‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 105 sur 185 · PI1 M · texte numérisé non relu

PI1 M

Narcéine 0,02 p. 100

Méconine 0.8 —

Acide méconique G —

Caoutchouc 6 —

Résine 3.3 —

Matière grasse 2

Mucilage, g me 20

Icide lactique 1

Eau 10 —

Matières extràctives 32

s^in^ parler des petites quantités d'alcaloïdes moins connus donl nous avons parlé.

L'opium, dont la valeur commerciale est assez considérable, est naturellemenl soumis à des falsifications sans nombre : on y introduit diverses substances végétales: des extraits de chélidoine, de laitue vireuse, de réglisse, des huiles de lin et de sésame, des gommes, du sable, <lu jaune d'oeuf, des pulpes de fruits, de la fécule, de la terre, de l'argile, des feuilles de pavot hachées; on a vendu des opiums qui ne contenaient pas de morphine, et même des opiums entièrement fabriqués ne contenant aucune trace de suc de pavot.

D'après le Codex, l'opium des pharmacies doil renfermer au moins lu à 12 p. 100 de morphine ; il doit donner environ S0 p. 100 d'extrait.

Préparations opiacées. — Nous d lerons quelques renseignements

sur quelques préparations opiacées usitées en thérapeutique : ces préparations sont au nombre de celles que le chimiste-experl a souvent l'occasion

d'analyser parmi les produits saisis i une pouvant avoir donné lieu à un

empoisonnement.

'L'extrait d'opium extrait aqueux esl employé à des doses variant de 1 à 13 centigrammes. Un opium ordinaire fournit environ la moitié de son poids d'extrait.

Le sirop d'opium [sirop d'extraii d'opium, sirop thébaïque esl préparé avec l'extrail d'opium : 2o grammes contiennent l centigrammes d'extrait. lu autre médicament très employé, qu'il ne faut pas confondre avec le précédent, esl le sirop diacode, ou sirop d'opium faible, qui ne contient que 1 centigramme d'extrait pour 2o grammes. La teinture d'opium esl le produit de la macération de une partie d'opium avec 1 parties d'alcool.

Le laudanum, l'un des plus importants de Ion- le- médicaments, est parmi les produits opiacés celui qui cause le plus grand nombre d'empoisonnements accidentels ou suicide-,. — On distingue deux sortes de laudanum, le laudanum de Sydenham et celui de Hou— -eau. ce dernier beaucoup inoins employé que le précédent. Le laudanum de Sydenham est préparé pa

..i TB UTE DE CHIMIE TOXICOLOGIQUE

macération prolongée de l'opium dans du \ in de Malaga avec du safran, de la cannelle, de la girofle. La présence du safran dans le laudanum est très intéressante dans les expertises toxicologiques ; c'esl cette substance qui donne au laudanum sa couleur, son odeur très spéciale, facile à reconnaître ; la matière colorante du safran a des réactions chimiques assez précises. Sans cette addition de safran, il est certain qu'un bien plus grand nombre d'intoxications par le laudanum passeraient inaperçues. — 4 grammes de laudanum de Sydenham correspondent à .">0 centigrammes d'opium brut, el à 23 centigrammes d'extrait d'opium.

Le laudanum de Rousseau es! préparé par fermentation d'un mélange aqueux de mie] el d'opium ; il esl deux fois plus riche que le précédent en principes actifs : i grammes correspondent à 1 gramme d'opium el à 0=r,:;o d'extrait.

Dans les gouttes noires anglaises, les principes de l'opium sont macérés dans des sucs de citron et de verjus, additionnés d'alcool. Cette préparation contient aussi du safran. Dans les gouttes noires <lu (Index l'opium est macéré dans du vinaigre. Une partie de gouttes noires équivaut à 2 parties* de laudanum de Rousseau, et à ï- parties de laudanum de Sydenham.

Uélixir parégorique &s[ une préparation d'opium très usitée, principalement en Angleterre. C'est une teinture d'opium, anisée, additionnée d'ammoniaque, d'acide benzoïque et de safran pharmacopée d'Edimbourg ; mais il en existe plusieurs formules. L'élixir parégorique de la pharmacopée de Dublin, adoptée parle Codex français, contient : extrait d'opium, 3 gr. ; acide benzoïque, 3 gr. ; essence d'anis, 3 gr. ; camphre, 2gr. ; alcool à 6o°. 650 gr. I ne partie de ce produit contient 0,005 d'extrait d'opium.

