INFLAMMATIONS DU TYMPAN
La niyringite est aiguë ou chronique; souvent la seconde est une conséquence de la première; cependant elle est parfois chronique d'emblée.
La myringite aiguë reconnaît des causes diverses : une contusion, une plaie, surtout l'action du froid ; elle est aussi une conséquence de la syphilis et peut survenir au cours de la période secondaire au même titre que l'iritis sypliilitique. J'en ai observé dans mon service à l'Hôtel-Dieu un cas qui a évolué sous nos yeux chez une femme atteinte de plaques muqueuses.
Si je dis que la myringite était de nature syphilitique, c'est en raison des accidents au milieu desquels elle est survenue, car, jusqu'à présent du moins, il est impossible de la différencier de la myringite à frigore.
Le début de cette affection est généralement brusque et se révèle par des douleurs d'oreille qui acquièrent tout de suite une grande intensité. En môme temps, l'ouïe est pervertie, je ne^ dis pas abolie. Vous devez immédiatement rechercher s'il ne s'agit pas d'une otite externe, et surtout d'une otite moyenne aiguë, dont le début est également subit et accompagné de violentes douleurs. L'examen direct vous permettra d'affirmer le diagnostic ; cependant vous aurez déjà de fortes présomptions en constatant que l'ouïe, au lieu d'être abolie de ce côté, paraît au contraire exagérée ; ce n'est pas que le malade entende de plus loin la montre, par exemple, mais les bruits causent de la douleur, surtout les bruits aigus, ceux qui provoquent un plus grand nombre de vibrations, c'est-à-dire que les mouvements de l'organe malade déterminent de la douleur.
L'hyperacousie constatée au début d'une affection aiguë de l'oreille me paraît presque pathognomonique d'une myringite aiguë primitive, car on ne la rencontre pas dans les otites externe et moyenne.
L'examen à la lumière réfléchie sera facile et vous démontrera l'intégrité absolue du conduit auditif, ce qui vous permettra de repousser l'otite externe; vous constaterez par contre une vascularisation considérable de la membrane, surtout dans sa portion sus-ombilicale, tout autour du manche du marteau ; ce dernier se trouve recouvert parles vaisseaux, tandis que l'apophyse externe apparaît comme une perle blanche sur un fond rouge. Vous serez dès lors certain du diagnostic. Dans l'hypothèse d'une otite moyenne aiguë, en effet, vous n'observeriez aucune vascularisa-
106 ÂI'FRCTIONS CHIRUHGJCALES DE L'APPAREIL AUDITIF.
tion anormale du tympan, mais seulement une teinte sombre, un défaut de translucidité. J'ajoute que dans la myringite la trompe est libre, ce qui n'a que rarement lieu dans l'otite moyenne.
C'est ainsi que débute l'affection. Quelque temps après, la couche épidermique peut être soulevée comme dans certains érysipèles, et alors apparaissent de petites vésicules transparentes ressemblant à un semis de perles.
La myringite peut ensuite marcher vers la résolution, ou bien au contraire suppurer et amener une perforation du tympan. Un autre mode de terminaison est le passage à l'état chronique : la couche épidermique s'exfolie, des granulations se développent à la surface du derme, et recouvrent parfois la membrane au point de lui donner un aspect framboise.
On devine alors aisément ce que révèle l'examen otoscopique : il n'existe plus aucun des caractères physiologiques de la membrane du tympan, mais seulement une surface rouge plus ou moins granuleuse, sécrétant du pus, variété d'otorrhée qui rentre dans l'étude que nous avons faite précédemment.
Le traitement de la myringite aiguë est antiphlogistique et calmant au début. La malade à laquelle je viens de faire allusion fut très soulagée par les instillations dans l'oreille de chlorhydrate de cocaïne au centième, et peut-être ce médicament fut-il pour quelque chose dans la terminaison par résolution. Plus tard, on appliquera le traitement de l'otorrhée.
La myringite chronique d'emblée est caractérisée par l'évolution de phénomènes analogues à ceux que je viens de signaler, mais se succédant lentement et sans réaction locale ou générale bien marquée. Je pense toutefois que la cause la plus fréquente de la myringite chronique est l'eczéma du tympan. Comme dans la myringite aiguë, le sens de l'ouïe est perverti plutôt que diminué ; les malades sont impressionnés péniblement par le bruit, par certains bruits surtout ; il n'existe pas, sans doute, de douleur violente, mais une sensation insupportable qui leur fait fuir la conversation de certaines personnes. H y a des sons musicaux qu'ils ne peuvent entendre sans douleur. A la longue, cependant, si l'affection ne s'améliore pas, si le tympan s'épaissit et se recouvre de granulations, l'ouïe diminue très notablement et il survient des bourdonnements.