‹ Traité de chimie organiqueChapitre 46 sur 140 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'ouvrage que je présente au public, est peut-être plutôt un essai d’un nouveau système de chimie organique, qu’un traité complet de cette science. C’est surtout dans la classification des combinaisons organiques que j'ai éprouvé les m&mes difficultés qu'ont rencontrées tous mes devanciers.

La description de ces composés par groupes , suivant l’analogie de leurs propriétés, telle qu'elle est reçue en chimie minérale, offre, il est vrai, beaucoup d’avantages. sous le rapport de l'exposition, en ce qu’elle per-

met d'établir certaines comparaisons fort commodes et faciles à saisir; mais elle a de grands inconvénients | pour r enseignement.

Ce ne sont pas les propriétés physiques des composés | organiques , qui nous feront j jamais connaitre leur véritable nature, car souvent, tout en présentant « entre eux une parfaite San de HE d'état, de couleur, de volatilité, ces combinaisons Men! ri à des réactions | ee tellement disparates, qu on ne saurait se décider à les ranger dans une seule et même classe. Si l'on

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différencie les corps selon leurs propriétés physiques, on ne peut traiter séparément l’aldéhyÿde, l'alcool et Pacetone; de même la salicine et la phlorizine doivent ètre décrites parmi les substances amères cristallisables.

Mais cette méthode brise les liens naturels qui rattachent les matières organiques les unes aux autres, et du reste, ce qui empêche encore de l'appliquer dans toute sa rigueur, c’est l'existence d’une certaine classe de corps, tels que l’oxamide, l’oreine, l’alloxane, l’alloxantine, dont on ne connaît pas d’analogues en chimie minérale.

Pour établir un système rationnel de chimie organique, il faut, avant tout, connaître à fond la constitution, des corps dont elle s'occupe. Or, nous n'avons pas même de notions précises sur celle des bases et des acides les plus répandus, et nous ignorons complétement la nature chimique du sucre et de l’amidon.

La chimie organique se trouve aujourd'hui au même période que la chimie minérale au temps de Lémery, et il me semble que pour les ouvrages destinés à l’enseignement on ne saurait adopter de forme plus convenable que celle dont cet habile professeur avait revêtu ses lecons.

Depuis quinze ans que, dans mes cours, j’expose la chimie organique, je me suis habitué à réunir par groupesles combinaisons qui ont entreelles quelque connexion sous le rapport des propriétés chimiques, en commençant par celles que la nature nous offre toutes faites, et y rattachant successivement les produits qui résultent de leur décomposition par les divers agents. En développant ensuite les caractères particuliers et le mode de formation de ces produits, il m'était possible de tracer dans l'esprit de mes auditeurs une image nette et ineffaçable

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des rapports qui existent entre le corps primitif et ces produits. De cette manière, les commençants se familiarisaient avec les procédés d'investigation dont la science peut disposer, et portaient leur attention vers les formes nombreuses que les composés organiques acquièrent sous l'influence de la chaleur et des agents chimiques. D'ailleurs, on ne disconviendra pas que, dans un cours de chimie organique , on ne saurait, par exemple, traiter séparément l’acide oxalique et l’oxamice, l'essence d'amandes amères et l'acide benzoïque, l'acétone et l'acide acétique. J'ai donc pensé qu'une méthode, basée sur ce principe, était indispensable dans un ouvrage qui a pour objet de développer la connexion des combinaisons organiques, sous le point de vue chimique.

En chimie minérale, les corps simples nous fournissent les éléments nécessaires pour constituer les divers groupes de combinaisons ; en chimie organique, nous sommes forcés de prendre pour point de départ certains composés hypothétiques, en faveur de l'existence desquels parlent un grand nombre d’analogies. Aujourd'hui, dans l’intérêt de la science, l’admission des radicaux composés est indispensable, et peu nous importe qu'on parvienne à les isoler ou non, pourvu que par eux on

arrive au but qu’on s’est proposé en les introduisant. Or, ce qu’on a voulu atteindre par leur intermédiaire, cest le moyen d'étendre à certains groupes de corps, les principes qui nous ont guidés dans l'étude de la chimie minérale. Quant à leur application , les points de vue d’où l’on peut partir sont certainement bien variés, mais seulement il faut préférer eeux qui ne sont pas en

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contradiction, avec eux-mêmes, et qui expliquent d’une manière logique tous les phénomènes.

