DE LA POURRITURE SÈCHE DES VÉGÉTAUX
D’après les principes que j’ai exposés plus haut, concernant les phénomènes d’érémacausie (voir p. xxxı), il est facile de se rendre compte des altérations que les végétaux éprouvent en pourrissant, et d’en- déduire P’influence que ces altérations exercent, sous tous les rapports, sur la croissance dés plantes.
Dans la décomposition du ligneux, on a en effet trois. modes d’action à Cosidérer. Le premier se présente lorsque le ligneux est humide et se trouve exposé Au contact de Pair libre; le second s’établit lorsque le ligneux est à Pabri de l’air; le troisième enfin a lieu lorsque le ligneux repose sous Peau et qu’il rencontre des matières organiques en putréfaction.
Formation de Pulmine ou du pourri. — Dans l’air sec ou sous l’eau, le ligneux se conserve, comme on le sait, pendant des siècles entiers, sans
fiv INTRODUCTION.
s’altérer sensiblement ; mais, lorsqu'il est humide, on ne saurait le porter au contact de l’atmosphère sans qu’il se détériore immédiatement, et dans ce cas, comme on Pa déjà dit, il transforme, sans en changer le volume, oxigène ambiant en acide carbonique, et se convertit lui-même peu à peu en une matière brune, noire ou brun-jaunätre, très peu cohérente, qui porte le nom de pourri , d’humus ou d’ulmine.
Su'vant les expériences de Tu. pe Saussure, 240 p. de copeaux de chêne secs ont transformé 10 pouces cubes d’oxigène en un volume égal d'acide carbonique, contenant 3 p. de carbone; or, le poids des copeaux s’est trouvé diminué de 15 p. : il s’était donc séparé, en outre des éléments du bois, 12 p. d’eau.
L’acide carbonique, l’eau et le pourri sont par conséquent les produits de la pourriture sèche du bois (en allemand verwesung).
Nous avons admis que, dans cette décomposition, l’eau résulte de la combinaison de l'hydrogène du bois avec l’oxigène de l’atmosphère et que, pendant cette oxidation, du carbone et de l’oxigène se séparent des éléments du bois, sous forme d’acide carbonique. Plus haut, on a déjà dit que le ligneux pur renferme du carbone et les éléments de l’eau ; cependant l’ulmine n’est pas le résultat de la pourriture du ligneux seul, mais elle provient de la pourriture du bois qui, outre le ligneux, renferme encore quelques substances organiques étrangères, solubles ou insolubles. Ce sont elles qui modifient le rapport relatif des éléments des diverses espèces de bois, mais le ligneux, qu’elles accompagnent, est le même dans tous les végétaux. Ainsi, dans le bois de chêne, le rapport relatif des éléments est tout autre que dans le bois de hêtre, mais le ligneux qu'ils renferment est le même pour tous deux, et diffère par sa composition des substances accessoires.
Ces différences sont assez importantes pour qu’il faille en tenir compte dans les questions dont nous allons nous occuper, d’autant plus que la quantité de ces matières étrangères varie suivant les saisons.
D’après les analyses de Gar-Lussac et Tnénarn, faites avec beaucoup de soin, le bois de chêne, séché à 100° et purifié de toutes les matières solubles dans l’eau et l’alcool, renferme 52, 53 de carbone et 47, 47 d'hydrogène et d’oxigene dans la proportion de l’eau.
Or, nous avons vu plus haut que le bois humide se comporte dans le gaz oxigène absolument comme si son carbone se combinait directement avec cet oxigène et donnait naissance à de l’acide carbonique gazeux et à de Pulmine (p. xxx). Si l’action de Poxigene s’exercait réellement sur le carbone de bois et seulement sur lui, de manière que le bois ne perdit que du carbone, on devrait nécessairement retrouver dans l’ulmine les
“éléments du bois, moins cette quantité de carbone, et l’on aurait alors, pour résultat final, une disparition complète du carbone et un résidu des éléments de l’eau.
Cependant, en poursuivant la pourriture du bois dans ses phases successives, on est surpris de trouver que le carbone de la matière solide res-