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CHAPITRE III

TUMEURS INTRACRANIENNES

Quoique nous nous occupions, dans ce volume, de chirurgie cérébrale^ nous avons intitulé ce chapitre tumeurs intracrâniennes. La plupart du temps, en effet, il nous est impossible, en clinique, de séparer nettement, d’après leur siège, les diverses tumeurs qui naissent à l’intérieur de la boîte crânienne intacte ; de différencier, en particulier, les tumeurs du cerveau et celles des méninges*.

Sans doute, il est des cas où une tumeur de la dure-mère envahit et use la voûte osseuse qui la recouvre, vient faire saillie à l’extérieur et est opérée comme une tumeur des membres, par exemple. Ces faits, déjà anciennement connus, sont bien différents de ceux où la tumeur reste incluse dans le crâne et nous n’étudierons pas les interventions chirurgicales, souvent importantes, auxquelles ils ont donné lieu dans ces dernières années ^

Cela dit, que devons-nous entendre par le mot tumeurs ?

Si nous étions des anatomo-pathologistes, nous ne décririons ici que les tumeurs au sens propre du mot, c’est-à-dire les néoplasmes ; et nous arriverions ainsi à étudier à peu près exclusivement les gliomes et les sarcomes. En effet, il est certain, que ni en pathologie, ni en médecine opératoire, il n’y a de parité à

1. P.-G. Kxapi>, The Pathology, diagnosis and treatinent of intracranial growths, in-8“, Boston, 1891. — Peytavy, Gontrib. à l’ét. des tiun. céi’ébr., Th. de docl., Paris, 1893, n» 101. — H. Wiiite, One hundred cases of cérébral tumours, etc. Giii/'s Ilosp. Rep., London, 1886,3^ sér., t. XXVllI, p. 117. — Byrom Bramwell, hilvacrunial tumoxirs, in-8», Edinburg, 1888. — Discussion et tableaux, Ediiib. med. Journ., mai 1894, t. XX.VIX, 2° partie, p. 1067.

2. Voy. sur ce sujet Poussox (rapport par Kni.inssox) Bull, el mém. de la Soc. de dur., Paris, 1889, n. s., t. XV, p. 631. — II. Dei .AGÉxiÈUE, Arch. prov. de chir., Paris ^ 1893, p. 93. — On trouvera un tableau de 7.6 observations do ce genre dans Ciu- PAULT, loc. cil., t. I, p. 382.

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établir entre un kyste parasitaire, un tubercule, un sai’come ; et môme, comme nous le dirons plus loin, rintervention dill'ôre pouiun tubercule massif et dur ou poui- un tubercule transformé en abcès froid plus ou moins volumineux.

Mais, si toutes ces distinctions et divisions sont pathologiquement importantes, s’il est à souhaiter que dans un avenir plus ou moins proche, elles servent à établir des indications pratiques ; en fait, et jusqu’à présent, elles n’ont pas encore acquis une netteté suffisante pour que nous puissions les prendre pour base d’une classification chirurgicale.

Comment les choses se passent-elles en clinique? Un malade vient nous consulter pour des accidents que nous attribuons à l’excès de pression provoquée dans la boîte crânienne par une masse morbide surajoutée. Cette détermination une fois faite, notre raisonnement va plus loin, et, dans un second temps, nous nous demandons si, parmi les symptômes observés, il en est qui nous autorisent à diagnostiquer le siège exact de cette masse morbide. C’est après cela seulement que nous recherchons les indices qui nous feront connaître la nature du mal. Or, quels sont ces indices ? Ils se réduisent à ceux qui nous permettent de constater chez le sujet une tare tuberculeuse ou syphilitique, ancienne ou actuelle, héréditaire ou personnelle ; et là-dessus nous étayons un raisonnement, qui toujours sera plus ou moins hypothétique. Souvent même, ces données nous feront défaut, alors que, cependant, il s’agira de tuberculose ou de syphilis.

En outre, supposons que, par l’examen attentif des commémoratifs et des symptômes actuels, nous puissions — ce qui n'est souvent pas le cas, nous le répétons — éliminer avec certitude la tuberculose et la syphilis, comment savoir, en dehors des e.vceptions que nous signalons plus loin, relatives aux tumeurs malignes secondaires, si le sujet porte un sarcome ou un kyste hydatique? Notre diagnostic, en règle générale, va se Irouver dérouté.

En pratique, donc, nous sommes conduits par la force des choses à employer le mot dans, son sens originel et grossièrement clinique ; nous allons avoir en vue toutes les masses morbides surajoutées à l’encéphale, masses solides ou liquides, parasitaires

ÉTUDE SÉMÉIOLOGIQUE GÉNÉRALE

OU néoplasiques, et nous chercherons précisément à montrer comment et pourquoi, dans bien des cas, il doit s’agir ici, jusqu à nouvel ordre, de chirurgie exploratrice.

A ce compte, il est vrai, nous devrions étudier les abcès, et cependant nous les avons envisagés à part. C’est que pour eux — abstraction faite des abcès froids que nous réunirons, en effet, à riiistoire de la tuberculose — les notions étiologiques exactement analysées nous ont conduits à des notions diagnostiques et opératoires suffisamment précises pour nous permettre une étude d’ensemble sur les abcès d’origine traumatique d’une part, sur les complications intracrâniennes des otites, d’autre part. Quant aux autres abcès, nous leur consacrerons quelques lignes* pour tâcher de faire voir comment, en l’absence de certaines données étiologiques spéciales, le diagnostic de leur nature est impossible.

§ I. — Étude séméiologique.

Comme nous l’avons dit dans nos Généralités^ , et par analogie avec ce que nous avons vu pour les abcès’, toute tumeur intracrânienne cause des symptômes de deux ordres :

l® Des sijynptômes diffus^ dus à l’excès de tension intracrânienne, la boîte osseuse étant trop petite pour loger, outre la tumeur, un cerveau fonctionnant normalement.

2® Des symptômes de loealisalion, qui sont des paralysies, des convulsions, des contractures, survenant lorsque la tumeur détruit, comprime ou irrite certaines zones spéciales de l’écorce cérébrale ou des conducteurs blancs qu’elle commande*.

Dans certains cas, particulièrement favorables au chirurgien, les symptômes du second ordre précèdent ceux du premier. Mais d’ordinaire il n’en est pas ainsi : symptômes ditl'us et symptômes de localisation s’associent. Les premiers ouvrent de préférence la marche, et l’on peut dire, d’une manière générale, (ju’ils per-

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