Formuler les phénomènes de lanature à l’aided’expressions rationnelles,. tel est le but des sciences physiques. En cherchant à appliquer dans son ensemble un système \ sur la constitution d’une sériede combinaisons connues, à une autre série, dont il nous manque ün grand nombre.de termes, nous parvenons à découvrir lees termes inconnus et à déméler les points de dissemblance ou.d’analogie des deux séries, et par cela même à redresser nos vues ou à les échanger contre d’autres: plus exactes. Lorsqu’enfin la lutte s’est engagée entre les opinions divergentes ; la vérité ne tarde pas à en sortir tftômphante, et c’est toujours ainsi qu’elle s'est révélée Réjeter d’une manière absolue ces systèmes et les théoriés qu'ils entrainent, seulement pour éviter la lutte , ce serait anéantiv les-bases de la science.

Dans ces derniers temps ‚ plusieurs ‘chimistes se sont ouvertement prononcés contre les idées anciennes, qui ont été pour nous la source de. tant de découvertes, etont voulu les remplacer par des formules purement numériques, expressions vides, et ne désipnantautre Chôsé que la composition: brute des corps: Ces savants ont pris à täche de développer lesmodificationsqueles formules primitives des corps subissent par l'influence de certains Agents, et d’exelure les considérations d’un ordre plus élevé, dont il faut nécéssairement tenir compte lorsqu'il s"agît de IA nature et des réactions des composés chimiques. Ainsi, certains aufeurs , si vous leur demandez quelle est IA constitution de l’ether , vous diront simplement: c'est C, H,, 0; d'autres, pour l'alcool, vous répondront: & (U, @0;)16.

PRÉFACE. vij Certes, si la chimie n'avait d’autre but que de rechercher des résultats numériques, et des progressions géométriques, il y aurait une grande chance dé succès à: traiterrmathématiquement toutes ces questions-là, mais, dans l’état actuel de nos connaissances, cette méthode est vicieuse, elle entrave toute espèce de progrès, sans compter que pour chaque nouvelle découverte elle présenterait des difficultés insurmontables. Pour les chimistes qui professent ces opinions , le cyanure de mercure ne serait jamais autre chose que le corps C; N, Hg; pour ceux qui l'ont considéré comme une combinaison d’un métal avec un radical composé, jouissent des proprietes d’un élément, ce corps est devenu le point de départ des découvertes les plus nombreuses et les plus importantes qui aient été faites en chimie organique.

Après la recherche des proportions numériques , la question de savoir de quelle manière les éléments se trouvent’groupes dans une combinaison, est cerles la plus importante pour le développement de la science.

Sous l'influence de certains agents chimiques, il s’opère dans les corps certaines substitutions qu’on ne saurait rattacher à aucune règle fixe. Tous les efforts qu'on a faits à ce sujet ont échoué, et l’on a vu renversées le lendemain , les lois que la veille on avait crues acquises à la science. Pour certains cas particuliers, que Ja théorie indique , les substitutions se font, il est vrai, d’après des règles assez constantes, mais cela n’autorise à faire aucune induction pour des cas où l'analyse seule semble les établir. Ainsi, en considérant l’existence des acides nitrosulfurique SO, N, 0, , chloro-sulfurique OS, CL,, iodosulfurique SO, J,, on peut bien

9 TRAITE se transforme à 130° en sulfure de carbone, soufre et mellon; 4 atomes N, C, S, se transforment en effet en:

sulfure de carbone | = $, CG mellon GN, soufre S,

4 atomes de sulfocyanogène = S,; C, N,

L'alcool, en perdant 4 atomes d'hydrogène, donne de l’aldéhyde (C4 H,O, ag.) — Hi = Gi He O, aq.

