GÉNÉRALITÉS
Une foule de matières végétales donnent par la distillation avec de l’eau des huiles essentielles ou essences; ce sont des liquides volatils, peu solubles dans l'eau, et à qui les matières végétales doivent en grande partie leur odeur.
Les huiles essentielles sont ordinairement incolores ou quelquefois légèrement colorées; elles sont inflammables, brüient avec une flamme claire et fuligineuse, et éprouvent de la pas de l'air et de l’eau des altérations particulières.
A ces huiles ressemblent certaines combinaisons qui se pro= duisent par la distillation sèche des matières animales et vegetales, soit seules, soit mélangées avec de la chaux ou d'autres bases énergiques ; ce sont ce qu’on appelle les huiles pyrogénées ou empyreumatiques; par leurs caractères elles se rapprochent beaucoup des huiles essentielles. Nous décrirons plus bas ces produits de décomposition.
Beaucoup d’essences se trouvent toutes törmbes dans les plantes : telles sont l’essence de citron que l’on peut extraire du zeste des citrons et des oranges par une simple pressions d’autres s'écoulent des arbres, à l’état de mélange avec des résines, elles portent alors le nom de baumes.
Mais il est encore d’autres huiles essentielles qui ne se forment que par une espèce de métamorphose que deux ou plusieurs principes non volatils éprouvent au moment où les parties végés
| tales qui les renferment arrivent au contact de Peau. C’est dans cette classe qu'il faut ranger l’essence des amandes ameres, celle de la moutarde noire, de même que toutes les matières volatiles et odorantes produites par la fermentation ow la putréfaction
des substances organiques. (Voir, t+ L, p: 272, Amygdaline.)
Ainsi certaines plantes, naturellement inodores, comme, par exemple, lherbe de la petite centaurée (Centaurium minus), donnent à la distillation, après avoir fermenté dans l’eau, des huiles qui ont une odeur très forte:
Enfin, on se rappelle que lessence des fleurs de reine des
prés (Spiraea ulmaria) peut être produite avec la salicine, d’une
manière factice et avec tous ses caractères, par Peffet d’une’:
action oxigénante (t. I, 291). C’est par des procédés entierement analogues que Yon peut obtenir des liquides qui partagent toutes les propriétés des essences, en soumettant à la
distillation de la fécule ou de la sciure de bois avee un mélangé
d'acide sulfurique et de peroxide de manganèse; outre Facide
carbonique et l’acide formique, 4 se produit alors de veritadies |
huiles volatiles.
Le principe odorant de dpt de matières végétales, par’:
exemple, des fleurs de tilleul et de jasmin, peut s’exträire au moyen d'une huile grasse ou de l'éther. On n'obtient pas d'huile essentielle en distillant ces fleurs avec de l’eau, soit parce que l'huile se décompose au contact de ce liquide à une température élevée, soit parce qu'elle y est tellement soluble qu’on ne parvient pas à l’en séparer. Certaines plantes, appartenant à
celte classe, fournissent souvent l'huile essentielle, re on sa-
ure par du sel marin l’eau distillée sur elles.” Beaucoup d'huiles essentielles renférment ‘en dissolution des
:ombinaisons cristallines solides qui ont recu le nom de stearop-
nes; pour plusieurs d’entre elles, comme pour l’éssence dé lavande t celle de valériane, ce stéaroptène se composc de eamphre pur. certaines huiles essentielles sont des mélanges d’un acide huileux tvolatil et d’une huile indifférente; enfin, quelques-unes renerment des combinaisons azotées, notamment de l'acide prussique et de l’'ammoniaque.
Quant à la densité des huiles essentielles, on peut distinguer
ces corps en huiles plus pesantes que l'eau et en huiles plus lé: gères, qui surnagent ce liquide.
