‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 9 sur 185 · POISONS NARCOTIQUES · texte numérisé non relu

POISONS NARCOTIQUES

POISONS NARTICO-ACRES

POISONS SEPTIQUES

Minéraux. — Phosphore, iode, brunie, chlore, acides, bases, arsenic, antimoine, zinc, chrome, composés \ métalliques divers.

Végétaux. — Bryone, coloquinte, garou, sabine, renon- / raie, créosote.

Animaux. — Cantharides, huitres, moules, poissons venimeux, crustacés.

[ Opium, morphine, codéine, narcotine, jusquiame, sola- . nain, acide cyanhydrique, cyanure, laurier-cerise, * amandes amères.

Scille, aconit, ellébore, vératrine, atropine, nicotine, digitaline, strychnine, camphre, alcool, éther, brucine, noix \ vomique, fève Saint-Ignace, upas tieuté, fausse angust me. upas antiar, coque du Levant, picrotoxine, cham- / pignons vénéneux, ergot de seigle, protoxyde d'azote, hydrogène phosphore, hydrogène arsénié, hydrogène bicarboné, gaz, vapeurs Je charbon.

Acide sulfhydrique, ^iz des fosses d'aisances, des égouts, i matières putréfiées, matières alimentaires n'ayant suhi aucune altération apparente. Animaux venimeux (ser- / pent, abeille, guêpe, scorpion, tarentule, bourdon, frelon).

Orfila n'a pas beaucoup d'illusion sur la valeur de celle classification; il s'excuse ainsi : a Quelque nombreuses que soienl les expériences et observai ions sur l'empoisonnement, je ne les crois pas encore suffisantes pour établir une classification à l'abri de tout reproche; une pareille tâche me paraît tellement au-dessus de nies forces que je renonce à la remplir pour le moment. »

Guérin (182(i! divise les poisons en : irritants, comprenant deux seclions : 1" poisons irritants par action locale el sympathique, etc., en un mot par action sur les extrémités nerveuses; el 2", poisons irritants par action sur le système nerveux ou sur l'encéphale. — La seconde classe est

constituée par Les poisons sédatifs. — Les deux classes se subdivisent en substances minérales, végétales, animales, etc.

Avec J. Anglada, qui, vers la même époque, a publié i\c> Tableaux toxicologiques pour servir à la recherche analytique des poisons, nous arrivons à des subdivisions exclusivement basées sur les propriétés physicochimiques des corps tii\i(|iics : c'est une classification qui veut être pratique et correspondre aux nécessités de lu recherche analytique. Les matières toxiques sont de deux grandes classes :

1° Solides OU liquides;

2° Gazeuses ou expansives.

La première classe comprend les non-car bonisables, c'est-à-dire des toxiques minéraux; la seconde des carbonisables, c'est-à-dire des toxiques végétaux ou animaux. Anglada s'occupe cependant aussi des propriétés biologiques du poison, et sous ce rapport, il les divise en deux classes : les poisons chimiques, cathéréliques , désorganisateurs, antivitaux, agissent directement sur les tissus qu'ils modifient ou désorganisent par leurs propriétés chimiques mêmes. Cette classe comprend les poisons généralement dits irritants; les autres toxiques, de beaucoup plus nombreux que les précédents, sont ceux qui agissent sur les sensibilités vitales, sans produire par eux-mêmes de lésions locales de quelque importance.

Christison un Poisons a simplifié la classification d'Orfila en proposant la suppression de la classe des septiques. 11 l'ait remarquer l'impropriété de ce terme septique, disant qu'il n'existe aucun poison qui puisse produire la putréfaction dans les êtres vivants, et que les poisons habituellement désignés sous le nom de septiques peuvent être rapprochés de ceux qu'on a classés sous le nom d'irritants^ La classe des poisons septiques étant supprimée, on trouvera pour eux une place dans l'une ou l'autre des trois autres classes (irritants, narcotiques, narcotico-âcres) .

Dans son Traité de Toxicologie (1845), Flandin subdivise simplement les poisons selon leur origine dans la nature, c'est-à-dire en végétaux, animaux, minéraux, sans se préoccuper de leurs fonctions physiologiques.

Galtier 1855, Traité de Toxicologie', divise les poisons en :

1° Inorganiques;

2° Organiques;

3° Gazeux.

