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ENQUETE SUR LES CAUSES DE LA MORT DU BARON J. DE I

Nous soussignés,

Paul Brouardel, doyen de la Faculté de médecine, professeur de médecine légale, membre de l'Institut :

Henri Richardière, médecin des hôpitaux :

Jules Ogier, docteur es sciences, chef du Laboratoire de toxicologie.

Commis par une ordonnance de M. Franqueville, juge d'instruction au Tribunal de première instance du département de la Seine, en date du 8 décembre 1S'>2. ;iinsi conçue :

Attendu qu'il y a lieu de rechercher les causes de la mort du baron Jacques de lt.... décédé à Paris le 20 novembre 1 s ■- * 2 . et inhumé au cimetière de N..., près Beauvais (Oise), le 22 novembre dernier.

Commettons : 1° M. Brouardel, doyen de la Faculté de médecine de Paris, professeur de médecine légale : 2 M. Richardière, médecin des hôpitaux, expert-légiste : ; M. -'leur es sciences, chef du Laboratoire de toxicologie dePari's, à l'effet, serment prêté, de se transporter au cimetière de N... Oise . d'assister à l'exhumation du corps du baron Jacques de R ; d'indiquer à M. le juge d'instruction

près le Tribunal de Beauvais. qui sera présent à toutes leurs opérations, les mesures ou dispositions nécessaires pour que l'exhumation soit faite en observant toutes précautions qu'ils jugeront convenables ou nécessaires, de prêter leur concours à If. le juge d'instruction pour vérifier, au moyen de la photographie du baron de

R qui leur sera présentée, l'identité du cadavre que renferme le cercueil qui

porte le numéro de l'état civil de Paris, 2055, de faire toutes observations, dires et affirmations concernant l'identité dudit cadavre, lesquels dires, observations et affirmations seront consignés dans un procès-verbal que dressera à cet effet M. le juge d'instruction : d'assister à la photographie qui sera prise du cadavre avant t'autopsie ; de procédera l'autopsie du cadavre du baron Jacques de R..., dans le lieu qu'iN choisiront offrant les conditions matérielles les plus favorables pour celle opération : de rechercher les causes de la mort du baron Jacques de R... ; de dire si cette mort a été naturelle ou violente; de procédera toutes vérifications médicolégales: de placer dans des bocaux ou vases (lesquels seront scellés et cachetés en leur présence tous viscères ou organes dont l'examen ou l'analyse chimique seraient jugés nécessaires.

Le transport à Paris de ces bocaux ou vases cachetés et scellés sera fait immédiatement parTes soins de M. Clément, commissaire de police aux délégations judiciaires, que nous commettons à cet effet, et qui se conformera à toutes les prescriptions ordonnées par MM. les experts pour le transport de ces scellés.

De dresser un rapport sur les opérations, recherches et découvertes qui seront laites, lequel rapport sera déposé conformément à la loi.

Serment préalablement prêté, nous avons rempli comme il suit la mission qui nous a été confiée :

Exhumation...

774 l R \ (TE DE CH1 MIE TOX 1COLOGIQUE

[denl ification du cadavre...

Examen extérieur du cadavre. — (Cel exame révèle aucune lésion

extérieure, ni i race de \ iolences. |

Ai TOPStB. — A. Tête. — Le cuir chevelu est doublé par une couche épaisse de sérosité sanguinolente. Il n'y a pas de fracture des us du crâne, ni à la route ni à la base.

Le méninges sonl saines; il n'y a pas d'épanchemenl sanguin Liquide ou collecté, sous forme d'hé rragie méningée.

L'arachnoïde el la pie-mère ont leur aspecl normal ; elles me sonl pas enflammées.

Li's méninges encéphaliques se détachent facilement de l'encéphale, el n'entrainenl pas avec elles de fragments de la substance cérébrale.

Le cerveau, sous l'influence de la putréfaction, a perdu en partie sa consistance normale. La substance nerveuse esl légèremenl diffluente : malgré cel état de putréfaction, nous avons pu faire des sections de l'encéphale, el nous nous sommes assurés qu'il n'existail pas d'hémorragie cérébrale en foyer ou en nappe soil récente, soil ancienne. Nous n'avons pas constaté non plus de foyer de ramollissemenl pathologique par embolie ou parthrombose. D'ailleurs lijs artères du cerveau n'étaient pas athéromateuses. Nous n'avons pas trouvé il ;nn'\ rismes miliaires.

L'istl de l'encéphale protubérance annulaire ci bulbe) esl plus ramolli

parla putréfaction que le cerveau. Cette partie de l'encéphale ne présente pas non plus d'altération morbide appréciable, pas de foyer hémorragique, pas de tumeur.

