PRODUITS DE LA DECOMPOSITION DE L’ACIDE SALICYLEUX
Acide chlorosalicylique.
is — C,H. 0, + CE (Pırn).
Synonymes : chlorure de salicyle, chlorure de spiroile.
On l’obtient en faisant passer un courant de chlore sec dans de l'acide salicyleux anhydre, jusqu’à ce qu'il ne se dégage plus d'acide chloraydrique ; par le refroidissement, la combinaison devient solide et cristalline. On purifie le produit en le dissolvant dans de l'alcool chaud et faisant cristalliser.
L’acide chlorosalicylique cristallise en tables rhomboïdales obliques, légèrement jaunâtres, d’un éclat nacré et d’une odeur aromatique particulière. 11 fond et se sublime sans altération, il
est inflammable et brûle avec une flamme verte. Il est insoluble
Formule : C,, H, |
dans l’eau, et soluble dans l'alcool et l’ether , qui l’abandonnent en cristaux réguliers. Il se combine directement avec les alealis, et est précipité de ces combinaisons par les acides, sans subir la moindre modification.
Sa dissolution alcoolique produit un précipité vert jaunâtre dans l’acétate de cuivre; dans l’acétate de plomb, elle oceasionne un précipité jaune. Les sels de peroxide de fer sont colorés en bleu foncé.
Chauffé avec du potassium, cet acide se décompose avec production de lumière.
L’ammoniaque gazeuse le transforme en chlorosalieylimide.
La propriété que possède cet acide chloré de s’unir aux bases ‘sans en être décomposé, le distingue essentiellement de toutes les combinaisons analogues que forment les radicaux composés. En effet, il se combine directement avec les oxides métalliques, en donnant naissance à des sels particuliers, qui renferment 1 atome d'acide chlorosalicylique et 1 atome d’oxide, de sorte qu’on peut les envisager comme des combinaisons d’acide salicylique et de chlorures métalliques, C,, H,, O, + CZ M, combinaisons semblables à celles du chromate de chlorure de chrome avec les alcalis ou les chlorures métalliques.
Chlorosalicylimide.
Formule : Cr Ho Cle O6 N, (PIRIA, ETTLING).
Synonyme: chlorosamide (PIRIA).
Ce corps se forme par l’action de l’ammoniaque gazeuse sur l'acide chlorosalicylique.
On l’obtient en dirigeant un courant d’ammoniaque sur de l'acide chlorosalicylique, tant qu'il se dégage de l’eau; le résidu est la combinaison en question parfaitement pure.
C’est une masse jaune, insoluble dans l’eau ; l’eau bouillante Ia décompose, les acides et les alcalis la convertissent en ammoniaque et acide chlorosalicylique. |
3 atomes d'acide chlorosalicylique se décomposent avec 2 équivalents d’ammoniaque, en abandonnant 6 atomes d’eau :
Ci HB Cle Os + N; H,, —= 6 H, © + Cu Hz Cl Os N,
DE CHIMIE ORGANIQUE. 299 c'est-à-dire 6 atomes d'hydrogène de la salicylimide sont rem» placés par 6 atomes de chlore.
Acide bromosalicylique.
Formule : Cu Ho { x
Synonyme : bromure de salicyle.
Cet acide se prépare comme le composé chloré correspondant; il possède les mêmes propriétés, et éprouve par l'ammoniaque la même transformation (bromosalicylimide, bromosamide).
Acide iodosalicylique.
Formule : C Hs N "N
Synonyme : iodure de salicyle.
L’acide salicyleux dissout une grande quantité d’iode, sans éprouver de décomposition sensible, en produisant un liquide brun foncé. On obtient l'acide iodosalicylique en distillant de l'acide chlorosalicylique avec de l'iodure de potassium ; il.se sublime sous la forme d’une masse brun noir et fusible, dont les propriétés se rapprochent tout à fait de celles des corps que nous venons de citer.
Acide nitrosalicylique.
Formule, d'après PrrrA : C4 Ho Oe Na.
Synonymes : nitrosalicylide (PırıA), acide spiroilique (LOE- WIG).
On prépare cet acide en chauffant de l'acide salicyleux avec de l'acide nitrique d’une force moyenne; il se dégage de l'acide hyponitrique, tandis qu’il reste une masse cristalline, que l'on obtient parfaitement pure, en la lavant d’abord avec de l’eau et la dissolvant ensuite dans l'alcool. Par lévaporation spontanée, l'alcool l'abandonne en prismes jaunes, minces et transparents, peu solubles dans l’eau ; cette dissolution jaunit l’épiderme et les ongles. Les sels de plomb sont précipités en jaune par cet acide, ceux de cuivre en vert; il est sans odeur, sa saveur est très äcre
et excite la toux; il est très soluble dans l'alcool, et détonne avec production de lumière, quand on le chauffe avec du potassium.
Il se combine avec les alcalis et forme des combinaisons cristallines, qui se décomposent en détonnant quand on les chauffe.
L’ammoniaque le colore en rouge de sang foncé; mis en contact avec le bichlorure de fer, il prend une teinte cerise.
Les combinaisons de cet acide réclament encore de nouvelles recherches.
L’acide nitrique fumant exerce une action très violente sur l'acide salicyleux ; il y a un dégagement abondant de vapeurs nitreuses et formation d’une masse jaune foncé et molle, qui se volatilise quand on la distille avec de l’eau; dans le résidu acide, il reste une matière qui, par le refroidissement, cristallise en prismes incolores.
