‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 80 sur 185 · ME UC LUE · texte numérisé non relu

ME UC LUE

J'ai employé souvent un appareil <lu genre de celui qui est représenté dans la figure 35. L'électrode négative est formée par des fils d'or disposés dans un plan horizontal autour d'un fil vertical, A, et reliéà la borne B; ce système est plongé dans une grande capsule de platine reposant sur une couronne métallique G reliée à la borne D; la tige du support est formée par une grosse baguette de verre. La capsule peut être légèrement chauffée à l'aide d'un petit bec de gaz. — 11 est assez pratique de prendre pour électrode négative un seul fil d'or, ou de platine, un peu long, disposé en spirale, comme l'indique la figure 35. Pour retirer le mercure dépose'' sur le fil, j'emploie le petit artifice suivant : le fil -est déroulé et introduit dans un tube de verre effilé à ses deux extrémités: les bouts du fil d'or sortent de ces extrémités ; on les relie à une source électrique assez puissante pour faire rougir le fil et chasser le mercure qui se dépose sur les parois du tube ; on doit faire passer le courant pendant un instant très court, et, à plusieurs reprises, en introduisant s'il y a lieu une résistance suffisante pour éviter la fusion du fil (le fil de platine, moins fusible, est ici préférable au fil d'or). Il est ensuite facile de caractériser le mercure, dans le tube de verre, par transformation en biiodure ou en bichlorure. Cette manière d'opérer permet de chasser le mercure condensé' sur le fil, plus complètement et plus facilement qu'on ne le ferait en chauffant le fil dans un tube bouché, où l'on n'atteint pas une température suffisante sans s'exposer à fondre le verre. Quel que soit le procédé employé, il faut toujours chauffer le f il pour en retirer le mercure et le caractériser; la production d'un dépôt sur le fil ne suffit pas pour démontrer la présence du métal : le plus souvent, en effet, l'électrode se recouvre de matières noirâtres, alors même qu'il n'y a pas de mercure, à moins que l'on ait pris des précautions toutes spéciales pour opérer sur un liquide parfaitement pur.

Mayençon et Bergeret isolent le mercure par électrolyseà l'aide d'un couple fer-platine qu'on plonge dans le liquide acidulé. Lorsque la précipitation est terminée, on retire le fil de platine, on le lave à l'eau, puis on l'expose quelques instants dans une atmosphère de chlore, qui transforme le métal en bichlorure ; si l'on promène ensuite ce fil sur un papier blanc imprégné d'une solution faible d'iodure de potassium, on produit une tache ou traînée rouge de biiodure; cette tache doit disparaître quand on la mouille avec une goutte de solution d'iodure de potassium. Le fil de platine doit être bien séché; s'il y restait un peu d'eau, cette eau dissoudrait du chlore en excès, et on aurait, sur le papier à l'iodure de potassium, une tache ou traînée brune, due à l'iode mis en liberté : une semblable tache resterait brune en présence d'une goutte d'iodure.

Merget, pour reconnaître le mercure métallique sur le fil ayant servi

d'électrode, propose de frotter a\ lil un papier imprégné ilr chlorure de

palladium cm d'iridium : la réduction du sel par le mercure y produit une tache noire.

Dosage. — Le mercure peul être dosé de différentes façons. L'un des procédés les plus recommandables esl la précipitation par un excès de solution de protochlorure d'étain ; la liqueur doit être acidulée par de l'acide chlorhydrique. Par l'ébullition, le mercure se rassemble en gouttelettes ; il esl quelquefois nécessaire de décanter el de faire bouillir une seconde fois avec l'acide chlorhydrique; les globules métalliques sont séparés, lavés, séchés el pesés.

Le dosage à l'étal métallique par la voie sèche, au moyen de la chaux sodée, n'esl pas recommandable en toxicologie; il exige une trop grande quantité de matière.

On peul peser le mercure à l'étal de calomel : la solution esl réduite par l'acide phosphoreux cl précipitée par l'acide chlorhydrique.; on laisse déposer pendant quelques heures, on recueille sur un (litre taré, un lave et on sèche à -+- 100°. Une partie de calomel contienl 0,8492 de mercure métallique.

Pour doser à l'étal de sulfure, il faut que le liquide ne contienne que des >el> mercuriques. ( ta peroxyde par le chlore, puis on précipite par l'hydrogène sulfuré : le sulfure esl recueilli sur un filtre taré, lavé, séché à 100°, el pesé. Il contienl parfois un excès de s iufre qu'il esl nécessaire d'éliminer par le sulfure de carbone.

Des dosages approximatifs peuvenl se faire par la méthode éleetrolytique : la lame d'or ou de platine sur laquelle le métal a été déposé esl lavée, séchée el pesée, puis chauffée au rouge. Cette méthode exige qu'il n'y ait sur la laine aucun dépôl volatil ou altérable autre que le mercure, ce qui n'esl pas toujours le cas.

Personne a proposé le dosage volumétrique suivanl : on prépare une solution d'iodure de potassium à 32s*, 20 par litre, el une solution debichlorure de mercure l-V:','i-"i par litre avec 30 grammes de sel marin, ce dernier sel ajouté pour augmenter la solubilité du bichlorure ; cette solution serl à vérifier le titre de la liqueur d'iodure. Le liquide sur lequel on opère doil contenir le mercure à l'étal de bichlorure el être exempt de chlore el d'acide azotique s'il esl nécessaire, on neutralise par la potasse el on acidifie ensuite avec un peu d'acide chlorhydrique . On verse la solution du sel de mercure dans une quantité mesurée *\f la solution d'iodure lu centimètres cubes . ( ta s'arrête lorsqu'il se produil un trouble rouge de biiodure précipité. Le volume de liqueur mercurique versé correspond à 1 décigramme de métal. Ce procédé donne de bons résultats ; mais, d'après le

mode opératoire, on voii qu'il esl nécessaire d'employer pour arriver au but une quantité inconnue d'avance de la liqueur suspecte : c'est un inconvénient sérieux, car on n'esl pas >ùr en commençant L'expérience d'avoir assez de solution pour la mener jusqu'au bout.

