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DANGERS DE L’INTERVENTION

Pour agir sur le cerveau, il faut d’abord avoir fait une ouverture à la boîte crânienne. C’est dire que pour apprécier les dangers de l’intervention il faut envisager successivement ceux : 1“ de la trépanation; 2“ de l’action directe sur l’encéphale.

Ce chapitre sera court, car la question est aujourd’hui jugée pour la trépanation envisagée en soi; et quant aux lésions opératoires du cerveau, elles se prêtent difficilement à une étude d’ensemble mais seront plus efficacement étudiées à propos des abcès, des tumeurs en particulier.

1° Dangers de la trépanation. — Après avoir eu, dans la chirurgie ancienne, une vogue extraordinaire, le trépan tomba en discrédit à la fin du xvm® siècle, grâce surtout aux attaques de Desault^ et jusqu’à ces dernières années la majorité des auteurs a fait peser sur lui une proscription presque absolue. En France, presque tous les chirurgiens s’en déclaraient adversaires, comme Gama, comme Malgaigne, et Larrey fils proclamait que « de toutes les lésions traumatiques de la tête, le trépan est une des plus graves^»; en Allemagne, on répétait, avec Stromeyer « qu’il faut avoir la tête fêlée soi-même pour pratiquer le trépan » ; en Angleterre , A. Cooper déclarait que « celui qui trépane mérite d’être trépané à son tour ».

Desault, dans X. Bichat, Œuvres chir. de P. -J. DesauU, Paris, 1801, l, II, p. 3‘) rt suivantes. 11 est à remarquer qu’avant d’être chirurgien de l’Ilôtel-Dieu, où tous les opérés succombaient, DesauU était partisan du trépan (CiiorAur et Desault, Tr. des mal. chir., Paris, 1TI9, t. I, p. 07).

2. Larhey, cité dans Salo.mon, Encéphalite et abcès cérébraux. Th. de doc/., Paris 1842, p. 65.

3. Stromeyer, Maximen der Kriegsheilkunde.Wnnno'jcr, !'’<> édit., 18.55, 1. Il, p. 529.

LA TRKPANATION N’RST PAS DANllKlUillSE

Môme à ooUe époque, pourUmI, la lréi)aiialion comi)lait des partisans, parmi lesquels nous pouvons citer Velpeau', Denonvilliers dont les thèses ne suffirent pas, cependant, à désarmer les opposants. A la Société de chirurgie de Paris, en 1800-1867, un débat eut lieu, où P. Rroca, L. Le Fort, U. Trélat, ]\I. Perrin réhabilitèrent jusqu’à un certain point l’opération tant décriée. Mais pendant de longues années, ces efibrts restèrent à peu près inutiles, cl depuis quelques années seulement on a reconnu que les dangers attribués à la trépanation étaient imaginaires.

D’où venait la proscription ? De ce fait brutal qu'on voyait mourir, dans les centres d’enseignement, la plupart des trépanés, tous même disaient Desault, Dieffenbach, etc.L Mais était-ce la faute du trépan lui-même? Il est aujourd’hui prouvé que non.

Voici d’abord une cause de mort : on ne trépanait guère que pour lésion traumatique, et un grand nombre des décès relevaient des délabrements produits dans la substance encéphalique par la violence initiale. Et si un blessé avait, par bonheur, le cerveau en bon état, il fallait qu’il fût pourvu d’une dose de chance considérable pour échapper, celte fois, au chirurgien, aux accidents septiques que pendant une centaine d’années nos pères ont engendrés avec sérénité, grâce au cérat et au cataplasme.