Les poisons inorganiques, comprennent les métalloïdes, les acides, les alcalins, les salins métalliques.

Les poisons organiques se subdivisent en poisons végétaux, comprenant plusieurs sous-sections, en poisons animaux (vénéneux et venimeux; matières alimentaires animales*!.

Les puisons gazeux comprennent, dans un mélange bizarre : les gaz simples, tels que l'aride carbonique r.' . 1rs gaz ciuiip/ccrs, lois que les produits de la combustion, etc. : ils sonl aussi rangés selon leurs propriétés physiologiques (asphyxiants, anesthésiques, narcotiques, irritant*, septiques .

Dans le Handbuch der Toxicologie (Berlin, 1862) de E-lusemann, les poisonssonl organiques cl inorganiques.

Les premiers compre al :

I" lies toxiques lires du règne animal;

2° Des toxiques provenanl des piaules acotylédones, dicotylédones, monocotylédones) :

3° Des poisons chimiques, lels que l" oxyde de carbone, l'acide oxalique, le chloroforme.

Quanl aux poisons inorganiques, ils forment simplement deux classes":

I" Les métalloïdes ;

2" Les métaux et leurs composés.

Laylor revient aux classifications basées sur l'action physiologique : les poisons sonl divisés en deux grandes classes, les irritants et les névrotiquesjles premiers manifestant surtout leur action sur l'estomac el l'intestin. 11 \ a des irritants purs, c'est-à-dire qui a' exercent point d'action destructive sur les tissus avec lesquels ils sonl en contact et n'y produisent que de l'irritation el de l'inflammation; tels sonl l'arsenic, les sels de baryum, la céruse; il y a di^ irritants qui sont en même temps corrosifs, destructeurs des i issus avec lesquels ils se trouvent en contact : ce sonl par exemple les acides loris, les alcalis, le brome, le sublimé.

Les poisons névrotiques agissent sur le systè nerveux; ils comprennent, selon leur mode d'action, des poisons narcotiques, narcoticoirritants, spinaux, cérébro-spinaux. Voir Taylor, Médecine légale, traduction Coutagne. Taris. 1881, p. 63.

Innlieu, qui pose en fait, comme nous l'avons rappelé plus haut p. 22 . ci que la science des poisons n'existe pas. parce que les poisons ne constituent pas un ordre ou groupe naturel dont l'essence puisse être définie ou caractérisée », Tardieu, tout en niant l'existence des poisons, ne peut pas s'empêcher de propose!-, lui aussi, sa classification ; il s'en excuse, en quelque sorte, après avoir présenté, au sujet des classifications anciennes, quelques critiques qu'il est intéressant de lire ' :

1 Tardieu. Etudes sur l'empoisonnement, p. 169.

« Parmi les classifications anciennes, il en-est qui sont uniquement fond sur les données de la chimie et «le L'histoire naturelle : poisons minéraux, végétaux et animaux ; solides, liquides ou gazeux : mais cela peut être bon pour un catalogue, ce n'est pas une classification. La physiologie est venue à son tour avec des prétentions plus haute-;, et, il faut bien le reconnaître, en apparence mieux justifiées. Rien, à vrai dire, n'était plus séduisant que de distinguer les poisons d'après leurs effets sur les éléments anatomiques des tiss et que de les classer en poisons nerveux, cérébraux, ou spinaux, ou cérébrospinauxjen poisons musculaires, ou en poisons hématiques. Mais, mitre que les observations les plus récentes et les mieux faites ne nous donnent pas encore, pour chaque espèce de poison, la caractéristique exacte de cette action, il y aurait une objection capitale à faire à une semblable base de classification : c'est qu'elle serait radicalement fausse, en ce sens qu'elle suppos l'unité là où règne la complexité la plus manifeste, et qu'elle isole arbitrairement une partie des effets du poison. Il n'y en a pas en effet, même de ceux que l'on a le mieux spécifiés, qui n'intéressent à la fuis plusieurs systèmes, pas de poisons musculaires par exemple, sans action sur les centres nerveux. Si ingénieuses que puissent être ces vues, elles ne pourraient prévaloir dans une étude dogmatique, ni diriger utilement le médecin légiste. »

