ACIDES DÉRIVÉS DE L'ESSENCE D’ANIS CONCRÈTE
L’acide nitrique, en réagissant sur l'essence d’anis concrète, fournit, suivant son degré de concentration, des substances variables par leur nature, leur composition et leurs propriétés. (CAHOURS).
Lorsqu'on emploie de l'acide nitrique à 40° B., ilen résulte une action des plus vives; par l'élévation de la température, il se dégage d’abondantes vapeurs rutilantes, et l’on obtient, mais pas toujours, même en s’assujettissant à ces conditions, une substance jaune de nature résineuse. Si l’on fait usage d’un acide moins concentré, de 34° à 36° B. par exemple, il y a également une action I vive ; l’essence se transforme bientôt en une matière huileuse rougeâtre, pesante, visqueuse à la température ordinaire, et qui se détruit par la distillation; par l’action prolongée de l'acide nitrique toute la matière huileuse disparaît, et, si à cette époque, on verse de l’eau sur la liqueur acide, il se dépose, par le refroidissement, des flocons jaunes qui constituent un nouvel acide azoté.
Enfin lorsqu’on fait usage d’un acide nitrique d’une densité de 20 à 24° B., l’action est beaucoup moins vive que dans les cas précédents. Il se forme alors, deux produits, savoir, une matière jaune résinoïde, la même dont nous avons parlé plus haut, et un nouvel acide exempt d'azote, cristallisable en belles aiguilles, volatil sans décomposition, et qui se place tout naturellement, par l'ensemble de ses caractères, à côté de l’acide benzoique ou de l'acide cuminique.
Acide anisique.
Formule de l’acide contenu dans le sel d'argent : C,, H,, O..
Formule de l'acide libre : C,, H,, O, + H,O (Canours).
C’est sousce nom que CAHOURS désigne le produit acide dont nous venons de parler en dernier lieu. Pour l'obtenir à l’état de pureté, il faut laver le produit brut à l’eau distillée froide qui ne le dissout qu'en proportion très faible; on le dissout ensuite dans l’ammoniaque, et on fait cristalliser à plusieurs reprises le sel ammoniacal jusqu'à ce qu'il cesse d’être coloré; en décomposant ensuite ce. sel par l’acide nitrique faible, on obtient une matière blanche et cristalline qu’on lave à l’eau et dont on achève la purification en la sublimant.
L’aeide anisique, à l’état de pureté, est solide, incolore, inodore, cristallisable en longues aiguilles qui possèdent beaucoup d’éclat, à peine soluble dans l’eau froide; il se dissout en proportion assez forte dans ce liquide à la Mmpéture de l’ébullition. Il est. très soluble dans l'alcool, mieux à chaud qu’à froid; il se volatilise sans décomposition. Il forme avec les alcalis et les terres des sels solubles et susceptibles de cristalliser; avec l’ammoniaque, un sel qu'on peut obtenir en cubes de plusieurs lignes de côté; enfin avec les oxides de plomb et d'argent (C,H, O, Ag O) il donne des sels peu solubles à froid, et que l’eau bouillante laisse déposer par le refroidissement sous forme d’écailles nacrées, cristallines et très brillantes.
Il précipite les persels de fer, et donne une réaction toute particulière lorsqu'on le distille en présence d’un excès de base alcaline. En employant 7 à 8 parties de baryte caustique pour une d'acide anisique cristallisé, il passe une substance huileuse
158 TRAITÉ plus légère que l'eau, très volatile, douée d’une ‘odeur agréable
et douce qui serapproche un peu de celle des amandes amères, Ye à laquelle CAnours donne le nom d’anisol.
Acide nitro-anisique.
Formule de Facide contenu dans le sel d’argent : Ge H,, N, O..
Forts de l'acide cristallisé : C,, H,, N, O, 4H, O (Ca: HOURS).
Lorsqu'on fait bouillir l'essence d’anis concrète avec de l'acide nitrique à 36° B., et qu’on prolonge l’action jusqu’à ce que tout soit dissous, l’eau détermine dans la liqueur acide la précipitation de floconsjaunâtres. Ceux-ci constituent l'acide nitro-anisique impur. Pour le purifier, il faut laver le produit précédent à l'eau distillee jusqu'à ce qu’elle ait perdu toute saveur acide, dissoudre le produit dans ’ammoniaque'et faire cristalliser le sel jusqu’à ce qu'il cesse d’être coloré. Le sel ammoniacal ainsi purifié, étant dissous dans l’eau, puis décomposé par un acide, laisse précipiter l'acide nitro-anisique, qu'on achève de ar à l’aide de lavages à l’eau distillée.