De même, on peut les diviser en huiles exemptes d’oxigene et en huiles oxigénées. Il est curieux de voir que presque toutes celles qui ne renferment pas d’oxigene contiennent le carbone et l'hydrogène dans le même rapport , représenté par la formule. C;; His, bien qu'elles diffèrent beaucoup par leurs propriétés.
Pour ce qui est des essences oxigénées, on ne possède pas encore assez d'expériences pour pouvoir établir à leur égard quelques relations générales. Ces essences sont ordinairement des mélanges de plusieurs huiles, qui, lorsqu'elles présentent les mêmes caractères chimiques , ne peuvent point être isolées ; lorsqu'elles n’ont pas la même volatilité, on peut le plus souvent obtenir à l’état de pureté l'huile la moins volatile, mais l’huile qui se volatilisela première-entraîne toujours une certaine quantité de celle-ci, de sorte.que l'analyse d’un pareil mélange ne peut pas donner des résultats utiles. |
Les huiles essentielles se mélangent, en toutes proportions. avec l'alcool; elles se. dissolvent d'autant mieux dans l'alcool étendu qu'elles renferment plus d’oxigene; elles ne se dissolvent que fort peu dans l’eau, toutefois elles lui communiquent leur odeur (eaux distillées). |
Lorsque les. eaux distillées renferment des matières altörables elles deviennent aisément visqueuses et perdent leur odeur pat l’altération qu’£prouve le principe volatil. k
L'odeur des essences paraît se trouver dans une certaine relation avec l'action que l'air leur fait subir. La plupart d’entre elles absorbent de l’oxigene , et lon a remarqué que celles qui s’oxi: dent le plus vite sentent précisément le plus fort. Lorsqu’on distille dans le vide ou dans un courant d’acide carbonique des huiles exemptes d’oxigene sur de la chaux récemment calcinée, on obtient un produit parfaitement inodore, et il est difficile de distinguer, après les avoir ainsi traitées, l'huile de eitron d'avec l'huile de genièvre ou de térébenthine; mais il suffit de les exposeı pendant quelque temps à l’air, ou mieux encore de les étendre sur du papier, pour leur vendre l'odeur forte qui les carac-
térise à l’état naturel; elles deviennent alors visqueuses et résinoïdes. Il paraît que, dans ce cas aussi, l’action oxigénante est, comme dans le cas de l’arsenic, la condition essentielle de l'émission de l'odeur. A mesure que les essences vieillissent et rencontrent plus souvent l'air atmosphérique, elles s’épaississent, deviennent visqueuses et acquièrent toutes les propriétés des résines.
Beaucoup d'huiles indifférentes s’acidifient au contact de l’air : jusqu'à présent on n’a examiné que l’acide qui se forme dans l'essence de cannelle, l'essence d'amandes amères et l’essence de cumin; quelques huiles fournissent dans ces circonstances de Vacide acétique. (B1zr0.)
Il est probable que les résines produites par l’oxidation des essences à l’air sont identiques avec celles qui se trouvent dans les baumes ; toutefois on n’a pas encore fait d'expériences à cet égard.
Lorsque les huiles essentielles s’oxident à l'air, il se produit, outre les produits déjà nommés, du gaz acide carbonique. (Saus- SURE.)
La résinification des essences à l’air est due nécessairement à Pabsorption de ’oxigene; toutefois il ne paraît pas que cet oxigene s'ajoute tout simplement aux éléments de l'essence, ni que l’essence joue le röle d’un radical, tel que la résine formée représenterait un véritable oxide. Il est plus probable , au contraire, “que les essences non oxigénées renferment l'hydrogène sous deux formes différentes : une partie de cet hydrogène peut être enlevée avec facilité, tandis que le reste résiste avec énergie à l’action de l’oxigène, du chlore et de l’iode.
Toutes les essences, mises en contact avec l’iode, produisent une espèce d’explosion en lui cédant de l'hydrogène, en même temps qu'une certaine quantité d’iode prend la place de l'hydrogène ainsi éliminé ; le produit , bien que fort hydrogéné encore , n’est plus décomposé par une nouvelle quantité
diode.