La poudre de Dower est un mélange de nitrate de potasse, de sulfate de potasse, d'ipécacuanha, de réglisse et d'extrait d'opium i une partie de la poudre contient 0,09 d'extrait d'opium. On a apporté à la composition de ce médicament ancien, de nombreuses modifications.

La thériaque, électuaire extrêmement complexe, où entraient plus de soixante substances diverses, est encore quelquefois employée. 1 gramme de thériaque renferme environ 11.1112 d'opium brut. Le diascordium est aussi un ancien électuaire opiacé ; 1 gramme contient environ 6 milligrammes d'extrait d'opium.

En dehors de ces médicaments plus ou moins complexes, on emploie en thérapeutique les alcaloïdes de l'opium ou leurs sels, sous des formes simples. Les plus importants sont les sels de morphine: parmi eux le chlorhydrate, employé à l'état de solution aqueuse, de sirop, etc. Le sirop de morphine contient 0,0i de chlorhydrate de morphine pour i* ' ) grammes de sirop. Parmi les autres médicamentsde ce genre, très nombreux, citons encore le sirop de codéine, qui contient, pour 20 grammes, 0,04 de codéine.

INTOXICATIONS l'Ai! L'OPIUM 551

•Vous avons mentionné [pour divers médicaments leur teneur en opium ; (Lui-- la discussion de certaines questions relatives à des empoisonnements par les médicaments opiacés, il peut être commode, sinon très exact, d'apprécier leur toxicité d'après la quantité de morphine qu'ils renferment. C'est ce qu'indique le tableau suivant : In centigramme de morphine équivaut à

0,05 d'extrait d'opium ;

0,0126 de chlorhydrate de morphine ;

0,800 de laudanum de Sydenham ;

0,400 «le laudanum de Rousseau ;

0,650 de teinture d'opium ;

0,200 île gouttes noires ;

0,500 de poudre de Dower ;

S de thériaque ou de diascordium ;

ÎOO de sirop diacode.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DE L OPIUM ET DE SES ALCALOÏDES MOU F. S I)' INTOXI C A TIO N

U intoxication chronique par l'opium et ses dérivés se produit i\r diverses manières : par inhalation de fumée d'opium, par ingestion de préparations opiacées, par injection hypodermique.

L'habitude de fumer l'opium n'est guère en usage que chez les peuples orientaux, particulièrement en Perse, en Chine, en Indo-Chine. Cette habitude n'est pas très ancienne. C'est vers 1640 qu'elle a commencé à se répandre en Chine. Aux Philippines, aux Etats-Unis, particulièrement en Californie, l'immigration chinoise a introduit l'habitude de fumer l'opium, qui esl maintenant assez commune. — Les inconvénients de cette pratique ont été exagérés : beaucoup de personnes compétentes considèrent la fumée de l'opium comme moins funeste que celle du tabac. Il est en tout cas bien certain que l'abus de l'opium chez les Orientaux cause infiniment moins de ravages que l'abus des boissons alcooliques chez les Oceiden-

' Si l'habitude de fumer l'opium ne s'est pas répandue en Occident, c'est -ans doute parce que cette opération est en somme assez compliquée et nécessite un outillage spécial. On -.m qu'en Orient, le fumeur d'opium esl couché : la pipe est formée d'un tuyau de bambou de 50 ou 60 centimètres de long, ver- l'extrémité duquel est fixé un fourneau en terre cuite île i à ti centimètres 'le diamètre : ce fourneau n'a qu'une ouverture très petite : le fumeur, à l'aide d'une aiguille à tricoter, prélève dans un vase une petite masse d'extrait fluide d'opium (20à 25 centigrammes) qu'il dessècheàpeu près en la passant audessus d'une petite lampe et >'ii la pétrissant entre le pouce et l'index; il lui donne une forme conique et lit dépose dans l'étroit orifice du fourneau; il la brûle alors au-dessus

I i; A [TE DE CHIMIE TOX [COLOGIQUE

Les effets produits par la Fumée de l'opium ne paraissent pas en rapport avec la quantité de morphine quecontienl la masse fluide. L'opium de l'Inde, qui esl le plus estimé par les fumeurs, contienl peu de morphine ; les Chinois apprécient la valeur de l'opium brut àson parfum et ù La quantité d'extrait qu'il fournit. Le travail que subit l'opium brut pour être transformé en extrail fluide, dil chandoo, a pour effet d'éliminer une notable proportion de certains alcaloïdes. Des fumeurs d'opium ont trouvé très bon un opium dont on avail à dessein extrait toute la i 'phine. Inversement des opiums additionnés de 20 ou 2§ p. 100 de morphine ont été jugés mauvais ' .

