MALADIES IJE LA RÉGION LACRYMALE
compris le périoste ; décoller ce périoste, qui est très résistant, et l'abaisser. On rencontre aussitôt le feuillet orbitaire de l'aponévrose de Ténon, ou périoste de l'orbite, qui est si mince que les granulations glandulaires se voient à travers, et l'on enlève la glande avec la plus grande facilité, en môme temps qu'on évite d'ouvrir la loge postérieure de l'orbite. Ce procédé est surtout applicable à l'extirpation de la glande lacrymale saine pratiquée plusieurs fois pour un épiphora rebelle.
Je l'ai faite moi-môme, en 1884, à l'hôpital Beaujon, dans les conditions suivantes. Un jeune homme était atteint d'épiphora par suite d'une inflammation chronique des voies lacrymales. Il avait été traité par la dilatation avec les stylets de Bowman, et les conduits fonctionnaient d'une façon en apparence régulière ; l'injection faite par le point lacrymal avec la seringue d'Anel pénétrait dans la fosse nasale, et cependant le jeune homme était loin d'ôtre satisfait. C'est qu'il était bijoutier. Or le débit par les voies lacrymales était insuffisant, et très fréquemment les larmes séjournant au-devant de la cornée troublaient la vision. Je songeai à tarir la source et proposai l'extirpation de la glande, qui fut acceptée avec empressement. L'opération fut facile, quoique pratiquée sans chloroforme par suite de circonstances spéciales, et le jeune homme a pu dès lors reprendre son travail dans les conditions normales.
Les malades atteints d'une affection des voies lacrymales présentent comme signes principaux : du larmoiement, une tumeur située dans le grand angle de l'œil, Himeur lacrymale^ ou une fistule occupant le même siège, fistule lacrymale.
k. Larmoiement, épiphora (k-:, sur; (fÉpw, porter). — Le larmoiement se manifeste dans deux conditions absolument différentes : il peut être dû à une exagération de sécrétion des larmes alors que les voies lacrymales sont saines : les émotions morales, les corps étrangers de la conjonctive et de la cornée, les ulcérations et presque toutes les inflammations du globe de l'œil produisent ce résultat ; la sécrétion est plus considérable que le débit par le canal nasal, et le surplus des larmes, après avoir rempli le lac lacrymal, déborde sur la joue.
Le diagnostic de cette variété de larmoiement étant facile à faire d'emblée, occupons-nous de celui qui dépend d'une lésion des voies lacrymales.
Nombre de malades ne vous consulteront que pour le larmoiement et vous tiendront à peu près ce langage : ma vision n'est pas altérée, je ne souffre nullement, mais de temps en temps l'œil se remplit de larmes, surtout s'il est exposé k l'air froid et au vent ; je suis contraint de l'essuyer constamment pour voir clair.
Le larmoiement étant un signe propre à la plupart des affections des voies lacrymales, vous devrez tout d'abord en déterminer la cause, et la plus vraisemblable est une obstruction des voies lacrymales. Pourtant il peut n'exister qu'une simple déviation des points et canalicules lacrymaux, ce que l'examen direct vous prouve tout de suite: ainsi dans l'ectropion, labléphariteglandulociliaire, certains chalazions placés près du bord libre, etc. Les points lacrymaux peuvent cependant présenter une apparence normale et ne pas donner passage aux larmes, mais c'est beaucoup plus rare : ils sont alors oblitérés par un spasme, un corps étranger, ou simplement rétrécis ; d'autres fois, au contraire, ils sont perméables, mais affaissés, dans la paralysie faciale, par exemple.
L'examen direct des points lacrymaux ne vous a rien révélé : ils sont normaux, leur orifice regarde en arrière et plonge dans le lac lacrymal : à quoi donc tient le larmoiement? Pour le reconnaître il convient de pratiquer une injection avec la seringue d'Anel remplie d'eau tiède. Le malade étant assis, introduisez la seringue par un point lacrymal, l'inférieur de préférence. Rappelez-vous que le canal qui fait suite à cet orifice est d'abord perpendiculaire, et ensuite parallèle au bord libre de la paupière, notion anatomique sans le secours de laquelle vous ne réussirez pas à entrer dans le canalicule lacrymal.
Si le liquide pénètre et descend dans la narine, concluez-en que les voies sont libres. Vous reconnaîtrez qu'elles sont plus ou moins libres suivant que le liquide pénétrera avec plus ou moins de facilité. Si le liquide n'arrive pas dans la narine, mais ressort par le point lacrymal supérieur, c'est que les deux canalicules lacrymaux sont libres et qu'il existe un obstacle dans le sac laciymal. Enfin, si le liquide ne pénètre pas, et reflue par le point lacrymal injecté, le canalicule est évidemment obstrué. Répétez alors l'injection par le point lacrymal supérieur.
Cette exploration bien conduite vous fournira des renseignements très précieux sur l'état des voies lacrymales et sur la cause probable du larmoiement.