» Le chlore et, dans beaucoup de cas, l’oxigene se comportent d'une manière semblable ; ils enlèvent de l'hydrogène et se met-
tent à sa place, de sorte que les produits qui en résultent, les ré- ns 3
Sines, par exemple, renferment toujours moins d'hydrogène que les essences primitives. à
,. Lorsqu'on chauffe de l'essence de térébenthine, de romariı ou de lavande, etc.,avec de l’oxide de cuivre ouavee du peroxide de plomb, il se fait une réaction très vive accompagnée d’un dé. sagement d'eau, et ces oxides se réduisent alors en partie à Péta métallique. Les chlorures supérieurs, tels quele sublimé corrosif,l perchlorure d’étain, le perchlorure d’antimoine, passent également. en agissant sur les essences, dans un état de chloruration inférieure , et souvent ils se réduisent par là à l’état de métal. Le perchlorure d’or est également réduit par toutes les essences exemptes d’oxigene; il se melange au contraire avec les essenees oxigénées sans en être altéré.
L’acide nitrique transforme les essences dans des produits ré- Sineux qui ont été fort peu examinés ; plusieurs d’entre elles s’en flamment lorsqu'on les met en contact avec de l'acide nitrique fumant ou avec un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique. Lorsque l'acide nitrique est étendu, il donne naissance à des acides particuliers ; c’est ainsi que l'essence d’anis se convertit. en acide anisique (Voir pag. 157), l'essence de térébenthine donne de l'acide térébique (Voir plus bas : Zssence de térébenthine): quelques essences, celle de girofle, par exemple, fournissent de l'acide oxalique. |
Les huiles essentielles dissolvent le phosphore et le soufre ; elles se mêlent avec le sulfure de carbone et avec l'acide acétique cristallisable ; de même, elles peuvent absorber de grandes quantités d'acide prussique et d'acide sulfo-cyanhydrique. L’acide prussi-
que qu'elles tiennent en dissolution ne peut pas en être séparé par le bioxide de mercure ; les alcalis mêmes ne s'emparent que difficilement de cet acide. 5 | Nous allons décrire séparément les huiles essentielles qu’on retire des différentes plantes ; malheureusement leur histoire est encore fort incomplète. L'action que les agents oxidants, le chlore et liode, exercent sur ces COrps nous conduira un jour à la connaissance de leur constitution ; mais dans l’état actuel de la Science, on ne peut rien préciser à cet égard. Il est possible que la formule rationnelle de l'essence de Citron, par exemple, doive
DE CHIMIE ORGANIQUE. 311 s'exprimer par Co His + H:, et celle de l'essence de térébenthine par Ca H,.+ H ; cependant l'analyse seule ne peut pas décider de pareilies questions.
ESSENCES EXEMPTES D’OXIGENE.
Essence de terebenthine.
Formule : Cv H;, = 4 vol. de vapeur.
On obtient cette essence en distillant avec de l’eau la térébenthine, espèce de résine qui s'écoule des diverses variétés de Pinus. ;
L’essence que l’on rencontre dans le commerce renferme toujours une certaine quantité de résine, provenant de l'action de l'air sur l'essence. Pour la purifier , on n’a qu’à la distiller avec de l’eau, à la dessécher sur du chlorure de caleium et à la rectifier de nouveau.
… Ainsi obtenue, l'huile essentiefe de térébenthine est incolore, très fluide, d’une odeur balsamique très forte, et d’une saveur äcre et brülante. Sa densité est de 0,86—0,87. L’essence du commerce rougit toujours le tournesol; après la rectification, elle est parfaitement neutre. Elle bout à 156°. La densité de sa vapeur est égale à 4,764 (Dumas), nombre qui correspond à 4 volumes pour la formule GC: H;..
Elle est insoluble dans l’eau, toutefois elle lui communique son odeur.