Il est d'ailleurs douteux que la morphine pénètre en nature dans les poumons, du moins en grande porportion. La moitié environ de la morphine se retrouve dans le résidu que l'incinération laisse accolé aux parois du fourneau, résidu portant le nom de d?'oss, qui est revendu à peu près la moitié du prix du chandoo, et est consommé parles fumeurs endurcis ou par le peuple (E. Martin).

Au début, la fumée d'opium n'exerce que des effets peu appréciables, el ne détermine pas de sensations agréables. Après quelque temps, le fumeur' ressent une sorte d'excitation passagère qui donne à L'esprit plus de Lucidité : beaucoup de fumeurs modérés n'éprouvent pas d'autres effets. A celle première période succède une phase d'abattement, de sensation de repos, avec rêves agréables. Ce n'est qu'à la suite d'abus prolongés que le tumeur d'opium parvient à la période finale d'abrutissement, aboutissant à la cachexie et à La mort.

L'habitude de manger l'opium esl 1res commune dans l'Inde; en Turquie, 'es thériakis en absorbent, de 2 grains au début, jusqu'à 6 grammes; beaucoup de Persans prennent aussi de petites pilules d'opium. Cette habitude est également répandue aux Etats-Unis et en Europe; on dit qu'il existe ù Londres un nombre considérable de mangeurs d'opium. Les effets de l'opiophagie sont analogues à ceux de la morphinomanie ; ils sont plus graves que ceux du fumage de L'opium; cependant, prisa petites doses, l'opium produit une certaine excitation qui soutient les forces, et n'a pas de conséquences dangereuses, surtout chez ceux qui se livrent à un travail musculaire suffisant, et chez qui L'élimination des éléments toxiques se fait avec rapidité.

L'intoxication par voie d'injection hypodermique, si répandue en Europe,

de la petite lampe et aspire lentement la fumée qu'il fait pénétrer dans les poumons, el qu'il exhale ensuite aussi lentement. One seule aspiration »ullîl : letoul ne dure donc que quelques secondes. Un Chinois peul lumer ainsi vingl el trente pipes d'opium par jour : quelques-uns vonl jusqu'à quarante. D'après la statistique des douanes chinoises, on évalue .i non moins d'un milliard pai an la valeur des opiums indiens et chinois ainsi consommés. (Voy. i: Martin. Revue scientifique, I- L, p. 77.) ' (Voy. Ayres el Mc Callum, Revue scientifique, t« série, t. I. p. 163.)

INTOXICATIONS PAR L'OPIUM ii53

esl de beaucoup la forme la plus grave des intoxications chroniques. Ce mode d'empoisonnement volontaire es) pratiqué maintenant à peu près dans toutes les chisses de I;i société. Il es! particulièrement fréquent chez les médecins. — La dose de chlorhydrate de morphine injectée esl d'abord un 1/2 cm 1 centigramme, mais pou à peu l'accoutumance se fait, el Le morphinique arrive à s'injecter journellemenl de prodigieuses quantités de poison, par exemple 60 à 80 centigrammes, fréquemment même I gramme par jour : doses qui tueraient infailliblement une personne non accoutumée. Pichonamentionné l'observation d'un malade qui prenait jusqu'à 9 grammes par jour. ( j imme dans les autres procédés d'absorption de l'opium, l'injection de morphine à petites doses produit d'abord une excitation passagère, agréable, augmentant l'activité physique et intellectuelle. L'abus engendre promptement des effets graves: amaigrissement, dyspepsie, anémie, puis des troubles nerveux et psychiques, des hallucinations, etc. On observe aussi des altérations de l'organe visuel, atrophie de la pupille, et rétrécissement du champ visuel, etc. L'émission de l'urine est augmentée, el l'on peut y constater la présence de la morphine.

L'intoxication par injection hypodermique est d'autant plus funeste qu'il est fort difficile de taire perdre aux malades l'habitude qu'ils ont contractée. Alors qu'on n'observe pas d'accidents graves lorsqu'on supprime, même brusquement, l'usage de la fumée d'opium, la suppression de l'injection hypodermique produit au contraire des troubles très sérieux (diarrhée, frisson, abaissement de la température, convulsions épileptiformes , en sorte que l'on doit avoir recours à une suppression progressive, qui ne réussit pas toujours.