H. Thorax. — Les côtes ne sonl pas fracturées. Il n'y a pas d'épanchemenl sanguin ou séreux dans les cavités pleurales.

Les poumons, 1res putréfiés, ont un volume très réduit. Ils ne sont atteints d'aucune lésion pathologique.

l'as d'altérations du péricarde : pas d'épanchement péricardique.

Le cœur et les gros vaisseaux sonl absolumenl vides de sang. Le poids du cœur, avec les gros vaisseaux, esl de 365 grammes ; débarrassé des gros vaisseaux, le cœur peso 300 grammes; il esl légèremenl hypertrophié le poids moyen du cœur étant de 266 grammes, d'après Sappey).

Cel organe est atteint de dégénérescence graisseuse: la face antérieure présente de larges dois de graisse, au niveau desquels la substance musculaire esl réduite d'épaisseur. Les îlots de graisse sonl \isM>les à la face antérieure des deux ventricules au niveau de la pointe. Ils ont une forme triangulaire et paraissent comme encadrés par la substance musculaire brun rougeâtre apparaissant sur les bords el au niveau de la cloison interventriculaire.

La dégénérescence graisseuse du cœur ■porte sur la partie superficielle de l'organe. Sous la graisse on retrouve la substance musculaire, mais moins épaisse qu'à l'état normal.

La paroi du ventricule droil est notablement réduite en épaisseur. Elle ne mesure en effet que I millimètre et demi à 2millimètres.

Les cavités du cœur ne contiennent pas de caillots.

L'orifice mitral esl sain.

L'orifice aortique parait suffisant. La base d'insertion des valvules esl légèrement indurée. Les valvules aortiques sont souples.

L'endocarde du cœur et des valvules ne présente pas de végétations.

Immédiatement au-dessus des valvules aortiques, on remarque sur la paroi de l'aorte, en dehors di l'embouchure des artères coronaires et sans rapport avec ces artères, deux ou trois dépôts athéromateux de la grosseur d'une lentille : ces dépôts n'ont pas la consistance calcaire.

Pour compléter la description du cœur, nous avons examine au microscope des fibres musculaires fragmentées par dissociation, et des parties de tissu musculaire cardiaque durci dans l'alcool absolu et coupé après inclusion dans la paraffine. Les fibres musculaires dont la dissociation a été te ni ce se sont colorées très incomplètemenl par le picro-carmin ; par le fait de la putréfaction elles n'uni présenté qu'en peu de points des traces de la structure normale des libres (striation, etc.). La fragmentation de ces fibres, la coloration incomplète sont en rapport avec la putréfaction.

Les coupes du parenchyme ont très mal pris la coloration par le picro-carmin ; il nousa été impossible de mettre en évidence la striation et la texture du parenchyme ; le tissu conjonctif, s'il en existait, n'a pas été imprégné; à la coupe du parenchyme, il ne parai pas exister de sclérose cardiaque.

Les artères coronaires droite et gauche . disséquées dans toute leur longueur et étalées sur des plaques de liège, ne paraissent pas réduites dans leur calibre: elles no sont pas athéromateuses ni thrombosées ; elles ne renferment pas de caillot oblitérant. La tunique externe des coronaire- a subi la dégénérescence graisseuse partielle, ce qui est peut-être un phénomène cadavérique.

Les artères pulmonaires sont normales: il n'y a pas d'embolie pulmonaire.

L'aorte est saine ; ce vaisseau n'est pas dilaté. Sa paroi présent* deux ou trois dépôts athéromateux déjà mentionnés, au-dessus des valvules aortiques. Il n'y a pas d'anévrisme de l'aorte ni des grosses artères.

Les veines caves sont saines.

L'œsophage est sain; il ne renferme ['as de corps étranger : sa muqueuse ne présente aucune trace de brûlure ou de cautérisation, pas plus que la muqueuse du pharynx.

Le larynx est normal; il n'y a pas de corps étranger dans les voies aériennes.

Pas d'hypertrophie des ganglions du médiastin. Pasde tumeur du médiastin.

(',. Abdomen. — La paroi abdominale est surchargée <Ie graisse. Le péritoine el les épiploons sont égalements recouverts par une énorme quantité de graisse.

A l'ouverture de l'abdomen on ne constate pas d'autre odeur que celle de la putréfaction.