« Lorsque l'essence de térébenthine est soumise à l'action d'un grand froid, il s’en sépare souvent un hydrate solide, lequel, Suivant BLANCHET et SELL, renferme 2 atomes, selon Dumas et PELIGOT, 6 atomes d’eau. Cet hydrate est cristallin, fusible, et se sublime à 150°; il se dissout dans 22 parties d’eau bouillante et cristallise par le refroidissement; il exige 200 parties d'eau froide pour s’y dissoudre. Il se dissout également très bien dans Paleool. L’acide sulfurique dissout cet hydrate avec une colora-
tion rouge ; l’eau le précipite de cette dissolution ; toutefois, il se trouve alors un peu altéré. Les alcalis ne l’attaquent pas ; l'acide nitrique le dissout à froid sans le décomposer.
Di ai 312 TRAITE
Suivant WIGGERS, on peut se procurer cet hydrate en grande quantité en abandonnant pendant quelques mois à lui-möme un mélange d'essence de térébenthine, d’acide nitrique et d'alcool ; il paraît que l’essence contenue dans l’hydrate est en même temps celle qui se concrète tout entière avec l’acide hydrochlorique. |
L’essence de térébenthine se dissout fort bien dans l'alcool et l’éther ; de même , elle se mélange en toutes proportions avec les huiles grasses. 100 parties d'alcool de 0,84 ne dissolvent que 15 */, pour cent d'essence de térébenthine. On peut extraire la résine renfermée dans l’essence non rectifiée, en la lavant avec de petites portions d’alcool.
Le chlore agit sur l’essence de térébenthine en produisant de la chaleur ; si l’on introduit peu d’essence dans une éprouvette remplie de chlore, le mélange prend feu; lorsque l'essence agit lentement sur l’essence, elle perd le quart de son hydrogène, et un nombre égal d’&quivalents de chlore s’y substitue (Chlorocamphène de DEVILLE). |
Le brome et l’iode se combinent également avec l’essence de térébenthine. Cette huile dissout à chaud la moitié de son poids de soufre, elle dissout pareillement le phosphore.
Avec l'acide hydrochlorique et les autres hydracides, l'essence de térébenthine forme des combinaisons particulières, tantôt so lides, tantôt cristallisées. |
L’acide nitrique et l’acide sulfurique colorent en brun l’essence de térébenthine en s’&chauffant ; un mélange de ces deux acides l’enflamme. Lorsqu'on chauffe le mélange d’acide nitrique et d'essence de térébenthine, il se produit une résine particulière soluble dans ’ammoniaque, ainsi qu'un acide auquel BRoMEIS a donné le nom d’acide térébique. L’acide sulfurique concentré donne naissanze à deux produits isomères , le térébène et le colophene. qui ont été examinés par DEVILLE.
Combinaisons de l'essence de térébenthine avec les hydracides.— L’acide hy:rochlorique forme avec l'essence de térébenthine deux composés, dont l’un est liquide, et l’autre solide et eristallisé. Ce dernier, découvert par KiNDT, est connu sous le nom de camphre artificiel. On l’obtient en faisant passer du gaz hydrochlorique dans de l’essence de térébenthine placée dans de la
glace ; une partie de l'essence se concrète alors au bout de quelque temps, tandis que le reste demeure liquide (hydrochlorate liquide). On purifie les cristaux en les sublimant, après les avoir lavés’avec une dissolution de carbonate de soude et avec de l’eau, dissolvant dans l'alcool et précipitant par l’eau. Ils sont blancs, transparents, plus légers que l'eau et d’une saveur aromatique ; ils ne rougissent pas le tournesol. Leur solution alcoolique n’est pas troublée par le nitrate d'argent.
Le camphre artificiel se sublime sans altération ; il se décompose lorsqu'on le fait passer à travers un tube Hidkdidägedhel en donnant des gaz inflammables mélangés d'acide hydrochlorique. Il brüle avec une flamme verte sur les bords, en exhalant des vapeurs d’acide hydrochlorique.