Toutes les fois que l’oxigène d’une combinaison oxigénée est remplacé par son équivalent de soufre, on obtient un sulfure du « même radical, qui possède des propriétés analogues à celles de la combinaison oxigénée, qui lui a donné naissance. Ainsi l’alcool C, H,. O, ag. produit le mercaptan C, H,, S, S H, ; l'acide cyanique Cy, O, H, O donne l'acide sulfocyanhydrique Cy, S, S H..

Quand on remplace, dans une combinaison organique, l’hydrogène par son équivalent de chlore ou d’oxigene, il en résulte une combinaison correspondante, ou bien le composé primitif se découple en plusieurs combinaisons à radical plus simple. Ainsi, l’aldehyde traité par le chlore produit de l'acide chlorhydrique et du chloral :

(Ca H, O, aq.) + Cle = (Ca Gl, O, aq) + 3 Cl EH,

c’est-à-dire, 1 atome de chloral et 3 atomes d’acide chlorhydrique. |

En traitant le sucre anhydre C,, H,, O, par le permanganaté m de potasse, les 18 atomes d'hydrogène sont remplacés par 9 atomes d’oxigene, et il reste 6 atomes d’acide oxalique.

En remplaçant dans l'alcool C, H,, O, ag. les 10 atomes d'hydrogène par 5 atomes d’oxigene, on obtient 2 atomes d’acide oxalique. |

Aëtion de Voxigéne sur les composés organiques.

Toütes les combinaisons à radicaux composés non azotés se

décomposent par l'influence de Poxigène, en d'autres corps à radi= .

DE CHIMIE ORGANIQUE. 3 caux plus simples et plus ou moins oxidés, suivant la quantité d'oxigène qu’on fait agir sur elles. L'alcool, par exemple, traité par des matières oxidantes, produit de l’acétal, de Paldéhyde, de l'acide acétique, de l'acide formique, de l'acide oxalique, de l'acide carbonique et de l’eau. L’acide carbonique et l'eau sont constamment les derniers produits de l’action prolongée d’un excès d’oxigene.

Action des acides.

Les combinaisons organiques non azotées se décomposent par l'acide sulfurique concentré ou anhydre de deux manières différentes : 1° l’acide soustrait à la combinaison de l’eau ou de l'hydrogène et de l’oxigène dans les proportions pour former l’eau, tandis que les autres éléments s’unissent en une ou plusieurs nouvelles combinaisons ; c’est ainsi qu’en traitant l'acide oxalique par l’acide sulfurique, on obtient de l’eau, de l’oxide de carbone et de l'acide carbonique ; 2° l'acide cède en même temps de l’oxigene au carbone de la substance organique, d’où résultent également des produits nouveaux et de l'acide sulfureux; ou bien . l'acide cède de l’oxigène à l'hydrogène de la substance organique, et il se produit de l'acide hyposulfurique qui reste ordinairement combiné avec la matière organique ainsi modifiée.

En faisant agir, par exemple, de l'acide sulfurique anhydre sur de l'acide benzoïque C,, H,, O:, aq. , 2 atomes d’acide sulfurique perdent 1 atome d’oxigène, qui forme de l’eau, avec 2 atomes d'hydrogène de l’acide benzoïque, et l’on obtient un acide complexe, contenant de l'acide hyposulfurique et les éléments restants de l'acide benzoique (C,, H, O,, S, O, + 2 aq.).

Les hydrates des oxides organiques, qui jouent le rôle de bases, se décomposent par les oxacides en oxide qui se combine avec l'acide, et en eau qui est mise en liberté. Les hydracides exercent une action semblable en réduisant l’oxide; il en résulte par conséquent une combinaison du radical de l’oxide avec le radical de l'hydracide.

L’hydrate d’oxide d’&thyle (alcool), traité par l’acide oxalique, donne de l’oxalate d’oxide d’ethyle et de l’eau qui devient libre ; le même corps se décompose avec Pacide chlorhydrique en chlorure d’éthyle et eau,

Quand l'acide nitrique décompose une substance organique en en oxidant une certaine quantité d'hydrogène, celui-ci est souvent remplacé par un équivalent d’acide hyponitrique (N, O,) ou de deutoxide d’azote ou même d’azote; il se forme alors un nouveau composé azoté qui contient tout le carbone de la substance organique. La benzine C,, H,, produit ainsi avec l'acide nitrique deux composés : Ce Ho No et Cie Ho N: Où

Les acides puissants décomposent les matières azotées avec le concours des éléments de l’eau ; on obtient, d’un côté, de l’ammoniaque, qui se combine avec l'acide; de l’autre, l’oxide d’un nouveau radical, qui contient tout le carbone de la substance azotée. C’est de cette manière que se comporte, par exemple, l'acide chlorhydrique en agissant sur l'acide prussique, ou l'acide sulfurique en décomposant l’oxamide et l’urée.

