‹ Traité de chirurgie clinique v.2 (volume 2)Chapitre 24 sur 105 · MALADIES DU FOND DE L'ŒIL · texte numérisé non relu

MALADIES DU FOND DE L'ŒIL

a que peu profité jusqu'à ce jour; je me trompe, ces belles découvertes ont mis fin au supplice des malheureux amaurotiques que je voyais, au début de mes études, condamnés au séton, au moxa et au cautère à perpétuité ; c'est encore un bienfait.

Parmi les affections qui se développent sans aucun trouble apparent des milieux de l'œil, du moins au début, je dois signaler l'ophtalmie sympathique, dont c'est ici le lieu de présenter la description clinique.

a. Ophtalmie sympathique. — Cette affection est caractérisée par la diminution graduelle de la vision dans un œil sain, sous l'influence d'une maladie de l'autre œil. Ainsi, par exemple : un malade a été atteint d'une blessure à l'œil droit, l'œil s'est enflammé et vidé, et le malade, ne souffrant plus du tout, a repris son existence habituelle. Plusieurs mois, et même plusieurs années après l'accident, la vision de l'œil gauche diminue peu à peu sans signe extérieur visible, et même sans lésion appréciable à l'ophtalmoscope. Il parait rationnel de ne pas s'occuper de l'œil droit, qui, perdu depuis longtemps, ne cause aucune douleur, et de porter toute son attention sur l'œil gauche : c'est ce qu'on* a fait pendant tous les siècles passés, jusqu'à ce que Mackensie nous ait appris que la cause de l'affaiblissement de la vision dans l'œil sain résidait dans l'œil anciennement blessé, que l'ophtalmie, en un mot, était sympathique. Cette conception ingénieuse a préservé bien des malades d'une cécité complète.

Ce sont les blessures de la zone ciliaire, et principalement la présence de corps étrangers au niveau de cette zone, qui donnent généralement naissance à l'ophtalmie sympathique; une inflammation spontanée de l'œil peut cependant en être le point de départ. Il est vraisemblable que la transmission à l'œil sain se fait par l'intermédiaire des nerfs ciliaires irrités peu à peu.

Au début de l'affection, il n'existe, ai-je dit, aucune lésion appréciable, mais un simple trouble fonctionnel ; plus tard, il survient de rirido-cyclite, qui peut amener la perte de l'œil : c'est pourquoi il y a urgence à intervenir activement le plus tôt possible, et la meilleure intervention consiste dans l'énucléation du globe de l'œil anciennement affecté. C'est merveille de voir le résultat de cette opération quand elle est pratiquée en temps opportun : j'ai vu, plusieurs fois, des malades, à peine sortis de l'anesthésie, recouvrer l'intégrité de la vision.

i96 AFFECTIONS CHIRURGICALES DE L'APPAREIL DE LA VISION.

Afin de conserver Toeil, on a pratiqué la nevrotomie opticociliaire^ c'est-à-dire la section du nerf optique et des nerfs ciliaires à leur entrée dans le globe; mais cette opération, d'après co que nous constatons à la suite de la section des autres nerfs, doit être incertaine dans ses résultats et je préfère Ténucléation.

Uelongation du nerf optique (de Wecker) destinée, ainsi que l'énucléation et la nevrotomie optico-ciliaire, à combattre Tophtalmie sympathique, ne me parait pas non plus devoir être substituée avantageusement à Ténucléation.

Les maladies du fond de l'œil se développent aux dépens de la choroïde, de la rétine, et du nerf optique. Ce sont : le glaucome chronique, — l'atrophie de la choroïde, — la choroïdite syphilitique, — les diverses variétés de rétinite : albuminurique, syphilitique, pigmentaire, — le décollement de la rétine, — l'embolie de son artère centrale, — la névrite optique, l'atrophie de la papille, — le daltonisme.

Le diagnostic de ces diverses affections ne peut être établi qu'à Taide de l'ophtalmoscope. Cependant, vous pourrez avoir déjà des présomptions d'après la marche de la maladie. Par exemple, si la vision a été perdue subitement, vous aurez, sans doute, affaire à une embolie de l'artère centrale de la rétine ; si une moitié du champ visuel seulement est abolie, ce sera probablement un décollement de la rétine. Il faut surtout songer à la possibilité d'affections syphilitiques de la choroïde ou de la rétine, contre lesquelles le traitement peut avoir une grande efficacité ; elles apparaissent entre les deux périodes secondaire et tertiaire.

Quoi qu'il en soit, signalons les signes à l'aide desquels vous reconnaîtrez ces diverses affections, ainsi que les rares indications thérapeutiques qu'elles présentent.

b. Glaucome chronique, — C'est cette affection que de Graefe appelait jadis amaurose avec excavation du nerf optique. Elle est ainsi caractérisée : dilatation de la pupille, tension et dureté du globe de l'œil, excavation du nerf optique. Cette excavation est centrale, les bords en sont taillés à pic; les vaisseaux qui gagnent le fond de Texcavation s'infléchissent brusquement sur ce bord et paraissent rompus. Les artères présentent des battements.

La vision s'affaiblit progressivement et finit par s'éteindre.

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