APPENDICE AU SALICYLE.
Huile essentielle de reine des prés (spiræa ulmaria).
D'après les recherches de PAGENSTECHER, les fleurs de reine des prés ne renferment pas l'huile essentielle toute formée, mais celle-ci ne se produit qu’en distillant les fleurs avec de l’eau. L’essence brute que l’on obtient alors est composée de deux, peut-être même de trois huiles volatiles particulières, dont l’une constitue l’acide salicyleux. En exposant le mélange à une température de — 18° ou — 20° pendant quelques semaines, cet acide “cristallise en prismes transparents assez volumineux, qui fondent à la température ordinaire. L’essence brute contient en outre une matière analogue au camphre, cristallisant en paillettes nacrées, qui restent solides à la température ordinaire (ETTLING).
En traitant l'essence de reine des prés par une dissolution de potasse caustique, celle-ci se combine avec l'acide salicyleux, tandis qu'une huile indifférente se sépare et peut être obtenue en distillant le mélange avec de l’eau. Cette huile indifférente est incolore, moins volatile que l’eau et possède la même odeur que les fleurs de la plante. Elle n’a pas été étudiée.
DE CHIMIE ORGANIQUE, 801 Sahcine
Formule, selon Mütder : Ca Hs Ou = Cu Ha Où + 6 ag. | Elle a 6t& découverté par Lx Rovx et Bucaner. On la ren-
contre dans l'écorce et les feuilles de toutes les espèces de saules, qui ont une saveur amère, tels que salix helix W. (salix mon. Hoffm.), (salix purpurea, L.), salix amygdalina, L. (salix triandra), etc., et dans quelques espèces de peupliers.
Pour l'obtenir, on épuise l’&corce de saule fraîche ou séchée, par de l’eau bouillante; après avoir concentré la décoction, on la traite, pendant qu’on la fait bouillir, par de la litharge jusqu’à ce que la liqueur soit incolore. L’oxide de plomb dissous est d’abord précipité par de l’acide sulfurique, ensuite par du sulfure de barium. Après avoir séparé le sulfure de plomb, on évapore le liquide, pour le faire cristalliser. Au moyen du charbon et par des cristallisations réitérées, on parvient à obtenir la salicine parfaitement blanche (Merck). Les écorces qui en renferment beaucoup, fournissent déjà des cristaux, lorsqu'on les épuise à froid et qu’on évapore l'extrait avec précaution (MERCK).
On procède de la même manière pour retirer la salicine des feuilles de saule, ou de l'écorce des peupliers et des trembles.
L’oxide de plomb entraîne la gomme, le tannin et toutes les parties extractives qui pourraient empêcher la cristallisation de la salicine ; il forme avec la salicine une combinaison qui est décomposée par l'acide sulfurique et le sulfure de barium. En ajoutant ce dernier avec précaution, on obtient une liqueur qui ne contient ni acide sulfurique, ni baryte. Le sulfure de plomb qui se forme dans cette opération, sert en même temps comme décolorant. |
La salicine cristallise en aiguilles ou en lames délicates, blanches, transparentes, d’un éclat satiné, sans odeur et inaltérables à Pair; elles possèdent une saveur amère et sont sans réaction sur les couleurs végétales. Elle ne perd pas de son poids à 100», fond à 120°, et se décompose à une température plus élevée : elle devient alors jaune, résineuse et abandonne des vapeurs qui prennent feu à l'air, en brülant avec une flamme très blanche,
302 TRAÎTÉ tandis qu'il reste un charbon spongieux, boursoufflé, qui brüle sans laisser de résidu.
: Elle est soluble dans 5-6 parties d’eau à la température ordinaire, et en toutes proportions dans l’eau bouillante. Elle est également soluble dans l'alcool, mais insoluble dans l’éther et les huiles grasses. En contact avec de l'acide sulfurique concentré, elle s’y dissout avec une couleur rouge de sang ; quand on élève la température, le mélange noircit. Cette coloration rouge. sert à reconnaître la présence de la salicine dans les écorces de saules; celles qui en contiennent rougissent, à l’état sec, aux endroits humectés d’acide sulfurique.
Un mélange d’acétate de plomb et d’ammoniaque la précipité de ses dissolutions. On ne connaît pas avec certitude la composition de la combinaison blanche, iasoluble et basique que Ja salicine forme avec l’oxide de: plomb. Pırıa trouva 63,11 d’oxide de plomb, ce qui correspondrait à un composé del atome de salicine moins 6 atomes d’eau, avec 6 atomes de plomb = CE Hs Os + 6 Pb O ; d'après cette formule, elle devrait contenir 93, 9 pour cent carbone; PırıA y trouva 22,18 pour cent. L'analyse de MULDER s'accorde avec celle de PırıA pour l’oxide de plomb; mais les résultats d'ERDMANN et d'ETTLING s’en écartent beaucoup. La quantité d’oxide de plomb s’accroît avec. le nombre de lavages auxquels le précipité a été soumis. ETTLInG obtint, pour le même précipité, 62-66,5-69,15 pour cent d’oxide de plomb.
Soumise à la distillation avec un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse, la salicine produit de l’acide formique, de l'acide. carbonique, de l'acide salieyleux (hydrure de salicyle) et une matière résineuse.. :