CHAPITRE IX
Parmi les corps désignés sous le nom d'essences, un certain nombre ont des propriétés toxiques; nous étudierons principalement l'essence de térébenthine, l'essence de rue ei l'essence de sabine.
Essence de térébenthine. — On a signalé quelques tentatives de suicide avec l'essence de térébenthine, qui est d'ailleurs forl peu toxique. Par exemple, Deguv cite un cas où l'ingestion de 200 grammes d'essence a amené un étal comateux, avec dilatation de la pupille, frisson, sommeil stertoreux; puis, plus tard, des symptômes d'embarras gastrique ; la guéi ï— < m a été prompte [Ànn. d'hyg. et méd. Icij. (3 . t. XXXVII, p. 560 . Bouchardat Comptes rendus, t. XX. [>. 1839 indique que l'inhalation des vapeurs de térébenthine produit un peu de céphalalgie, de lassitude, de défaillance. On attribue à ce corps les accidents constatés chez des personnes séjournant cm dormani dans un appartement couvert de peinture fraîche.
Rappelons que l'essence de térébenthine est employée connut' contrepoison du phosphore; on la rencontre donc quelquefois dans les viscères d'individus empoisonnés par ce métalloïde.
L'essence de térébenthine ordinaire est incolore lorsqu'elle est récemment préparée; elle jaunit un peu en se résinifîant sous l'influence de l'air et de la lumière; son odeur est très caractéristique ; elle est insoluble dans l'eau; elle bout vers -j- I 56" : sa densité est 0,86. Son pouvoir rotatoire est variable selon lanature «1rs carbures Cil1" qui entrent dans sa composition. Elle dissout beaucoup de matières organiques : corps gras, résines, etc. ; elle se ili>-.init facilement dans l'alcool.
L'acide sulfurique concentré agit très énergiquement sur l'essence de térébenthine : il tombe d'abord au fond en prenant une coloration brun rouge; puis, si l'on agite, le mélange s'échauffe fortement, et il se forme du térébène, qui distille, ainsi que d'autres carbures. L'action de l'iode est également 1res vive, même à froid; celle du brome est encore plus éner-
gique. L'acide chlorhydrique gazeux se dissoul abondammenl dans l'essence de térébenthine : les produits formés onl une odeur camphrée '.
Sabine et essence de sabine. -- La sabine [Juniperus sabina) esl un
d'une odeur forte fis*. 22 el 2'À .
mifèn
■uilles toujours \ erl
Fij,'. ±2. — Juniperus sabina.
Fig. 23. — Juniperus sabina.
Inflorescence mâle.
( )n emploie quelquefois la poudre de sabine en médecine, à des doses variant deOBr,8.0à l6', 50 ; l'essence tirée de la sabine esl ordonnée par 5 à lu gouttes. A de plus hautes doses, la poudre ou l'essence déterminent de véritables intoxications, deuil les principaux symptômes sont une violente inflammation du tube digestif, vomissements, diarrhée, accélération du pouls, quelquefois trismus et tétanos.
La poudre de sabine est un emménagogue violent, fréquemment employé comme médicament abortif; aussi a-t-on constaté <\r nombreuses intoxications par cette matière, intoxications qui sont souvent, mais non pus toujours, suivies d'avortement, et qui parfois même entraînent la mort sans déterminer l'avortement.
Les lésions qu'on observe ;'i l'autopsie soûl surtout celles de la l;;i>1 i-< >entérite.
L'essence de sabine, extraite par distillation des jeunes branches fraîches du. Juniperus sabina, est un liquide bouillant à -j- 135° — 1 < i 1 " (Dumas . Sa
'Parmi les caractères de l'essence de térébenthine, on peul encore indiquer la réaction suivante proposée par Crismer, principalement pour reconnaître la térébenthine mêlée S d'autres essences : elle repose sur l'emploi ilu tartrate manganoso-polassique : on obtienl
ce réactif en saturanl 20 p. de crè de tartre avec '■• ■< G p. de carbonate manga-
neus e( en diluanl pour faire un litre. A 5 centimètres cubes de l'essence on ajoute :; centimètres cubes de réactif, puis 3 gouttes d'ammoniaque ù 0,92a de densité On mélange, on plonge le tube au bain-marie, el on fail passer un courant d'air rapide, si l'essence contient de la térébenthine, la couche supérieure esl noire ou brune, la couche inférieure étant toujours bran foncé [Bitll. Soc. Chim., t. VI, \>. 29).