INTRODUCTION
tante, au lieu de diminuer, s’accroit au contraire continuellement, ce qui prouve que la ensformatian du bois en ulmine est non seulönient la consequence d’un degagement d’acide carbonique, mais en outre celle d’une séparation simultanée des éléments de l’eau.
L'analyse a en effet démontré que le bois de chêne pourri * renferme en 100 parties : 53,56 carbone, ue 44 hydrogène et oxigène dans les proportions de l'eau *
- Un autre Lbaotillon a présenté ai composition suivante" : 56,211 carbone, 43,789 eau.
Ces faits prouvent, d’une manière irrécusable, l'identité de la pourriture sèche du bois avec la combustion lente des autres substances hydrogénées. Cette combustion serait certainement bien singulière si le carbone du bois se combinait directement avec l’oxigène et que le corps en combinaison, au lieu de perdre ainsi successivement du carbone, en gagnät continuellement. L’hydrogène est évidemment le corps qui s’oxide aux dépens de Pair; l’acide carbonique provient des éléments du bois. Du reste, à la température ordinaire, le carbone ne se combine jamais, sous aucune condition, directement avec l’oxigène, De former de l'acide carbonique.
Quelle que soit l’époque à laquelle on recueille le bois pourri pour Panalyser, il est évident que les éléments qu’il renferme doivent toujours pouvoir être exprimés par des équivalents. Les formules suivantes démontrent ce fait :
Bois de chêne, d’après Gay-Lussac et Tuenarn Ce Ha O2: *. Id. pourri, suivant Meyer Gus His € EG aaa?
Id. pourri, selon Wırı Css 6 Oise 7.
Il est aisé de remarquer que, pour deux équivalents d’hydrogène qui se sont oxidés, il s’est séparé chaque fois des autres éléments 2 atomes d’oxigène et 1 atome de carbone.
Substances qui entravent ou qui favorisent la pourriture sèche. — Outre les conditions ordinaires, la fibre du bois exige beaucoup de temps pour que sa pourriture s’accomplisse; sa décomposition est beaucoup accélérée par une température élevée et Paccès libre de l'air; elle est au contraire ralentie ou entravée par l'absence de l’humidité et par le contact d’une atmosphère d’acide carbonique qui, en environnant ses particules li-
* On Payait recueilli dans l’intérieur d’un tronc creux ; il était brun chocolat, assez riable, et présentait encore parfaitemeut la texture du bois. -.* 0,522 gr. de substance ont donné 0,247 gr, d’eau et 1,0075 d’acide carbonique, 100 parties ont laissé 1,45 p- de cendres.
** Cet échantillon provenait d’un autre chêne ; il était brun clair et très friable.
*** Le calcul a donné 52,5 carbone et 47,5 eau,
##* Suivant le calcul, 54 carbone et 46 eau.
»»# Le calcul a donné 56 carbone et 44 eau.
iv) INTRODUCTION.
gneuses, les émpêche ainsi de rencontrer l’oxigène. L’acide sulfureux et toutes les mätières antiseptiques arrêtent également la pourriture de la fibre ligneuse. De même, le sublimé corrosif, qui s’oppose parfaitement à la corruption de toutes les matières animales et végétales, même des plus altérables, est un moyen fort efficace de préserver de la pourriture le bois des chantiers, qui se trouve alternativement exposé à dns dé Phumidité et de l'air.
Tandis que les corps que l’on vient de nommer entravent la ee des matières végétales, il en est d’autres au contraire qui la favorisent ; ce sont particulièrement les alcalis et les terres alcalines. Ces corps sont capables de provoquer Pabsorption de l’oxigène dans des substances qui, à elles seules, n’en absorberaient pas, telles que l'alcool, acide gallique, le tannin, les matières colorantes végétales, etc. ( voir, p. xxxır et xxxım), et d’entrainer par la la décomposition de ces substances. Les acides ne produisent pas le même effet ; ils sont capables de ralentir et même d’entraver la pourriture, et en cela ils se comportent donc à peu près comme le sublimé corrosif.
Dans un sol argileux, bien ferme, l’une des conditions nécessaires à la pourriture des matières végétales qu’il contient, à savoir, humidité, se maintient le plus longtemps, tandis que la rencontre de l’air est interceptee par la consistance du terrain. Au contraire, dans un sol sablonneux et humide, et mieux encore dans un terrain composé à la fois de calcaire et de sable, la pourriture procède le plus rapidement par suite du contact des matières végétales avec la chaux.
Nature chimique de la pourriture sèche.— Si Von considère l’état, que le bois pourri présente au bout d’un temps fort long, et que l’on s’arrête un moment à la condition de son älteration, c’est-à-dire à l’enlèvement progressif de son hydrogène et à la séparation simultanée de son oxigène, sous forme d’acide carbonique, il devient manifeste que, en retranchant de la formule du bois C:6 H,, OLe, 22 équivalents d’oxigene et 11 équivalents de carbone, et en se représentant les 22 atomes (11 équivalents) d'hydrogène comme ayant été oxidés par l’air et séparés à l’état d’eau, on doit trouver qu’il reste finalement, de 1 atome de bois de chêne, 25 atomes de carbone à l’état pur, ce qui revient à dire que de 100 parties de bois de chêne renfermant 52,5 de carbone, il reste 37 parties de carbone pur, qui, n’ayant pas la faculté de s’oxider à la température ordinaire, se conserveront sans altération.
