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FOLIE TRAUMATIQUE

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ont été conjurés par l’application d’un lambeau ostéo-culané sur une brèche consécutive à une ancienne trépanation pour fracture du crâne.

4“ Folie traumatique. — On a su de tout temps que les violences agissant sur le crâne pouvaient avoir une grande influence sur le fonctionnement du cerveau, et depuis Hippocrate ' on a cité bon nombre de sujets — parmi lesquels Grétry et le père Mabillon — chez lesquels une fracture du crâne aurait développé remarquablement l’intelligence.

Malheureusement, dit Christian % « de nos jours les choses ne se passent plus ainsi. Les traumatismes du crâne ne produisent plus ni mathématicien, ni facultés hors ligne, mais souvent, au contraire, des malades, des idiots, des épileptiques, des déments. Bien rares sont ceux qui guérissent sans laisser de traces. »

Il y a d’ailleurs longtemps que les aliénistes ont constaté la fréquence de l’étiologie traumatique de la folie et nous citerons, par exemple, Esquirol, Bayle Griesinger \ Schlâger% Kraft-Ebing®, Lasègue.

Quel est le mode d'action du trauma? La chose n’est pas toujours d’une clarté parfaite, et c’est ainsi que, dans les observations de Jacobson’ il y en a plusieurs où la paralysie générale peut relever aussi bien de la syphilis que du trauma. D’autre part certains auteurs, parmi lesquels Kraft-Ebing par exemple, pensent que le trauma n’agit guère que si le sujet est un prédisposé, un dégénéré.

Ce débat théorique a une importance réelle, et nous le retrouverons quand nous étudierons le traitement opératoire de la folie et de l’épilepsie non traumatiques. Mais actuellement nous retien-

1. Hippocuate, Œuvres complétés, 6d. Littré, Paris, 1846, t. V, p. 223.

2. Christian, Arch. de New., Paris, 188!), t. XVIIl, u®* 52 et 53, pp. 1 et 187.

3. Bayle, Maladies du cerveau et de ses enveloppes, Paris, 1826, p. 40!).

4. Griesinger, Tr. des mal. mentales, trad. Douœic, Paris, 1863, p. 211.

5. ScHLÆOER, Zeitschr. der Gesellschaft Wiener Aerzte, t. VIII, p. 454.

6. Khapt-Erino, Ueber die durch Gehirnerschütlerung und Kopfverlelzun;/ liervorgerufenen psychtschen Krankheilen, Erlangen, 1868.

7. Jacobson, Nord. med. Ark., 1893, n. s., l. 111, n® 13, p. I.

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cirons seulcmenl. deux l'ails ; r II y u des sujets qui deviennent aliénés à la suite d’un trauma crànio-cérébral ; 2° parmi ces sujets il en est qu’on guérit ou qu’on améliore assez nettement par la trépanation pour qu’on soit en droit de conclure à l’origine traumatique du mal.

Il vaudrait mieux, d’ailleurs, parler de troubles cérébraux dilTus, de troubles mentaux, que de folie traumatique, car il y a association, en proportions variables, de vertiges, d’amnésie, de débilité intellectuelle, de folie enfin, et il est à noter que presc[ue toujours l’épilepsie traumatique s’ajoute à tout cela. Mais ce qu’il importe de mettre en évidence, avec tous les spécialistes qui ont étudié la question, en particulier avec Christian, avec Jacobson, c’est qu’il n’y a pas une forme clinique de folie traumatique : toutes les formes peuvent reconnaître cette origine *.

Lorsqu’il y a en même temps des accidents épileptiques, nous n’avons rien à ajouter à ce cjue nous avons dit, à propos de l’épilepsie traumatique, sur le lieu d’application du trépan et sur le manuel opératoire. Mais si les cas de ce genre sont la règle, ils ne sont pas cependant les seuls que l’on observe. Quelquefois, les troubles mentaux dominent la scène, comme dans une observation de Poncet - ; quel([uefois même ils existent à l’exclusion de tout symptôme convulsif , et nous pouvons citer à cet égard des faits de Lucas-Championnière ’,

1. Voyez sur ce sujet un travail communiqué par Dubuisson au Conprés des aliénistes tenu à Rouen en 1890 ; une leçon de Balu, L’Encéphale, Paris, 1888, p. 389; voyez aussi, p. 724. Consultez la thèse de doctorat de Vallon, Paris, 1882, n» 204; sur les rapports réciproques de la paralysie générale et du traumatisme.

