal nouveau dans Toxide zincique de Silésie; là-dessus, Stromeyer, à qui principalement nous sommes redevables de ce que nous savons sur ce métal, rappela que, dès la fin de Tannée 1817, il l’avait trouvé dans Toxide zincique impur, et dans plusieurs minerais zincifères, et qu’il lui avait donné le nom de cadmium y tiré de cadmia fossilis , dénomination sous laquelle on désignait autrefois le minerai ordinaire de zinc.

Le cadmium se rencontre, surtout en Silésie, dans plusieurs minerais de zinc, mais toujours en très-petite

DU C VDMILM.

quantité; Il est facile de reconnaître sa présence au moyen du chalumeau ; car, à la première impression du feu de réduction, les minéraux cadmifères tapissent le charbon tout autour d’eux d’un cercle jaune rougeâtre d’oxide cadnnque. Pour obtenir le cadmium, on s’est presque toujours servi jusqu’à présent de l’oxide zincique impur de Silésie, qui en contient, suivant Hermann, depuis I -^jusqu’à 11 pour cent.

Pour extraire le cadmium du minéral qui le renferme, on dissout ce dernier dans l’acide sulfurique, on étend d’eau la dissolution qui doit contenir un excès d’acide, et on y fait passer un courant de gaz sulfide hydrique, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité jaune. Ce précipité est du sulfure de cadmium. On le dissout dans l’acide hydrochlorique concentré, on chasse l’excès d’acide par l’évaporation , puis on dissout le sel dans l’eau et on le précipite par le carbonate ammonique. Il faut mettre un excès de ce dernier pour dissoudre le cuivre ou le zinc qui aurait pu être précipité par le gaz sulfide hydrique. On fait rougir le carbonate cadmique ainsi obtenu , on le mêle avec du noir de fumée calciné, et on chauffe le mélange dans une cornue de verre ou de porcelaine, jusqu’au rouge obscur; l’oxide se réduit et le métal distille.

Hérapath a fait voir que l’on peut, en fabriquant le zinc , obtenir facilement du cadmium à l’aide d’une disposition convenable. Quand, après avoir réduit le zinc, on le distille per descensum^ comme je le dirai plus bas, les premières portions du gaz métallique qui se dégage, prennent feu, si le tube est ouvert, et brûlent avec une flamme brune. En Angleterre, les ouvriers ont riiabitude de le laisser brûler, jusqu’à ce que la flamme devienne blanche, époque à laquelle ils ajoutent au tube une alonge par laquelle les vapeurs de zinc sont conduites dans de l’eau. La flamme brune provient du cadmium qui se réduit et se volatilise le premier, et l’on peut recueillir l’endüit brun d’oxide qui résulte de la combustion, ou, ce qui vaut encore mieux, condenser à part HL i3

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