HYDROGÈNE SULFURÉ
L'empoisonnement par l'hydrogène sulfuré esl toujours accidentel ; on en observe de fréquents exemples chez les ouvriers qui travaillent dans les fosses d'aisances, les usines à gaz, les égouts, peut-être aussi dans certains caveaux de cimetière. Des intoxications par ce gaz ont eu lieu dans plus d'un laboratoire '.
Le plus souvent les gaz qui déterminent ces accidents sont des mélangés fort complexes et il est bien probable que l'on met très sou\ enl sur le compte de l'hydrogène sulfuré des asphyxies qui sont dues à d'autres gaz, et notamment à l'acide carbonique. Dans les lusses d'aisances, on trouve en même temps que L'hydrogène sulfuré, des vapeurs de sufhydrate d'ammoniaque et aussi des vapeurs ammoniacales. L'empoisonnement peut donc se présenter sous des formes différentes, selon que l'un ou l'autre gaz prédomine. C'est surtout lorsque les ouvriers brisent La couche désignée sens le nom de chapeau, formant à la surface delà fosse un amas de consistance assez solide, ipi'il se produit un dégagement abondant d'hydrogène sulfuré ".
Propriétés de l'hydrogène sulfuré. — L'hydrogène sulfuré, ou acide sulfhydrique, I1JS. esl un gaz incolore, doué d'une odeur d'œufs pourris, très pénétrante. Il est facilement Liquéfiable à la température ordinaire, à
la pression de quatorze atmosphères. Sa densité est 1,171; le poids du litre, lsr,523. L'eau en dissout trois ou quatre lois son volume, il brûle à
1 Garnier a donné la relation d'un empoisonnement par l'hydrogène sulfuré, ou plutôt par le sulfhydrate d'ammoniaque, chez trois ouvriers qui travaillaient, dans l'intérieur d'une chaudière, u boucher un joint avec un mastic composé de soufre, limaille de fer, sel ammoniac, mélangé qui dans certaines conditions peul dégager du sulfhydrate : l'un de ces hommes mourul ; chez les ilmiv <|tii survécurent on observa du pyrosis, de l'engourdissement des membres [Ann. d'hyg., I. XV, p. Mit).
'■ On exagère beaucoup, je crois, la quantité d'hydrogène sulfuré existant dans les Fosses d'aisances et dans d'autres milieux où pourrissent des matières animales. — Ayanl eu l'occasion d'analyser récemment l'air de doux fosses non vidées depuis plusieurs mois. je n'y ai pas trouvé la moindre trace d'h}"drogène sulfuré.
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L'air avec une flamme bleue, en produisant du gaz acide sulfureux el en déposanl du .-nuire, si la quantité d'oxygène es! insuffisante ; il est décomposable par la chaleur en soufre et hydrogène. C'est un agent réducteur, facilement détruit par divers oxydants, tels que le chlore, le brome, l'iode, l'acide ehromique, l'acide nitrique, le permanganate, le bioxyde de plomb, etc. L'hydrogène sulfuré a les propriétés d'un acide faible; il forme avec les métaux îles sulfures métalliques, les uns solubles,- les autres insolubles.
Propriétés physiologiques. ■ — La toxicité de l'hydrogène sulfuré est considérable, lorsqu'il est introduil dans les voies respiratoires. Au contraire, ingéré dan- l'estomac à l'état de solution aqueuse, il esi supporté à des doses assez élevées; nous en trouvons la preuve par exemple dans l'usage que l'on l'ait couramment des eaux minérales sulfureuses. On raconte que Monge avait l'habitude de boire pur plaisir de l'eau contenant en dissolution de l'hydrogène sulfuré. — L'injection de la solution aqueuse de ce gaz dans le système veineux d'un animal es! aussi relativement inoffensive; Claude Bernard a montré que le gaz ainsi introduit dans l'organisme est éliminé parles poumons avec une grande rapidité : lorsqu'on injectedans la jugulaire d'un chien, un peu de solution sulfhydrique, presque aussitôl l'élimination pulmonaire commence et l'on peut la rendre manifeste en plaçant devant la bouche de l'animal un papier imprégné d'acétate de plomb, qui noircit. Cette élimination se termine en peu de temps.
Si les doses injectées dans le sang sont trop considérables, l'animal succombe avec des convulsions. La mort peut être aussi produite par absorption cutanée; on le démontre en plongeant dans le gaz sulfhydrique un animal dont la tête reste à l'air libre.
C'est surtout lorsqu'il est introduit dans les voies respiratoires que l'hydrogène sulfuré est puissamment toxicpie. On indiquequ'un oiseau succombe immédiatement dan- une atmosphère à 1/1500 ; les chiens ne supportent pas une atmosphère au 1 NliO : ils paraissent pouvoir vivre dans une atmosphère au 1 1000. Brouardel et Loye ont trouvé que l'hydrogène suL furé est mortel à la dose de 0,12 p. 100 : des chiens sont morts en trois minutes dans une atmosphère contenant 2 p. 100 d'hydrogène sulfuré ; après dix-sept à cinquante minutes dans un milieu à 0,5 p. 100'.
D'après les observations faites sur les animaux et aussi sur l'homme. les symptômes de l'intoxication sulfhydrique sont : la dilatation delà pupille, l'exophtalmie, la pertede la sensibilité; la circulation se ralentit rapidement :
' P. Brouardel et Loye. Recherches sur l' empoisonnement par l'hydrogène >ulfuiv [Comptes