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INTRODUCTION. CXXV

de distance. C'était ce gaz qui chassait du sol tout l'air, et par conséquent tout l’oxigene, ce principe qui seul vivifie les graines et les fibrilles des plantes.

L’humus, il est vrai, alimente le végétal à l’époque où les feuilles, organes extérieurs de la nutrition, ne sont pas encore développées ; Paliment qu'il fournit contribue à multiplier les organes de la nutrition aérienne : il s’ensuit donc naturellement que sa présence ajoute à la fertilité du sol.

Certaines espèces végétales, notamment celles qui reçoivent leur nourriture de la substance même de la semence, comme les plantes tuberculeuses et bulbeuses, peuvent entièrement se passer de l’humus; il ne sert qu’à en accélérer le développement, auquel il u meme nuire dans les premiers temps, s’il est en excès.

Les parties nutritives que la jeune plante peut retirer de atmosphère sous forme d’acide carbonique et d’ammoniaque ont des limites fixes.

Si, par conséquent, dès le commencement du développement de la plante, le nombre des organes extérieurs produits par une alimentation trop riche du sol vient à être hors de proportion avec la quantité de ces parties, la plante ne pourra porter ni fleurs ni fruits. Dans beaucoup de cas, la nourriture aérienne ne suffit alors que pour compléter la croissance des feuilles, des tiges et des branches. |

Cet effet est le même que celui qu’on observe dans les plantes de décoration, si on les transporte dans des caisses plus grandes où on permet à leurs racines de s’etendre davantage. Ces dernières, ainsi que les feuilles, absorbent tous les principes nutritifs et se développent avec un luxe auquel sont sacrifiés les organes de reproduction.

Dans les arbres nains, au contraire, en enlevant une partie des branches et par conséquent des feuilles, on empêche le développement de nouvelles branches, et l’on produit artificiellement un excès de substances nutritives qui est employé à augmenter le nombre des fleurs et le volume des fruits.

C’est encore le même but qu’on se propose dans la taille des vignes.

Principes alimentaires des végétaux.

Dans les plantes annuelles, après le développement complet du fruit, toute végétation cesse ; les branches deviennent ligneuses et les feuilles changent de couleur. "Dans les plantes vivaces, au contraire, ainsi que dans les arbrisseaux, les arbres fruitiers, les arbres forestiers, il s’etablit, à partir de la même époque, une nouvelle végétation qui persiste jusqu’au commencement de l’hiver; les anneaux du tronc continuent à se former, le bois devient plus compacte et plus dur. Seulement, à compter du mois d'août, Pacide carbonique absorbé par les feuilles ne sert plus à en produire de nouveau, mais il prépare une provision de substances nutritives pour Pannée suivante ; au lieu du ligneux, il se forme alors de Pamidon que

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la sève d'août charrie dans toutes les parties de la plante *. D’après les observations de M. Haven, il est facile, à l’aide d’un bon microscope, d’apercevoir cet amidon logé dans le corps ligneux, sous la forme qui lui est propre. L’écorce de certains trembles et pins ** en est tellement riche qu’on peut l’en extraire en la broyant et la lavant avec de l’eau, comme la fécule des pommes de terre. On le retrouve en outre dans la souche et le chevelu de la racine des plantes vivaces.

Un hiver bien précoce ou un changement subit de température suffit pour empêcher la formation de cette provision alimentaire et pour arrêter la maturation du bois. La vigne nous offre un exemple très connu des accidents de cette espèce.

C’est de cet amidon que se forment au printemps suivant le sucre et la gomme, qui à leur tour produisent les principes non azotés des feuilles et des jeunes pousses. De là vient que dans la pomme de terre la proportion diminue à mesure que le tubercule germe ; ainsi encore le suc de Pérable perd peu à peu son sucre en même temps que les bourgeons, les feuitles et les fleurs se développent.

Poussons plus loin nos considérations : une branche d’osier, dont le ligneux est riche en granules féculents, pousse des racines et des feuilles dans Peau distillée et dans l’eau de pluie; mais par leur accroissement, la ‘proportion d’amidon y devient de plus en plus faible. Cette substance a évidemment servi à la nutrition de ces organes. =

De plus, M. Heyer, directeur des eaux et forêts du district de Giessen, a fait cette observation intéressante, que les branches d’osier, en végétant dans de l’eau de neige, qui, d’après ce que nous avons vu précédemment, contient de l’ammoniaque, poussent des racines trois ou quatre fois plus longues que dans l’eau pure et distillée. L’eau de pluie avec laquelle on a fait ces expériences s’est troublée peu à peu et a pris une couleur brunjaunätre; l’eau distillée, au contraire, est restée claire. |

La canne à sucre dans la floraison perd également une partie de la substance saccharine. Quant aux betteraves, il est positif que le sucre ne s’accumule dans la racine qu’après le développetnent complet des feuilles.