Après avoir montré les points faibles des classifications connues basées surtout sur les divisions de Plenck et de Fodéré irritants, narcotiques, narcotico-àcres, septiques . après avoir indiqué par exemple que l'arsenice! d'autres poisons rangés parmi les irritants figurent à tort dans celte classe,

qu'ils n'agissent point du tout par l'effet tout local de l'irritation; que la classe des narcotico-âcres comprenani des poisons tels que la strychnme, dont les effets sont absolument opposés à ri-u\ des narcotiques est aussi mal nommée que mal définie, etc.. Tardieu ajoute :

« Je crois donc, malgré mon aversion pour le rôle si souvent prétentieux el vain de novateur, ne pouvoir me dispenser de proposer une classification nouvelle, pour laquelle je ne revendique d'autre mérite que de reproduire plus exactement que l'ancienne les types généraux d'empoisonnement fourni-. par l'observation clinique et de former des groupes plus naturels où. d'après leurs communautés d'action, les principales espèces de poisons puissent être rapprochées et réunies sans ces disparates et ces incohérences que j'ai signalées plus haut. »

Les groupements de Tardieu sont au nombre de cinq :

1° Empoisonnements irritants ou corrosifs ;

2° Empoisonnements hyposthénisants ou cholériformes ;

3° Empoisonnements narcotiques;

4° Empoisonnements tétaniques.

Les poisons irritants ou corrosif*, caractérisés par leur action locale irritante, inflammatoire, par la désorganisation, la corrosion des tissus touches

(tube digestif), comprennent les acides, les alcalis, les sels acides, [echlore, ['iode, le brome, les sulfure* alcalins, les purgatifs drastiques.

Les poisons hyposlhénisants ou cholêriformes, bien que produisant aussi de l'irritation, ne sont pas caractérisés par ces effets locaux, qui ne sont même pas constants, mais bien par des accidents généraux tels que : évacualions abondantes, cholêriformes : dépression rapide des forces vitales, altération du sang : dans celle classe rentrent les composés arsenicaux, l'émélique, les sels de cuivre, de mercure, d'élain, de bismuth, l'acide oxalique, la digitale, etc.

Les stupéfiants exercent une action directe, dépressive, sur le système nerveux (stupeur), quelquefois avec une irritation locale peu intense : ce sont des poisons tels que le plomb, l'acide carbonique, l'oxyde de carbone, l'hydrogène carboné, l'hydrogène sulfuré, l'éther, le chloroforme, la belladone, le tabac, la ciguë, les champignons.

Les narcotiques, suffisamment caractérisés par leur nom même, sonl surtout représentés par l'opium.

Les tétaniques, produisant une vive excitation des centres nerveux, ont pour types la strychnine, la brucine, l'acide prussique, l'aconit, le camphre, l'alcool, les cantharides.

Tardieu ajoute qu'il ne se l'ail pas d'illusion sur lu valeur absolue de «■elle classification qui reste, comme toutes les autres, artificielle et par quelque poinl défectueuse. On partagera sans peine cette opinion, l'ai' exemple, « que signifie, <lil Rabuteau, cette classe des stupéfiants, quels caractères peuvent servir à distinguer les poisons de cette classe el à différencier les empoisonnements par les poisons stupéfiants des empoisonnements par les poisons hyposthénisants ? On a appliqué jadis l'épithète de stupéfiants aux substances les plus diverses, à l'opium que l'on considérai! comme un narcotique, aux solanées vireuses, à l'aconit, au curare, à la fève de Calabar, au plomb, au chloroforme. Quant aux hyposthénisants, ces poisons qui déprimenl les forces vitales, ils sont bien plus nombreux que ne l'admet Tardieu... » [Éléments de Toxicologie, 2e ('(lit., Taris, 18X7. p. 28.)

Rabuteau, auquel on doit tant de consciencieux travaux sur les ipiestions les plus diverses de l'étude des poisons, élail mieux placé que personne pour critiquer les essais de classification de ses devanciers : celle qu'il propose veul être rationnelle. Ala suite de Magendieei de ( \. Bernard, il songe à s'appuyer exclusivement sur les effets qu'exercent les substances toxiques sur les parties élémentaires de l'organisme et sur les humeurs, notamment sur le sang.

Nous résumerons rapidement les bases de cette classification.