L'estomac n'esl pas perforé; il contient 52 grammes d'un liquide brun sans odeur spéciale. Il n'y a pas de corps étranger, solide ou pulvérulent, déposé sur les parois de la cavité de l'estomac. La muqueuse de l'estomac ;i une coloration normale. Sa surface interne ne présente ni altération ni ecchymose. La muqueuse gastrique forme de nombreux plis. Les plis el sillons qui parcourent cette muqueuse donnent à l'estomac l'aspecl dil de Vestomac à colonnes. Les tuniques de l'estomac sont normales. On ne constate pas d'épanchement sanguin dans leurs interstices ou dans leur épaisseur. En résumé l'estomac esl sain.

L'intestin grêle renferme peu de liquide. Dans l'iléon, on trouve quelques matières à demi liquides. Il n'y a pas Se lésion de la muqueuse intestinale. On ne constate pas d'ulcération. Les follicules clos, solitaires ou agminés, ne sont pas gonflés.

Le gros intestin esl également sain. Il renferme des matières fécales presque solides.

La vessie est d'un petit volume: elle ne contient qu'une quantité insignifiante d'urine.

Le l'oie pèse 1 405 grammes. Il est de couleur blanchâtre, sa consistance esl celle du mastic. Ce! organe paraît absolument graisseux. Les sections du l'oie démontrent qu'il n'existe pas de cirrhose. Les voies biliaires ne renferment pas de calculs.

Des fragments de l'oie ont été examinés au microscope après durcissement. Les coupes n'ont pas permis de retrouver la structure lobulaire du foie, qui avait disparu sous l'influence de la putréfaction ; le parenchyme cellulaire est fragmenté : les noyaux cellulaires onl disparu ; le tissu musculaire a subi la fragmentation et la dissociation moléculaire. Le parenchyme du foie, profondément altéré parla putréfaction, esl presque méconnaissable.

Les reins pèsent 285 grammes; ils ont leur apparence normale ; la capsule se décortique facilement. Après section longitudinale, on c onstate que les den\ substances ont pris, sous l'influence de la putréfaction, une coloration uniforme brun rougeâtre; les substances corticale et médullaire paraissenl confondues. Les reins ne présentent ni kyste ni induration scléreuse. L'examen microscopique a permis de reconnaître la structure normale des reins ; il n'a pas décelé d'altérations.

La rate pèse '135 grammes, elle est normale.

Les testicules sont sains.

Comme dernière remarque, disons qu'en aucun autre point du corps (dos, membres, cavités), nous n'avons rien découvert qui fût anormal ou pathologique.

Au cours de l'autopsie, onl été mis sous- scellés, dans des bocaux oeufs el propres, les matières ou viscères dont suit rénumération :

Les recherches toxicologiques ont été laites dans l'ordre suivant:

1° Oxyde de carbone :

2° Poisons volatils ;

3" Poisons minéraux ;

4° Chloroforme ;

5° Alcaloïdes.

I. Oxyde de carbone. — Un centimètre cube de sang, pris dans le bocal renfermant les poumons, es) dilué dans 100 centimètres cubes d'eau bouillie; la solution préalablement Qltrée est placée dans une euve à faces parallèlesel examinée au spectroscope, sous une épaisseur de l',o. Le spectre observé est celui de l'hémoglobine oxygénée: les deux bandes d'absorption occupent sur l'échelle du spectre les positions normales, ainsi qu'on peut s'en assurer en juxtaposant au précédent le spectre d'absorption d'un échantillon de sang ordinaire. Nous additionnons ensuite le liquide de quelques gouttes de suifhydrate d'ammoniaque; au bout de trois minutes, l'espace clair compris entre Les deux bandes obscures devient plus sombre; au bout de cinq minutes, la réduction çsl totale et les deux bandes primitives onl l'ail place à la bande unique de l'hémoglobine réduite. On sait qu'avec le sang oxycarboné, la disparition des deux bandes sous l'influence du sulfhydrate n'a pas lieu, ou n'a lieu qu'incomplètement : la réduction a été ici tout à fait nette, et il nous a paru inutile de procéder à l'extraction des gaz du sang. La conclusion de ces premiers essais est donc que le sang examiné ne contient pas d'oxyde de carbone.

