‹ Traité de chimie organique (volume 2)Chapitre 41 sur 80 · PRINCIPES CONCRETS DE LA NATURE DÉS ESSENCÉS · texte numérisé non relu

PRINCIPES CONCRETS DE LA NATURE DÉS ESSENCÉS

Nous allons décrire ici, comme serattachant directement aux huiles essentielles, plusieurs principes volatils, concrets et cristallisés qui peuvent également s’extraire des plantes par la distillation avec de l’eau.

Hellenine.

On l’obtient en traitant la racine d’aunée (Znula Helenium) par de l'alcool bouillant; elle passe aussi à la distillation de la’ racine avec de l’eau, en petite quantité il est vrai, mais bien pure. Elle cristallise en prismes quadrilatères, incolores, d’une”

saveur et d’une odeur très faibles, plus légers que l’eau, et inso-

lubles dans ce liquide. L'alcool et l’éther la dissolvent aisément, l'eau la précipite de ses dissolutions. Elle se dissout également en toutes proportions dans les huiles essentielles et la cr&osote. Elle fond à 720, bout entre 275 et 280°, et se volatilise avant” cette température, en répandant une faible odeur aromatique et en s’alterant en partie. Lorsqu'on la fait fondre à une douce température, elle se prend, par le refroidissement, en une masse cristalline; mais si on la maintient pendant quelque temps à une chaleur élevée, elle donne, en refroidissant, une masse de l’aspect de la colophane. Les alcalis aqueux la dissolvent et les acides l'en précipitent sans altération; la potasse en fusion la chärbonne. Elle se combine avec l’acide sulfurique concentré en donnant un acide particulier qui se décompose très vite. (GERHARDT.) Suivant Dumas, l'hellénine renferme 76,9 carbone, 8,8 hydrogène, et 14,3 oxigène; il en déduit la formule C,, H,, Os:

GERHARDT y a trouvé 77,32—77,98 carbone, 8,45—8,62 hydrogène, 14,12— 13,50 oxigène; nombres qu’il représente par C,, H,, O,. Cette formule s'accorde assez bien avec les produits de décomposition de l’hellénine.

La nitrohellenine s'obtient en chauffant l’héllénine avec de Vacide nitrique de concentration moyenne jusqu’à ce que le produit se dissolve complétement dans l’ammoniaque. On verse alors la solution nitrique, goutte à goutte, dans de l’eau, de manière que la nitrohellénine se précipite à l’état de flocons jaunes. Ce produit se dissout aisément dans l’ammoniaque, et en est précipité par les acides à l’état d’une gelée rouge ; il n’est point volatil, est peu soluble dans l’eau, et se dissout aisément dans l’alcool et l’acide nitrique. Un excès d’acide nitrique le transforme en acide oxalique. La potasse en fusion le charbonne en dégageant de l’ammoniaque. Il renferme 56,69 carbone et 6,15 hydrogène; l'azote n’en a pas été déterminé. Sa formule se représente probablement par C,, H,, O, + Az, O..

Lorsqu'on fait passer du chlore sur de l’hellénine maintenue en fusion, et qu'on épuise le produit par de l'alcool bouillant, il sy dépose, par le refroidissement, des flocons jaunes, renfermant 48,3 carbone , 5,6 hydrogène et 36,9 chlore, composition qui correspond à la formule C,, H,, CZ O, + H, CZ; c’est du chlorhydrate de chlorhellenine. Il constitue une poudre jaune, plus légère que l’eau, qui ne le dissout pas. Quand on le chauffe avec de la chaux caustique, il fournit de la naphtaline.

En distillant l’hellénine avec de l'acide phosphorique anhydre, on obtient un corps oléagineux que l’on purifie d’un mélange d'hellénine au moyen de l'acide sulfurique fumant ; après l'avoir convenablement lavé, on le dessèche sur du chlorure de calcium. Cette huile, qui a reçu le nom d’hellenene, renferme 91,20 carbone et 8,8 1/2 hydrogène, composition qui peut s’exprimer par C,, H,.; c’est donc de l’hellénine qui a perdu les éléments de 2 atomes d'eau. Elle est incolore, plus légère que l’eau, d’une saveur äcre et d’une odeur faible; elle bout vers 200°. Elle n’est attaquée, à froid, ni par l’acide sulfurique fumant, ni par l’acide uitrique. (GERHARDT.)

Asarine ou asarite.

Pour l'obtenir, on distille la racine sèche du cabaret ou oreille d'homme (Asarum europaeum) avec 8 parties d’eau, jusqu'à ce que 3 parties aient passé. L’asarine cristallise en partie dans le col de la cornue, en partie par le refroidissement du produit distillé. Elle se prend en tables quadrilatères, transparentes et nacrées, d’une odeur et d’une saveur camphrées, fond dans l’eau bouillante, et peut se pétrir entre les doigts comme de la cire: Sa densité, suivant GRAEGER, est de 0,95; son point de fusion est à 70°; selon BLANCHET et SELL, elle fond à 40° et se cons crète à 27°. Elle se volatilise sans résidu; ses vapeurs excitent la toux.

