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4° De la flaccidité du tympan. — Fixée solidement par sa circonférence dans l'anneau tympanique comme une toile dans son cadre, fixée à son centre par la chaîne des osselets qui la relie à la paroi labyrinthique, la membrane du tympan est fortement tendue et ne jouit à l'état normal que de très peu de mouvements. Sous l'inlluence d'une forte expiration, la bouche et le nez fermés, elle se redresse légèrement ; dans un mouvement de déglutition, la bouche et le nez étant fermés (expérience de Toynbee), elle tend à se porter vers la caisse et sa concavité s'accentue, mais c'est tout ; elle peut d'ailleurs exécuter des mouvements assez prononcés dans les doux sens, ainsi que j'en ai vu souvent des

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MALADIES DE LA TROMPE D'EUSTÂCHE. iii

exemples, sans cesser pour cela d'ôtre tendue et de fonctionner normalement. De môme qu'une corde à violon, la membrane ne peut vibrer si elle n'est pas convenablement tendue : or il est des circonstances dans lesquelles elle se détend, c'est la membrana flaccida \ il en résulte une notable diminution dans l'acuité auditive et une perversion de l'ouïe. Ces troubles varient d'ailleurs suivant les sujets, suivant le degré de flaccidité, et probablement aussi suivant le siège, car il existe des llaccidités partielles.

Les myringites sont la cause principale de cette lésion. Les feuillets dont se compose la membrane du tympan ont été distendus par rinûammation et, comme ils ne sont ni élastiques ni contractiles, ils ne reprennent plus leur situation première. Une contusion du tympan produirait le même résultat, et d'après un mécanisme identique. J'en ai observé un cas curieux. Un de mes élèves, mort depuis de paralysie générale, s'amusait, étant dans un bain chaud, à refouler l'eau dans son oreille avec le doigt. Ayant éprouvé une certaine douleur, il me demanda d'examiner son tympan; j'y trouvai une ecchymose en arrière du marteau. L'ecchymose disparut rapidement, mais à sa place la membrane resta absolument flasque et l'audition ne redevint jamais normale.

Le traitement doit se borner en général à l'application de liquides astringents. Cependant, si l'acuité auditive était notablement diminuée, si l'ouïe était pervertie au point de troubler l'existence du malade et de lui faire réclamer une intervention, il serait rationnel de pratiquer la paracentèse du tympan, afin d'obtenir un tissu de cicatrice rétractile. Je ne verrais aucun inconvénient à répéter plusieurs fois l'opération.

C. Maladies de la trompe d'Eustache. — La trompe d'Eustache est un conduit ostéo-cartilagineux qui met en communication le pharynx avec la caisse du tympan ; c'est un canal de ventilation renouvelant incessamment l'air de la caisse et maintenant la membrane du tympan en équilibre de pression. Cette donnée physiologique permet de saisir aisément, de deviner en quelque sorte les accidents qui résultent de l'obstruction de la trompe, la membrane du tympan ne subissant plus alors la pression atmosphérique que sur sa face externe. Autre fait anatomique fondamental pour comprendre l'histoire pathologique de la trompe d'Eustache : chez le fœtus, le pharynx, la trompe

et la caisse ne font en réalité qu'une môme cavité ; ces parties sont tapissées par la môme muqueuse, et la forme qu'affecte définitivement chacune d'elles n'apparaît que plus tard. Aussîi les afl'ections de l'une retentissent très fréquemment sur celles de l'autre, principalement les affections catarrhales, puisque la continuité entre les muqueuses persiste durant toute la vie.

Les blessures de la trompe d'Eustache sont très rares ; je n'en ai jamais observé pour mon compte. On a signalé des déchirures de la muqueuse produites dans un cathétérisme défectueux, des corps étrangers introduits par le pavillon. Contentons-nous d'en signaler la possibilité.

L'inflammation de la trompe d'Eustache est fréquente, c'est la salpyiigùe. Elle est aiguë et chronique. L'inflammation chronique se confond avec l'obstruction, dont je m'occuperai tout à l'heure. Quant à la salpyngite aiguë, elle n'est pas généralement décrite comme affection spéciale; cependant elle existe bien certainement, et voici les principaux caractères à l'aide desquels on la reconnaîtra.

Elle survient ordinairement sur lés sujets atteints d'un violent coryza et n'envahit le plus souvent que la portion cartilagineuse de la trompe. L'inflammation peut cependant se propager à la caisse et donner naissance à une otite moyenne aiguë dont nous étudierons plus loin les caractères.

Il existe de vives douleurs irradiant dans la tête ; les douleurs sont exagérées par les mouvements de déglutition et de mastication ; la surdité est à peu peu près complète de ce côté et la voix du malade, dont le timbre lui paraît changé, résonne dans sa tète. Si on examine alors le tympan, il ne présente pas d'hyperhémic, mais seulement les altérations que nous étudierons dans le chapitre suivant et qui sont propres à l'obstruction de la trompe.

La salpyngite aiguë n'est pas grave, en ce sens qu'elle parcourt en général les mômes phases que le coryza et se termine pairésolution, mais elle peut laisser à sa suite une infiammation chronique, origine habituelle des obstructions de la trompe qui constituent la principale maladie de ce conduit et l'une des causes les plus habituelles de la surdité.