II. Poisons volatils. — Cette seconde série d'expériences est faite sur:

Foie 250 gran s

Estomac 70 —

Contenu de l'estomac 0 —

Intestin 3Sj —

Contenu de l'intestin la —

Les matières sont broyées à l'aide d'un hachoir, additionnées d'eau, de manière à former nne bouillie fluide, acidulées par de l'acide tartrique et introduites dans un appareil distillaloire dont le réfrigérant est placé dans l'obscurité. Pendant la distillation, il ne se produit dans le réfrigérant aucune lueur indiquant la présence du phosphore. On recueille les 25 premiers centimètres cubes passant à la distillation, pour y chercher les composés cyanhydriques. Une partie de ce liquide est traitée par un léger excès de potasse, puis par un mélange de sulfates de protoxyde et de peroxyde «le

fer; après redissolution, dans l'acide chlorhydrique faible, de l'excès des hydrates précipités, on constate que le liquide reste clair et qu'il ne s'esl produil aucun précipité de bleu de Prusse. — Une autre portion du même liquide^esl chauffée avec une goutte de sulfhydrate ; l'excès de sulfhydrate esl éliminé par un peu d'acide chlorhydrique ; L'addition d'une goutte de perchlorure de fer ne détermine aucu :oloration rouge. — Ces deux réactions, complètement négatives, indiquenl que les matières examinées ne contenaienl point de composés cyanhydriques (acide prussique, cyanure de potassium, etc. .

L'odeur du liquide recueilli à la distillation n'a aucun caractère spécial : rien n'indique que ce liquide ail entraîné quelque substance volatile toxique, telle que : essences, éther, chloroforme, acide phénique, etc.

III. Chloroforme. — Nous avons employé pour la recherche spéciale du chloroforme la totalité des poumons el du sang qui les baignait : le poids étail de 8o0 grammes. Les matières sont finement divisées par le hachoir, et introduites dans un ballon chauffé au bain-marie vers 50°. Dans la masse demi-pâteuse, on l'ail passer pendant plusieurs heures un couranl d'air soigneusement privé de toute trace de chlore ou d'acide chlorhydrique par un lavage dans du nitrate d'argent. Les vapeurs entraînées par le couranl d'air sonl dirigées à travers un Iule de porcelaine chauffé au rouge ; et, au delà. dans un Flacon laveur contenant une solution de nitrate d'argenl accidulée par l'acide nitrique. L'expérience ainsi conduite n'a donné qu'un résultat négatif; il ne s'esl formé aucun précipité de chlorure d'argent : par suite le couranl d'air n'a entraîné aucune vapeur de chloroforme ou d'un composé organiq fhloré volatil.

IV. /'oisons métalliques. — La recherche des poisons métalliques a été pratiquée sur les portions de viscères ayanl précédemment servi à la recherche des poisons volatils (voir § II), auxquelles ont été ajoutés 100 grammes du mélange de poumon et sang déjà employé pour le chloro-

Les matières sont additionnées de 100 grammes de chlorate de potassium

pur et placées dans un grand ballon portant un bouchon à trois tubulures,

dans lequel on dirige un couranl rapide de gaz chlorhydrique pur produit

par l'action de l'acide sulfurique pur sur l'acide chlorhydrique pur. Lorsque

la concentration de la soluti :hlorhydrique devient suffisante, lé chlorate

de pelasse s'attaque èl les matières organiques se détruisent sens l'influence du chlore et de gaz chlorés ainsi produits : les quelques bulles de gaz chlorés qui s'échappent sonl condensées dans de l'eau qui sera réunie plus lard au liquide du ballon. On obtient ainsi une solution jaune, tenant en suspension quelques matières grasses a létruites, que l'on sépare par li 11 ration.

Olie solution est ensuite saturée de gaz acide sulfureux pur. puis soumise à une ébullition prolongée pour chasser l'excès de gaz sulfureux. Il reste en définitive une solution lu-un clair, dans laquelle on l'ait passer un couranl

lenl d'hydrogène sulfuré, pendanl douze heures, ce qui détermine la formation d'un très faible précipité brun-noir, — ainsi qu'il arrive toujours en pareilles circonstances.

précipité esl divisé en <leu\ paris égales : dans l'une, après dissolution par l'eau régale, évaporation, etc., nous recherchons les métaux proprement dits, précipitantes par l'hydrogène sulfuré plomb, cuivre, mercure, etc. . selon les procédés usuels de l'analyse minérale. Les résultats sonl négatifs. L'autre portion du précipité esl consacrée àlarecherche spéciale de l'arsenic cl de l'antimoine : à cel effet le précipité est traité par l'ammoniaque, la solution ammoniacale est évaporée à sec, le résida esl oxydé par l'acide nitrique; après évaporation complète de l'excès d'acide nitrique, le résidu final esl dissous dans l'acide sulfqrique, puis introduit dans un appareil de Marsh, fonctionnant à blanc depuis plusieurs heures. Il ne se produit, au

de la partie chauffée du tube abducteur de l'appareil de Marsh, aucun anneau d'arsenic ni d'antimoine.

V. Alcaloïdes. — Les quantités suivantes des viscères ont été employées pour la recherche des alcaloïdes :

Estomac 65 gra mines

Contenu de l'estomac 5 —

lai istin M)0 —

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