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DEFINITION HIJ POISON

Plus récemment, Rabuteau a dénommé poison « toul agent chimique capable de produire la mort ou de porter une atteinte grave à la santé, en agissant sur les éléments anatomiques ou 1rs humeurs ».

La définition de l'empoisonnement dans le (Inde pénal (art. 301) contient implicitement une définition du poison :

» Est qualifié d'empoisonnemenl toul attentat à la vie d'une personne par l'effet de substances qui peuvent donner la mort plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances aient été emplovées ou administrées, et quelles qu'en aient été les suites. » Définition qui a 1«' mérite d'une grande simplicité, mais grâce à laquelle on peut parfaitement considérer comme empoisonnés les gens qui reçoivent une balle de revolver, ou ceux < 1 1 1 î avalent du \ erre pilé.

Claude Bernard, dans sou traité Sur l effet des substances toxique* et. médicamenteuses (Baillière, I8o7, p. 38 et suivantes), dit, à propos de lu définition des aliments, médicaments et poisons, qu'il « n'essaiera pas » de créer des délimitations illusoires par une définition impossible et dont heureusement nous pouvons parfaitement nous passer : — « Les choses dont les définitions soûl les plus difficiles, disait un mathématicien célèbre, sont celles qui en ont le moins besoin. Ainsi, quoiqu'on ne puisse pas définir le temps, tout le monde sait ce qu'on veut dire lorsqu'on en parle. «Claude Bernard propose cependant de considérer comme n'étant ni des poisons, ni des médicaments <• toutes les substances qui se trouvent dans un état chimique ou physique tel qu'elles peuvent faire partie de notre sang », et inversement, comme poisons ou médicaments, « toutes les substances qui, à raison de leur constitution physique ou chimique, ne peuvent entrer dans

la c position de notre sang, ne sauraient pénétrer dans notre organisme,

où elles ne doivent pas rester, sans y causer des désordres passagers ou durables ».

La plupart des auteurs se sont préoccupés de distinguer les poisons des venins et des virus, et aussi d'établir une démarcation entre les poisons et médicaments. 11 ne me semble pas qu'on y ait pleinement réussi, et peutêtre la question n'a-t-elle pas grande importance. — En ce qui concerne les venins, on s'est contenté de les distinguer en disant que ce sont des produits de sécrétion ; niais ils agissent à la manière des poisons ; et notamment la question de la dose introduite dans l'économie n'est pas indifférente. — En sorte qu'on ne voit aucune raison de désigner sous des appellations différentes la substance toxique que fabrique un être vivant, tel qu une vipère, et celle qui s'élabore dans les tissus d'un végétal, comme l'aconit. La différence essentielle entre les deux produits, c'est que le premier est encore beaucoup plus mal connu que le second, et qu'on ne sait pas en isoler les principes réellement actifs.

< tuant aux virus, ils seséparent, a-t-on dit, nettement des poisons, parce qu'ils n'agissent | >:is proportionnellement à la dose : sous le nom de virus, il faui entendre milieu de culture eontenanl des bactéries pathogènes ; si ldi! injecte à un animal une petite quantité de ce milieu de culture riche en bactéries, celles-ci se développeront, envahiront l'organisme ef amèneronl la mort, que la dose injectée ait été petite ou grande. La différence apparail donc nette entre un \ "iru- el un poison, différence pourtant un peu superficielle ; car ce ne sont pas les bactéries elles-mêmes qui déterminent lamort, mais bien les substances toxiques qu'elles produisent parleur vie même, et qui s'accumulent dans l'organisme. Ces toxines, comme on dit généralement aujourd'hui, sont de vrais poisons, puisqu'elles peuvent tuer par elles-mêmes, en l'absence des microbes qui les ont produites, et qu'alors la quantité introduite dans l'organisme a une influence réelle.

Quoiqu'on en dise, définir en quoi un médicament diffère d'un poison n'est pas niin plus chose aisée. Bien qu'il y ait des différences dans le mode d'action de certains médicaments poisons, selon qu'ils sont administrés à dose Forte ou a dose faible, en général cependant une même substance employée successivement comme poison ou comme médicament agira de la même manière, avec des différences dans l'intensité des effets : en sorte que la distinction entre le poison et le médicament réside surtout dans la différence des buis à remplir : intention de guérir d'une part, intention de tuer de l'antre.