De tous ces procédés le plus avantageux est la précipitation par le protochlorure d'étain.

Observations sir l'empoisonnement mercuriel. — D'après ce qui précède, on voit que la recherche du mercure dans les organes ne présente

pas de grandes difficultés, et qu'il n'y a guère de causes d'erreur sérieuse à craindre. Toutefois, lorsque le mercure a été mis en évidence, les conclusions dans une expertise d'empoisonnement ne sont pas toujours faciles à formuler; et il esl même souvent impossible d'affirmer que le composé mercuriel dont on retrouve les traces a été la cause de la mort. En effet, comme il arrive pour beaucoup d'empoisonnements par les poisons minéraux, l'analyse ne permet guère de dire la nature exacte du sel ingéré, et ne révèle que l'élément métallique. Dans le cas du mercure, la détermination du sel ingéré aurait souvent beaucoup d'importance, puisque, comme nous l'avons vu, certains composés mercuriels ne sont pas toxiques, ou le sont peu (mercure métallique, vermillon, calomel . tandis que d'autres sont des poisons très violents bichlorure, biiodure, nitrate, <-\anure . 11 peut arriver — mais rarement — que l'examen attentif du contenu de l'estomac, des matières vomies, fasse retrouver des parcelles non dissoutes de la substance ingérée, dont il est alors très facile de déterminer la nature. — Si l'on soupçonne la présence du cyanure de mercure, on peut ssayerde le caractériser en épuisant les matières par l'eau bouillante; le liquide filtré et évaporé à sec laissera un résidu qui, calciné dans un tube, fournirait du cyanogène très facile à reconnaître par son odeur et sa combustibilité avec flamme rouge . du paracyanogène et de la vapeur de mercure. — Le biiodure de mercure pourrait encore être distingué par la formation d'iode pendant la destruction de la matière organique, iode qui passe dans le liquide condensé et qui est aisément caractérisable. — Il sera généralement très difficile de reconnaître le bichlorure de mercure et les autres sels solubles. C'est pour isoler le bichlorure en nature que l'on a proposé d'épuiser les matières par l'éther, procédé peu pratique, par suite de la formation de sels doubles ou autres, insolubles dans le dissolvant.

L'expert devra encore se demander -i la présence du mercure ne peut pas être expliquée par -uite de l'accumulation dans les organes de petites doses de produits mercuriels pris à titre de médicament. Le cas se présente fréquemment. Les renseignements fournis par le médecin qui a soigné le malade sont donc tout à fait utiles à connaître ; l'autopsie révèle parfois

sur le cadavre des lésions syphilitiques qui fonl soupçonner l'usage des médicaments mercuriels. La présence <lu mercure (huis les viscèresesl encore quelquefois explicable par une intoxication professionnelle, de forme lente, el la morl peul (''Ire duc en pareil casa une cause tout autre qu'un empoisonnement.

Dans la discussion des causes de l'empoisonnement, L'expert doit se rappeler que certains composés mercunels non toxiques, ou peu toxiques, peuvent devenir dangereux dans des conditions déterminées. Ainsi le calomel, médicament très employé comme purgatif, se transforme facilement en sublimé, par exemple en présence de l'acide chlorhydrique ou des chlorures alcalins. C'est pourquoi l'on recommande d'éviter de prendre, en même temps que le calomel, des aliments contenant des chlorures alcalins. Des agents oxydants, <\v* acides pourraient produire le même effet. — On a vu un cas de mort se produire à la suite de l'ingestion simultanée de calomel et d'eau chlorée. Certaines substances contenant de l'acide cyanhydrique eau distillée d'amandes amères, eau de laurier-cerise pourraient aussi transformer le calomel en cyanure de mercure1.

Le protoiodure, parfois employé en médecine, subirait des transformations similaires.

La présence du bichlorure de mercure, à L'état d'impureté, dans certains composés médicamenteux a été la cause d'accidents graves : Taylor el l'a\ y ont cité quatorze cas d'empoisonnement par le précipité blanc impur et contenant du sublimé.

On voit par ces observations qu il est souvent malaisé, dans l'empoisonnement mercuriel, dédire si la morl es! due à l'action du poison dont on retrouve les traces, et encore plus de décider si le mercure a été administré dans un Imi criminel. L'expert doit s'éclairer de tous les renseignements concernant l'individu défunt, rechercher si sa profession l'exposait à l'absorption des vapeurs ou poussières mercurielles, si, pour des maladies antérieures, telles que la syphilis, il n'a pas été soumis à des médications mercurielles; l'étude attentive des symptômes qu'a présentés le malade, les constatations laites à l'autopsie fourniront aussi matière à d'utiles discussions.. La collaboration du chimiste et du médecin légiste est, en pareil cas, tout à t'ait nécessaire.

1 Cependant il parait bien vraisemblable que la toxicité du mélange formé ne .-aurait .ii.' beaucoup supérieure a celle qui correspondrait à la dose d'aeide cyanhydrique ingérée

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