Obstruction de la trom.pe cVEiistache, — La trompe d'Eustache est un conduit fort étroit, surtout à la rencontre des deux conos

MALADIES DE LA TKOMPE D'EUSTACIl E.

tronqués qui la coastituent, point connu sous le nom d'isthme de la trompe. Elle est aplatie à ce niveau; son calibre mesure 2 millimètres seulement en hauteur et un millimètre en largeur: aussi l'obstruction est-elle une affection fréquente en raison de dimensions aussi exiguës.

Nous avons à rechercher la solution des trois questions suivantes :

1° Existe-t-il une obstruction de la trompe?

2" A quelle cause faut-il rattacher l'obstruction?

3" Quel traitement convient-il d'employer?

i° Existe-t-il une obstruction de la trompe d'Eitstache? — Procédez d'abord à un interrogatoire méthodique du malade. Vous vous assurez qu'il n'éprouve pas de douleurs, que jamais l'oreille n'a été atteinte d'écoulement : par conséquent vous éliminez d'emblée tout le groupe des affections inflammatoires. Depuis combien de temps la surdité existe-t-elle ? est-elle récente ou ancienne? Si la surdité est récente et si elle est déjà très prononcée ; si, par exemple, le malade n'entend la montre qu'au contact de l'oreille, il y a des présomptions en faveur d'une obstruction de la trompe, car la surdité provenant d'une affection chronique de la caisse marche beaucoup plus lentement.

La surdité est-elle survenue subitement, du jour au lendemain, ou bien a-t-elle présenté une marche croissante ? Si le développement a été brusque, la présomption s'accentue encore en faveur de l'obstruction.

La surdité est-ell e continue ou intermittente ? Définissez bien le phénomène, car dans l'otite scléreuse, par exemple, les malades entendent mieux par les temps secs que par les temps humides. Cette intermittence veut dire qu'à certains moments, tout d'un coup, sous l'inffuence de l'action de se moucher, par exemple, l'ouïe reparaît sensiblement noi'male pour s'éclipser de nouveau. Si la maladie présente ce caractère, il y a presque cer^ titude que vous avez affaire à une obstruction de la trompe; je dis presque, parce que certains bouchons cérumineux donnent lieu, rarement, il est vrai, au môme phénomène.

Procédez ensuite aux diverses explorations suivantes :

Avec la montre : N'écartez pas la montre de l'oreille peu à peu; tenez-la au contraire d'abord à une certaine distance et rapprochez-la progressivement : dans le premier cafi, en effet, l'impres--

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Al-^FECTIONS CHIRURGICALKS DE L'APPAREIL AUDITIF

sion du bruit persiste un certain temps et vous trompe sur le degré de Tacuité auditive. Que le malade entende la montre à 4 ou à 6 centimètres, la différence signifie peu de chose; mais quil entende le tic tac à quelques millimètres de l'oreille ou bien qu'il ne l'entende qu'au contact, la différence est considérable, car la transmission par les os du crâne intervient; l'audition au seul contact est une preuve de surdité très prononcée. Dans l'obstruction simple de la trompe, la montre est toujours entendue au contact de l'oreille.

Avec lapa7'ole : Ayez soin que le malade ne voie pas le mouvement de vos lèvres. Il y a des affections de la caisse dans lesquelles la voix est assez bien perçue alors que la montre ne l'est pas. Le malade atteint d'obstruction de la trompe ne perçoit pas mieux Tune que l'autre.

Avec le diapason : Dans l'obstruction de la trompe, les vibrations ne sont perçues que du côté malade. Ce phénomène est moins net que dans l'obstruction du conduit auditif externe, mais il existe.

Avec le cornet acoustique : Le malade entendra les mots prononcés de la voix la plus basse, s'il n'est atteint que d'obstruction de la trompe.

Enfin, auscultez : Pour cela, introduisez dans l'oreille du malade l'extrémité d'un tube en caoutchouc muni d'une boule olivaire, l'autre extrémité dans la vôtre. Faites expirer le malade fortement, le nez et la bouche fermés. Si la trompe est libre, vous entendez le bruit que fait l'air en arrivant dans la caisse ; vous n'entendez rien, s'il y a une obstruction. On conçoit combien ce signe a d'importance, s'il est bien observé.

Après avoir constaté cet ensemble de signes physiologiques, et par conséquent acquis de fortes présomptions en faveur d'une obstruction de la trompe d'Eustache, ayez recours à ïe.ramen direct, qui vous donnera des signes de certitude. Cet examen doit porter sur le conduit auditif, la membrane du tympan, la caisse et enfin sur la trompe elle-même.

Aussitôt le spéculum introduit dans l'oreille, vous constaterez d'habitude avec la plus grande facilité que le conduit auditif externe est libre, et qu'il ne s'agit pas d'un bouchon cérumineux dont la présence donne lieu à un certain nombre de signes identiques à ceux de l'obstruction de la trompe. Cependant il peut y avoir doute, c'est lorsqu'un conduit sinueux et éiroil rend difficile

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