Ces discussions peuvent paraître assez oiseuses, et l'on comprend bien que certains auteurs n'aient pas voulu définir le mot poison, estimant qu'il n'existe pas de corps dont la nature soit d'être toujours et en toute circonstance ce «pie nous appelons un poison, mais qu'il existe seulement des corps qui, administrés dans certaines conditions et dans certaines quantités, peuvent devenir des agents d'empoisonnement. Tardieu a formidé avec beaucoup de vivacité cette opinion. Reprenant la définition d'Orfila, il dit Et. sur P empoisonnement, p. 2 :

a Ici la définition n'est plus seulement vaine, elle louche à l'erreur, car les propriétés vénéneuses, il est à. peine besoin de le faire remarquer, ne sont presque jamais absolues, et dépendent, non de la nature de la substance, mais uniquement de conditions accessoires, telles que la dose, le mode d'administration et bien d'autres encore que nous aurons à étudier.

o Je ne veux en ce moment poser en fait qu'une chose, c'est que la science des poisons n'existe pas, parce que les poisons ne constituent pas un ordre ou un groupe naturel dont l'essence puisse être définie ou caractérisée, et que toutes les substances sans exception qui peuvent mériter ce nom, perdent ou acquièrent, suivant certaines circonstances extrinsèques, leurs propriétés vénéneuses : le médicament étant toujours contenu dans le poison, et le poison ne pouvant être distrait de la matière médicale, Or la toxicologie,

dans sa construction toute factice, a pour point de départ obligé la notion fausse du poison. Elle l'étudié sans méthode et sans procédés qui lui soient propres, empruntant à la physique, à la chimie, à la botanique, la plus grande partie des données qu'elle s'approprie, mais qui ne peuvent lui fournir la doctrine et les principes qui lui manquent.

« Qu'on ne se méprenne pas cependant sur le sens de mes paroles. Je ne veux à aucun degré méconnaître ni amoindrir les belles et immenses recherches qui, sous le nom de toxicologie, ont enrichi la science et agrandi. on sait avec quel éclat, le domaine de la médecine légale, pas plus que je ne songe à faire disparaître de la langue le nom de poison. Mais quelques mots encore achèveront d'expliquer ma pensée et de montrer la portée des remarques critiques qui précèdent

« L'empoisonnement, au point de vue de la médecine légale, est une cause de mort violente et doil être étudié comme telle, au même titre que la strangulation, l'asphyxie, les blessures de tous genres. Le poison est une arme aux mains du criminel, et rien de plus. Il n'existe qu'à la condition d'avoir agi ; il ne se révèle et ne se définit que dans ses effets, c'est-à-dire dans l'empoisonnement. Il en résulte que la médecine légale appelée à rechercher et à déterminer la cause de toute mort violente, doit partir du fait de l'empoisonnement et non de la notion de poison, et qu'elle ne s'occupera de celui-ci, de son état, de sa nature et de ses caractères physiques ou chimiques, que secondairement, tout comme dans un assassinat commis à l'aide du poignard et du pistolet, l'expert examine L'arme meurtrière, la rapproche de la blessure et la compare avec les lésions. »

L'opinion de Tardieu a été vivement critiquée voir par exemple Rabuteau, Toxicologie, y. 2 . Avec un peu d'exagération, ces idées nous paraissent pourtant contenir une grande pari de vérité.

Au reste, quittant ces discussions stériles, nous laisserons le lecteur choisir la définition qui lui semblera la moins mauvaise, ou se passer de définition,

Ce qui est encore le plus simple.

Classification dks i>oisons. — La classification des poisons est un problème qui a été traité par bien des auteurs, depuis une centaine d'années. Bien que nous n'ayons pas l'intention, dans ces études sur les propriétés des poisons et sur leurs modes de recherche, de suivre l'ordre indiqué par l'une ou l'autre de ce- classifications, nous devons cependant résumer rapidement cette question, intéressante surtout au point de vue historique.

L'une des premières classifications est due à Joseph Jacob Plenck, dont le traité Toxicologia sch doctrina de venenis et antidotis, parut à Vienne en 178u.

Plenck, après avoir défini le mot poison, comme nous l'avons dit plus

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liant (p. 2o . établit les quatre grandes divisions : Animalia, Vegetabilia, Mineralia, Halituosa.

