‹ Traité de chimie organiqueChapitre 21 sur 140 · INTRODUCTION. | XCV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. | XCV

racines. Dans les couches de lignites, on trouve des fruits, des feuilles, des graines, presque toutes les parties de la végétation antédiluvienne; mais on n’y retrouve pas les racines. Les faisceaux vasculaires et les utricules spongieuses fort altérables qui les constituaient, étaient les premiers à succomber et à subir des métamorphoses. Cependant dans les chênes et dans d’autres arbres qui, à des périodes postérieures, ont, par de semblables révolutions, éprouvé les mêmes altérations que les végétaux des premiers âges, les racines ne manquent jamais.

Dans les climats chauds les végétaux verdoyants sont, pour la plupart, ceux qui n’ont besoin que d’être fixés dans le sol pour se développer sans son concours. Combien petite dans les diverses variétés de cactus, de se- . dum et de sempervivum la racine n’est-elle pas, en comparaison de la surface des feuilles? Dans le sable le plus sec, le plus aride, où il ne peut pas être question d’une succion d’aliments par la racine, nous voyons parvenir au plus haut degré de développement les végétaux lactiferes; l'humidité qu’ils pompent ‚dans air, et qui est indispensable à - leur existence, est préservée de la transpiration par la nature elle-même de la sève; en effet, ainsi que dans les émulsions oléagineuses, Peau y est renfermée dans une espèce d’enveloppe imperméable de caoutchouc ou de cire, de sorte que ces plantes ont constamment une sève abondante. C’est absolument la même particularité que celle que présente le lait, où la pellicule qui se forme au contact de l’air met pareillement un terme à l’évaporation de l’eau.

Le charbon de bois peut remplacer l’humus. — Apres les considérations qui précèdent, il serait entièrement superflu d’ajouter encore, aux preuves que nous avons données de la véritable origine du carbone dans les plantes, quelques exemples de plantes qui, dans des expériences faites sur une petite échelle, sont arrivées à leur entier développement sans Je concours du terreau; ces exemples ne rendraient en aucune manière nos preuves plus concluantes.

Cependant nous ne saurions passer sous silence ce fait, que le charbon de - bois ordinaire, par la nature et les propriétés particulières qu’on lui connait, peut remplacer parfaitement le terreau et l’humus. Les expériences de Luxas, sur lesquelles nous nous fondons ici”, nous dispensent de discuter ce sujet d’une manière trop détaillée.

Dans du poussier de charbon bien calciné, un peu lavé, on peut porter les plantes au développement le plus parfait, à 1» floraison età la fructification, si l’on a soin de les maintenir humides avec de Peau de pluie. Or, le charbon végétal est le corps le plus indifférent, le plus inaltérable que lon connaisse ; la seule chose qu’il puisse céder de sa propre masse à la plante, c’est de la potasse et de la silice. On sait qu’il se con- - serve pendant des siècles, et qu’il n’est pas sujet à se pourrir. Mais, d’un

* Ces expériences se trouvent annexées à la fin de lintroduction.

xcvj INTRODUCTION.

autre côté, on connaît au charbon végétal la faculté de condenser dans ses pores de l'air, et particulièrement de l’acide carbonique; c’est donc à Pinstar de l’humus qu’il pourvoit la racine d’une atmosphère d’acide carbonique et d’air, atmosphère qui se renouvelle aussi vite qu’elle est enlevée. Dans du poussier de charbon qui avait servi pendant plusieurs années aux expériences de Lukas, Buchner a trouvé passé 2 pour cent d’une matière brune, soluble dans les alcalis, et qui provenait des excrétions des racines végétant dans le charbon.

Si on laisse pousser une plante dans un vase clos, de manière que Pair et, par conséquent, l’acide carbonique ne puissent pas se renouveler, la plante, lors même qu’elle se trouve dans le terreau le plus fécond, périt absolument comme si elle était dans le vide, dans le gaz azote, ou dans l’acide carbonique.

Mais, dans les circonstances ordinaires, les plantes n’arrivent pas à Ja fructification, si, au lieu de les arroser avec de l’eau de pluie ou de rivière , on les arrose avec de l’eau distillée pure. C’est que Peau de pluie renferme un principe indispensable à la vie des plantes que ne leur présente pas l’eau pure. Nous verrons plus tard que ce principe est une combinaison azotée sans laquelle l’humus et le charbon perdent entièrement leur influence sur la végétation.

Page 1