Ces observations si bien établies éloignent toute espèce de doute sur la part que prennent le sucre, l’amidon et la gomme à l’accroissement des plantes; ainsi on s’explique de la manière la plus claire pourquoi ces trois principes amenés à la plante déjà développée ne contribuent en rien à sa croissance, à sa nutrition.

On a comparé les provisions d’amidon qui, vers lautomne, s’accumulent dans les plantes, à la graisse des animaux qui passent l’hiver dans : l’engourdissement ; mais c’est à tort, car chez ces derniers toutes les fonc-

* HARTIG. Journal !f. prakt. Chemie. par Erdmann et Schweigger-Seidel. T. V, 217, année 1835.

** On sait qu’en Suede, dans les temps de disetie, on fait servir l'écorce du pin à la panification.

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tions vitales, la respiration exceptée, se trouvent suspendues ; semblables à une lampe brûlant fort lentement, ils n’ont besoin pour l'entretien de la combustion pulmonaire que d’une matière riche en carbone et en hydrogène. Lorsqu'ils s’éveillent de leur assoupissement, toute la graisse est disparue, mais elle n’a pas servi à la nutrition proprement dite; aucune partie de leur corps n’a, par elle, augmenté de masse, ni subi de modification sensible.

Les plantes annuelles produisent et recueillent les principes nutritifs pour lindividu à naitre, comme les plantes vivaces ; c’est dans la semence qu’elles les mettent en réserve à l'état d’albumine, d’amidon et de gomme; puis quand vient la germination, ces substances sont employées au développement des radicelles et des feuilles primordiales, et ce n’est qu’après la formation de ces: organes que commence la nutrition proprement dite de la plante et l’augmentation de sa masse.

D'un autre côté, chaque germe, chaque bourgeon d’une plante vivace vient s’enter sur elle comme l’embryon d’un nouvel individu, et représente la nourriture qui s’était amassée ici dans la tige et dans la racine.

A proprement parler, on ne peut appeler substances nutritives que celles qui, amenées du dehors, sont à même d’entretenir toutes les fonetions vitales de l’économie, et qui peuvent être employées par les organes à la production des principes qui leur sont propres.

Chez les animaux, c’est du sang que naît la substance de leurs muscles et de leurs nerfs ; par Pun de ses éléments il entretient Pacte respiratoire; par les autres, il concourt à différentes autres fonctions vitales. Chaque partie du corps est alimentée par lui; cependant la sanguification est une fonction essentielle, sans laquelle la vie ne saurait se concevoir. Que l’on mette hors d'activité les organes générateurs du sang, et que Pon injecte du sang dans les veines d’un animal, la mort en résultera si la quantité en dépasse une certaine limite. Pareillement, s’il était possible d'introduire dans un arbre du ligneux en dissolution, on obtiendrait les mêmes effets que si l’on faisait végéter une plante tuberculeuse dans de Pempois d’amidon.

Ce sont les feuilles qui doivent engendrer Pamidon, le ligneux et le sucre; en amenant donc de l’amidon, du ligneux et du sucre par les raeines, on trouble évidemment les fonctions des feuilles, et si alors l’assimilation ne peut pas prendre d’autre forme, la plante périt nécessairement. En général, pour que l’amidon, le sucre et la gomme puissent prendre part au développement, des germes, des radicelles et des feuilles, il faut: que la’ plante renferme encore d’autres substances. Ainsi un grain de froment contient dans sa propre masse les principes qui-doivent former le germe et les premièr es fibrilles, et apparemment aussi dans le rapport exact qui est nécessai re à leur développement. Si l’on suppose que. ces principes Soient préci sément de l'amidon et du gluten, il est clair que ce ne sera pas Pun d’eux en particulier, mais que ce seront tous les deux réunis qui prendront p ‚art à la formation des germes et- des racines, Car

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l’un et l’autre se métamorphosent en présence de l’air, de l'humidité et d’une température convenable. L’amidon se transformant alors en sucre, et le gluten passant aussi à l’état soluble, acquièrent la faculté d’obéir à toute espèce de mouvement. Tous deux servent jusqu’à épuisement à la formation des fibrilles et des premières feuilles ; mais si l’un était en excès, ce superflu resterait absolument sans emploi.

On sait que la transformation de la fécule en sucre, dans la germination des céréales, est attribuée à une matière particulière qui porte le nom de diastase, et qui se produit dans les premiers actes de la vegetation. Le gluten lui-même peut suppléer son action, seulement leffet s’opère alors plus lentement. En tout cas, la graine germée renferme bien plus de principe actif qu’il n’en faudrait pour transformer en sucre l’amidon qui y est contenu, car avec une partie d’orge germé on peut convertir en sucre un poids d’amidon cinq fois plus grand.

Certes, on ne saurait considérer cet excès de la diastase comme accessoire, car de concert avec l’amidon elle prend part à la formation des premiers organes, et disparaît dès qu’il se produit du sucre.