Les poisons Animaux r prennent par exemple :

Les serpente venimeux, les insectes venimeux (guêpe), les vers (sangsue, gordius medinensis . les amphibies crapaud, salamandre), les poissons (raie, torpille, gymnote électrique). Sous le titre Animalia ex morbo venenata, il l'ait entrer 1rs huîtres vénéneuses, les miasmes, la peste [lues), les virus de la rage, de la variole, «le la scarlatine, de la rougeole, de la syphilis, etc. ; le virus des maladies putrides.

La catégorie des poisons Vegetabilia comprend : 1rs narcotiques pavot, opium, datura), les narcotico-âcres (strychnées, nicotiane, fève Saint-Ignace, etc.), lesacres staphisaigre, digitale, ellébore, veratrum, etc. , les glutineux (glu

Parmi les poisons Mineralia figurent : les mécaniques (verre, diamant, alumine, etc.), les alcalis caustiques pierre caustique, chaux vive, etc.), les métalliques (composés d'or, d'argent, de bismuth, plomb, mercure, arsenic, etc.).

Les Halituosa comprennent : des vapeurs et gaz de toute sorte, tels que : sapeurs (halitus) des acides minéraux (vapeurs de soufre, vapeurs muriatiques), de Voir fixe (air des cavernes, de labièreen fermentation), alcalines air alcalin, de l'urine), phlogistiques (air phlogistiqué, air inflammable), putride* (des animaux en putréfaction, des eaux corrompues, «1rs cimetières . métalliques vapeur d'arsenic, de plomb, mercure, cinabre .

Plenck a aussi lente de subdiviser les poisons, d après leur mode d'action physiologique : il y a, par exemple, des poisons aigus et des poisons lents. selon la rapidité de leurs effets; il \ a dos poisons irritants ou drastiques, des i onvulsivants, paralysants, narcotiques, suffocants, desséchants, septiques. Il reconnaît enfin doux grandes divisions, cpmprenant, l'une les poisons communs à l'homme et à tous les êtres lois que l'arsenic ei le sublimé corrosif ; l'autre les poisons qu'il appelle relatifs venena relativa . c est-à-dire des corps qui sonl poisons seulement pour l'homme, ou seulement pour les animaux, ou seulement pour un genre d'animaux. On devine sans peine quelles erreurs pouvait comporter une semblable classification à l'époque de Plenck.

Paul-Augustin-Olivier Mahon, qui a été professeur de médecine légale cl (\f pobce médicale à l'École de Paris, a présenté aussi une classification qui a sur celle de Plenck quelques avantages Œuvres posthumes, an \. 1801, t. II, p. 320 .

Elle comprend trois grandes classes : poisons animaux, végétaux, minéraux.

CLASSIFICATION DES POISONS Les poisons animaux se divisent comme il suit :

• cr . , Gaz et vapeurs émanant des animaux on putréfaction, des

cimetièreSj îles hôpitaux, des ulcères sordides, des \ olatils et gazeux. . excréments dysentériques, du nuise, etc.

, Venins de vipère, scorpion, virus hvdrophobiqiie, e;ni-

2" ordre. , ,, ■ , ,

l tnariae, etc.

La classe des poisons végétaux se divise aussi en deux ordres :

Narcotiques et nauséabonds (effluves de la slramoine, de I" ardre \ l'opium, laurier-cerise, etc.).

Aromatiques (effluves des violettes, des roses, des fleurs volatils I renfermées dans les appartements, des huiles essentielles, etc.). Narcotiques opium, mandragore, datura).

ne ,,r,/i-e \ Narcotico-âcres fèves Saint-Ignace, tabac, ciguë, champi-

gnons vénéneux, etc.).

hxes et solides. . . f j(T,,s. nianihot [manioc], scammonée, gomme-gutte, ricin,

ellébore, colchique, etc.).

La classe des puisons minéraux comprend deux ordres :

Gaz minéraux [acidessulfureux,chlorhydrique, carbonique, chlore, ammoniac).

1er ordre. 1 Gaz mixtes (émanations des fosses d'aisances, des mines.

volatils I etl '• ■■

Minéraux réduits en vapeurs (vapeurs d'arsenic, de plomb, etc.).

baryte,

Qe

ordre.

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