L'auteur observe que certains poisons portent leur- action sur le sang : tels l'oxyde de carbone, l'acide cyanhydrique, l'acide sulfhydrique, Phvdro-

gène phosphore, etc. — Ces composés modifient l'hémoglobine par «1rs transformations que révèle l'analyse spectrale. D'autres toxiques agissent en même temps sur les globules ei le plasma. D'où une première division en poisons globulaires et en poisons plasmiques, ces deux genres constituant les poisons BÉMATIQUES.

D'autres poisons agissent sur le système nerveux : colle classe des neurotiques est divisée en trois ordres, dont on trouvera l'énumération dans le tableau ci-après.

Un troisième groupe est formé de poisons agissant à la fois sur le système nerveux et sur le système musculaire : ce sont ceux que Rabuteau appelle poisons névro-musculaires.

Les poisons métalliques et quelques autres du règne végétal produisent une paralysie des libres musculaires, arrêtent, ralentissent ou affaiblissent les battements cardiaques ; ils constituent le groupe des poisons musculaires.

Certains, enfin, qui détruisent et corrodent les tissus avec lesquels ils sont en contact, formeront le groupe, admis de tout temps, des irritants ou corrosifs.

Nous donnons ci-contre (p. H2 la classification de Rabuteau.

Comme le t'ait observer l'auteur, cette classification n'est point parfaite et pourra être modifiée. « Toutefois, dit-il, son principe restera, parce qu'il repose sur l'action intime exercée par les substances toxiques sur les parties élémentaires de l'organisme, et non sur la contemplation des symptômes, qui sont toujours complexes, ni sur l'origine du poison. »

Mais certaines substances toxiques étudiées dans une classe pourront reparaître dans une autre ; c'est une objection qu'il est en effet bien naturel de soulever : ainsi des poisons métalliques, qui sont surtout musculaires, sont aussi des poisons hématiques, des modificateurs du sang; le peroxyde d'azote, poison hématique par excellence, est aussi un poison corrosif, cela n'est pas douteux. Cette objection, Rabuteau ne la méconnaît point. 11 (dasse moins les substances que leur manière d'agir : « Une substance toxique peut être à la fois un poison hématique et un poison musculaire. Donc, au lieu de considérer tel agent matériel comme devant être rivé à un groupe pour n'en plus sortir, je le rappellerai chaque fois qu'il présentera une aptitude susceptible d'être classée. »

On peut s'étonner que nos prédécesseurs aient mis tant de hâte à étiqueter, ranger, classer, des corps qu'ils connaissaient pour la plupart si mal. L'imperfection des moins mauvaises de ces classifications montre la difficulté du sujet. Un classement, comme celui de Rabuteau, — qui serait d'ailleurs aisément modifiable, — peut rendre des services dans l'étude physiologique des poisons; mais les chimistes ont quelque repu-

TRAITE DE CHIMIE TOXICOLOdluLE

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gnance à voir figurer côte à côte dans un même groupe, des ps qui

par leurs propriétés physiques et chimiques, ou par leur constitution, sont absolumenl dissemblables : tels, par exemple, (huis les poisons hématiques, l'arsenic placé à côté de I alcool el de l'ow de de carbone ; dans les poisons névro-musculaires, l'antimoine à côté des solanées vireuses.

En pareille matière il es( bien difficile de contenter tout le monde : il Faut reconnaître que dans les livres de toxicologie chimique, don! le but principal est d'indiquer les procédés propres à isoler ei à caractériser les poisons, ces classifications n'ont guère d'importance, el qu'il y aurait de sérieux inconvénients à suivre l'ordre qu'elles indiquent. Aussi les auteurs des différents traités où la partie chimique occupe le premier plan ont-ils à juste raison, étudié les poisons en les groupant d'à près des analogies d'ordre ehimique.

Ainsi que je l'ai indiqué précédemment, il me paraît pratique, dans un livre tel que celui-ci, d'étudier les puisons en les groupant d'après la nature dos opérations qui servent à les isoler dans les analyses. Ces opérations qui sont de trois genres principaux, aboutissent à la subdivision dos poisons en poisons volatils c'est-à-dire poisons qu'on isole en profitant de leur volatilité), poisons métalliques, poisons végétaux; à ces trois grandes classes il faut ajouter certains poisons que l'on retrouve par des procédés spéciaux; ainsi, certains gaz toxiques, les acides et les alcalis caustiques.

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