CXV) INTRODUCTION
bord dans une solution étendue d’acétate de plomb, et enfin dans de l’eau distillée, cèdent à cette dernière de l’acétate de plomb, ce qui prouve qu’elles rendent au sol dü elles croissent ce dont elles n’ont pas besoin pour leur existence. h
Si l’on arrose avec une solution de nitrate de strontiane une plante qui est exposée, à la fois , à la lumière solaire, à la pluie et à Patmophère, le sel, qui est d’abord absorbé, est rejeté de nouveau par les racines ; toutes les fois qu’on mouille la terre il s’y imbibe davantage, de sorte qu’à la fin la plante n’en contient plus du tout.
Revenons maintenant aux deux sapins dont les cendres ont été examinées par un des analystes les plus distingués de époque : lun des sapins croît en Norwége, dans un terrain dont les parties constituantes ne changent jamais, mais auquel les eaux de pluie amènent constamment des sels solubles , et parmi eux du sel marin. D’où vient donc, demanderat-on, que la cendre de ce sapin ne renferme pas une trace sensible de sel marin, quoiqu'il soit prouvé qu’après chaque pluie ses racines out dû en absorber? D’après les expériences directes et positives qu’on a faites sur d’autres plantes, on peut s’expliquer cette absence du sel marin en l’attribuant à la faculté des organes de rendre à la terre tout ce qui ne leur est pas nécessaire.
La valeur de ces faits étant bien reconnue, il faut que les bases alcalines qu’on trouve dans les cendres végétales soient indispensables à l'existence des plantes.
Considéré sous ce point de vue, le développement complet d’une plante dépend donc de la présence d’alcalis ou de terres alcalines. Si ces bases sont entièrement exclues, l’accroissement des plantes doit nécessairement s’arrêter.
Comparons maintenant , pour arriver à des applications positives , deux espèces de bois qui renferment des quantités inégales de bases alcalines. L’une d’elles pourra évidemment se développer avec vigueur dans certains terrains, où l’autre ne végétera que d’une manière chétive. Or, 10,000 parties de bois de chêne donnent 250 parties de cendres s 10,000 parties de bois de sapin n’en donnent que 83. La même quantité de bois de tilleul en donne 600; le froment en fournit 440 et l’herbe des pommes de terre 1500 parties (Berruıer).
Dans le granit des landes sablonneuses, le pin et le sapin pourraient -
trouver des bases alcalines en quantité suffisante; et les chênes ne peuvent guère y prospérer. Le froment peut réussir dans le même terrain que le tilleul, parce que les bases dont il a besoin pour son entier développement s’y rencontrent également en quantité suffisante.
Ces conséquences, si importantes pour l’économie forestière et agricole, peuvent être appuyées par les faits les plus évidents. |
Toutes les graminées, les équisétacées, par exemple, contiennent une grande quantité de silice et de potasse qui se trouve déposée dans la lisière des feuilles et dans la tige, à l’état de silicate de potasse.
INTRODUCTION. CXŸi) Dans un champ de blé, la proportion de ce sel ne change pas sensiblement, car on le lui ramène sous forme d’engrais ou à l’état de paille pourrie. Mais, dans une prairie, ce rapport est tout différent : aussi jamais ne trouve-t-on sur un terrain sablonneux ou calcaire, pauvre en potasse, une verdure bien fournie, car il lui manque le principe indispensable à la plante. Le basalte, le grauwacke, le porphyre, au contraire, donnent, dans les mêmes circonstances, la meilleure terre pour les prairies, précisément parce qu’ils renferment beaucoup de potasse. Par les irrigations annuelles, la potasse est constamment remplacée; le sol lui-même est donc, par sa nature, inépuisable.
Si, d’un côté, par le plâtrage d’une prairie, on active la croissance du gazon, on enlève d’un autre côté avec le foin une plus grande quantité de potasse qu’il n’en est remplacé dans les mêmes conditions. De là vient que, au bout de quelques années, le rendement de beaucoup de prairies plâtrées diminue, et cela parce que la proportion de potasse y décroit. Si, au contraire, on ranime la végétation dans une prairie en y amenant de la cendre, ou en l’arrosant d’une lessive de cendres, c’est simplement à l’effet de la potasse ainsi introduite dans le sol qu’il faut attribuer le succès.
Dans les landes de Lunebourg (Hanovre), on parvient à conquérir sur la terre, au bout de trente ou quarante ans environ, une récolte de blé, en brülant les bruyères (erica vulgaris) qui y croissent, et en répandant la cendre sur le sol. Cette plante recueille, dans ce temps si long, la potasse et la soude amenées par la pluie, et ce sont ces deux bases contenues dans la cendre qui offrent à l’avoine, à orge ou au seigle les oxides que ces plantes exigent pour leur développement.