2. Po.NCBT (Thèse de Tellier, p. 93). Homme de trente-sept ans ; trente mois auparavant, trauma temporal droit, avec accidents cérébraux immédiats, bientôt amnésie, crises épileptiformes généralisées. Trépanation le 23 avril 1890. Cessation des crises, amélioration de l’état mental.

3. Lucas-Ciiampionnière (Thèse de Dumas, p. 71). Homme, quarante ans; quatre ans auparavant, chute de cheval, petite plaie du crâne; deux mois et demi après, paralysie des quatre membres, bientôt amendée. Après avoir repris son service d’officier, le malade présenta peu à peu des troubles mentaux, qui arrivèrent au gâtisme. Trépanation le 3 décembre 1888; incision delà dure-mère. .Amélioration notable (parole, incontinence des matières) mais l’intelligence est restée altérée (10 juillet 1889).

INDK-ATIONS ET RÉSULTATS OI’ÉRATOIRES

[ J. Frank et A. C luire li ' , Antonin Poncel’, Daniel Mollière^.

Dans ces conditions, tout comme lorsqu’il y a épilepsie généj ralisée, on trépanera au point où la blessure initiale aura laissé I une trace ; si ce signe directeur fait défaut, on se rabattra sur I l’anamnèse (Frank et Church), sur la constatation de points dou- I lourcux à la pression (Poucet).

Pour les lésions anatomiques constatées, pour la nécessité d’inciser la dure-mère *, pour l’indication de ne pas réimplanter les rondelles, nous renvoyons à ce que nous avons dit à propos de l’épilepsie traumatique.

Les résultats que fournit la trépanation sont encourageants, mais il suffit de lire les observations que nous venons de résumer I pour constater leur fréquente médiocrité. A côté des guérisons ‘

■ 1. Frank et Church, Am. journ. of tha med. sc., Philad., juillet 1890, n® 219, p. 1, Femme, vingt-huit ans ; troubles mentaux survenus presque immédiatement après un trauma crânien et rapidement aggravés. Le 2 avril 1884, trépanation, incision de la dure-mère. Aoiélioration, puis récidive. Le 24 mai 1890, nouvelle opération; (malade suivie pendant un temps insuffisant).

2. PoNCET (Thèse de Tellier, p. 83). Garçon de quinze ans; chute du troisième étage, suivie de coma pendant quelques jours, en juin 1889; hémiplégie droite peu à peu amendée, mais bientôt perte de la mémoire, caractère irascible. Aucune trace de tranma au crâne, sauf un point douloureu.x à l’angle postérieur de chaque pariétal. Le 30 octobre 1889, trépanation sur chacun de ces points, sans incision de la dure-mère; résultat nul. Le 10 novembre, deux nouvelles couronnes, avec incision delà dure-mère; amélioration. Les accidents ayant récidivé, nouvelle opération le 1 janvier 1890 (plaie du sinus longitudinal supérieur); le 18 avril, amélioration manifeste.

3 D. Mollibre, 1®'' Conr/r. franç. de chir., Paris, 1885, p. 306. Homme, trente et un ans. Enfoncement avec plaie le 3 février 1883. Le 4 août 1883, apathie cérébrale extrême. Trépanation sur l’enfoncement (hyperostose considérable) sans ouvrir la dure-mère. Amélioration progressive, et au bout de deu.x ans et demi la guérison peut être considérée comme parfaite.

4. On ne respectera la durp-mére que si ou trouve en dehors d’elle une lésion importante. Ainsi Gras {Bull, et mém. de la Soc. de chir., Paris, 1877, n. s., t. 11, p. 123) a obtenu un beau succès par la trépanation simple chez un homme atteint depuis trente-huit ans d’une fracture avec plaie restée fistuleuse et compliquée depuis quatre à cinq ans d’un affaiblissement intellectuel considérable.