Il a été analysé par HOUTON-LABILLARDIERE, OPPERMANN, BLANCHET, SELL et Dumas; ces chimistes lui ont tous trouvé la même composition, savoir : C,, Ho, Ho Co.
SOUBEIRAN et CAPITAINE ont trouvé la même composition à la partie liquide dans laquelle les cristaux de camphre artificiel se sont formés. Ce camphre liquide est légèrement coloré, fume à Pair et peut être distillé sans se décomposer.
Il est à noter que quelques chimistes désignent le'camphre artificiel sous le nom d’hydrochiorate de camphène; DEVILLE appelle le camphre liquide bihydrochlorate de terebene, et SOUBEIRAN et CAPITAINE le nomment hydrochiorate de peucylene. | DEVILLE a également décrit les combinaisons que V’essence
le térébenthine forme avec l'acide hydrobromique. Le camphre lide C,, Hs, H, Br, ou hydrobromate de camphène a l'odeur, spect et la forme cristalline du composé qu’on obtient, dans bs mêmes circonstances, avec l’acide hydrochlorique. Sa dissovon alcooliquese colore en rouge à l’air, par suite d’une modiation dont le résultat est de mettre à nu une certaine quantité di brome. La formation de cette combinaison est toujours aceimpagnde de celle d’un produit liquide (bihydrobromate de téré- . bèe de DEVILLE) comme dans le cas de l’acide hydrochlorique. ant à l’acide hydriodique, il ne fournit qu’un produit liquide qu| présente , du reste, une composition analogue à celle des cons précédents, savoir : Co Hy, He Je: ; cet hydriodate se
314 TRAITE décompose très vite à l’air en.se colorant fortement ; au.feu, sa décomposition est très rapide (DEvVILLE)
Lorsqu'on fait passer les vapeurs du camphre artificiel (hydrochlorate de camphène) à travers un tube fortement chauffé et rempli de fragments de chaux, il se produit du chlorure de cl cium, ainsi qu’un liquide qui présente la même composition que l'essence de térébenthine ; il est incolore, très fluide , possède la même densité que cette essence et bout à 134°. Ce corps, découvert par OPPERMANN, a reçu divers noms; BLANCHET et SELL l'ont appelé dadyle; SOUBEIRAN et CAPITAINE, terebene; et DEVILLE, camphilène. Il y a là une vraie confusion de noms: car le térébène de DEVILLE, par exemple, est toute autre chose que le térébène de SOUBEIRAN et CAPITAINE. |
Plusieurs chimistes, se fondant sur ce que l’essence de térébenthine donne toujours un hydrochlorate liquide et un hydro= chlorate solide , admettent que cette essence renferme deux principes particuliers et isomères : l’un, le camphène, fournirait avec le gaz hydrochlorique le camphre solide; et l’autre, le térébène (DEVILLE ; peucylène de SOUBEIRAN et CAPITAINE), donnerait avec ce même gaz le camphre liquide. Cette opinion a été émise par BLANCHET et SELL.
Terebene et colophène de DEVILLE. — L’acide sulfurique concentré fait éprouver à l’essence de térébenthine une altération moléculaire qui la transforme en deux corps isomères ayant la même! composition qu'elle. DEVILLE prescrit de mêler, dans un ballon’ constamment refroidi, de l'essence de térébenthine avec ?|,, de son poids d’acide sulfurique, de manière que le tout deviennerouge foncé et visqueux. On laisse déposer pendant vingt-quatre heures, on décante et on laisse au fond du ballon un dépôt noir for: tement chargé d'acide en excès. En chauffant la liqueur décanté on voit après quelques bulles d'acide sulfureux qu'elle devient ircolore; par la distillation , elle donne d’abord du térébène ; quard sa production a cessé, il faut chauffer plus fortement, et alors on obtient le colophene.