Dans les environs de Heidelberg, les bücherons ont la faveur, après Pabattage du bois pelard, d'employer la terre à leur avantage. Avant de l’ensemencer, ils brülent toujours, sur les lieux mêmes, les branches, les racines et les feuilles, dont la cendre profite au blé qu’ils y cultivent. Dans ces contrées, le terrain où croissent les chênes est du grès, et bien que ces arbres y trouvent en quantités suffisantes les alcalis et les terres alealines propres à leur nutrition, le même terrain, dans son état ordinaire, est stérile pour les blés.
A Bingen, sur le Rhin, on avait obtenu des résultats fort avantageux pour la vigne en faisant usage d’un engrais de rognures de corne; mais, après quelques années, le rapport des feuilles et du bois, le rendement de la vigne en général diminuèrent, au grand détriment du propriétaire, et il eut bien sujet de se repentir de s’être écarté du procédé d’engraissage usité dans ces pays et reconnu pour y être le meilleur. Par emploi des rognures de corne, la vigne fut surexcitée dans son développement ; dans deux ou trois ans, toute la potasse qui en aurait assuré l’existence future fut ainsi consommée par la formation du fruit, des feuilles, du bois que l’on enlevait aux vignobles sans les remplacer, car l’engrais qu’on y amenait ne contenait pas de potasse.
Près du Rhin on rencontre des vignobles dont les ceps sont âgés de plus
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de cent ans, mais ils atteignent cet âge seulement lorsqu’on engraisse le sol avec du fumier de vache, qui est le plus pauvre en azote et le plus riche en potasse, car toute la potasse que renferme la nourriture de la vache passe, comme on sait, dans les excréments.
L’un des exemples les plus curieux qui prouvent combien le sol est impropre à la végétation du froment et des graminées en général, lorsqu’une des cona.tions de l’accroissement des plantes vient à y manquer, nous est donné par un procédé'de culture suivi par un propriétaire dans les environs de Goetlingue. Celui-ci planta sur toutes ses terres, dans le but de produire de la potasse, de l’absinthe, dont les cendres sont fort riches en carbonate de potasse. La conséquence en fut que ses terres devinrent tout-à-fait impropres à la culture du blé; elles étaient épuisées de potasse pour une dizaine d’années.
Les feuilles et les rameaux des arbres donnent la plus grande quantité de cendres, et par conséquent d’alcali. La quantité de potasse qu’on enlève aux forêts par le feuillage recueilli pour servir de litière, est bien plus considérable que celle du bois que l’on abat annuellement. L’écorce et le feuillage en contiennent 6 à 9 pour cent ; les branches de pins et de sapins, passé 8 pour cent.
Avec 1325 kilogrammes de bois de sapin que Pon extrait par an d’un arpent de forêt, on enlève en tout au sol près de 0,83 pour cent de cendre et 0,057 à 0,265 pour cent d’alcalis; mais la mousse qui couvre le sol, et dont la cendre est si riche en alcali, retient, en se développant incessamment, la potasse à Ja surface du terrain sablonneux que l’eau pénètre si facilement ; en pourrissant elle fournit une provision abondante de potasse aux racines qui la prennent sans la rendre.
D’après tous ces faits, si bien connus, il ne saurait être question d’une génération d’alcalis, d’oxides métalliques ou en général de substances inorganiques.
On s’etenne que les graminées, dont les graines servent de nourriture à l’homme, le suivent, pour ainsi dire, comme une bête domestique. C’est qu’elles suivent l’homme par la même raison que les plantes maritimes recherchent les bords de la mer et les marais salants ; que les chéuopodiées séjournent dans les décombres, etc. Les plantes maritimes ont besoin de sel marin; les plantes habitant les décombres exigent de l'ammoniaque et des nitrates. Or, aucune de nos céréales ne peut donner une graine qui fournisse de la farine, sans qu’elles rencontrent une quantité abondante de phosphate de magnésie et d’ammoniaque, principes qu’elles trouvent dans Furine de l’homme et des animaux.
Quant aux plantes maritimes que lon rencontre à plusieurs centaines de lieues de distance de la mer dans les environs de nos salines, on sait qu’elles y sont arrivées par les voies les plus naturelles. Les vents ou les oiseaux en ont répandu la graine dans ces endroits, comme sur toute la surface de la terre; mais cette graine ne s’est développée que là où elle a trouvé toutes les conditions nécessaires à son accroissement.