5. Outre les faits précédents, voy. des observations de : A. Bloxa.m, Lancet, 1885 » t. II, p. 1090. — D. Mollière, Lijon médical, 1881, t. XXXVI, p. 485. — .Muneord, The amer. Practitionner, 1883, t. XXVll, p. 337. — Reü.vtel et Binet, Lyon méd., 12 mai 1895, t. LXXI.X, p. 36. — Myntbr, Ann. of surg., mai 1894, t. XIX, p. 539, obs. III. — A. Starr, Trans. of the Assoc. of amer, physic., 9“ session, 1894, t. IX. p. 59 (Trépané par Mc Cosh ; tissu vasculaire sous la dure-mère). — Lanki.onoue (de Bordeaux). Obs. publiée au bout de vingt-deux mois par Faouet, Th. de docl., Bordeaux, 1892-1893, n® 1.

FOLIE THAUMATIQUE

et des améliorations notables il y a de nombreux résultats nuis, soit immédiatement, soit après une période d’amélioration passagère; et cela doit faire conserver quelques doutes sur les succès, complets ou partiels, publiés peu de temps après l’intervention. J1 en est donc à cet égard de la folie traumatique exactement comme de l’épilepsie traumatique.

Et ici également, nous sommes impuissants à prévoir le résultat d’après les lésions rencontrées, d’après l’ancienneté des accidents : des malades ont guéri alors que la fracture remontait à dix-sept ans (Boubila etPantaloni) = à trente-huit ans (Gras), à quarante-trois ans même (Currier) ^

Nous ne pensons pas non plus qu’on puisse faire entrer en ligne de compte la forme clinique de la folie. Tellier, sans doute, considère qu’en cas de paralysie générale traumatique, la trépanation est contre-indiquée, en raison des fréquentes rémissions, souvent fort longues, de la maladie abandonnée à elle-même, et d’après lui on ne serait autorisé à opérer que si le malade présentait des accidents de congestion encéphalique. On ne saurait contester que parmi les observations publiées* on ne trouve guère de succès complets et que tout se borne à des rémissions plus ou moins nettes. Mais ne seraitce déjà rien que de provoquer une amélioration de cette espèce, dans une maladie qui ne pardonne pas ? Nous en dirons autant pour les sujets chez lesquels l’hérédité vésanique vient compliquer l’action traumatique : les chances de succès deviennent alors bien

1. Voy. des observations de : Rankin, S‘ Louis med. and suri/. Journ., 1880, t. XXXIX, p. 124. — Briggs, Nashwill med. and surg. Journ., 1880, t. XXV, p. 14.— Stetter, Centr. f. Chir., 1892, p. 431. (Le malade de Sletter a été opéré en 1887). — Samain, Journ. des sc. mêd. de Lille, 23 août 1894, n® 34, t. II, p. 134. (Procédé ostéoplastique de Wagner, dure-mère non incisée).

2. Boubila et Pantaloni, Gaz. des hôp., Paris, 1892, p. 319. Femme de vingt-trois ans ; à six ans, enfoncement de l’angle postéro-supérieur du pariétal gauche. Le l®"^ juillet 1891, trépanation; amélioration progressive; exeat guérie le 17 janvier 1892.

3. Currier, d’après BmZL méd., Paris, 17 septembre 1890, p. 850. Homme de soixantesept ans. Fracture occipitale. Perte de la mémoire; impulsions au suicide, céphalalgie, mélancolie.

4. Ph. Rey et Pantaloni, j4ssoc. franç. pour l'av. des sc., Marseille 1891. Fracture du frontal avec enfoncement ; deux mois d’amélioration, puis récidive. — Clayb Shaw, Association méd. brit., juillet 1891 ; Bril. med. Journ., 1891, t. II, p. 381. Un cas sans récidive au bout de huit mois; une récidive au bout de deux mois.

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