‹ Traité de chirurgie clinique v.2 (volume 2)Chapitre 14 sur 105 · PERFORATIONS DU TYMPAN · texte numérisé non relu

PERFORATIONS DU TYMPAN

Etudions les maladies du tympan, en commençant par les perforations.

1* Perforations du tympan, — Les perforations du tympan sont traumatiques, spontanées, et chirurgicales.

Les perforations traumatiques surviennent suivant plusieurs mécanismes : tantôt, c'est une déchirure indirecte résultant d'une chute sur la tète, ces cas sont les plus rares ; d'autres fois, la lésion est produite directement : par le malade lui-même en se nettoyant à fond les oreilles ; pendant l'extraction maladroite d'un corps étranger ; par ce corps étranger lui-même. La perforation traumatique résulte encore de la pression exagérée de l'air atmosphérique à la surface du tympan : la pression peut s'exercer sur sa face interne dans une douche d'air par la trompe, mécanisme que je crois très rare; beaucoup plus souvent, la pression a lieu sur la face externe de la membrane, par exemple, à la suite d'un soufflet appliqué sur l'oreille, même sans une grande violence ; à la suite d'une forte détonation, accident assez commun chez les artilleurs. La pression du liquide peut aussi la produire, lorsqu'on pique une tête dans l'eau, par exemple.

Les perforations spontanées se produisent de dehors en dedans -à la suite d'une otite externe et d'une myringite, beaucoup plus souvent de dedans en dehors à la suite d'une otite moyenne.

J'appelle perforation chirurgicale celle que nous pratiquons <iansun but thérapeutique sous le nom de paracentèse du tympan, ■et que j'étudierai plus loin.

J'ai déjà dit que, facile en général, le diagnostic d'une perforation était parfois obscur et qu'il fallait attendre souvent quelque temps avant de se prononcer.

Pour beaucoup de personnes, tympan crevé est synonyme de surdité complète, au même titre qu'œil crevé est synonyme de cécité, préjugé très fâcheux, partagé môme par un certain nombre de médecins. Cette idée fausse peut avoir le grave inconvénient de faire négliger ou môme abandonner le traitement, sous prétexte que l'oreille est perdue, quoi qu'on fasse. Or, c'est là une grave erreur. La membrane du tympan est un organe de perfectionnement, très utile sans doute à laudition, un admirable artifice employé pour transmettre les moindres vibrations à la chaîne des osselets, mais elle est loin d'être indispensable. Un de mes internes ne s'était jamais aperçu, jusqu'alors, d'une large perfo-

ration d'un de ses tympans, et ces cas sont communs. La membrane peut être détruite dans presque toute son étendue, le manche du marteau pendre isolé dans la caisse comme une stalactite, et l'audition se faire très convenablement. En un mot, ce n'est pas la perforation elle-même qui est dangereuse, c'est la maladie dont elle est la conséquence, ainsi que les désordres qui l'accompagnent. Donc, ne traitez pas la perforation en elle-même, car vous n'y pouvez rien, mais traitez activement l'otorrhée jusqu'à ce qu'elle ait complètement disparu ; d'ailleurs, lorsqu'une perforation, même spontanée, est petite, elle peut se cicatriser. Quant à celles de grandes dimensions, elles persistent indéfiniment.

Les perforations traumatiques, au contraire, se cicatrisent très rapidement, trop rapidement même, quand elles ont été faites dans un but thérapeutique, et elles ne déterminent ordinairement aucun accident durable, surtout lorsqu'elles siègent dans la portion sous-ombilicale du tympan au-dessous de la fenêtre ronde. La vive douleur qu'elles provoquent disparaît rapidement. Après avoir lavé l'oreille, il suffit de maintenir la plaie à l'abri du contact de l'air avec une boulette de coton. Recommandez au malade d'éviter pendant quelques jours les expirations brusques.

Les plaies du tympan donnent toujours lieu à un écoulement sanguin, mais réduit à de très minimes proportions. Cependant, la rupture de l'une ou des deux artères qui flanquent le manche du marteau pourrait être suivie d'une otorragie abondante, si, par exemple, le sujet était hémophile.

Je signalerai seulement pour mémoire la fracture du manche du marteau, dont j'ai vu un exemple. Il existait un léger déplacement suivant l'épaisseur.

2° liiflammatioiis du tympan, — Les inflammations du tympan portent le nom de myringites.

Si l'on considère que le tympan est une mince cloison interposée entre le conduit auditif externe et la caisse, et que cette cloison est anatomiquenient formée par ladossemenl des membranes qui tapissent ces deux cavités, on comprendra aisément que leur inflammation détermine presque fatalement une myringite. Par conséquent, la myringite est très souvent, presque toujours même, secondaire ; cependant, il existe certainement une myringite primitive^ la seule dont je doive m'occuper dans ce chapitre.

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