Dans la pourriture du bois qui a lieu dans les conditions ordinaires, on n'arrive pas à ce résultat final, et cela parce qu’avec laccroissement du carbone dans le pourri restant, ainsi avec sa masse, s’accroît également, comme dans toutes les décompositions de cette espèce, laffinité de cecarbone pour hydrogène qui reste encore en combinaison, de manière qu’enfin affinité de Poxigène pour cet hydrogène et celle du carbone pour ce dernier, se font réciproquement équilibre. On sait, en effet, que plus un bois est avancé dans sa pourriture, moins il est propre à brûler avec flamme,
INTRODUCTION. Ivij
c’est-à-dire à former, par l’échauff ement, des carbures d'hydrogène gazeux; ce qui prouve évidemment que l’hydrogene, constaté par Panalyse, ne s’y trouve plus sous la même forme que dans le bois.
Dans le bois de chêne pourri on rencontre plus de carbone que dans le bois sain, et l’oxigène et l'hydrogène dans les mêmes rapports que dans celui-ci. Au premier abord on pourrait croire que, par l’augmentation du carbone, le chêne pourri devrait fournir une flamme plus lumineuse et plus carbonée ; mais il brûle au contraire comme du charbon bien divisé, absolument comme s’il ne contenait plus d'hydrogène. Dans la vie commune, où l’on apprécie la valeur du bois comme combustible, suivant sa faculté de.brüler avec flamme, le bois taré ou pourri est par conséquent bien moins estimé que le bois sain.
On ne. saurait exprimer l’hydrogène, que le bois pourri renferme sous une forme autre que sous celle de l’eau, car elle seule rend suffisamment compte de ses propriétés. |
Que l’on se représente en état de pourriture un liquide à la fois riche en carbone et en hydrogène ; il est clair que, de la même manière que la naphtaline, la plus carbonée des matières cristallisées, se produit par la combustion partielle de l’hydrogène de certains carbures d’hydrogène gazeux, on devra obtenir avec ce liquide une substance de plus en plus carbonée, qui, arrivée au dernier terme de la pourriture, déposera du carbone en nature et même à l’état cristallin.
Formation des diamants, des résines fossiles, etc. — De toutes les expériences que la science a acquises, il n’en est aucune qui, aussi bien que la pourriture (lérémacausie) des matières organiques, puisse fournir la clef de la formation des diamants et d’autres substances carbonées qu’on rencontre dans la nature. On sait, en effet, d’une manière positive, que les diamants ne sont pas d’origine ignée, car la température élevée et la présence de l’oxigène sont incompatibles avec la combustibilité du carbone dont ils secomposent; on peut au contraire alléguer des raisons concluantes en faveur de la production des diamants par voie humide, et tout porte à faire admettre qu’ils se sont véritablement formés au sein d’un liquide. Les phénomènes de pourriture (d’érémacausie) peuvent donner à cet égard des éclaireissements satisfaisants. L’ambre jaune ou succin, les résines fossiles et l'acide mellitique accompagnent ordinairement les végétaux qui ont subi la pourriture; on les rencontre dans les lignites, et ils se sont formés évidemment, d’une manière analogue, par la décomposition de certaines substances qui se trouvaient dans la plante vivante sous une tout autre forme ; ils se distinguent tous par une quantité d’hydrogène extrêmement petite par rapport à celle des autres éléments. L’acide mellitique renferme le carbone et l’oxigène dans la même proportion que l’acide succinique, qui ne diffère de l'acide acétique que par la quantité d'hydrogène.
Du terreau. — Sous le nom de terreau, on désigne un mélange de matières minérales désagrégées, et de débris de substances végétales et animales. D’après les caractères qu’il présente, on peut le considérer
ds e
Ivii INTRODUCTION.
comme de la terre, à laquelle se trouve mélangé du pourri dans un état d’extrème division.
La manière dont le terreau agit sur Pair a été éclaircie par les expériences d’Incennouse et de Tu. px Saussure.
Dans un vase rempli d’air, le terreau humecté d’eau enlève à Par, bien plus rapidement encore que le bois pourri, tout l’oxigene, et le remplace par un même volume d’acide carbonique. Si lon éloigne ensuite l’acide carbonique qui s’est formé et qu’on renouvelle Pair, la même transformation continue.
L’eau froide dissout environ 1/10,000 du poids du terreau; la solution est incolore et limpide, et donne par l’evaporation un résidu renfermant du sel marin, des traces de sulfate de chaux et de la potasse, noircissant momentanément par la calcination.
L’eau bouillante, en agissant sur le terreau, se colore en jaune ou brun jaunâtre ; la solution se décolore à Pair, en absorbant de l’oxigène et produisant un dépôt noir, léger. Si l’on évapore la solution colorée, elle donne un résidu qui noircit par la calcination et laisse une masse, d’où l’eau extrait du carbonate de potasse.
Si l’on traite le terreau par une solution de potasse, on obtient un liquide noir, qui peut être mélangé avec l’acide acétique sans se troubler. L’acide sulfurique étendu en précipite des flocons noir-brunätre, légers, qui, par les lavages, ne peuvent être que difficilement purifiés de l'acide adhérent. Si l’on porte le précipité encore humide sous une cloche remplie d’oxigène, le gaz en est rapidement absorbé; la même chose a lieu lorsqu’on déssèche le précipité à Pair. Si l’on en chasse toute l'humidité à la température ordinaire, la masse perd entièrement la propriété de se dissoudre dans. l’eau, et même les alcalis n’en dissolvent alors qu’une quantité peu sensible.
D’après cela, il est évident que l’eau bouillante extrait du terreau une substance, dont la solubilite est due à la présence des sels alcalins dans les débris végétaux. Cette substance est un produit de la pourriture incomplète du ligneux ; sous le rapport de sa composition, elle se trouve placée entre le ligneux et le pourri proprement dit, et se transforme dans ce dernier corps, lorsque, à l’état humidè, on l’expose à Pair.