Intoxication aiguë. — L'intoxication aiguë par l'opium et ses divers composés est très fréquemment observée. On a noté un grand nombre d'empoisonnements criminels, beaucoup d'accidents dus i\ des imprudences ou à des erreurs d<- médicaments, beaucoup de suicides. Le plus employé des médicaments opiacés, le laudanum, est très souvent choisi comme moyen de suicide : beaucoup de gens supposent en effet, età tort en général, que ce poison amène la mort sans souffrance. Les empoisonnements accidentels sont excessivement fréquents chez les entants, qui présentent pour les opiacés une susceptibilité toute particulière : bien que lés doses toxiques puissent varier dans de larges limites, on doit considérer comme très dangereuse l'administration de 5 milligrammes de morphine à un enfant en bas âge; des infusions fuites avec moins d'une tête de pavot ont déterminé la mort chez de très jeunes enfants. Pour les adultes, les doses toxiques sont également très variables selon les sujets ; souvent, dans l'empoisonnement par le laudanum pris à doses massives, la plus grande partie

I i; \ l l r. DE CHIMIE T0XIC0L0GIQ1 E

du poison esl rejetée par les vomissements, el le malade peut être sauvé.

t in a obsen é des empoisonnements avec 1 gi\ nés de teinture d'opium,

avec 30 centigrammes d'extrait d'opium. L'absorption de 40 centigrammes <li- chlorhydrate de morphine doit amener sûrement la mort. 11 est bien entendu que ces doses seraient beaucoup plus élevées pour des personnes déjà habituées à la morphine.

L'ingestion de doses fortes de morphine, ou d'une préparation opiacée, I > i« >• 1 1 1 î t un sommeil invincible, el quelquefois la morl survienl rapidement sans qu'on voie paraître d'autres phénomènes bien saillants. Mais plus souvent on remarque deux périodes : la première esl une période d'excitation, d'ailleurs assez courte; puis apparaissent des vomissements, une grande dépression des forces, un ralentissemenl général de la circulation, des vertiges, des hallucinations, des troubles de la vue; le malade meurt dans le ri. uni '.

Les lésions ne sonl pas des plus caractéristiques : on trouve une fréquente hypérémie de l'encéphale; les poumons sonl congestionnés; le sang esl généralement noir el fluide. Certains empoisonnements sont faciles à reconnaître immédiatement, il après l'odeur des produits absorbés : c'esl ainsi que le laudanum, en raison du safran qu'il renferme, esl très facilement diagnostiqué par son odeur très spéciale el par la coloration jaune qu'il communique aux tissus.

L'action physiologique propre des divers alcaloïdes contenus dans l'opium a l'ail l'objet de nombreuses études, parmi lesquelles il faul citer surtout celles de Claude Bernard el de Rabuteau. Un peu! classer les alcaloïdes de l'opium de différentes manières, selon leur pouvoir toxique, selon le degré de leur action soporifique, analgésique, convulsivante, anexosmotique. On observe d'ailleurs que l'ordre dans lequel on range ainsi ces différents poisons n'esl pas le même, selon qu'on expérimente sur l'homme

nu sur les animaux. Ainsi, le chien esl for! peu sensible à la morphi pu

esl pour l'homme le plus violent des poisons de l'opium. Cest une circonstance qu'il importe de ne pas perdre de vue dan- les expérimentations physiologiques que l'on peut avoir à faire à propos d'intoxications par l'opium.

' Une observation rapportée par Dubay Ami. d'hyg. ci . t. XV, p. 278, d'après Perpi r, Medicinisch chirurg. Presse, 1886) a trait a un suicide, .1 l'aide d 75 centigrammes de chlorhydrate de morphine, pratiqué pai an médecin qui a noté sur lui-même les accidents suivants : après trois minutes, accélération du j...ul> : après cinq minutes, tuméfaction de la face, fourmillements, irrégularité du cœur; dix minutes, étourdissements, bourdonnements, torpeur; plus tard, sommeil agité. Ultérieurement, paré- - parois abdominales et des muscles de la vessie. — Guérison complète après huit joui -.

TOXICITE 1H"S ALCALOÏDES DE L'OPIUM 55o

Quoi qu'il en -"\\. voici l'ordre établi, pour ces différents poisons, par Claude Bernard et par Rabuteau :

"RfiRi: TOXIQUE

Pour le» animaux.

Thébaîne.

Codéine.

Papavérine.

Xarcéine.

Morphine.

Narcotinc.

Cl. Bernard .

Pour l'homme.

Morphine.

li ine.

Thébaîne.

Papavérine.

Narcéine.

Xarcotine.

Rabuteau.

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