‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 94 sur 185 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

Les alcaloïdes sonl des substances azotées basiques, extraites des tissus des végétaux. Les propriétés toxiques ou médicamenteuses d'un grand nombre de plantes ><>nt connues depuis fort longtemps : 1 1 1 ; > i - les essais tentés pour isoler leurs principes actifs ne datent que du commencement <lr ce siècle. — En 17U2. Fourcroy constate la nature basique delà macération de quinquina. Un peu plus tard, Vauquelin isole imparfaitemenl les alcaloïdes du quinquina, sans réussira les caractériser; vers IN<i2. un grand nombre de chimistes entreprennent l'étude de l'opium dans l'espoir d'en extraire un principe actif spécial : Derosne obtient un produit qualifié de sel d'opium <l< >n{ il indique la réaction alcaline. Séguin INu» parait être le premier qui ait eu entre les mains la morphine i> peu près pure.

i - cristaux, dit-il, suiit insolubles dans l'eau froide et dans l'eau pure, solubles à chaud dans l'alcool, qui acquiert alors de l'amertume et verdit légèrement le sirop de violette; ils se dissolvent de même dans les acides, donnent par la distillation à feu nu du carbonate d'ammoniaque, etc., d'où il résulte que cette substance ne peut être considérée que comme une nouvelle matière végéto-minérale toute particulière. » L'étude de la morphine fut continuée par Sertuerner qui établit nettement sa fonction basique, et en observa les effets physiologiques. L'étude chimique des alcaloïdes prit ensuite un \i! essor, grâce surtout aux beaux travaux de Pelletier et Caventou sur lés alcaloïdes des strychnées, \>u\- sur ceux des quinquinas, des colchicacées, etc. — La présence de l'azote dans les alcaloïdes :i été longtemps méconnue; pour la morphine, cette constatation c>l due ;'i Bu"\ .

ALCALOÏDES — GENERALITES 501

A côté des alcaloïdes végétaux se place l'étude de poisons analogues,

tirés des animaux, et celle des leu< laïnes et ptora aines, bases existant

dans les tissus ou produites par leur putréfaction. L'étude de ces bases, entrevues par Panum en I806, puis par Bergmann, Sehmiedeberg, etc., a pris une importance capitale depuis les beaux travaux de Selmi, de Gautier 1ST2 et de beaucoup d'autres savants.

Propriétés générale des alcaloïdes. — Les alcaloïdes sonl des corps à fonction basique: tous renferment de l'azote, presque tous renfermenl de l'oxygène : les alcaloïdes exempts d'oxygène nicotine, conicine son! des liquides huileux et volatils. Parmi les alcaloïdes oxygénés, les uns sont fixes, d'autres peuvent être volatilisés 'lui- le vide. Ils sont solides, cristallisables, de couleur blanche, île saveur amère : ils agissent sur la lumière polarisée. Baaucoup suit facilement altérables sous diverses influences: aussi la recherche toxicologique des alcaloïdes dans les . cas d'empoisonnement est-elle souvenl rendue impossible par suite de la destruction du poison lui-même.

Les alcaloïdes se combinent avecles acides et forment des sels en général solubles dans l'eau et susceptibles de cristalliser.

Les solubilités dans l'eau, l'alcool, l'éther et autre- dissolvants, -ouf tort importantes à connaître, car e'esl sur ces propriétés que sont basés les procédés d'extraction des alcaloïdes, soit pour leur préparation, soit pour leur recherche dans les expertises toxicologiques. Un grand nombre de ces corps sont insolubles ou très peu solubles dan- l'eau : d'autres, tel- que la codéine, l'atropine, l'hyoscyamine, la nicotine, la couine, la pelletiérine, la curarine, etc., -ont au contraire très solubles; à un très petit nombre d'exception près, ils se dissolvent dans l'alcool et dans l'éther : beaucoup -ont solubles dan- la benzine, dans le chloroforme, dans l'alcool amylique, dan- le pétrole. Comme la solubilité dan- les dissolvants organiques est en général plu- grande que la solubilité dans l'eau, la solution aqueuse de l'alcaloïde libre agitée avec le dissolvant cède à celui-ci la base qu'elle contient. Il v a cependant des exceptions qu'il faut connaître: ainsi la curarine reste entièrement ou presque entièrement en solution dans l'eau lorsqu'on épuise par l'éther sa solution aqueuse : c'est pourquoi cette substance, lorsque l'on emploie le- méthodes de Stas ou de Dragendorff, n'est pas extraite, à moins d'un traitement spécial p. 596 . Quant aux alcaloïdes moyennement solubles. si l'on agite leur solution aqueuse avec l'éther, par exemple, il se fait un partage entre l'éther et le dissolvant. Aussi est-il nécessaire, pour arrivera une extraction à peu près complète. de renouveler plusieurs foi- les épuisements, et d'employer des volumes d'éther assez i sidérables.

Inversement, les sels <lr-> alcaloïdes ><>ni plus solubles dans l'eau que dans les dissolvants ; en sorte que l'agitation d'un dissolvant, contenant un alcaloïde libre, avec une solution acide étendue, a pour effet de faire passer la base à l'étal <lr sel dissous, dans le liquide acide. Ces propriétés sonl utilisées dans les méthodes d'extraction. Mais il \ a des exceptions, par exemple pour la colchicine, la narcotine, donl les solutions aqueuses, acides, cèdenl leur alcaloïde à certains dissolvants. De même les solutions dans les dissolvants organiques, de caféine, d'ergotinine n'abandonnent pas toul leur alcaloïde lorsqu'on les agite avec de l'eau acidulée.

Parmi les autres propriétés importantes des alcaloïdes, signalons encore le point de fusion, qui peut fournir des indications très intéressantes, mais seulement, bien entendu, dans le cas où la substance a été isolée dans un état de pureté presque parfait. — On se sert pour déterminer les points de fusion d'un tube trèsétiré, fermé ;'i sa partie inférieure, où l'on met les parcelles ;'i examiner, et accolé à un thermomètre : on en chauffe l'extrémité dans un bain à f» mpérature convenable, huile ou paraffine. On peut encore déposer une trace delà substance à la surface d'un bain de mercure, dont on élève graduellement la température, indiquée par un thermomètre sensible : la fusion de ces traces de matière se voit fort aisémenl sur la surface brillante du mercure.

Glucosides. — A côté d< - alcaloïdes nous <l< \ rons étudier d'autres poisons végétaux, appartenant à la classe des glucosides: ce sonl par conséquent des substances dédoublables sous l'influence des acides des alcalis, ou de certains ferments solubles, et fournissant, parmi leurs |imduitsde dédoubla ment, du glucose. Des poisons importants, comme la cantharidine, la picrotoxine, la digitaline, appartiennent à ce groupe, dont l'étude ne peut être séparée de celle des alcaloïdes. Des recherches récentes nous onl montré que, pendant la putréfaction des tissus animaux, il se forme, à côté des ptomaïnes ou alcaloïdes cadavériques, îles poisons i]ui doivent être rattachés à la classe des glucosides p. 709 .

Page 1