‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 73 sur 95 · CARBURE DE FER · texte numérisé non relu

CARBURE DE FER

produit du carbure de fer. Si l’on ajoute de l’eau a la masse calcinée, le cyanure du radical de la terre se dissout, tandis que le carbure reste sous forme d’une poudre noire. Le meilleur moyen pour obtenir cette combinaison à l’état de pureté, consiste a distiller dans une cornue du cyanure ferreux et ammonique. Il passe d’abord en même temps que l’eau du cyanure ammonique , puis il se dégage du gaz nitrogène. Si, vers la fin de l’opération, on fait rougir le carbure de fer restant, il prend feu et paraît brûler , pendant un instant , comme dans du gaz oxigène ; mais ce phénomène disparaît rapidement. Si une partie du cyanure de fer avait échappé à la décomposition , elle se décompose pendant cette élévation rapide de température , et du gaz nitrogène se dégage avec violence. Ce phénomène de lumière a la plus grande analogie avec celui qu’on observe, quand on chauffe l’hydrate ferrique. Le carbure de fer ainsi obtenu est une poudre noire, sans consistance, qui s’enflamme à une température peu élevée, et brûle comme de l’amadou, en laissant un poids d’oxide ferrique égal au sien. Sa composition est telle que si le fer se transformait en oxide ferreux, et le carbone en acide carbonique, ce dernier absorberait quatre fois autant d’oxigène que le premier ( quadricarbure ). En chauffant de même du bleu de Prusse pur, dans des appareils distillatoires, on obtient de l’eau , un peu de cyanure ammonique et beaucoup de carbonate ammonique, et il reste dans la cornue du carbure de fer, qui produit un phénomène de lumière semblable à celui dont nous venons de parler. Dans ce carbure le charbon absorbe trois fois autant d’oxigène que le fer ( tricarbure), et joo parties, après avoir subi la combustion , qui s’opère tout aussi facilement que celle du précédent, laissent 108,28 parties d’oxide ferrique rouge. On ne connaît point de méthode pour préparer un carbure de fer dans lequel le carbone et le fer soient réunis dans les mêmes proportions que dans le carbonate ferreux.

Les différentes espèces de fonte et d’acier nous offrent

LA FONTE

des exemples de combinaisons du fer avec le carbone à des degrés de carbonisation inférieurs aux précédens.

La fonte est, comme je l’ai déjà dit, le premier produit qui résulte de la fusion des minerais de fer. Il y a autant d’espèces de fonte qu’il peut se trouver de corps étrangers dans les minerais; mais, en général, on en distingue trois principales :

T® Fonte noire. Elle a une couleur foncée, est un peu molle , et prend l’empreinte du marteau. Elle est cassante, et sa cassure, à gros grains, laisse apercevoir distinctement des grains de plombagine qui s’y trouvent mêlés. Elle est plus fusible que les autres sortes de fonte, et quand elle est refroidie lentement, il se dépose de la plombagine a sa surface. C’est elle qui contient la plus grande proportion de carbone, et on l’obtient quelquefois dans les hauts fourneaux, quand on a été obligé d’employer trop de charbon , proportionnellement au minerai.

2^ Fonte grise. Elle est douée d’une solidité et d’une ténacité considérables. Sa cassure est grenue. On peut la tourner et la forer. On s’en sert pour couler divers objets, et principalement des bouches à feu. Elle provient des minerais de bonne qualité, quand le liant fourneau marche conveiiahlement. Lorsque, par l’emploi d’une trop grande quantité de charbon proportionnellement au minerai, elle commence à se rapprocher de la nature de la fonte noire, on lui donne le nom de fonte truitée.

3° Fonte blanche. Il y en a deux sortes. L’une provient de minerais inanganésifères , qu’on a traités dans le haut fourneau, comme à l’ordinaire; l’autre se forme quand on a employé une proportion de minerai trop grande relativement a la quantité de charbon. Elle est d’un blanc d’argent, cassante, et si dure que le verre en est rayé. Elle ne prend point l’empreinte du marteau. Sa cassure est cristalline, et l’on y trouve quelquefois de très-grandes surfaces cristallisées. Un changement subit de température la fait casser comme du verre.

LA FONTE

Presque toutes les espèces de fonte acquièrent plus ou moins les propriétés de la fonte blanche, quand on les refroidit rapidement , et en général la solidification plus ou moins prompte exerce une grande influence sur l’aspect de la fonte. Cela tient à ce que la fonte ne consiste pas en une seule combinaison chimique , mais résulte de plusieurs composés qui sont réunis, par la fusion, en une masse, et qui se séparent par l’effet d’un refroidissement lent, parce que chacun de ces composés se solidifie et cristallise à une époque différente, suivant sa densité et sa cohésion. C’est pour cette raison que la cassure d’une fonte qui s’est refroidie lentement, a un aspect si peu homogène, que les bords diffèrent du milieu , et la partie supérieure de l’inférieure.

Dans ces derniers temps, on a commencé à fabriquer dlfférens objets avec de la fonte, comme des couteaux, des ciseaux, de petits clous, etc., qui d’ordinaire se font en fer forgé ou aciéré, et on a découvert, pour cette fabrication, un moyen de diminuer la dureté de la fonte et de lui enlever ainsi la propriété qu’elle possède de casser comme du verre. C’est ce qu’on appelle adoucir la fonte , opération qui consiste à envelopper la pièce coulée d’une matière pulvérulente, à Ty tenir pendant long-temps au rouge, et à la laisser refroidir avec l’enveloppe. On crut d’abord que la fonte se convertissait en fer malléable par la combustion du charbon. C’est Réaumur qui eut cette idée, et Lucas exécuta l’opération, en enveloppant la fonte d’un mélange d’hématite en poudre et de carbonate calcique; mais l’expérience a prouvé que la nature chimique du fer n’est pas changée par cette opération , et qu’on arrive au même résultat, en chauffant la fonte dans du sable, ou dans du charbon en poudre. Le changement que la fonte subit dans ce cas , est donc analogue à celui qu’éprouve l’acier quand on le fait recuire, et le verre quand il est refroidi lentement.

Quand la fonte reste long-temps sous l’eau , elle est III. 18

Page 1