Elle bout vers 280°, mais le point d’ébullition s'élève peu à peu à 300°, où ele se décompose sans se sublimer. Elle est peu soluble dans l’eau, à laquelle toutefois elle communique sa saveur: L'alcool la dissout aisément, et l’eau la précipite de sa dissolution.

D’après BLANCHET et SELL, elle renferme 69,42 cartel 7,79 hydrogène et 22,79 oxigène, nombres qui Rp à la formule C, H,, O,. Ges chimistes considèrent l’asarine comme l’hydrate d’une huile particulière qu’on peut extraire delle racine au moyen de l'alcool; cette huile leur a donné pour cOMposition 75,41 carbone, 9,76 hydrogène et 14,83 oxigène. Ce pendant ces résultats ne permettent pas d'envisager. l’asarine comme une combinaison de ! atome de cette huile avec1 atome d’eau, car les nombres calculés diffèrent trop de ceux for par l'expérience.

Nicotianine. 4

Ce principe s'obtient quand on distille les feuilles de tabat avec peu d'eau. 1 livre de ces feuilles. fournissent à peine 2 grains d’une substance sébacée, qui a l'odeur de la fumée de tabac, et dont la saveur est aromatique et amère; cette substance se volatilise par la chaleur, ne se dissout pas oz l’eau, eb St dissout facilement dans lalcool et l’éther. Elle est égale-

ment soluble dans la potasse ; les acides étendus ne la dissolvent

pas.

| Anémonine.

Elle a été découverte par HEYER dans les feuilles d’Anemone pulsatilla, A. nemorosa et A. pratensis; VAUQUELIN, ROBERT, SCHWARTZ, LOEWIG et WEIDMANN, et, tout récemment, FEH- LING l’ont examinée.

‚On se la procure en distillant les feuilles De de ces plantes avec deux fois leur poids d’eau; lorsque la moitié de l'eau, ou un peu plus, a passé, l’anémonine s’y dépose à l’état cristallise, au, bout de quelques semaines. Elle est plus pesante que l'eau, fond et se volatilise par l’échauffement à l’air libre, en répandant une odeur très forte qui irrite beaucoup les yeux ; toutefois, on ne peut pas la distiller sans altération. Elle possède une saveur äere et brûlante, se dissout peu dans l’eau et fort bien dans l’éther.

» Dorsqu’onla fait bouillir avec de l'acide nitrique, elle se décompose en dégageant des vapeurs nitreuses. Le chlore, le brôme ‘ét Piode n’y agissent pas d’une maniere extraordinaire. L’acide sulfurique concentré la dissout à froid; l’eau la précipite de sa so- Iution; par l’échauffement du mélange, il se développe de l'acide sulfureux. L’acide sulfurique étendu l’altère également par une ébullition prolongée ; l'acide hydrochlorique concentré la transforme en acide anémonique. (LOEWIG.)

“Suivant LoEwIG, l’anémonine renferme 55,70 carbone, 4,3 hydrogène et 40,0 oxigène, nombres qu'il interprète par C, 8; O,.

" FEHLING a observé que l’anémonine est très soluble né l’alc00! bouillant, peu soluble dans l’éther et dans l’eau. Quand on la dissout dans l’aleool, elle laisse toujours un résidu blanc et pulvérulent, insoluble dans l’éther, l'eau, les huiles grasses et les essences. Elle cristallise de sa solution alcoolique. FEHLING a fait quatre analyses très concordantes sur des échantillons préparés à différentes époques : il y a trouvé, terme moyen, 62,85 éarbone, 4,37 hydrogène et 32,78 oxigène, nombres qui-peuvent se représenter par C, H, O;. En faisant bouillir de l'anémonine

avec de l’oxide: de plomb et de l’eau, il a obtenu une combinaison cristalline, pour laquelle l'analyse a donné C,,H,. O,, Pb O,

On prépare l'acide anémonique, suivant LozwIG, en faisant bouillir l’anémonine avec de l’eau de baryte ; on enlève l'excès de baryte par un courant d'acide carbonique, et l’on ajoute de l'acétate de plomb au liquide filtré. Il se précipite alors de l’anémonate de plomb à l’état de flocons jaunes qu’on décompose par l'hydrogène sulfuré. On évapore à siccité la dissolution de l'acide anémonique ; c’est une masse brune, diaphane, cassante, non cristalline, qui donne une poudre brun-jaune ; elle attire rapidement l'humidité de l’atmosphère, est fort peu soluble dans Palcool, et insoluble dans l’éther. Sa saveur est très acide. Il rougit le tournesol et décompose les carbonates. Il se décompose luimême par la distillation sèche. Ses sels ne cristallisent pas. LoEwIG représente cet acide par la formule C, H, O; + ag.