Le térébène est fluide, comme l'essence de térébenthine ; ia une odeur agréable qui ne rappelle en rien lPodeur de celleoi, Sa densité, à l'état de vapeur comme à l'état diquide, es la
même que celle.de l'essence de térébenthine; enfin, il bout égale- 4 ment à la même température. C’est ce corps que DEVILLE Y considère comme le princive qui, dans l’essence de térébenthine, donne avec l’acide hydrochlorique le camphre liquide ; A cependant, il est à observer que le térebène isolé n’absorbe que , f la moitié de l’acide hydrochlorique qui est renfermé dans le cam- 2 phre liquide préparé avec l'essence de térébenthine.
Le chlore agit sur le térébène d’une manière très vive, en L donnant le corps C,, H:4 Cl, (chlorotérébène), ce produit chloré De + se décompose par la distillation sèche en donnant de l’acide hy- # drochlorique, du charbon et un nouveau corps chloré C,, He Cl, (mono-chlorotérébène). Voici comment DEVILLE exprime la for- # mation de ce dernier produit :
3 (C,H, Cl) = Cro + 2(C, Ho Ch) + 8 He Ch.
Le brome produit avec le térébène un corps semblable aux bi précédents : Ces Hu Br.
Quant au colophène, qui distille après qu’il ne passe plus de térébène, et seulement à une température bien plus élevée, il est 4 également isomérique avec l'essence de térébenthine. C’est un À liquide doué d’une espèce de dichroïsme : ainsi il paraît incolore quand on le regarde en le plaçant entre l’œil et la lumière, et dans d’autres sens il présente une couleur bleu-indigo. Sa den-
‚site est de 0, 939 à 25°; elle est done plus forte que celle de l’essence de térébenthine. Il bout vers 315°; il absorbe l’acide hydrochlorique et est décomposé par le chlore. Ce même corps se 14 produit par la distillation sèche de la colophane (DEVILLE). |
Action du chlore sur l'essence de térébenthine. — L’essence
de térébenthine absorbe le chlore en s’&chauffani ei en donnant | lieu à un dégagement abondant d’acide hydrochlorique. Si l’on y ® fait passer un excès de chlore, on obtient un liquide très vis- queux, incolore, d’une odeur particulière camphrée, et d’une saveur à la fois sucrée et amère. Sa densité est de 1, 36; sa composition se représente par C,, H,, C,. Par la distillation sèche il donne beaucoup de camphre artificiel.
En faisant agir un excès de chlore sur l’hydrochlorate solide ne Coo Hs, H,Cl,, on obtient un corps solide Co His Cl, en même
316 TRAITE à
temps qu’il se dégage beaucoup d’acide hydrochlorique. C’est le chlorocamphene de DEVILLE; sa densité à 8° est de 1, 5. Il fond, sans se volatiliser, entre 110° et 115°; il donne, par la distillation sèche, beaucoup d’hydrochlorate solide.
Le brome donne avec l'essence de térébenthine un liquide visqueux et très dense, de la composition C,, H,, Br,; sa densité est de 1, 975 à 20°. |
L'acide carbonique décompose l'essence de térébenthine au rouge sombre, en donnant une huile très fluide qui ressemble à l’acetone, en même temps qu’il se dégage de l’eau et de l’oxide de carbone. Cette huile a pour composition Cs, His. (DEVILLE, Annal. de chim. et de phys. t. LXXV. p. 37.)
