‹ Traité de chirurgie cérébraleChapitre 40 sur 305 · GREFFE OSSEUSE · texte numérisé non relu

GREFFE OSSEUSE

critique s’adressait aux cas où ou a transplanté un os d’un animal dans la brèche crAnienne d’un animal de même espèce ou d espèce différente*. Cette gTeffe hétéi'oplastique , dont les observalions liumaines publiées par Macewen", v. .lacksch^, nont pas été suivies pendant assez longtemps, se résorbe presque toujours; les expérimentateurs l’ont presque tous conslaté avec netteté. Si la résorption secondaire est la règle, d’après les faits expérimentaux, elle n’est toutefois pas fatale et, chez l’homme, Ricard^ a constaté la solidité de la greffe au bout do deux ans. Nous ajouterons également que, sur un chien, Mossé (de Montpellier) a vu persister au bout de quaranle-cinq mois un os de chat greffé dans une trépanation du crâne. Ces rares faits positifs ne suffisent pas à eux seuls pour lever les doutes, et l’on ne saurait que souscrire aux réserves apportées à ces pratiques par Le Dontu dans son rapport^, d’autant mieux que Le Dentu est, en principe, opposé à toutes ces tenlatives et croit — à juste titre selon nous, comme nous venons de le dire — qu’il faut presque toujours laisser libre l’orifice osseux créé par la trépanation k

3° Interposition de corps inertes (nécroplastie de Chipault). — Une autre méthode consiste à insinuer, entre l’os et la duremère, une rondelle inerte et aseptique, destinée à s’enkyster sur

1. Nous rappellerons que ces tentatives sont fort a/icicnnes. Une des premières semble due à Job a Meekben [Obs. medico-chir., Amstelod., Ui82, p. 7). Elle eut lieu sur un Russe auquel, en 1670, on greffa un os de chien dans une perle de substance crânienne par coup de sabre. Le sujet guérit fort bien, mais le curieux de riiistoire, c'est que, pour échapper à rexcommunicalion, il dut, quelque temps après, subir l’extraction du transplant osseux.

2. .Macewen, Observ. touchant la transplantation osseuse. Hpv. de rhir., 1882, p. 4 (en note). Publié au bout de trois semaines.

3. V. Jacksch, Zur Frage der Deckung von Knochendefekton nach der Trépanation. Wien. med. Wocli., 1889, p. 1433. Publié au bout d'un mois et demi.

4. Ricard, Répar. d’une perte de subst. delà voûte crânienne par la grefle osseuse immédiate. Gaz. des llôp., 1894, n® 83, p. 783. Renseignements romplémeninires fournis à Chipaui.t, Chir. opér. du syst. nérv.. 1894, I. I. p. 203.

3. MossÉ, Lecture à VAcadémie de médecine de le 23 mai 1893. Le Dentu,

Rapport sur ce travail. Séance du 30 janvier 1894, 3« sér., t. XXXI, p. 97.

0. Il faut faire remarquer que si l’observation de Ricard doit être prise en considéraliou pour le succès de la greffe, elle ne peut servir à formuler une indication dans les cas qui nous occupent. Elle concerne, en effet, une tumeur des os du crâne et dès lors n'a rien à voir avec la chirurgie cérébrale, ipie seulq nous envisageons.

O STI':0 1> L A STI E C ü A .N' I l'TNN E

})UiCG*; la substance le plus souvent employée dans ces essais a été une rondelle de celluloïcP. Quebpies opérateurs ont eu recours à des plaques métalliques (Ilooth et Curtis, Stüglitz et (lerster). C est, en somme, de la prothèse sous-cutanée. Pour éviter que les sécrétions ne s’accumulent derrière la plaque, on l’a quelquefois perforée de plusieurs petits trous (Billroth). üinterstoisser, von Eiselberg, etc., ont obtenu ainsi quelques bons résultats. Mais les inconvénients immédiats ont été nombreux, si bien que plusieurs cbirurgiens ont dû, comme P. Berger % retirer la rondelle pour faire cesser des accidents de compression

Nous ne pensons donc pas que cette méthode de prothèse immédiate ait grand avenir. Peut-être sera-t-elle plus intéressante à étudier pour les cas où, le sujet étant guéri de l’intervention première et la peau n’étant pas cicatricielle, on chercherait à introduire secondairement la lame protectrice sous la peau.

•3° Autoplaslie par fjlisseynent. — Mais alors elle semble devoir céder le pas à l’autoplastie par glissement, par la méthode dite de Konig’^ : dans cette méthode, on comble la perte de substance par

1. C'est dans l’hétéronécroplaslie qu'il faut ranger l’implantation de frcKjmenls d’os décalcifiés, destinés, il est vrai, non pas à s’enkyster sur place, mais à appeler, pour ainsi dire, l'ossiûcation. Au crâne, en particulier, la méthode n'a été employée que par exception. Nous ne connaissons à ce sujet que trois observations, dues à KuEJiiiEL {Dent. med. Woch., 1891, p. 212), pour de petites perforations, et une fois seulement la guérison a été constatée au bout de cinq mois. On consultera sur ce sujet : Senn, Clinical observations of the healing of aseptie bones cavities by Senu's method of implantation of antiseptie decalcified bone. Med. News, 1890, t. II, p. 202. — Busc.-vrlut, La greffe osseuse chez l'homme et l’implantation d’os décalcifié, Th. de doct., Paris, 1891-92, n° 4.