Ainsi préparé, l’acide nitro-anisique se présentesous 8 tone d’une substance d’un blanc légèrement jaurâtre. Il:est très peu soluble dans l’eau, même chaude ; l’eau bouillante, lorsqu'elle en est saturée, l'abandonne par le refroidissement sous forme de petites aiguilles microscopiques et brillantes. L'alcool le dissout assez bien à chaud; par l’&vaporation spontanée, la liqueur, si elle n’est pas saturée, le laisse déposer sous forme cristalline:
Par une distillation ménagée, une partie de cet acide ‘se sublime:sous forme d’une poudre légère, blanc jaunâtre, tandis qu'une autre portion noircit ct se décompose entrépandant une Odeur toute particulière. ‘Lorsqu'on le chauffe en vase clos avec de la baryte caustique et qu’on élève peu à peu la température, l’acide se change en une matière noire et acide quireste combinée avec lalcali; si l’on chauffe rapidement, la baryte devientiineandescente, et:il se: produit un dépôt abondant de charbon.
Cet acide forme avec la potasse, la soude et ’ammoniaque, des sels très solubles; avec la baryte, la chaux-et la magnésie, desséls
DE CHIMIE ORGANIQUE. 159 peu solubles; enfin avec les oxides de plomb et d'argent, des sels entièrement insolubles.
. Amisol.
Formule: C,, H,, O, {Canours).:
ICAHOURS désigne sous le nom d’amisol le produit qui prend Haissance , lorsqu’on distille l'acide anisique cristallisé avec un excès de baryte.
A l’état de pureté, c’est un liquide incolore, doué d’une odeur aromatique, bouillant vers 150°, réfractant fortement la lumière, insoluble dans l’eau, soluble dans l'alcool et l’éther.
D’äprès ce qu’on sait de la distillation des acides organiques en présence d’un excès de base, on aurait dû penser que tout l’oxigène de l'acide anisique se combinerait avec une quantité proportionnelle de carbone pour former de l’acide carbonique qui se serait porté sur l’alcali, tandis que les éléments restants se seraient dégagés pour former un carbure d'hydrogène. Rien de semblable n’a lieu ici: 4 at. d’oxigene seulement se combinent avec 2 at. de carbone, et il se dégage un composé renfermant 2 at. d’oxigene. Ce fait signalé par CAHours, est le premier de ce genre qui ait été obtenu jusqu’à présent.
Voiéi l'équation qui exprime la formation de ce nouveau compose:
Ci, H,, 0,+2Ba0=2(CO,,Ba0)+C,,H,,O..
Ce nouveau produit donne avec le chlore, le brome et l’acide nitrique des composés cristallins.
On voit qu’il renferme 1 éq. d'hydrogène de plus que l’hydrure de benzoïle.
ACIDE OENANTRHIQUE.
Formule de l'acide anhydre : C,, H,, O, (PeLouze ät J.L.).
Formule de l’hydrate : C,, H,,0, 4H, O.
Cet acide se rencontre dans beauéoup de liquides fermentés, dans l’huile de blé, et notamment dans les vins, en combinaison avec l’oxide d’éthyle. |
Lorsqu'on distille le vin ou la lie de vin, il ‘passe, dans les dér-
nières portions, avec l’eau, un liquide léger et oleägineux, quirest souvent verdätre en raison de l’oxide de cuivre qu’il tient en dissolution. Ce liquide est l’&ther œnanthique ; c’est avec lui qu’on prépare l’oenanthate de potasse, et, avec ce sel, l'acide œnanthique.
Le mot ænanthique (oivov, vin, et &v0os bouquet) a été appliqué à ce corps pour rappeler l’odeur particulière qui caractérise la combinaison qu’il forme avec l’oxide d’éthyle.
Pour préparer l’acide œnanthique, on décompose par un acide minéral la dissolution concentrée de son sel de potasse, en chauf= fant doucement le mélange ; l’acide œnanthique vient alors surnager à l’état d’une huile inodore. Après l'avoir purifié par des lavages à l’eau bouillante, on le dessèche sur du chlorure de calcium.
L’hydrate d’acide oenanthique est, à 120,5, de la consistance du beurre ; il est d’un blanc éclatant, sans saveur ni odeur: Au-dessus de 12,5, il fond en une huile incolore qui rougit le tournesol et se dissout aisément dans les alcalis, en donnant des combinaisons savonneuses. Il est insoluble dans l’eau ; il se mêle, au contraire, très bien avec l’alcool, l’Ether et les huiles.