Suivant SCHWARTZ, l'acide anémonique se dépose dans l’eau distillée des feuilles d’anemone en même temps que l’an&monine; d’après lui, cet acide est à peine soluble dans l’eau, l'alcool et l’ether. Les alcalis le colorent en jaune et le décomposent:en deux corps, dont l’un est soluble et l’autre insoluble dans la potasse. L'eau distillée récente contiendrait aussi, suivant lui, une huile äcre, qui, par l’action de l'air, se transforme d’abord en an&monine, puis en acide anémonique.

Cantharidine.

Les cantharides (Zyta ruficollis) renferment un principe cristallisé qui a été découvert par ROBIQUET. Pour Visoler, On épuise les insectes avec de l’eau, on évapore l'extrait à siccité, et l'on traite le résidu par de l'alcool bouillant. On évapore de nouveau cette dissolution et on la traite par de l’éther; par l’&vaporation spontanée, celui-ci laisse déposer la cantharidine à l’état de lamelles micacées que l’on purifie, par des lavages à l’alcool, d’une certaine matière jaune.

Elle est insoluble dans l’eau; toutefois, lorsqu’elle est impure, elle s’y dissout. Elle est très soluble EE l'alcool bouillant et cristallise par le refroidissement de la solution. L’&ther et les huiles la dissolvent également avec facilité, L’acide acétique et l'a

cide hydrochlorique ne la dissolvent pas. Elle fond par l’échauffement et se volatilise sans se décomposer, à une température élevée. C’est à ce principe que les cantharides doivent leur action vésicante.

Suivant REGNAULT, la cantharidine renferme 61,68 charbon, 6,04 hydrogène et 32,28 oxigene , nombres qu’il exprime par Cio H» O..

PRINCIPES CONCRETS NON ANALYSÉS. ( CAMPHRES , STÉAROPTÈNES.)

Principe de la vanille. — Ce sont des aiguilles ou des lamelles petites et flexibles qui fondent par la chaleur en donnant des vapeurs qui ne sont pas irritantes et n’excitent pas la toux. Elles nese dissolvent pas dans l’eaus lalcool et l’éther les dissolvent aisement; les solutions sont neutres. ( BLEY.)

Quassine. — Suivant BENNERSCHEIDT , le bois de Surinam (Quassia amara) renferme une petite quantité de tables blanches qui ont l'odeur du bois, sont plus légères que Peau, et s’y dissolvent un peu à chaud.

Tanguine. — On l’obtient, d’après HENRY, en épuisant par Péther les amandes du tanguin de Madagascar ( Tanghinia madagascariensis ), après les avoir préalablement exprimées pour en séparer l'huile grasse. La solution dépose par l’évaporation spontanée des cristaux que l’on purifie en les dissolvant dans Palcool. Ces cristaux sont transparents et se désagrègent à l’air; ils fondent en une masse résinoïde sans se volatiliser, n’agissent pas sur le tournesol, et possèdent une saveur d’abord amère, puis fort brûlante comme celle de la pyrèthre. Ils sont insolubles dans l’eau , solubles dans l'alcool, et sont précipités de leur solution par l’eau. L’&ther les dissout aisément. Les acides ne se combinent pas avec eux. Il agit, même en petites doses, comme un poison très énergique.

… Principes de l'écorce de massoy. — L'écorce de massoy renferme, suivant BONASTRE, un principe concret , blanc, pulvérulent, rude au toucher, peu odorant, presque insipide, plus pesant que l’eau, et soluble dans l'alcool , l’ether et l'acide acé-

tique. Il lui donne le nom de camphre de massoy. L’aeide nitrique le colore en jaune. La racine de massoy renferme en outre deux huiles , dont l’une est plus légère que l'eau, incolore, très fluide, d’une saveur äcre et brülante, d’une odeur de sassafras; elle se dissout aisément dans alcool, V’öther et l'acide acétique, et prend par lacide nitrique une, couleur rouge cerise: L’autre huile est moins volatile et moins fluide; son odeur est moins forte que celle de la précédente; sa saveur est très âcres à — 10° elle s’épaissit. A. froid, elle prend par Pacide nitrique une couleur écarlate; par l’&chauffement du mélange, il se produit de l’acide oxalique. Elle ne se combine avec les alcalis que d’une manière imparfaite.

Principe des oreilles d'ours. — La racine fraiche des oreilles d'ours (Primula auricula) donne, d'après HUENEFELD, des pris* mes allongés et incolores dont l’odeur rappelle celle de la menthe poivrée. — La racine des primevères (Primula veris ) renferme une substance semblable, que Fon peut obtenir en aiguilles blanches qui sentent à la fois le fenouil et Yail. (HUENEFELD.):

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