C’est sous l’influence de ces doctrines, de ces pansements malpropres trop longtemps crus impeccables, que l’on a déclaré le trépan grave par lui-même ; qu’on a oublié son innocuité ancienne, lorsque van Solingen, Stalpart van der Wiel, Méhée de la Touche appliquaient à leurs patients, en une ou plusieurs séances, 17, 22 et jusqu’à S2 couronnes de trépan. C’est sous cette influence, trop longtemps respectée, qu’à la période contemporaine, pendant de longues années, on ne songea pas à se demander si vraiment il fallait considérer comme grave cette opération

1. Velpkau, De l'opération du trépan dans les plaies de la tôle. 7/t. de concours Paris, 1834.

2. Si l’on veut, par une étude historique détaillée, se rendre compte de l’opinion des auteurs, à toutes les époques, sur le trépan en général, et surtout pour les lésions traumatiques, on se reportera au mémoire de Gai.i.ez Mémoires couronnés et publiés par l’Acad. roy. de méd. de Belgique, Gott. in-8“, t. Xll, 2' fasc., pp. a-149. Bruxelles, 1893. On y trouvera des documents très nombreux.

DA.XCIiHS UES UPEUATlüiNS SUU UE CERVEAU

souveul licufcuse entre les mains des sauvages dans diverses régions du monde; heureuse môme, des pièces eu fout foi, entre les mains de riiomme préhistorique ^

La vérité est (pie la perforation du crâne n’a aucune espèce de gravité par ellc-môme. Ou s’en rend compte en dépouillant les observations modernes ont Irail aux lésions non traumatiques^ . La mortalité était grande avec les anciennes trépanations pour épilepsie essentielle ; elle est nulle aujourd’hui, si l’intervention est aseptique, et le crâne est une région où l’asepsie est facile à réaliser. Certainement, de temps à autre on verra éclater une méningite : c’est un malheur qui peut arriver à tout le monde, mais qui ne doit arriver à personne. Et la seule conclusion aujourd’hui raisonnable est celle qu’émettait Walsham ' dès 1882 : la trépanation n’est pas grave, si l’on ne touche pas au cerveau.

Un danger persiste pourtant, jusqu’à un certain point : la commotion cérébrale, si l’on emploie trop libéralement le maillet, et l’un de nous a vu succomber ainsi en quelques heures un enfant auquel un chirurgien fort habile avait enlevé par ce procédé un volumineux sarcome du frontal.

2® Dangers des interoentions sur le cerveau. — Déjà dans les livres anciens on trouve relatées des observations prouvant que le cerveau supporte bien des délabrements traumatiques considérables, que le chirurgien peut exciseï’, sans inconvénient, des parties importantes de l’écorce. On peut citer à cet égard Job a Meekren®, G. Fallope®, pour remonter jusqu’au xvi° siècle.

1. Voj'. Pai\is, Tî’t'p. du crâne telle qu’elle est pratiquée par les Kabyles de l’Aouress, .Montpellier, 186o. — Sanson, Bull. Soc. anthrop., Paris, 1874, p. 494. — Védrénes, Beu. de chir., 1885, pp. 817, 907, 974; Itev. d’anlhrop., 1886, p. 648.

2. PnuNiÈnES, Bull. Soc. anthrop., Paris, 1868, p. 319; 1874, p. 183; 1876, p. 531. — P. Bhoca, Bull Soc. anthrop., 1867, p. 403; 1876, pp. 237, 430, 373; Sur la trépanation du crâne et les amulettes crâniennes néolithiques. Congr. intern. des Soc. anthrop., Budapest, 1876; tir. à part.

3. Voyez à cet égard les statistiques dressées par Dei.voie, Mémoh-es couronnés, et publiés par l'Acad. roy. de méd. de Belgique. Coll. in-S“, t. XII. l"- fasc. pp. 129 et 130. Bruxelles, 1893.

4. Walsiiam, Is trephining tlie skull a dangerous operation per sc. St Barth. hosp. Hep., London, 1882, t. XVllI. p. 213.

Job a Meeivben, Obs. medico-chir., Amstelod., 1862, p. 10.

6. G. Eaelope, Commentarius in Ilippocratem : de vulneris capitis, Vcnctiis, 1566, p. 583.

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