TRAITE MATIÈRES COLORANTES VERTES
Le principe colorant vert est le plus répandu dans le règne végétal. Toutes les feuilles et les jeunes tiges, ainsi que les fruits non mûrs des phanérogames, sont ordinairement vertes ; il n'y a que les parties des classes inférieures de l'échelle végétale, comme les algues, les lichens et les fucus , qui manquent de la couleur verte,
Le principe vert des plantes est ce qu’on appelle la chlorophylle. Il a été examiné par plusieurs chimistes qui toutefois ne s'accordent pas dans leurs résultats, ce qui permet de supposer qu’ils ont opéré sur des mélanges. Les recherches les plus exactes sur ce corps ont été faites par BERZÉLIUS. Il l'avait extrait des feuilles du cormier (Sorbus ou Crataegus Aria), en les épuisant encore fraîches, par de l’éther. On chasse l’éther de l'extrait, puis on traite le résidu par l'alcool anhydre; on évapore la solution alcoolique et l’on y verse de l'acide hydrochlorique; de cette manière, elle prend une belle couleur émeraude et laisse une substance insoluble et de couleur foncée. L’eau précipite la chlo= rophylle de la solution acide ; on la lave avec de l’eau bouillante qui en extrait une substance jaune. La chlorophylle ainsi préparée est peu soluble dans l'alcool et l’éther. On la dissout dans la potasse caustique qui laisse une petite quantité d’une matière noire, puis on la précipite avec de Pacide acétique. La masse desséchée est d’un vert foncé; en poudre elle est d’un vert-pré. A 200° elle ne donne qu’une trace d'humidité sans se fondre.
La chlorophylle est complétement insoluble dans l’eau ; l'a cool est le meilleur solvant pour elle; toutefois il ne la dissout qu'en petite quantité. Lorsqu’elle est humide, il la dissout bien; mais quand une fois elle a été desséchée, la dissolution ne se fait que lentement. L’éther se comporte avec elle comme Palcool.
L’acide sulfurique la dissout avec une couleur vert &meraude, et l’eau l'en précipite en grande partie, en même temps que le liquide prend une teinte d’aigue marine. Il en est de mêmepour l'acide hydrochlorique ; en évaporant doucement, on peut chasser tout l’acide et obtenir de la chlorophylle non altérée,
Le ctilore la blanchit promptement. L’acide nitrique lui comunique une couleur rouge de feu, sans occasionner de dégagement de gaz; l'eau ne la précipite plus de la solution.
Les alcalis la dissolvent avec une couleur verte. Lorsqu'on évapore la dissolution, il s’en sépare une combinaison de chlorophylle et de potasse qui se dissout aisément dans l’eau avec une pelle couleur verte. L’eau de chaux et de baryte donnent avec la chlorophylle des précipités vert clair, d’où l’alcool et l’éther n’extraient rien. La chlorophylle se combine également avec l'oxide de plomb. La conibinaison de ce principe avec la potasse est précipitée en vert par une solution d’alcool.
Les feuilles desséchées ont donné à BERZELIUS une petite
portion de chlorophylle modifiée, assez semblable du reste à la précédente; elle ne s’en distinguait que par sa couleur vertjäunätre et en ce que l'eau ne précipitait pas sa dissolution hydrochlorique.
La substance insoluble que l’on obtient dans la préparation de la chlorophylle est une troisième modification de ce principe. Elle est moins soluble dans l'alcool et l’ether, et ne donne pas de sublimé rouge par la distillation sèche, comme les deux autres modifications.
La chlorophylle n'est pas décolorée par l'hydrogène sulfure. Lorsqu'on introduit du zinc dans sa solution hydrochlorique, elle jaunit; à l'air elle reprend en partie sa couleur verte.
ESCULINE.
Synonymes : polychrome, enallochrome.
» Cette substance se rencontre, suivant les observations de plusieurs chimistes, dans beaucoup de plantes. Elle a été d’abord trouvée par LOESEKE dans la décoction du bois néphritique (Guilandina Moringa L.) FRISCHMANN l’a observée dans l'écorce du marronnier d'Inde et dans celle de l’aulne; NOLDE l’a déouverte dans le bois de quassia. Plus tard REMMLER, RAAB, Marrius, Minor, DAHLSTROEM et KALKBRENNER se sont occupés de l’examen de cette substance. C’est "TTROMMSDORFF qui l’a plus particulièrement étudiée.
Suivant MINOR, on épuise avec de l’eau l'écorce des marrons d'Inde, et l’on précipite par de l’acétate de plomb; on fait passer ensuite de l'hydrogène sulfuré dans le liquide filtré, afin d'enlever l'excès de plomb, et l’on évapore à consistance de sirop. L’eseuline cristallise au bout de quelques jeurs; on la lave avec de l’eau.
: TROMMSDORFF prescrit d’Epuiser l'écorce par 8 parties d’alcool, d’évaporer jusqu'à 1 ‘/{, pour cent, et d'abandonner le résidu à l'évaporation spontanée. L’esculine s’y dépose alors au bout de quelques semaines; on la lave à l’eau froide, et on la dis= sout dans un mélange d'alcool et d’éther, opération qu’il faut ré= péter plusieurs fois.
L’esculine pure est incolore, cristalline, d’une saveur amère, peu soluble dans l’eau froide, très soluble dans l’eau bouillante, Cette dissolution se prend en masse par le refroidissement; elle est diaphane par transmission, et bleue par réflexion; cet effet s’observe encore dans une solution de 1 partie d’esculine pour 1 *L, million de parties d’eau.
1 partie d’esculine se dissout dans 24 parties d'alcool bouillant, et s’en précipite par lerefroidissement à l’état pulvérulent. L’&ther anhydre ne la dissout que fort peu. Les acides détruisent l'effet chatoyant de la solution aqueuse; les alcalis au contraire la colorent en jaune et en augmentent beaucoup le miroitement. Le chlore rougit la solution et détruit l’esculine.
Elle fond par la chaleur en une masse brune et boursoufflee. Elle rougit le tournesol, ne donne pas de précipités avec les oxides métalliques, et ne produit pas de combinaisons cristallisables avec les alcalis.
Suivant Trommsporrr le jeune, l’esculine renferme 52,452 carbone, 4,876 hydrogène, 42,672 oxigène, nombres qui correspondent à la formule C, H, O,: