TROISIÈME SECTION
Le cou est le siège fréquent de traumatismes qui portent soit sur les parties molles, soit sur le squelette : on y observe souvent des inflammations, des tumeurs de nature diverse, des listules.
Bien que communes à toutes les parties du corps, ces affections revêtent fréquemment un caractère tout spécial en raison des organes qui occupent cette région : larynx, trachée, œsophage. De plus, ces derniers organes sont atteints eux-mômes d'affections qui demandent une étude particulière : corps étrangers, rétrécissements. Enfin le cou est susceptible de subir une déviation connue sous le nom de torticolis. Nous suivrons cet ordre dans notre étude.
{0 TRAUMATISMES DU COU.
Deux genres de traumatisme affectent le cou : tantôt ce sont des plaies intéressant les parties molles^ et à la rigueur le squelette ; tantôt des chocs produisant une fracture ou un déplacement des vertèbres cervicales : quelquefois, mais rarement, une fracture de Vos hyoïde ou des cartilages du larynx.
A. Plaies du cou. — Une plaie du cou peut être produite par une arme à feu et déterminer une mort rapide par la blessure des gros vaisseaux ou de la moelle cervicale; souvent le projectile séjourne au sein des parties molles, et on n'en soupçonne en général la présence que parce qu'il n'existe que le trou d'entrée. La règle en effet est de ne pas explorer profondément le trajet de
AFFECTIONS GIIIKURGICALES DU COU
ces blessures avec un stylet. Si la plaie était très large, on y pourrait introduire avec précaution l'indicateur à la recherche du corps étranger. Ce dernier pourrait être logé dans le larynx, la trachée, l'œsophage, ce que révélerait l'existence de la dyspnée et de la dysphagie. Quelquefois il est fiché dans le squelette ou enfermé dans le canal rachidicn.
Il est évident que, si le projectile est accessible, on en pratiquera tout de suite l'extraction, en se tenant prêt à réprimer l'hémorrhagie qui pourrait en résulter. On conçoit en effet quune plaie d^un gros vaisseau soit oblitérée par le corps étranger luimôme. Mais, si on ne le sent pas, il est souvent inutile et même dangereux de tenter l'extraction, d'autant plus qu'un projectile de guerre peut séjourner longtemps dans le cou sans provoquer d'accident, sans même révéler sa présence par aucun signe. En 1880, j'ai retiré un éclat d'obus du volume du pouce, du cou d'un homme qui le portait, sans le savoir, depuis la Commune de 1871.
Une dyspnée intense nécessiterait la trachéotomie.
Deshémorrhagies secondaires sont souvent provoquées par la présence du corps étranger au voisinage d'un gros vaisseau dont la paroi s'ulcère, cas extrêmement grave, nécessitant une intervention délicate sur laquelle je reviendrai plus loin à propos des plaies vasculaires du cou.
Au résumé, lorsque vous êtes mis en présence d'un blessé atteint de plaie du cou par arme à feu, il y a ou il n'y apasd'hémorrhagie. S'il s'écoule du sang, commencez par vous en rendre maître en suivant les préceptes que j'indiquerai plus loin. Recherchez ensuite les caractères de la blessure : Existe-t-il deux orifices? Le blessé portait-il une cravate, un vêtement quelconque autour du cou, lorsqu'il a reçu la blessure? Faites-vous présenter ce vêtement : il se pourrait à la rigueur qu'il ne soit pas perforé et vous en concluriez que le projectile ne siège pas dans la plaie. Cherchez à savoir l'inclinaison, la direction del'armc au moment de l'accident ; elles vous indiqueront le trajet de la plaie. Explorez de tous côtés par le palper afin de sentir le projectile ; apportez une grande réserve dans l'exploration avec le stylet, manœuvre susceptible de détacher un caillot et de provoquer une hémorrhagie. Enfin lavez, nettoyez la plaie, débarrassez-la des corps étrangers, s'il en existe, et faites un pansement antiseptique.
Tenez-vous en garde contre l'hémorrhagie secondaire.