2. L’idée n’est évidemment pas bien neuve. Dans certaines îles de la mer du Sud les sauvages trépanent pour guérir les céphalalgies, vertiges, etc. Dans la moitié des cas, le sujet succombe : mais s’il guérit, on bouche le trou avec un morceau de noix de coco très mince et très poli qu’on emboîte sous le cuir chevelu {Gaz. hebd. de méd. et chir., 1874, n<> IC, p. 249).

3. Berger, Soc. de chirurg., 1892, p. 002. — Voyez aussi Moissox, Thèse de doctorat, Paris, 1891, n° 297, p. 77.

4. Voyez sur ce sujet, Fr.enkel, Ueber Deckuug von Trepanationsdefekten aui Schâdel durch Heleroplastik. Wien. med. Woch., 1890, jj. 475. Ce mémoire initial a été l’origine des tentatives de IIi.nterstoisser {Wien. klin. Woch-, 1891. p. 302), de v. Eiselsbiîrg {Inlern. klin. Rundsch., 1891, p. 902; Soc. inip. roy. de méd. de Vienne, 29 mai et octobre 1891, 1.6 décembre 1892).

5. Kôniu, Der knocherne Ersatz der grossen Scliadeldefekten. Centr. f. Chir., 1890, n® 27, p. 497. Il est à remarquer que cette méthode dérive de celle d’Ollier (1858), de J. Wolff {Arch. /’. klin. Chir., 1865, t. Il, p. 183). Consultez sur ce sujet

HKSIÜCTION TliMPOMAlIlE DU CRANE

un lanibGaii emprunté aux parties voisines et comprenant, avec la peau, le périoste et la couche osseuse superficielle. Konig, Schonborn, J. \S'oltT, Mikulicz, 11. lîraun, etc., en ont obtenu de bons résultats.

4“ Résection osléoplastique.— Tous les procédés que nous venons d’énumérer ne sauraient donc permettre, au chirurgien d oblitérer immédiatement, avec efficacité et sans danger, une ouverture crânienne qu’il vient de faire. La seule méthode ici applicable est la résection ostéoplastique décrite par Wagner', et soumise à des modifications opératoires, étudiées sur le cadavre à peu près exclusivement, par Toison ^ P. Poirier, A. Chipault. Cette méthode consiste à laisser adhérente à la peau, où l’on a taillé un lambeau demi-circulaire, une large rondelle osseuse, en aposkeparnismos\

; pour établir une comparaison avec la nomenclature ancienne des ' lésions traumatiques du crâne. Après avoir fait le nécessaire dans i la cavité crânienne, on remet en place le lambeau ostéo-cutané, et I la rondelle, qui n’est pas privée de toutes ses eonnexions vascu- ! laires, vit et se consolide.

j Ce procédé a donné quelques brillants suceès, à divers auteurs ’, j Mais il est difficile à mener à bien, il exige un ébranlement j notable du crâne, il allonge de beaucoup l’opération ; on ne sera i donc pas surpris qu’il n’ait été employé sur l’homme que dans i des cas relativement rares L

On ne saurait contester, cependant, qu’il soit eapable de rendre

j les comptes rendus de la Soc. ail. de chii\, 1891 (t. I, p. 135; t. II, p. 225) et 1893,

I t. 1, p. 46 et suiv. Les mémoires communiqués à ce dernier Congrès par II. Braun et I Tietze ont paru in extenso dans les Arch. f. klin. C/iir., 1893, t. XLV, pp. 186 et 227.

1. AVagneu, Die temporare Resektion des Schadeldaches. Cenb\ f. Chir., 1889,

2. Toison, De la trép. du crâne, etc. Congr. fr. de chir., 1891, p. 325. — Note complém., etc. Journ. des Sc.méd. de Lille, 1891, t. 11, p. 553.

3. Nous rappellerons ici les discussions anciennes sur la conduite à tenir dans les fractures de cette espèce, pour savoir s’il fallait enlever ou conserver le fragment osseux.

4. Chipault, Chir. opér. du S7jst. nerv., t. 1, p. 223, réunit en un tableau 25 opérations de cette espèce.

5. Mueller, Centr. f. Chir., 1890, n“ 4, p. 65, a proposé, un procédé intermédiaire pour ainsi dire à ceux de Kônig et de Wagner. Il conseille de laisser dans le lambeau la table externe et non pas seulement le [lériuste. Ce procédé semble impossible à réaliser correctement.

HKSIüCTION TEMPORAIUE DU CRANE

des services réels, pour certaines crànieclomies explorali-ices surtout où il serait bon de pouvoir oblitérer inimcdiatemcnt, au cas échéant, une fenêtre qui, pour être utile, doit être ])rimitivenient très large. La résection temporaire possède alors une supériorité réelle sur l’emploi de la gretTc osseuse, faite avec les rondelles elles-mêmes ou avec d’autres fragments.

Mais pour la plupart des trépanations, la restauration immédiate ne sera pas recherchée; ce qui pourra parfois être utile, ce sera d’obtenir l’oblitération secondaire de l’orifice osseux, et nous répétons qu’alors l’avenir est à l’ostéoplastie par la méthode de Kônig plutôt qu’à l’interposition de corps inertes.

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