L’acide carbonique, l’ammoniaque et l’eau sont les substances nutritives des plantes une fois développées; mais c’est l’amidon, le sucre et la gomme qui, s’ils sont accompagnés d’une matière azotée, fournissent à l’embryon les principes nécessaires au développement de ses organes nutritifs.

Le fœtus s’alimente, l’œuf se développe d’une autre manière que Panimal qui à abandonné sa mère ; l’absence de l’air, qui est sans danger pour

-le premier, entrainerait la mort du second ; de même l’eau pure est plus salutaire aux jeunes plantes que l’eau chargée d’acide carbonique ; mais au bout d’un mois c’est l’inverse (SaussurE).

La formation du suere dans les érables ne s’opere pas dans les racines, mais dans le corps ligneux. La proportion de sucre de la sève augmente lorsque celle-ci s’éiève dans le tronc jusqu’à une certaine hauteur; passé ce point elle ne change plus.

De la même manière que par la germination de l’orge il se produit une matière au contact de laquelle Pamidon devient soluble et se convertit en sucre, il faut que, dans les racines de l’érable, quand une nouvelle végétation commence, ii se produise une substance qui, dissoute dans leau, effectue, en traversant le corps ligneux, la transformation de l’amidon ou de quelque autre corps qui s’y trouve déposé. Ainsi, en introduisant du sucre dans une incision faite au tronc et refermée immédiatement, il est sûr qu’il se dissoudra dans la sève ascendante ; probablement il sera consommé aux mêmes usages que celui qui s’est formé dans le tronc même. Dans tous les cas, on peut affirmer que l’intrusion de ce sucre n’empéche pas Paction de la sève sur l’amidon; seulement, comme il se trouvera dans l’arbre plus de sucre que les feuilles et les bourgeons n’en consommeront , lexcédant se séparera pour suinter à travers les feuilles ou Pécorce.

Certaines maladies des arbres, entre autres celle qu’on appelle le mielat,

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proviennent évidemment d’une disproportion entre les quantités de matières azotées et non azotées qui lui ont été amenées.

Quelle que soit la forme que présentent les principes élaborés par la. plante même, elle ne paraît, dans aucun cas, pouvoir favoriser la réparation des pertes que la plante a éprouvées et l'augmentation de sa masse. Le sucre, la gomme et l’amidon ne sont pas des aliments pour les plantes, pas plus que l'acide ulmique qui, par sa composition, se rapproche beaucoup de ces substances.

En examinant avec soin les organes des végétaux, on trouve que chaque fibre, chaque parcelle ligneuse, est entourée de sève renfermant une matière azotée; que les granules de fécule et le sucre sont déposés dans des cellules formées également par une substance azotée, et: qu’enfin le suc de toutes les fleurs contient, avec une matière non azotée, une substance dans la composition de laquelle il entre de Pazote.

Le bois du tronc ne peut pas être formé dans les feuilles même à l'état de bois; mais elles doivent posséder la faculté de produire une matière propre à se transformer en bois, et celle-ci, à l’état de dissolution, doit toujours être accompagnée d’une combinaison azotée. Il est fort probable que le bois et la gliadine, l’amidon et le tissu cellulaire se forment simultanément l’un à côté de l’autre, et dans ce cas une proportion définie de chacun de ces principes esi une condition essentielle de leur formation.

Toutes les circonstances étant d’ailleurs égales, les substances produites par les feuilles ne pourront être assimilées que dans le rapport de la quantité d’azote qui se trouve en présence; si l’azote vient à manquer, une certaine portion de matières non azotées reste sans emploi et est excrétée par les feuilles, les branches , l’écorce ou les racines. A cette classe de phénomènes se rattachent sans doute les exsudations de mannite, de gomme et de sucre que lon observe sur des plantes entièrement saines *.

Ces phénomènes ont beaucoup d’analogie avec la digestion animale : en effet, pour restituer à chaque partie du corps ce qu’il perd par la respiration et l'expiration, il faut offrir aux organes digestifs une proportion déterminée d’aliments non azotés et azotés.

L’excédant de matières non azotées, s’il y en a, produit de la graisse ou traverse les organes sans subir d’altération. Ce dernier effet se remarque particulièrement chez les hommes qui se nourrissent presque exclusivement de pommes de terre; leurs fèces contiennent une grande quantité, de granules d’amidon non altere. Mais il n’en est plus de même si une proportion convenable de gluten ou de

* M. TRAPP, avocat de Giessen, possède un clerodendron fragrans, dont les glandes foliaires ont sécrété au mois de septembre dernier, lorsque la plante végéta dans l’appartement, de grosses gouttes incolores, qui se sont desséchées en cristaux fort régu-

liers de sucre candi ; je ne sache pas cependant que la sève de cette plante contienne du sucre.

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