CHAPITRE PREMIER
LÉSIONS TRAUMATIQUES
Les indications chirurgicales fournies par les lésions traumatiques du cerveau doivent être divisées en deux grandes classes, suivant que Ton envisage les blessures récentes ou anciennes. Mais il ne faut point prendre ces deux termes au pied de la lettre, et si l’on veut faire une étude méthodique, on doit souvent reléguer au second plan la question de date. Ce qu’il importe de distinguer, c’est la nature et le mode de production de la lésion qui sert de substratum anatomique aux accidents observés. En raisonnant de la sorte, on arrive à diviser, avec Duret, les accidents cérébraux consécutifs aux plaies de tête, en trois grands groupes :
1® Accidents primitifs^ provoqués par des lésions mécaniques qui se constituent au moment même du trauma (enfoncement osseux, commotion et contusion cérébrales) ou quelques heures après (épanchement sanguin) ;
2° Accidents secondaires, engendrés par l’infection du foyer extérieur, propagée aux méninges et au cerveau;
3° Accidents tertiaires, qui surviennent lorsqu’on croit guéri le le malade, une fois franchis sans encombre les dangers du trauma lui-même et de l’infection, et qui sont liés aux résidus pathologiques de ce trauma ou de cette infection.
§ I. — Accidents primitifs.
Il n’entre pas dans le plan de cet ouvrage d’étudier la question du trépan immédiat dans les fractures du crâne ' : nous cherclie-
i. Areilza, De las fracturas del craneo »/ de la Irepanacion, Barcelone, 1887. — J. Boeckel, Examen critique des doclrines de la Irépanalion dans les plaies de tête, Strasbourg et Paris, 1873. — Khameh, Resullate dev anliseptischen Wundbchandlung
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rons seulement à montrer clans cruels cas V intervanlion est indiquée ■par l'état du cerveau sous-jacent à la fracture: et de nos jours d’ailleurs, comme le dit Ilorsley, c’est de l’état du cerveau cjue se tirent, pour les fractures récentes, les principales indications opératoires
Les lésions traumatic|ues c|ue peut subir le cerveau sont la commotion, la contusion, la compression, les plaies avec ou sans corps étranger. Contre la commotion, la chirurgie opératoire est radicalement impuissante. Contre la contusion, il en est à peu près de mème% sauf en certains cas où de la contusion résulte une hémorrhagie qui cause une compression Or la compression cérébrale contre laquelle nous pouvons et îious devons agir.
On a beaucoup discuté, il n’y a pas bien longtemps encore, sur la compression cérébrale. Tandis que jusqu’à la fin du siècle dernier on redoutait par-dessus tout cet accident, et qu’on avait été ainsi conduit à un véritable abus du trépan primitif et même préventif, pendant plus de la moitié du xix“ siècle il fut classique, en presque tous les pays, de prétendre que les inconvénients de la compression cérébrale étaient imaginaires. Avec la fréquence et la gravité des complications septiques des plaies à cette époque, il n’était pas étonnant que, dans les hôpitaux de Paris surtout, le trépan fût presque toujours suivi de mort. Conscients de leur nuisance — mais inconscients de ses causes — les chirurgiens en sont vite venus à ériger l’abstention en principe, et, au lieu de se demander pourquoi une opération bénigne quelque cinquante ans
bei kompliziertnn Verletzungen des Schüdels, Breslau, 1880. — W. Wagner, Die Behandlung von komplicirten Schâdelfrakturen. Sam7nl. /clin. Voidr., Leipzig, 1886, nos 271-272.
1. La question du trépan dans les contusions du crâne (Ravaton) est jugée depuis longtemps (Tenon, Acad, des sc., 1758) et résolue par la négative. On ne la soulève plus qu’à propos des eufoncements de la table interne seule, parfois observés dans tes cas où des esquilles irritent le cerveau (Sédillot). Nous reviendrons plus loin sur ces faits.
2. Velpeau {Thèse de concours, 1834, p. 114) y conseille cependant la trépanation. En règle générale, cela ne saurait être admis. Mais quelquefois, un épanchement sanguin fourni par un foyer de contusion peut être évacué avec succès. A vrai dire, il y a alors surtout compression cérébrale, et nous signalerons ces faits plus loin.