Produits de l’oxidation de l'essence de térébenthine par l'acide nitrique. — Lorsqu'on chauffe de l’essence de térébenthine avec de l’acide nitrique de concentration moyenne, il se manifeste une action très vive et il se produit une matière résineuse qui se dissout complétement dans l’acide par un traitement prolongé. Lorsqu'on mêle cette dissolution avec de l’eau, elle se trouble en précipitant une résine; si l’on évapore le liquide surnageant et qu'on le précipite à plusieurs reprises par de l’eau, il reste à la fin un produit fort acide, très amer et exempt de résine, qui, abandonné à lui-même à l’état syrupeux , s’épaissit et donne une masse cristalline. Les cristaux se purifient aisément par des lavages à l’eau ; ils ont beaucoup d'éclat, présentent la forme d’aiguilles quadrilatères terminées par une face oblique, fondent difficilement et se décomposent à une température élevée sans se sublimer,
BROMEIS, qui a observé le premier ce produit cristallin, lui donne le nom d’acide térébique. Il n’a examiné que le sel qu'il forme avec l’oxide d'argent. L'analyse l’a conduit, pour cet acide, à la formule C,, H,O, = C,, H.. O, — H,O. Il est curieux de voir que cet acide né précipite ni les sels de plomb, ni ceux de chaux, ni ceux d'argent; il réclame de nouvelles recherchés:
Suivant GERHARDT, la résine qui se produit par l’action del’acide nitrique sur l'essence de térébenthine se compose de deux principes dont l’un se dissout complétement dans l’ammoniaque avec une couleur rouge et en est précipité par les acides à l’état de flocons jaunes: l’analyse a donné pour cette résine acide
DE CHIMIE ORGANIQUE. 347 58,73 — 58,32 carbone, 5,65 — 5,88 hydrogène et 35,62 — 35,80 azote et oxigène. L'autre principe qui l'accompagne était insoluble dans l'ammoniaque et dans les alcalis fixes. Ces deux résines paraissent contenir les éléments de l’acide hyponitrique. Les cônes du pin fournissent une huile essentielle qui est identique avec l'essence de térébenthine, et que l’on trouve dans quelques pharmacopées sous le nom d'huile de templin.
Essence de genièvre.
Elle est isomérique avec l’essence de térébenthine.
On l’obtient, en distillant avec de l’eau, les baies du genévrier (Juniperus communis); suivant BLANCHET et SELL, les baies vertes donnent plus d'essence (4 kilogr. en fournissent 60 gr.) que les baies müres (la même quantité n’en fournit que 15 gr.).
Le produit qu'on retire des baies vertes renferme une huile qui bout à 155°, et une autre moins volatile dans le point d’ébullition est à 205°; c’est cette dernière huile qui constitue tout entière l’essence des baies müres.
L'huile plus volatile est incolore, d’une odeur qui est à la fois celle du genièvre et du bois de pin. Lorsqu'on l’agite avec de Veau salée, elle dépose une matière cristalline qui est probablement un hydrate d'essence. La densité de l’huile est de 0,839. Elle ne se dissout que fort peu dans l’alcool de 0,85, se mélange à parties égales avec l'alcool anhydre ‚et s’en sépare par une plus forte addition d'alcool. Elle se mélange en toutes proportions avec l’éther anhydre.
L’huile moins volatile ne s’obtient pas incolore ; sa densité est de 0,878 ; elle se dissout peu dans l'alcool de 0,85, exige 8 parties d'alcool anhydre pour se dissoudre , et se mélange en toutes proportions avec l’ether. Le potassium n’en est pas altéré. Si l’on ajoute à l’huile une lessive de potasse, avant de la distiller, on recueille, outre l'huile liquide, une substance cristalline qui est probablement de la nature des hydrates. Ce corps cristallin se forme également très vite lorsqu'on abandonne l'huile sur l’eau.
BLANCHET et SELL ont trouvé à l’huile plus volatile la composition de l'essence de térébenthine. La densité de sa vapeur est
également la même que celle de cette dernière, d’après Sov- BEIRAN et CAPITAINE.
Elle donne avec le gaz hydrochlôrique une combinaison Iiquide (hydrochloraté dé juniperilene, SOUBEIRAN et CAPITAINE) contenant 66,16 charbon, 9,09 hydrogène, 24,6 chloré ; cé qui conduit à la formule Ch H,, CA.
L'eau - de- vie dé genievre ou gin des “Anglais renferme une petite quantit& de cette essence.