Lorsqu'on soumet cet hydrate à la distillation, il se décompose en eau qui passe la première, et en acide anhydre que l'on recueille en dernier. Dans cette réaction, le point d’ébullition de l'hydrate s'élève de 260° à 293° ou 294° ; le résidu brunit alors légèrement.
L’acide œnanthique anhydre est blanc et plus solide que l’hydrate ; il fond à 31° C.
Une dissolution alcoolique d'acide eenanthique hydraté se ae compose, par l’évaporation à l'air, en acide anhydre qui se dépose à l’état cristallin, et en un autre hydrate à deux atomes d’eau (MULDER).
OEnanthates. — Parmi les combinaisons que l’acide œnanthique forme avec les bases, on n’a étudié d’une manière précise. que le sel à base d’oxide d’éthyle. |
Lorsqu'on ajoute assez de potasse à une solution d'acide œnan-s thique pour faire disparaître la réaction acide, le mélange se
prend enune bouillie, composée d’aiguilles déliées et soyeuses, C’est l’ananthate de potasse acide.
L'éther enanthique CG, Hs. O0, =G, H, 0, +C, H,O (PELOUZE et J. L. MULDER) se décompose, par la potasse caustique, en enanthate de potasse; c’est ce dernier sel que l’on emploie dans la préparation de l'acide œnanthique.
La liqueur huileuse qui passe dans la distillation de Peau-devie de raisin est un mélange d’ether œnanthique et d’hydrate d'acide œnanthique ; elle est colorée en vert par un peu d’oxide de cuivre. Pour en séparer l'acide libre, on la fait bouillir avec une solution diluée de carbonate de soude; l’éther se rend alors à la surface du liquide. On V’obtient incolore à l’aide de la distillation; les dernières portions qui passent sont exemptes d'eau.
A l'état de pureté, l’éther œnanthique est incolore, très fluide, d’une odeur vineuse qui étourdit quand on la respire de près. Sa saveur est forte et désagréable. Il est fort soluble dans l'alcool, l'éther, et même dans l'esprit de vin ordinaire. Sa densité, à l'état liquide, est de 0,862 ; àal’état de vapeur, elle est de 10,4769 = 2 volumes. Il bout entre 2 25° et 230°.
Les alcalis caustiques décomposent aisément l’éther oenanthique; l'acide carboniquı > et ’ammoniaque n’y exercent aucune action sensible.
Il importe de noter que .Vodeur de cet éther ne ressemble aucunement à ce qu’on appel le le bouquet des vins, mais qu’elle est au contraire de la nature de celle qui est particulière aux tonneaux ou aux bouteilles vid les, où s’est trouvé un vin quelconque.
Lorsqu'on chauffe de II ıydrate d’acide eananthique avec du sulfovinate de potasse, ilse produit du sulfate de potasse acide et de l’éther œnanthique.
ACIDE } ROCCELT QUE.
Formule probable de lac ide er’ stallisé : Ci; He O1 (9: L.). Cet acide a été découve rt par . Heeren dans le Roccella tinctoria.
Pour le préparer, on pui’ ze ce lichen par une dissolution d’ammoniaque caustique; ‘on / stand d'eau l'extrait produit et on le W. | 11
précipite par une dissolution de chlorure de calcium. TI se dépose ainsi du roccellate de chaux, que l’on chauffe doucement avec de l'acide hydrochlorique dilué pour en séparer l'acide roccellique, On dissout ce dernier dans l’éther et On abandonné la solution à l’'évaporation spontanée.
L’acide roccellique ainsi obtenu cristallise en äiguilles incolores, déliées, à éclat soyeux, et que le microscope faitreconnaître pour être de petites tables carrées. Il est insoluble dans l’eau, à chaud et à froid; l'alcool le dissout aisément, car 100 parties de ce liquide (de 0,819 densité) en prennent 55 parties à la température de l'ébullition. L’éther le dissout également.
L'acide roccellique fond à 130° et se concrète à 122°. Il partage la plupart des propriétés des acides gras. | |
Les roccellates alcalins se dissolvent dans l'eau, en donnant des liquides qui moussent comme du savon; toutefois, à l’état concentré, ces dissolutions ne deviennent pas filantes comme celles des autres savons.
Le roccellate de potasse cristallise en. lamelles déliées.
Le sel de chaux constitue un précipité blanc, insoluble dans l’eau, et contenant 15,9 pour cent de c haux (HEEREN).
Quant au roccellate d’argent, il n’a, pas encore été examiné.