Action de lhydrate de potasse.

Les substances organiques non azotées, fondues avec de l’hydrate de potasse, se décomposent sans mettre de carbone en liberté, quand l'hydrate de potasse est en quantité suffisante. Les produits qui se forment alors sont les mêmes que ceux qui résultent de l'action des matières oxidantes; dans beaucoup de cas, l’eau est décomposée, son oxigene se porte sur le carbone et hydrogène de la substance, tandis que son hydrogène se dégage à l’état de gaz, ou entre dans une nouvelle combinaison. Suivant la température à laquelle on opère, il se forme en dernier lieu de l'acide ulmique, de l'acide acétique ou oxalique, ou bien seulement de l'acide carbonique. C’est ainsi que l’acide tartrique, fondu avec del’hydrate de potasse, donnede l’acétate et de l’oxalate de potasse(GAY-LussAc).

Les matières azotées sont décomposées, lorsqu'on les fait bouillir avec une solution aqueuse de potasse caustique, ou qu'on les fait fondre avec de l’hydrate de potasse sec. Les produits sont en général les mêmes que ceux qui naissent de l’action des acides puissants sur les mêmes matières. Cependant l’ammoniaque est mise en liberté, et les acides non azotés du nouveau radical restent en combinaison avec la potasse. Quelques substances très riches en azote en cèdent une partie sous forme d’ammoniaque, et la remplacent par une certaine quantité d’oxigene; il naît de

cet échange de l’acide eyanique qui, en se combinant avec la potasse, empêche toute décomposition ultérieure. Toutefois, on peut encore effectuer une décomposition complète en ammoniaque et acide carbonique, en dissolvant le résidu fondu dans l’eau et faisant bouillir la dissolution.

Principes de la distillation sèche.

Lorsqu'on soumet les corps organiques à la distillation sèche , leurs éléments contractent de nouvelles combinaisons volatiles à radicaux plus simples, en abandonnant dans beaucoup de cas du carbone. Les produits différents, qui se forment suivant la température, peuvent faire distinguer dans la distillation sèche trois périodes différentes. Dans la première, il se forme des acides organiques à radicaux plus simples, de l'acide carbonique, de l’eau et des liquides inflammables solubles dans l’eau. Dans la seconde période, on obtient des corps qui résultent de la décomposition des produits précédents ; ainsi l’oxigene des acides, en s’unissant avec une certaine quantité d'hydrogène et de carbone des mêmes acides, fait naître des composés encore plus simples, tels que l’oxide de carbone, l’acide carbonique, l’eau; ordinairement du carbone est mis en liberté, tandis qu’une autre portion reste combinée avec l'hydrogène excédant et produit des hydro-

gènes carbonés liquides ou solides. Enfin, dans la dernière période, on n'obtient que du charbon et un mélange de gaz composé principalement d’acide carbonique, d’oxide de carbone, de gaz oléfiant et de gaz des marais.

Les substances azotées donnent, dans la première période, de lammoniaque et quelquefois de l'acide cyanique; dans la dernière, elles dégagent du cyanogène ou de l'acide eyanhydrique.

Une substance organique calcinée avec une base puissante irréductible, se décompose généralement en acide carbonique qui reste uni à la base, et un ou plusieurs autres corps nouveaux. Si les derniers produits contiennent encore de l’oxigène, on peut le leur enlever en les chauffant, avec la même base ; il s’en sépare alors sous forme d'acide carbonique, qui reste en combinaison avec la base, tandis que les autres éléments se transforment en carbures d'hydrogène solides, liquides ou gazeux.

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