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BLESSURES DU CRANE PAR ARME A FEU

l'on trépane les os, soit à la tête, soit aux membres : c'est que le meilleur outillage est un ciseau et un marteau. Je me sers très peu, pour mon compte, du vilebrequin classique bon pour trouer le bois, mais qui convient beaucoup moins à la perforation des os dont il est impossible, comme au crâne, par exemple, de soupçonner d'avance l'épaisseur. Je pense que le chirurgien armé d'un bon ciseau et d'un marteau est beaucoup plus sûr de ce qu'il fait qu'avec tout autre instrument spécial, car il manœuvre son ciseau comme un bistouri.

S'il s'agit de relever une pièce d'os enfoncée vers la cavité crânienne, vous ferez avec le ciseau, peu à peu et à petits coups, une perte de substance sur les limites de l'esquille jusqu'à ce que vous puissiez passer en dessous un élévatoire qui fasse levier.

Les os du crâne, sans être atteints de fracture proprement dite, peuvent être en quelque sorte entaillés par des coups de sabre ou de hache; des copeaux plus ou moins étendus sont détachés. Ces plaies ne présentent rien de spécial et devront être traitées comme les plaies des téguments.

E. Des blessures du crâne par arme à feu. — Un accident fréquent est la blessure du crâne produite par des balles et le plus souvent, dans la pratique civile du moins, par des balles de revolver. La balle peut n'intéresser que les téguments, ainsi que je l'ai déjà dit à propos des plaies superficielles ; elle peut labourer les os du crâne, se ficher dans leur épaisseur, ou pénétrer dans la substance cérébrale et même traverser le crâne de part en part.

Le diagnostic de ces diverses variétés de blessures est généralement facile à faire à l'aide du stylet, surtout lorsque la plaie siège à la voûte ; mais si la balle a pénétré par l'oreille, par la bouche ou par le nez, à moins qu'il n'y ait des symptômes cérébraux caractéristiques, il est le plus souvent impossible de dire exactement où est le projectile. Inutile d'ajouter que le stylet devra être manœuvré avec toutes les précautions nécessaires, afin de ne pas aggraver encore le traumatisme des méninges ou du cerveau, surtout si la plaie siège au voisinage d'un des grands sinus de la dure-mère.

Le diagnostic de la pénétration de la balle dans la cavité crânienne devient évident, s'il se présente à la plaie des parcelles de substance cérébrale, facilement reconnaissables au milieu dit sang ou de la sérosité sanguinolente qui les entraînent.

Quelle conduite tenir dans ces divers cas ?

Si le projectile n'a fait que toucher le crâne ou s'implanter dans l'épaisseur des os, extrayez-le dès que le siège en aura été reconnu. Mais, s'il est logé dans la cavité crânienne? Alors, tantôt le blessé ne présente aucun trouble cérébral, et rieiî n'autoriserait à croire que le cerveau a été atteint, si on n'en recueillait des fragments dans la plaie ; c'est ce que j'ai vu dans mon service de l'Hôtel-Dieu, sur un jeune ingénieur russe qui s'était tiré un coup de revolver dans la région temporale droite ; et les faits de ce genre ne sont pas rares. Il est évident que, dans ce cas, après avoir nettoyé soigneusement la plaie, il suffit de la recouvrir d'un pansement antiseptique complet. A la suite de ce traitement, le blessé sortit de mon service le huitième jour, guéri comme s'il eût été atteint d'une plaie des plus simples : il avait échappé à la méningo-encéphalite aiguë. En sera-t-il de même de la méningo-encéphalite chronique ? C'est un point noir à l'horizon.

Tantôt le blessé présente au contraire des symptômes plus ou moins analogues à ceux des fractures de la base du crâne : perte de connaissance, résolution, mouvements convulsifs, etc. : fautil intervenir, c'est-à-dire aller à la recherche du projectile dans la cavité crânienne? — Mais où est-il? rien ne l'indique le plus souvent, pas même une exploration attentive avec le stylet. Et, d'ailleurs, ne venons-nous pas de voir que les accidents ne sont pas dus à la présence du corps étranger lui-même, mais à l'attrition profonde de la substance cérébrale. On aura donc bien )-arement lieu d'intervenir dans ces cas. Si l'on sentait nettement la balle, il serait évidemment indiqué d'en pratiquer l'extraction le plus tôt possible.

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