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MALADIES CHIRURGICALES DE LA RÉGION SOURCILIÈRE

Les traumatismes de la région sourcilière méritent d'attirer notre attention, car ils présentent des caractères tout à fait spéciaux, en rapport avec les dispositions anatomiques. D'abord cette région est recouverte de poils dont la présence dans une plaie contuse est susceptible de produire quelque complication. La peau est très adhérente par saface profonde àlacouchemusculaire sous-jacenfe, d'où la difficulté qu'en présente la dissection et le peu d'écartement des bords des plaies. La peau, doublée de sa couche musculaire, repose sur une portion osseuse saillante, presque tranchante, l'arcade orbitaire; à ce niveau se trouve un nerf sensitif, le frontal, exposé à être fortement contusionné en môme temps que la peau ; le squelette lui-même présente une disposition toute spéciale : il renferme une large cavité, le sinus frontal ienfm le sourcil répond àla première fente branchiale supérieure, ce qui imprime encore à cette région un caractère particulier, de telle sorte que contusions,

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plaies, fractures, Ic'sions organiques du sourcil, diffèrent des mêmes affections observées dans les autres parties du corps.

L'arcade orbitaire sous-tend les téguments, si bien qu'une contusion du sourcil s'accompagne en môme temps d'une contusion de l'os et du périoste, pour peu qu'elle soit intense. Il y a donc lieu de faire quelques réserves sur la durée de la maladie, qui peut se compliquer d'une osléo-périostite, ainsi qu'on le constate si souvent au niveau de la crête du tibia, par exemple, où les conditions anatomiques sont sensiblement les mômes.

La contusion peut porter sur le nerf frontal et occasionner plus lard des douleurs assez vives sur le trajet de cette branche nerveuse pour en nécessiter la résection ou l'élongation.

A la suite de contusions violentes sur la région sourcilière, on a vu survenir, très rarement, il est vrai, une cécité complète et subite ; c'est au moins ce que racontent tous les auteurs. Le nerf frontal a été incriminé; d'autres explications ont été fournies pour expliquer ce phénomène, dont il nous suffit de constater la possibilité.

On conçoit qu'une contusion du sourcil puisse déterminer un décollement de la muqueuse du sinus frontal, un épanchement sanguin dans le sinus, et que cet accident soit la source de douleurs detêtequel'onne sait trop à quelle cause rattacher plus tard.

Les plaies du sourcil sont simples ou confuses. Un point bien particuHer de leur histoire, c'est qu'elles sont le plus souvent produites de dedans en dehors, c'est-à-dire que l'arcade orbitaire tranchante est l'agent de la section. Vous pouvez comparer ce phénomène à celui qui se produit assez fréquemment au niveau des fractures bimalléolaires par abduction, lorsque la peau se coupe sur le bord tranchant de la malléole interne dont le sommet a été arraché.

Dans ces cas, au sourcil comme à la cheville, la peau est coupée nettement comme par un couteau. On devine la conséquence qu'il en faut tirer, c'est que dans les plaies du sourcil l'os est ordinairement à nu au fond de la plaie, ce qui constitue une certaine complication dont il convient détenir compte pour établir le pronostic. La peau et la couche musculaire sous-jacente sont tellement fusionnées que les bords de la plaie n'ont pas de tendance à l'écartement, à moins qu'il ne se soit formé un véritable lambeau ayant décollé la couche lâche et lamelleuse située entre le périoste

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et le plan musculaire, cette couche qui permet de froncer le sourcil. Dans les plaies sans lambeau du sourcil, la peau est donc comme lézardée.

Le pansement d'une plaie du sourcil doit être fait avec le plus grand soin, en raison des considérations qui précèdent. Commencez par raser la région, enlevez les poils qui pourraient être contenus dans la plaie. Il n'y a généralement pas d'hémorrhagies à redouter et l'hémostase se fait d'elle-même. Lavez la plaie avec une solution phéniquée forte. Si la plaie est contuse, mâchée, comme cela a lieu assez souvent à la suite des chutes sur des gravois, par exemple, ne faites pas de réunion; si la plaie est nette, un peu longue, surtout si elle est à lambeau, réunissez immédiatement, mais placez toujours un drain à l'un des angles, dans l'hypothèse possible d'une suppuration. Recouvrez d'un pansement antiseptique.

La région sourcilière peut être le siège de fractures. En étudiant les fractures du crâne en général, c'est à dessein que je n'en ai pas parlé, parce qu'elles offrent un intérêt régional tout particuculier, en raison du dédoublement des os du crâne à ce niveau pour constituer le sinus frontal.

Rappelez-vous que la fracture peut n'intéresser que la lame antérieure du sinus et que vous serez tenté de croire à la pénétration de la fracture dans la cavité crânienne, alors que celle-ci n'est nullement ouverte. Pour donner de ce genre de fracture une idée exacte, je rapporterai le fait suivant :

Je fus appelé auprès d'une jeune fille de vingt ans, qui venait de tomber en tenant à la main un cruchon en grès. Le cruchon était brisé en mille pièces, et la jeune fille présentait, au niveau du sourcil droit, une plaie béante dans laquelle le doigt pénétrait largement ; le frontal était fracturé, un fragment complètement découvert faisait sous la peau une saillie d'environ 2 centimètres. Je cherchai à réduire ce fragment en l'abaissant et trouvai une résistance invincible; l'exploration attentive de la plaie m'en fournit bientôt l'explication : à la profondeur d'au moins 3 centimètres siégeait un fragment de cruchon gros comme une forte noisette, qui, enclavé dans l'épaisseur du frontal, faisait office de cale. Cette large cavité béante au niveau du sourcil, limitée en avant par la table externe du frontal l'clevée, fermée en arrière par la lame vitrée, que je pus sentir avec le doigt.

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