On l’emploie en médecine comme diurétique; elle communique à l’urine une odeur de violettes.
Le bois frais du genévriér donne une huile sémblable par la distillation avec de l’eau. On obtient un mélange d'essence et d'huile empyreumatique pär la distillation sèche du bois résineux | du genévrier ét d’autres variétés de juniperus.
Essence de sabine.
Les baies de sabine (Juniperus sabina) donnent une essence’ incolore, fluide, d’une odeur repoussante et d’une saveur rési=" neuse, àcre et amère. Elle a la même composition (que l’essence de térébenthine (Dumas, LAURENT), ne rougit-pasle tournesol: et fait explosion avec l’iode. Sa densité est de 0,915.
Elle est employée comme diurétique. Aucune autre plante ne: renferme autant d’huile essentielle que la sabine.
Essence d’elemi.
On l’obtient en distillant avec de l’eau la resine d’Arhyris” elemifera ou céylanica. Cette résine renférme, suivant Bo- NASTRE, 12,5 pour cent d'essence, selon STENHOUSE, Seulement 3 1/2 pour cent. Mais comme il existe plusieurs variétés de r'ékine élémi, on conçoit que les quantités d'essence obtenues par la distillation peuvent varier entre des limites assez étendues ; certaines résines ont donné à DEVILLE plus de 13 pour cent d’essence.
L’essence d’élémi est incolore, d’une limpidité et d’une fluidité parfaites, d’une odeur de résine, et d’une saveur âcre: sa densite est de 0,849 à 11° 5, son point d’ebullition est fixe à 1740
ie wer.
7 St
(DEVILLE ;selon STENHOUSE, sa densité est de 0,852et son point d’ebullition a 166°). Elle brûle avec une flamme fuligineuse, ne se dissout pas dans l’eau, se dissout peu dans l'alcool faible et se mêle en toutes proportions avec l’alcool et l’éther. Le potassium n’en est pas altéré. |
D'après les expériences de DEVILLE, cette essence absorbe le gaz hydrochlorique et produit deux camphres, l’un liquide et
Pautre solide, ayant tous les deux la composition C,, H,4, H Cl; c’est-à-dire la même que celle du camphre artificiel de ciiron. La quantité d’acide hydrochlorique qu’absorbe l'essence d'élémi est énorme ;.elle s'élève à 47,68 pour cent du poids de l'essence, et pour obtenir le camphre cristallisé, il faut continuer le courant de gaz jusqu’à ce que l’on ait dépassé de beaucoup le moment où la saturation paraît complète. STENHOUSE n'avait pas obtenu de camphre solide.
…L'essence d'élémi a la même composition que l’essence de térébenthine (STENHOUSE, DEVILLE). L’iode s’6chauffe beaucoup avec elle. L’acide nitrique ia colore en brun jaunätre ; par l’échauffement du mélange, it ÿ à éxplosion ét production de résine.
Essence de Styrax.
en styrax liquide donne, par la distillation avec l’eau, une huile ‚essentielle qui a été décrite par BONASTRE et examinée plus tard par SIMON. Ce dernier distille, pour l'obtenir, 2 parties de styrax avec 1,5 parties de Carhonate de soude et 15 parties d'eau ; il faut observer toutefois qu’on en obtient autant sans l'emploi de. la soude. La quantité de produit dépend de la fraicheur el de la qualité du styrax, de sorte qu’on obtient, avec 500 grammes, tantôt 8 grammes, tantôt seulement 1 gramme.
. L’essence récemment préparée est limpide, possède l’odeur du styrax, se dissout dans l'alcool et l'éther, et réfracte fortement la lumière. Exposée à l'air, elle s’épaissit à la longue en donnant une masse gélatineuse qui ne se dissout plus ni dans lalcool, ni dans l’éther, ni dans l’essence de térébenthine.
IMON adonne à l’essence le nom de styrole; elle renferme, suivant les analyses de MarcHAND, 92,46 carbone et 7,54 hy-